Tunisie - Silence, on agresse les journalistes !

Businessnews.com.tn | publié le 05/01/2012 19:59

Désormais il y a les bons sit-in et les mauvais sit-in. C’est du moins la première conclusion qui vient à l’esprit après la dispersion manu militari du groupe d’enseignants et d’étudiants de la faculté des lettres de La Manouba rassemblé devant le ministère de l’Enseignement supérieur mercredi 4 janvier 2011. Pendant ce temps, les défenseurs du port du niqab en cours continuent de se la couler douce dans l’enceinte de l’université. Le nouveau gouvernement usant de ressources inépuisées de civilité, de patience et de pédagogie pour ne pas stigmatiser ces jeunes femmes qui sont aussi nos filles, dirait Noureddine B’hiri, et ne pas toucher à leur droit inaliénable à l’enseignement. Sana Farhat aurait pu passer pour leur fille seulement si par malheur elle n’exerçait pas l’ignoble métier de journaliste…

Qu’est ce qui a pris à Sana Farhat, tenant sa carte de presse avec désenchantement, de filmer les agents de l’ordre pendant qu’ils s’appliquaient consciencieusement à exercer leur travail, tabassant sans distinction professeurs et étudiants, hommes et femmes. Tout le monde le sait, les grands gaillards du ministère de l’intérieur, aussi coriaces soient-ils, ont une phobie mortelle des flashes (notre confrère Sofiane Chourabi et un cameraman de La Presse en ont déjà fait la triste expérience). Et pour une fois qu’ils montrent un zèle sans précédent pour la défense de la parité, les forces de l’ordre auxquelles on prête une réputation injuste de machisme, méritaient une reconnaissance de l’opinion publique. Le témoignage de Houcine Boujarra, secrétaire général de la fédération de l’enseignement supérieur est édifiant. Un déferlement de violence ciblant spécifiquement les femmes et accompagné d’un florilège d’insanités qui ont laissé M. Boujarra sous le choc…

Une presse libre, tout le monde en convient, est le principal contre-pouvoir dans toute démocratie qui se respecte. Raison pour laquelle la société civile, le syndicat des journalistes, les partis politiques sont vite montés au créneau condamnant vertement l’agression contre notre consœur. Enfin on aurait pu s’attendre à une telle réaction dans un pays qui vit sa transition démocratique. Silence radio jusqu’à cette heure mis à part l’UGTT et le PDM. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH) s’est contentée de dénoncer «les agressions et les provocations verbales et physiques» commises par les forces de l’ordre contre les étudiants et les professeurs.
Même les Radhia Nasraoui, Sihem Ben Sedrine et compagnie, qui d’habitude démarrent au quart de tour, font le mort. Le président de la République, militant notoire des droits de l’Home et qui n’a cessé de dénoncer les méthodes brutales de Habib Essid pour réprimer les manifestations, n’a pas non plus réagi. Même pas de fausses excuses hautaines et sous le signe de la dérision à la Béji Caïd Essebsi…

Après tout, cela se comprend. Les journalistes ont ce qu’ils méritent. Tous d’anciens thuriféraires de Ben Ali, maîtres de l’obséquiosité et de la flagornerie et qui même après la révolution prennent de haut la volonté de peuple, trahissant le résultat des urnes et s’acharnant implacablement contre la Troïka, les élus du peuple. Ils pouvaient faire comme la police, dans un temps pas si lointain, encore plus honnie que les journalistes. La police qui a réussi à faire sa mue à coup de réformes spectaculaires : changement d’uniformes, création d’une page Facebook des membres des forces de l’ordre qui « ont le sens de l’honneur », présentation de condoléances solennelles à la famille de Sofiane Chaâri…
La presse, par contre, peine à faire sa révolution. Les journalistes tunisiens ne sont pas les plus brillants du monde et une bonne raclée ne peut que les motiver pour aller de l’avant…

Et si on revient un peu en arrière, l’affaire du niqab à l’université aurait dû passer inaperçue sauf la course au sensationnel des médias qui ont fait mousser l’histoire, comme le rappelle Moncef Ben Salem, ministre de l’Enseignement supérieur.
Les négociations avec les sit-inneurs, menées entre autres par un des fils du ministre de l’Intérieur, leader d’un mouvement estudiantin, se poursuivent. Il ne faut pas se fier à l’accoutrement de moujahidines afghans des sit-inneurs étrangers à la faculté et qui harcèlent et bousculent les professeurs les traitant de sionistes occidentalisés, vendus à la France… Sous leurs manières d’ostrogoth, se cachent des âmes sensibles qu’il faut prendre par la méthode douce.
La réponse d’Ennahdha à ces derniers événements n’a pas manqué de prendre en considération cet élément. Un communiqué publié sur le site officiel jeudi 5 janvier 2011 mais signé Rached Ghannouchi 11 mouharrem 1433 qui correspond au 6 décembre 2011, dénonce les tentatives de glisser le pays vers l’anarchie et préconise le dialogue serein pour régler les problèmes rencontrés. Le doyen est, par la même occasion, invité gentiment à favoriser les intérêts des étudiants et de l’université sur toute considération idéologique…
Des déclarations sibyllines comme Ennahdha en a le secret et qui rassurent implicitement les sit-inneurs de La Manouba que leurs revendications vont obtenir une réponse positive.
Les pages Facebook qui font le sale boulot propagandiste d’Ennahdha commencent, également, à s’agiter, relayant un grand déploiement des forces de l’ordre devant l’université de la Manouba pour, peut être, disperser le sit-in, et taisant bien évidemment les agressions devant le ministère de l’Enseignement supérieur…

Pour conclure, les enseignements à tirer de cet épisode sont les suivants : avant de participer à un sit-in, vaut mieux se mettre en qamis ou niqab (appartenir aux déchets de la francophonie est une condition rédhibitoire).
Deuxièmement, les ennemis d’hier peuvent toujours devenir les amis d’aujourd’hui, Ennahdha, avec une charité toute islamique, préfère pardonner à ses bourreaux d’hier et canaliser sa brutalité contre les fauteurs de troubles

Et pour terminer, les journalistes, trop téméraires par occasion, doivent ronger leur frein, raser les murs, le temps de réapprendre leur métier et de regagner la sympathie de l’opinion publique…

 

Photo d'archives

Tunisie - Silence, on agresse les journalistes !

publié le 05/01/2012 19:59

Désormais il y a les bons sit-in et les mauvais sit-in. C’est du moins la première conclusion qui vient à l’esprit après la dispersion manu militari du groupe d’enseignants et d’étudiants de la faculté des lettres de La Manouba rassemblé devant le ministère de l’Enseignement supérieur mercredi 4 janvier 2011. Pendant ce temps, les défenseurs du port du niqab en cours continuent de se la couler douce dans l’enceinte de l’université. Le nouveau gouvernement usant de ressources inépuisées de civilité, de patience et de pédagogie pour ne pas stigmatiser ces jeunes femmes qui sont aussi nos filles, dirait Noureddine B’hiri, et ne pas toucher à leur droit inaliénable à l’enseignement. Sana Farhat aurait pu passer pour leur fille seulement si par malheur elle n’exerçait pas l’ignoble métier de journaliste…

Qu’est ce qui a pris à Sana Farhat, tenant sa carte de presse avec désenchantement, de filmer les agents de l’ordre pendant qu’ils s’appliquaient consciencieusement à exercer leur travail, tabassant sans distinction professeurs et étudiants, hommes et femmes. Tout le monde le sait, les grands gaillards du ministère de l’intérieur, aussi coriaces soient-ils, ont une phobie mortelle des flashes (notre confrère Sofiane Chourabi et un cameraman de La Presse en ont déjà fait la triste expérience). Et pour une fois qu’ils montrent un zèle sans précédent pour la défense de la parité, les forces de l’ordre auxquelles on prête une réputation injuste de machisme, méritaient une reconnaissance de l’opinion publique. Le témoignage de Houcine Boujarra, secrétaire général de la fédération de l’enseignement supérieur est édifiant. Un déferlement de violence ciblant spécifiquement les femmes et accompagné d’un florilège d’insanités qui ont laissé M. Boujarra sous le choc…

Une presse libre, tout le monde en convient, est le principal contre-pouvoir dans toute démocratie qui se respecte. Raison pour laquelle la société civile, le syndicat des journalistes, les partis politiques sont vite montés au créneau condamnant vertement l’agression contre notre consœur. Enfin on aurait pu s’attendre à une telle réaction dans un pays qui vit sa transition démocratique. Silence radio jusqu’à cette heure mis à part l’UGTT et le PDM. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH) s’est contentée de dénoncer «les agressions et les provocations verbales et physiques» commises par les forces de l’ordre contre les étudiants et les professeurs.
Même les Radhia Nasraoui, Sihem Ben Sedrine et compagnie, qui d’habitude démarrent au quart de tour, font le mort. Le président de la République, militant notoire des droits de l’Home et qui n’a cessé de dénoncer les méthodes brutales de Habib Essid pour réprimer les manifestations, n’a pas non plus réagi. Même pas de fausses excuses hautaines et sous le signe de la dérision à la Béji Caïd Essebsi…

Après tout, cela se comprend. Les journalistes ont ce qu’ils méritent. Tous d’anciens thuriféraires de Ben Ali, maîtres de l’obséquiosité et de la flagornerie et qui même après la révolution prennent de haut la volonté de peuple, trahissant le résultat des urnes et s’acharnant implacablement contre la Troïka, les élus du peuple. Ils pouvaient faire comme la police, dans un temps pas si lointain, encore plus honnie que les journalistes. La police qui a réussi à faire sa mue à coup de réformes spectaculaires : changement d’uniformes, création d’une page Facebook des membres des forces de l’ordre qui « ont le sens de l’honneur », présentation de condoléances solennelles à la famille de Sofiane Chaâri…
La presse, par contre, peine à faire sa révolution. Les journalistes tunisiens ne sont pas les plus brillants du monde et une bonne raclée ne peut que les motiver pour aller de l’avant…

Et si on revient un peu en arrière, l’affaire du niqab à l’université aurait dû passer inaperçue sauf la course au sensationnel des médias qui ont fait mousser l’histoire, comme le rappelle Moncef Ben Salem, ministre de l’Enseignement supérieur.
Les négociations avec les sit-inneurs, menées entre autres par un des fils du ministre de l’Intérieur, leader d’un mouvement estudiantin, se poursuivent. Il ne faut pas se fier à l’accoutrement de moujahidines afghans des sit-inneurs étrangers à la faculté et qui harcèlent et bousculent les professeurs les traitant de sionistes occidentalisés, vendus à la France… Sous leurs manières d’ostrogoth, se cachent des âmes sensibles qu’il faut prendre par la méthode douce.
La réponse d’Ennahdha à ces derniers événements n’a pas manqué de prendre en considération cet élément. Un communiqué publié sur le site officiel jeudi 5 janvier 2011 mais signé Rached Ghannouchi 11 mouharrem 1433 qui correspond au 6 décembre 2011, dénonce les tentatives de glisser le pays vers l’anarchie et préconise le dialogue serein pour régler les problèmes rencontrés. Le doyen est, par la même occasion, invité gentiment à favoriser les intérêts des étudiants et de l’université sur toute considération idéologique…
Des déclarations sibyllines comme Ennahdha en a le secret et qui rassurent implicitement les sit-inneurs de La Manouba que leurs revendications vont obtenir une réponse positive.
Les pages Facebook qui font le sale boulot propagandiste d’Ennahdha commencent, également, à s’agiter, relayant un grand déploiement des forces de l’ordre devant l’université de la Manouba pour, peut être, disperser le sit-in, et taisant bien évidemment les agressions devant le ministère de l’Enseignement supérieur…

Pour conclure, les enseignements à tirer de cet épisode sont les suivants : avant de participer à un sit-in, vaut mieux se mettre en qamis ou niqab (appartenir aux déchets de la francophonie est une condition rédhibitoire).
Deuxièmement, les ennemis d’hier peuvent toujours devenir les amis d’aujourd’hui, Ennahdha, avec une charité toute islamique, préfère pardonner à ses bourreaux d’hier et canaliser sa brutalité contre les fauteurs de troubles

Et pour terminer, les journalistes, trop téméraires par occasion, doivent ronger leur frein, raser les murs, le temps de réapprendre leur métier et de regagner la sympathie de l’opinion publique…

 

Photo d'archives



Radhouane Somai
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