Tunisie - Rafik Abdessalem: Le manque de diplomatie de Monsieur gendre

Businessnews.com.tn | publié le 19/03/2012 19:59

Le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem continue de défrayer la chronique et multiplie les couacs.
Son manque de connaissances des rouages diplomatiques, mais aussi du langage et de la retenue que doit avoir tout diplomate en chef, suscite moult interrogations. Au manque d’expertise et d’expérience dans son domaine, s’ajoute un manque terrible de connaissances de l’Histoire et de la géographie de son pays.

Quand son nom a commencé à circuler lors de la composition du gouvernement, les observateurs politiques et éditorialistes ont crié au scandale. Il est inconcevable de nommer le gendre de Rached Ghannouchi à la tête de la diplomatie tunisienne.
L’opposition, quasiment unanime, ne voulait pas de népotisme familial, mais n’avait pas de réels arguments supplémentaires pour justifier son refus à part le fait que Rafik Abdessalem était un haut cadre de la galaxie de la chaîne qatarie Al Jazeera.
Le refus de cette nomination n’a pas touché que l’opposition. Au sein même d’Ennahdha, on était sceptiques. Selon certaines indiscrétions, très bien informées et très crédibles, pas moins de huit hauts cadres du parti islamiste ont manifesté ce refus. Et toujours selon ces indiscrétions, ces huit hauts cadres ont été «convoqués» un à un par Rached Ghannouchi pour des réunions en tête-à-tête au bout desquelles ils ont changé d’avis ou, plutôt, ont acquiescé du bout des lèvres.
Il faut dire que logiquement, pour qu’une personne d’aussi proche parenté soit nommée à un poste de cette envergure, il faut vraiment démontrer qu’elle est la meilleure possible à ce poste dans tout le pays, et de ce fait, sa nomination s’imposerait à tous. Ce qui est loin d’être le cas.
Chez Ennahdha, on a une qualité de taille: le linge sale se lave en famille et la discipline est de mise. L’affaire n’a donc pas fait de bruit et n’a jamais été médiatisée. Le mot d’ordre est donné: il faut soutenir Rafik Abdessalem et ne jamais le présenter comme étant le Monsieur gendre, mais plutôt comme la compétence unique capable de diriger la diplomatie du pays.
Autre argument du parti islamiste : le monsieur a dû, lui aussi, subir les affres du régime Ben Ali en sa qualité de gendre et de militant fort actif d’Ennahdha et ne peut donc pas être sanctionné pour ce lien familial dont il a subi les conséquences lors des années de braise.
On omettra de rappeler, bien entendu, que le bonhomme a quasiment toujours vécu à l’étranger et on ne voit vraiment pas de quelles affres parle-t-on. Entre le militantisme et les années de prison subies par les Jebali, Dilou, Ben Salem ou Ellouze, il n’y a absolument aucune comparaison.
Rafik Abdessalem est une compétence ? Va pour ça et on ne demande qu’à voir.

Trois mois plus tard, on a vu ce qu’on a vu et entendu ce qu’on a entendu.
Il s’avère que le ministre des Affaires étrangères ne maîtrise pas vraiment la langue française, deuxième langue du pays et première langue des affaires en Tunisie. Surtout, c’est la première langue de la diplomatie et la langue du premier partenaire économique. Diplomatiquement parlant, le signal est des plus mauvais. «Ce n’est pas une tare, diront ses défenseurs, Rafik Abdessalem maîtrise parfaitement l’anglais, première langue des affaires dans le monde et la Tunisie est un pays arabe, les Français doivent comprendre cela une fois pour toutes». Allez expliquer que la France a, certes, besoin de la Tunisie, mais que la Tunisie, économiquement parlant, ne peut en aucun cas se passer de la France. Et à ce titre, elle gagnerait à s’abstenir de lui envoyer un tel message improductif au meilleur des cas, inamical au pire.

Le personnel du ministère des Affaires étrangères a été parmi les tout premiers à s’apercevoir des «limites» de leur nouveau ministre et les tensions se sont ressenties dès les premiers jours.
A l’origine de cette tension, «une méconnaissance par M. Abdessalem des dispositions administratives régissant l’action du ministère», écrivait Le Maghreb le 29 janvier. A titre d’exemple, «il se met en colère à chaque fois qu’on lui dit qu’il n’est pas possible de prendre en charge les frais de mission d’une personne ne faisant pas partie du personnel du département».
Sans oublier que le ministre n’a pas reçu, jusqu’à présent, une délégation des employés qui lui ont demandé une audience les poussant à annoncer un préavis de grève.
Trois mois plus tard, les esprits ne se sont pas vraiment calmés et on se plaint, dans les couloirs du ministère, des frais de missions onéreuses du ministre et de son manque de tact et de diplomatie dans la gestion des affaires.

Quelques semaines plus tard, la polémique a été déclenchée avec son annonce spectaculaire de renvoyer l’ambassadeur de Syrie en Tunisie. Un ambassadeur qui a déjà quitté le pays depuis des mois déjà. Pour se défendre, l’entourage de Rafik Abdessalem a rappelé que ce renvoi a été précédé par plusieurs avertissements (que la majorité des observateurs a oubliés) et qu’il fallait envoyer un signal fort. Peut-être, mais on aurait pu dire, par souci de précision et afin d’éviter toute tromperie, que l’on a renvoyé le chargé d’affaire faisant office d’ambassadeur. En matière de diplomatie, chaque mot doit être pesé lourdement avant d’être prononcé.
Fin février, le ministre provoque la colère des Amazighs suite à ses déclarations lors du congrès ministériel des pays du Maghreb. Il a, en effet, émis une objection à la proposition de son homologue marocain, Saâd Eddine El Othmani, qui a appelé à changer la dénomination du «Maghreb Arabe» pour «l’Union Maghrébine», en référence à la grande variété de civilisations, de cultures, de populations et de langues réunie dans les pays du Maghreb.
Selon le chef de la diplomatie tunisienne, cette objection serait justifiée par la dimension culturelle, civilisationnelle mais aussi géographique que comporte le terme «arabe». Une appellation qui, selon lui, réunit les pays du Maghreb, constituant «la partie occidentale du monde arabe».
L’observatoire amazigh des droits et des libertés a publié un communiqué dans lequel il regrette la ségrégation dont découle le refus de la proposition marocaine et qualifie les déclarations de Rafik Abdessalem d’«aberrantes», en référence à l’argument géographique émis par le ministre.

M. Abdessalem ne manquera pas de défrayer la chronique en réalisant une première dans la diplomatie internationale. Dans une interview sur Al Jazeera, le ministre osera critiquer sévèrement les médias tunisiens qu’il juge partiaux et il ne manquera que de dire, malhonnêtes. Le linge sale d’Ennahdha a beau se laver en famille, celui des médias tunisiens se lave en public et sur une chaîne internationale loin, très loin, d’être impartiale. Le hic, c’est que le ministre comprend parfaitement la partialité des médias qataris (ou britanniques) en parfaite cohésion avec leur propre ligne éditoriale, mais feint de ne pas comprendre la partialité des médias tunisiens.
Sa même remarque sur les médias, il la formulera devant l’Assemblée nationale constituante dans une posture similaire à celle d’un orateur lambda dans une conférence d’une association de quartier. Ses coudes collés au pupitre, l’autosatisfaction de son propre travail et du travail gouvernemental (le meilleur gouvernement de tous les temps dira-t-il) en disent long sur le manque de tenue et de retenue que doit observer tout diplomate.
On taira au passage la fameuse histoire du vrai faux complot contre le gouvernement puisque c’est par son biais que la «réunion» des diplomates étrangers à Tunis a été ébruitée.

La dernière prouesse du ministre nous viendra de cette conférence-débat tenue fin février à Doha. Encore une fois, il ne se retiendra pas de dénigrer ses compatriotes en public et dans un pays étranger. L’opposition? Des 0,00%.
Il sera la risée de tout le monde en indiquant que les côtes tunisiennes ne s’étalent que sur 500 kilomètres. Un élève de la 6ème année primaire ne s’y tromperait pas et aurait été sévèrement sanctionné par son instituteur suite à une telle erreur.
Mais la sanction tombera sur notre collègue Mohamed Ammar, journaliste résidant au Qatar, qui a eu le «culot» de corriger le ministre en public. Il sera privé d’interview, na!
La haute compétence dont a parlé Rached Ghannouchi, suivi comme des soldats disciplinés par les différents responsables d’Ennahdha, a clairement montré ses limites.
La Tunisie et sa révolution jouissent d’une excellente aura à l’international, a dit à maintes reprises le M. Abdessalem. Toute la difficulté réside dans l’habilité à garder cette belle image et ce n’est certainement pas avec un ministre qui dénigre ses critiques en Tunisie et à l’étranger et ne maîtrise ni ses dossiers, ni l’histoire et la géographie de son pays, que cette belle image pourra être préservée.
«Les diplomates trahissent tout excepté leurs émotions», disait Victor Hugo. Monsieur gendre n’a même pas été capable de cela. Dommage!

Raouf Ben Hédi

Tunisie - Rafik Abdessalem: Le manque de diplomatie de Monsieur gendre

publié le 19/03/2012 19:59

Le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem continue de défrayer la chronique et multiplie les couacs.
Son manque de connaissances des rouages diplomatiques, mais aussi du langage et de la retenue que doit avoir tout diplomate en chef, suscite moult interrogations. Au manque d’expertise et d’expérience dans son domaine, s’ajoute un manque terrible de connaissances de l’Histoire et de la géographie de son pays.

Quand son nom a commencé à circuler lors de la composition du gouvernement, les observateurs politiques et éditorialistes ont crié au scandale. Il est inconcevable de nommer le gendre de Rached Ghannouchi à la tête de la diplomatie tunisienne.
L’opposition, quasiment unanime, ne voulait pas de népotisme familial, mais n’avait pas de réels arguments supplémentaires pour justifier son refus à part le fait que Rafik Abdessalem était un haut cadre de la galaxie de la chaîne qatarie Al Jazeera.
Le refus de cette nomination n’a pas touché que l’opposition. Au sein même d’Ennahdha, on était sceptiques. Selon certaines indiscrétions, très bien informées et très crédibles, pas moins de huit hauts cadres du parti islamiste ont manifesté ce refus. Et toujours selon ces indiscrétions, ces huit hauts cadres ont été «convoqués» un à un par Rached Ghannouchi pour des réunions en tête-à-tête au bout desquelles ils ont changé d’avis ou, plutôt, ont acquiescé du bout des lèvres.
Il faut dire que logiquement, pour qu’une personne d’aussi proche parenté soit nommée à un poste de cette envergure, il faut vraiment démontrer qu’elle est la meilleure possible à ce poste dans tout le pays, et de ce fait, sa nomination s’imposerait à tous. Ce qui est loin d’être le cas.
Chez Ennahdha, on a une qualité de taille: le linge sale se lave en famille et la discipline est de mise. L’affaire n’a donc pas fait de bruit et n’a jamais été médiatisée. Le mot d’ordre est donné: il faut soutenir Rafik Abdessalem et ne jamais le présenter comme étant le Monsieur gendre, mais plutôt comme la compétence unique capable de diriger la diplomatie du pays.
Autre argument du parti islamiste : le monsieur a dû, lui aussi, subir les affres du régime Ben Ali en sa qualité de gendre et de militant fort actif d’Ennahdha et ne peut donc pas être sanctionné pour ce lien familial dont il a subi les conséquences lors des années de braise.
On omettra de rappeler, bien entendu, que le bonhomme a quasiment toujours vécu à l’étranger et on ne voit vraiment pas de quelles affres parle-t-on. Entre le militantisme et les années de prison subies par les Jebali, Dilou, Ben Salem ou Ellouze, il n’y a absolument aucune comparaison.
Rafik Abdessalem est une compétence ? Va pour ça et on ne demande qu’à voir.

Trois mois plus tard, on a vu ce qu’on a vu et entendu ce qu’on a entendu.
Il s’avère que le ministre des Affaires étrangères ne maîtrise pas vraiment la langue française, deuxième langue du pays et première langue des affaires en Tunisie. Surtout, c’est la première langue de la diplomatie et la langue du premier partenaire économique. Diplomatiquement parlant, le signal est des plus mauvais. «Ce n’est pas une tare, diront ses défenseurs, Rafik Abdessalem maîtrise parfaitement l’anglais, première langue des affaires dans le monde et la Tunisie est un pays arabe, les Français doivent comprendre cela une fois pour toutes». Allez expliquer que la France a, certes, besoin de la Tunisie, mais que la Tunisie, économiquement parlant, ne peut en aucun cas se passer de la France. Et à ce titre, elle gagnerait à s’abstenir de lui envoyer un tel message improductif au meilleur des cas, inamical au pire.

Le personnel du ministère des Affaires étrangères a été parmi les tout premiers à s’apercevoir des «limites» de leur nouveau ministre et les tensions se sont ressenties dès les premiers jours.
A l’origine de cette tension, «une méconnaissance par M. Abdessalem des dispositions administratives régissant l’action du ministère», écrivait Le Maghreb le 29 janvier. A titre d’exemple, «il se met en colère à chaque fois qu’on lui dit qu’il n’est pas possible de prendre en charge les frais de mission d’une personne ne faisant pas partie du personnel du département».
Sans oublier que le ministre n’a pas reçu, jusqu’à présent, une délégation des employés qui lui ont demandé une audience les poussant à annoncer un préavis de grève.
Trois mois plus tard, les esprits ne se sont pas vraiment calmés et on se plaint, dans les couloirs du ministère, des frais de missions onéreuses du ministre et de son manque de tact et de diplomatie dans la gestion des affaires.

Quelques semaines plus tard, la polémique a été déclenchée avec son annonce spectaculaire de renvoyer l’ambassadeur de Syrie en Tunisie. Un ambassadeur qui a déjà quitté le pays depuis des mois déjà. Pour se défendre, l’entourage de Rafik Abdessalem a rappelé que ce renvoi a été précédé par plusieurs avertissements (que la majorité des observateurs a oubliés) et qu’il fallait envoyer un signal fort. Peut-être, mais on aurait pu dire, par souci de précision et afin d’éviter toute tromperie, que l’on a renvoyé le chargé d’affaire faisant office d’ambassadeur. En matière de diplomatie, chaque mot doit être pesé lourdement avant d’être prononcé.
Fin février, le ministre provoque la colère des Amazighs suite à ses déclarations lors du congrès ministériel des pays du Maghreb. Il a, en effet, émis une objection à la proposition de son homologue marocain, Saâd Eddine El Othmani, qui a appelé à changer la dénomination du «Maghreb Arabe» pour «l’Union Maghrébine», en référence à la grande variété de civilisations, de cultures, de populations et de langues réunie dans les pays du Maghreb.
Selon le chef de la diplomatie tunisienne, cette objection serait justifiée par la dimension culturelle, civilisationnelle mais aussi géographique que comporte le terme «arabe». Une appellation qui, selon lui, réunit les pays du Maghreb, constituant «la partie occidentale du monde arabe».
L’observatoire amazigh des droits et des libertés a publié un communiqué dans lequel il regrette la ségrégation dont découle le refus de la proposition marocaine et qualifie les déclarations de Rafik Abdessalem d’«aberrantes», en référence à l’argument géographique émis par le ministre.

M. Abdessalem ne manquera pas de défrayer la chronique en réalisant une première dans la diplomatie internationale. Dans une interview sur Al Jazeera, le ministre osera critiquer sévèrement les médias tunisiens qu’il juge partiaux et il ne manquera que de dire, malhonnêtes. Le linge sale d’Ennahdha a beau se laver en famille, celui des médias tunisiens se lave en public et sur une chaîne internationale loin, très loin, d’être impartiale. Le hic, c’est que le ministre comprend parfaitement la partialité des médias qataris (ou britanniques) en parfaite cohésion avec leur propre ligne éditoriale, mais feint de ne pas comprendre la partialité des médias tunisiens.
Sa même remarque sur les médias, il la formulera devant l’Assemblée nationale constituante dans une posture similaire à celle d’un orateur lambda dans une conférence d’une association de quartier. Ses coudes collés au pupitre, l’autosatisfaction de son propre travail et du travail gouvernemental (le meilleur gouvernement de tous les temps dira-t-il) en disent long sur le manque de tenue et de retenue que doit observer tout diplomate.
On taira au passage la fameuse histoire du vrai faux complot contre le gouvernement puisque c’est par son biais que la «réunion» des diplomates étrangers à Tunis a été ébruitée.

La dernière prouesse du ministre nous viendra de cette conférence-débat tenue fin février à Doha. Encore une fois, il ne se retiendra pas de dénigrer ses compatriotes en public et dans un pays étranger. L’opposition? Des 0,00%.
Il sera la risée de tout le monde en indiquant que les côtes tunisiennes ne s’étalent que sur 500 kilomètres. Un élève de la 6ème année primaire ne s’y tromperait pas et aurait été sévèrement sanctionné par son instituteur suite à une telle erreur.
Mais la sanction tombera sur notre collègue Mohamed Ammar, journaliste résidant au Qatar, qui a eu le «culot» de corriger le ministre en public. Il sera privé d’interview, na!
La haute compétence dont a parlé Rached Ghannouchi, suivi comme des soldats disciplinés par les différents responsables d’Ennahdha, a clairement montré ses limites.
La Tunisie et sa révolution jouissent d’une excellente aura à l’international, a dit à maintes reprises le M. Abdessalem. Toute la difficulté réside dans l’habilité à garder cette belle image et ce n’est certainement pas avec un ministre qui dénigre ses critiques en Tunisie et à l’étranger et ne maîtrise ni ses dossiers, ni l’histoire et la géographie de son pays, que cette belle image pourra être préservée.
«Les diplomates trahissent tout excepté leurs émotions», disait Victor Hugo. Monsieur gendre n’a même pas été capable de cela. Dommage!

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