Tunisie - Qui est Slim Riahi et que pèse-t-il sur l’échiquier politique

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Slim Riahi agace ou fascine. Deus ex machina qui sortira le pays du chaos à coup de liasses de billets, ironisent les premiers. Incarnation de la jeunesse conquérante pour d’autres. Dans tous les cas, le mystérieux milliardaire de 39 ans affole la rumeur sur la toile et dans les médias.
Nous connaissons très peu de choses de lui excepté les informations qui filtrent au compte-gouttes sur la page Facebook ou sur le site de son parti l’Union Patriotique Libre. Mais nous pouvons être sûrs que l’homme dépense sans compter pour asseoir la notoriété de son parti à travers une vaste campagne de promotion à travers les médias.
Un vide ou une absence de réglementation qui lui profite et qui dérange. Une mise en orbite qui ressemble au lancement d’un produit commercial. A se demander si l’UPL est vraiment un parti politique et si Slim Riahi possède une vision pour la Tunisie outre son ambition personnelle. Beaucoup de questions et quelques éléments de réponses…

Argent et politique font-il bon ménage ? Aux Etats-Unis un programme politique, un parti, un candidat aux présidentielles se vendent comme se vend n’importe quel produit de lessive, à coup de matraquage publicitaire, d’enquêtes-consommateurs et de positionnement marketing...
A chaque duel républicains-démocrates pour décrocher la magistrature suprême, un indépendant issu du monde des affaires vient jouer les troisièmes hommes. Les démocraties européennes se montrent plus strictes, le financement des campagnes politiques suit des règles strictes et la publicité y est interdite.

En Tunisie, les autorités ne se sont pas encore prononcées et certains partis ont exploité ce flottement. On citera les campagnes d’affichage du PDP et d’Ettakatol par exemple. La grande feria publicitaire ramadanesque, d’habitude grande foire annuelle des fabricants de yaourts, a été investie par un nouveau venu : l’UPL. Un parti politique qui diffuse ses spots, tournés par une grande agence de la place, entre deux tranches d’un feuilleton à succès.
Cela peut paraître de bonne guerre a priori.
Mais le hic est que la publicité n’a rien laissé filtrer sur les fondateurs du parti, son bureau politique, son programme, ni même sa couleur politique. Idem pour la page Facebook qui, lorsqu’elle a été lancée, n’informait en rien sur le parti. A peine s’ils n’avaient pas lancé un teasing s’empressent d’ironiser la communauté web. Résultat du premier round : le parti intrigue plus qu’il n’intéresse. Est-ce l’effet voulu et escompté.

Le nom du mystérieux nabab qui se cache derrière cette campagne est révélé plus tard : Slim Riahi. On lui prête un passé sulfureux. L’homme aurait amassé une grande fortune en Libye dans le pétrole et serait un proche d’un des fils de Kadhafi. Il approcherait les blogueurs influents et les cyberdissidents pour qu’ils fassent sa promotion. L’homme d’affaire s’investirait dans le social pour s’attirer les faveurs des plus démunis. Comme pour Ennahdha et le PDP, on l’accuse d’organiser d’ores et déjà l’achat des voix. Ajouté à cela qu’il finalise un rachat de 20% du quotidien Assabah. Et la curiosité se mue en inquiétude.

Accusations toutes démenties officiellement. Oui, Slim Riahi a créé des entreprises dans les domaines de la construction et des services pétroliers. Des entreprises qui disposent de clients sur trois continents. Mais l’homme d’affaires nie catégoriquement avoir un quelconque lien avec le clan Kadhafi. Son parti, « fondé par un groupe de patriotes », condamne, même, « les pratiques que certains utilisent en pensant acheter le vote de nos concitoyens ». « Son argent, il le mettra au service de la jeunesse ». L’homme d’affaires nie, également, son ambition de se présenter à la moindre échéance électorale.
Une absence déclarée d’ambition politique mais qui n’empêche pas Slim Riahi de peaufiner son discours. Un discours séduisant, adressé à la jeunesse (qui verse dans le jeunisme, diront ses détracteurs) essentiellement. Une coupure nette avec le passé est inévitable si on veut aller de l’avant, explique-t-il. Les jeunes ont réussi là où les partis politiques traditionnels ont échoué depuis 30 ans. Comment leur confier à ces partis l’avenir du pays alors, se demande-t-il. La manœuvre pour discréditer les poids lourds de la scène politique locale ne manque pas de finesse.

L’UPL dispose-t-elle d’un programme en bonne et due forme pour être « le rempart contre la confiscation du pouvoir » par l’arrière-garde, ou bien d’idées ou d’une démarche claire pour réussir la rupture ? Un modèle de société même ? Des étendards, des slogans, des crédos… Slim Riahi ne fait pas la différence et se contente de bonnes intentions comme tous les autres partis. Et il martèle son message encore et encore. La vocation (ou le fond de commerce) de l’UPL sera de gêner la classe politique traditionnelle. Et défendre « un modèle tunisien construit sur l’idée qu’une minorité ne peut détenir à elle seule la majorité des richesses et du pouvoir. » Beaucoup de littérature mais nous ne pouvons pas lui reprocher à lui seul de se contenter de rhétorique et d’effets d’annonce.

Slim Riahi bénéficie, clairement pour le moment, d’un effet de curiosité. Le personnage est atypique. Un halo de mystère entoure sa vie. Et l’inconnu fascine toujours, encore plus lorsqu’il est associé au pouvoir de l’argent. Pouvoir de l’argent qui fait peur après 23 ans d’un régime où l’affairisme, le clientélisme et l’appât du gain étaient légion. Pouvoir permis par le flou artistique qui caractérise actuellement l’organisation des partis et el financement des campagnes. Un vide légal qui n’est pas fait pour atténuer le risque (qui existera toujours) de collusion entre les politiques et les médias.
Sur la légitimité ou l’efficacité d’une telle démarche d’un point de vue politique, il faudrait relativiser l’impact de l’argent. La politique nécessite de la persévérance, de l’endurance. La vie d’un homme politique est jalonnée de turpitudes, de coups-bas, de traitrises, d’échecs. Nous l’observons en suivant la vie politique des pays occidentaux, le travail politique est un travail de longue haleine.

Et même en l’absence d’une vie politique à proprement parler, la Tunisie ne déroge pas à la règle. Les sondages d’opinion (pour ce qu’ils valent) disponibles l’attestent. Les partis et les hommes politiques qui bénéficient d’une certaine notoriété sont ceux qui occupent le terrain depuis Bourguiba et Ben Ali : Ennahdha et Ghannouchi, le PDP et Chebbi, Ettajdid et Ahmed Brahim, Ettakatol et Mustapha Ben Jaâfar… En politique rien ne sert de courir, il faut partir à point, pourrions-nous conclure.
Radhouane Somai
0 commentaires
@Tunisienne
Ergo sum |29-08-2011 09:07
Oui le suivisme est un phénomène qui n'est pas lié à un sexe bien déterminé, mais là on parle d'émancipation, les hommes n'en sont pas concernés, la nature, l'histoire, le divin... ont fait que l'homme était né émancipé, théoriquement!
Ces lois divines dont je parlais étaient dictées à l'homme au travers du livre sacré de l'islam qui est le coran, donc cela revient au même. Vous connaissez ce que c'est qu'un "hadith 9odossiye"? Donc la sunna est aussi importante, bref, j'explique que laïcité et islam ne peuvent pas s'accoupler!
"Pour être musulman, certes il faut avoir effectué les 5 piliers dont la prière et non l'apprentissage du coran" vous êtes en train de nous faire des fatwas:), ce n'est pas aussi facile que ça
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