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Tunisie - Chassé par la porte, le RCD revient par la fenêtre

Tunisie - Chassé par la porte, le RCD revient par la fenêtre

Béji Caïd Essebsi a jeté le pavé dans la mare sonnant la trompette du rassemblement. Le communiqué, où plutôt le brûlot, dressant une critique cinglante contre le gouvernement en place, a reçu l’approbation enthousiaste des « destouriens », « bourguibistes », « centro-modernistes »…
Un grimage de l’ex RCD et la mise en œuvre de la contre-révolution crient déjà les détracteurs. Mais la machine est déjà en marche et on parle, désormais, d’un front réformiste dans lequel les apparatchiks de l’ancien régime n’hésiteront pas à s’engouffrer. La nouvelle carte politique ne ressemblera pas à ce qu’on aurait cru pendant un moment…


Après la déculottée électorale des partis politiques s’autoproclamant pompeusement démocrates et progressistes, et leurs difficultés à encaisser le coup et se remettre sur pied, les observateurs se demandaient qui pourrait opposer une résistance crédible au rouleau compresseur d’Ennahdha. Après une entrée en matière plutôt poussive, des bourdes en répétition, l’éclatement de plusieurs scandales, la constatation qu’Ennahdha et ses acolytes ne sont qu’un colosse aux pieds d’argile s’impose. Les islamistes, conscients de leur fragilité, ont fini par abandonner leurs velléités hégémoniques et de contrôle sur l’appareil de l’Etat.

En vieux brisquard de la politique, Béji Caïd Essebsi ne pouvait rater une occasion pareille. En disciple de Bourguiba, il a eu le temps d’apprendre l’art de la cautèle. Une manœuvre bien ficelée et un coup asséné avec timing parfait peuvent ébranler un adversaire a priori plus puissant. Et l’offensive de l’ancien Premier ministre provisoire est un cas d’école. Celui à qui a été dévolue la mission périlleuse de mener le pays aux élections avec en prime peut-être une sortie honorable en tant que premier président de la nouvelle Tunisie, ne compte pas prendre sa retraite. En deux temps, trois mouvements, le voilà parachuté parangon et saint-protecteur du modèle moderniste à la tunisienne.

D’aucuns pensent que ce retour au premier plan n’est nullement fortuit. Béji Caïd Essebsi aurait été appelé en service commandé pendant la première période transitionnelle pour permettre le retour du RCD dans une seconde phase. Gilbert Naccache l’accuse, même, d’avoir imposé un mode de scrutin qui élimine les jeunes de la Révolution. La stratégie était, donc, de laisser pourrir la situation, léguer un pays en ruine aux islamistes pour permettre aux barons de l’ancien régime de reprendre les rênes en marchant sur des cadavres.

Personne n’avance de preuves pour étayer ce scénario hitchcockien. Mais force est de constater un retour au premier plan de plusieurs figures de l’ancien régime. Il ne fallait pas vendre la peau de l’ours. Ahmed Nejib Chebbi avait prévenu contre la dangerosité de l’article 15. Une position qui lui a valu l’opprobre de toute l’opinion publique. Une loi anti-démocratique justifiée par un contexte révolutionnaire et une unanimité populaire. Loin des projecteurs, les militants du RCD en ont profité pour reconstituer leurs forces, se refaire une virginité ou bien investir d’autres partis. Certains ont prêté main forte au cynique Hechmi El Hamdi assurant aux listes d’El Aridha des scores qui ont laissé pantois les observateurs les plus avertis.

Un bilan historique d’un demi siècle de parti unique aurait peut-être permis de réaliser un constat sans surenchères, sans passion, de découvrir les raisons des multiples dérives et de mettre en cause les responsabilités des uns et des autres. Le PSD et son rejeton le RCD n’étaient pas des partis politiques à proprement parler. Mais des Etats dans l’Etat, des instruments de contrôle et de domination avec lesquels il fallait composer pour quiconque voulait avoir une certaine influence. Une pieuvre protéiforme rassemblant des commis de l’Etat, des hommes d’affaires, des opportunistes sans scrupules mais aussi tous ceux qui étaient animés par quelques velléités réformistes…
La fusion des treize partis « destouriens » réalisée sous la houlette de Mansour Moalla, si on se tenait aux règles démocratiques du vivre ensemble, n’aurait pas dû poser problème. Dans une démocratie, on sanctionne par les urnes. Si ce n’est que certains des protagonistes revenant sur les devants de la scène seraient impliqués directement dans les dérives répressives et liberticides perpétrées par l’ancien régime.

Deuxième bémol à relever concernant ce comeback est la teneur du discours. Quand on écoute les interventions médiatiques des derniers jours de Lotfi Mraïhi ou de Kamel Morjane, on constate très peu d’allusions aux valeurs démocratiques. Des positions très conservatrices où il est souvent question de sauver ce qui reste des institutions de l’Etat, de refuser les oppositions idéologiques et de faire front contre les forces obscurantistes. La même rhétorique, le même chantage que sous Bourguiba ou Ben Ali : choisir entre la déferlante islamiste ou un régime autoritaire vaguement moderniste.
Les Tunisiens ont peur. Ils ont peur à tel point de voir en Béji Caïd Essebsi le sauveur de la République. Les visées politiques de ce dernier ne sont pas encore parfaitement claires. Ses ambitions sont-elles personnelles ? Souhaite-t-il réunir autour de lui un large front d’opposition dans lequel les anciens du régime auraient un rôle à jouer ? Ou se contenterait-il de jouer un rôle de fédérateur pour baliser le terrain en faveur d’une nouvelle génération de « modernistes » ?

Quels que soient ses objectifs, ce qui s’annonce est la remontée en scène des enfants de Bourguiba. Les fidèles « destouriens » contre les fils ingrats d’Ennahdha. L’ironie de l’histoire c’est que le discours des islamistes a plus évolué que celui de ses adversaires. Les « destouriens » se sont contentés d’une petite opération de toilettage, la réhabilitation de Bourguiba, l’élimination de Ben Ali (cause de toutes les plaies qui ont ravagé la Tunisie) mais le discours est le même : la nécessité de l’union nationale, le prestige de l’Etat, la préservation des institutions, le spectre de l’obscurantisme… La même rhétorique du RCD.

Pour entendre parler d’Etat de droits, de droits de l’Homme, de libertés civiques, d’opinion, de réforme de la justice et de la police…, il faut se diriger vers Samir Dilou. Pendant que Béji Caïd Essebsi émaille toutes ses phrases de versets coraniques. A se demander si cette opposition entre modernistes (un tantinet conservateurs) contre islamistes ait encore une raison d’être.

Radhouane Somaï

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Commentaires

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El mehdi elmontathar
| 06-02-2012 03:53
Si Somaii!! Brabi yezzi bla tbadir el Samir dilou

Hlouwa mennek yesser "Pour entendre parler d'Etat de droits, de droits de l'Homme, de libertés civiques, d'opinion, de réforme de la justice et de la police', il faut se diriger vers Samir Dilou"

t'es trop fort! je me demande meme combien buisness news te paye! sur ce style d expert!

Samir dilou c'est notre menteur national! :))

PASDUPE
| 03-02-2012 16:23
on est pas dupe, ton article est très orienté!!
Cette rengaine de bourguibiste RCDiste a assez durée. Ce qui compte pour la Tunisie c'est en premier lieu sortir de cette crise sociale. Toutes les formations politiques sont les biens venue du moment qu'ils constituent une coalition nationale contre GHANNOUCHI le Calife machiavélique et tous ceux qui partagent ses visés.

La tunisie n'est plus la même pour vouloir retomber sous le joug d'un parti. Quand à BCE c'est un homme d'expérience qu'on doit écouter ce qu'il a à dire mais il ne sera jamais président ou quoi que ce soit!! Place à la nouvelle génération!!
Ce qu'il nous faut c'est créer des gardes fous et des contres poids pour éviter les dérives!!
C'est la démocratie!!
Le parti de ghannouchi il ne l'est pas et ne peut être modéré: chasse le naturel il revient au galop!! la preuve!!

observator
| 02-02-2012 16:03
"Les tunisiens ont peur. Ils ont peur à tel point ils voient dans bce le sauveur de la republique". quelle phrase de propagandiste d'un age révolu.
Mais de quels tunisiens vous parler ?
Des anciens rcd et les corrompus, certainement mais ce n'est pas nouveau.
Donc vous n'apportez rien de nouveau, nous savons que l'ancien regime corrompu tente de revenir au pouvoir et que bce a été nommé par eux pour noyauter la révolution.
C'est tellement evident et maladroit de sa part qu'il a tiré sur le gouvernement presque dés son départ. Tout le monde a compris son jeu. Il est vraiment bete et sa tentative est primitive. En tout cas, le peuple tunisien saura défendre pacifiquement ses acquis si la necessité se fait sentir. bce et cie rcd ne doivent pas l'oublier. Par les urnes, ils seront battus. L'auteur est coutumier de tels fantasmes. Et on voit les commentaires des nostalgiques de la dictature. L'histoire est en marche et les tunisiens sont resolus à construire un etat moderne avec la participation de tous ses enfants pour tous ses enfants. Le faux paternalisme corrompu est fini. Le regionalisme raciste de bourguiba et cie est terminé.

bensassi
| 02-02-2012 11:59
Le tunisien est ingrat,sinon comment expliquer ces critiques acerbes contre le parti qui a libéré le pays au prix de milliers de vrais martyrs et bati une société des plus modernes dans la région arabo-africaine,certes il y a eu dérive du pouvoir sous ben ali durant les dix derniéres années,cette dérive n"a pas concerné uniquement l'Etat mais aussi le Parti RCD et il est certain que les militants de ce Parti ont laché ben ali et ses hommes comme toute la population

Giuliano Gemma
| 01-02-2012 22:47
L'RCDiste Propre et Honnete ne retourne jamais la veste. Il se sent fier de son oeuvre dans l'édification de la Tunisie moderne. Les pauvres militants rcsistes ( et non destouriens) qui se comptent par centaines de milliers ont été abusés et trahis avant la Révolution et médités après.
Par leur exclusion on ne risque plus de les voir un jour sur la scène politique. Ils sont démissionnaires et en retraite éternelle.
Ils sont reconnaissant à tous ceux qui les ont dégagés Mais ils restent RCDISTES sans parti.

Lyne
| 01-02-2012 20:55
je ne suis pas du tout d'accord avec cette analyse, je ne pense pas que les Rcdistes pourront reprendre le pouvoir, vous faites une fezzâa pour rien

drmn
| 01-02-2012 19:07
,@amouna
mademoiselle ou madame amouna ( amani)
il faut lire en profondeur pour dire objectif

drbmn
| 01-02-2012 18:46
ceb est la main invisible de la france. il n'a aucune appartenance arbo-musulmane. c'est un opportuniste politique qui a bien lutté discrétement contre ahmed ben salah par instruction wessila ben ammar. qu'on ouvre le dossier du ministére de l'intérieur au temps de ceb.

Heba
| 01-02-2012 18:17
http://www.reuters.com/article/2012/02/01/tunisia-economy-idUSL5E8CO1XC20120201

Cette derniere depeche de Reuters dresse un bilan economique preoccupant pour la Tunisie.

Mohamed 2
| 01-02-2012 18:06
http://nawaat.org/portail/2012/01/30/lalzheimer-politique-des-elites-tunisiennes/

@citoyenne tunisienne:
Le problème de BCE c'est justement qu'il n'a pas et ne peut pas avoir d'ambitions personnelles, mais prépare le terrain pour d'autres, n'ayant aucun feeling avec les jeunes et les pauvres qui ont secoué les bassins miniers en 2008 et fait ensuite la révolution.

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