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Les législatives : Une affaire d'égos

Les législatives : Une affaire d'égos

Demain, 22 août 2014, sera le premier délai pour le dépôt des listes électorales pour les élections législatives. La composition des fameuses listes s'est faite dans la douleur dans la plupart des partis, y compris les plus disciplinés d'entre eux. Tout le monde ne pouvait pas être sur les listes et il y a eu plusieurs mécontents. Ces derniers se divisent entre ceux qui ont fait des sorties médiatiques remarquées pour exprimer leur déception et ceux qui se sont rabattues sur la solution boiteuse des listes indépendantes.

Les recalés se comptent par dizaines et couvrent presque la totalité du spectre politique tunisien. Les choses se corsent quand il s'agit des deux plus grands partis tunisiens, qui ont théoriquement le plus de chances de gagner, Nidaa Tounes et Ennahdha. Ceci n'empêche pas que même dans les petits partis, les candidats jouent des coudes pour arracher le précieux sésame de la tête de liste.

A eux deux, ces deux partis ont concentré l'attention médiatique. Pour Nidaa Tounes, la grande polémique a été la nomination de Hafedh Caïd Essebsi, fils du président du parti, en tant que tête de liste à Tunis 1. Cette nomination a suscité l'ire des adversaires mais a aussi provoqué la colère de plusieurs membres du parti et d'une large part de ses sympathisants. Les détracteurs de Hafedh Caïd Essebsi ont pointé son inexpérience, l'absence de tout militantisme politique à son actif et surtout sa proximité avec le décideur principal, Béji Caïd Essebsi. L'accusation de népotisme a été formulée, reformulée et développée pour montrer surtout que Nidaa Tounes agit comme le RCD en attribuant les postes et les têtes de liste sur la base de la proximité familiale et celle des intérêts.

Certains, comme Tarek Kahlaoui, se sont même permis des moqueries à ce propos en incluant le nom de famille des Caïd Essebsi. Il y a eu également la sortie médiatique de Faouzi Elloumi sur Hannibal TV dans l'émission de Nizar Chaâri. Le président de la commission électorale du parti avait déclaré : "Personne n’était d’accord sur cette nomination. C’est son père, en tant que président du parti et l’homme qui tient les rennes, qui a voulu que son fils soit en tête de cette liste". C'est ainsi que ce personnage important au sein du parti a jeté un gros pavé dans la mare. Cette déclaration lui a d'ailleurs valu le gel de son adhésion au parti en attendant un passage devant le conseil de discipline.

Suite à cette fronde générale, Béji Caïd Essebsi, d'un commun accord avec son fils, a décidé de retirer à ce dernier la tête de liste de Tunis 1 pour le remplacer, probablement, par l'ancienne ministre, Faïza Kefi. La polémique a été à moitié éteinte à travers ce rétropédalage de la part du chef du parti Nidaa Tounes. Mais les soucis du parti sur cet aspect ne sont pas finis.

En effet, les coordinations du parti à Zaghouan refusent de pied ferme le candidat désigné par le parti, Mohamed Ramzi. Ils en sont arrivés à menacer de démissionner de leurs postes et n'hésitent pas, y compris au JT de 20h de la Wataniya 1, à accuser la personne désignée d'incompétence et de manque d'intégrité.

Ennahdha n'est pas en reste. La composition des listes ne s'est pas faite sans encombres. Le cas le plus médiatisé a été celui de Sonia Toumia. Cette dernière n'a pas hésité à se répandre en larmes sur les ondes de Mosaïque FM pour exprimer sa déception et sa colère de ne pas être reconduite dans les listes du parti. Selon la députée amatrice de la langue française, c'est le courage de ses positions qui a dérangé le parti. En guise de représailles, Ennahdha aurait décidé de l'écarter. Zied Laâdhari, porte-parole officiel du parti islamiste a réagi en déclarant simplement que l'absence de Sonia Toumia des futures listes du parti a été décidée sur la base de ses performances à l'ANC qui ont été jugées insatisfaisantes.

La réplique de l'élue ne s'est pas faite attendre. Sonia Toumia n'a pas hésité à traiter son collègue de parti et d'assemblée "d'intrus" et s'est demandée, littéralement, « qui est lui pour me juger ? ». Au-delà de cette anecdote concernant Toumia, Ennahdha a opéré un vrai lifting concernant la composition de ses listes. Des piliers historiques du parti ont été écartés des listes à l'instar de Sadok Chourou et de Habib Ellouze. Officiellement, c'est leur choix. Habib Ellouze, par exemple, a déclaré qu'il souhaitait se consacrer à la prédication et au travail de terrain. Par conséquent, c'est lui qui aurait décidé de ne pas se présenter aux législatives. Rien par contre du côté de Sadok Chourou. On ne peut s'empêcher de voir une volonté du parti Ennahdha de présenter des listes plus "séduisantes" dans une volonté globale de lissage de l'image du parti. Cette théorie se trouve accréditée par la réintégration de Abdelfattah Mourou en tant que tête de liste sur Tunis 2 alors que celui-ci s'était porté candidat de manière indépendante lors des élections précédentes.

D'autres partis sont concernés par cette problématique comme Al Joumhouri. Même si l'initiative du parti de déterminer la composition des listes par le vote est inédite et louable, Rabeh Khraïfi a un autre avis. Dans un texte de sa composition à l'adresse des habitants de Jendouba, Rabeh Khraïfi dénonce la marginalisation des régions de l'intérieur et critique la décision du bureau politique du parti de l'exclure de la tête de liste de la circonscription. Heureusement pour lui qu'il atterrit sur les listes de l'Alliance démocratique et qu'il pourra se porter candidat sur sa circonscription.

Les exemples illustrant ce type de déconvenues pour certains députés sont légion. Cela illustre la taille de l'égo de chacun des candidats non reconduits. Les justifications vont de l'attaque personnelle à la mise en cause du parti. Les candidats peinés de ne pas avoir de place sur les listes n'hésitent pas à suggérer que le pays sera perdant s'ils ne sont pas réélus à leurs postes de députés. Le bilan des travaux de l'ANC sur les trois dernières années aurait tendance à discréditer fortement cette thèse.

Marouen Achouri

Credit photo : Mohamed Zmerli

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Commentaires

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Héla
| 22-08-2014 18:10
Soyons sérieux, le pays l'exige! Au départ et dès la déconvenue des élections d'octobre 2011, il a été question de sauver la PATRIE en DANGER face aux forces fascistes agissant au grand jour dans l'impunité totale, ces tenants d'une pseudo-religiosité à deux balles qui font de la religion de la majorité du peuple leur fonds de commerce privé.
Donc, nous avons-là un ennemi commun de l'ensemble de la communauté nationale, toutes tendances politico-idéologiques confondues, qui s'oppose à ce fléau venu d'ailleurs. A l'approche des nouvelles élections, les barons des partis d'ici et de là reprennent leurs vieux démons par les réflexes des années 70 & 80, ce qui objectivement fait le jeu des forces réactionnaires et antinationales qui font commerce de religion. La question ou le tour de force demeure malgré tout pour savoir comment évincer aux urnes ces transfuges de l'Internationale des Frères Musulmans, leurs mercenaires et leurs manchots aux mains tachées de notre sang, malgré l'éparpillement des voix qui s'annonce : voilà le vrai dilemme, clair, précis, immédiat et sans état d'âme. Comment voter dans ce but précis ?
Si jamais ce nouvel effritement des voix venait à nous renvoyer au résultat pitoyable déjà vu d'octobre 2011, la terrible responsabilité, à la limite de la trahison, retomberait sur tous les partis, tous au même titre par leurs carences et leur aveuglement. Nous en arriverions alors à reprendre en écho la clameur des insurgés(es) qui ont abouti au 14 Janvier : Qu'ils s'en aillent TOUS !!! Ensuite il faudra à nouveau relever les manches pour reprendre le flambeau des insurgés de décembre 2010-janvier 2011, avec en première ligne celles et ceux qui ont été invisibilisés(es) et ignorés(es) depuis trois ans : les damnés des régions à l'agonie, les laissés pour compte partout ailleurs, les femmes et les jeunes. Lorsque la Patrie est en danger, c'est aux patriotes de lever l'étendard quoiqu'il en coûte.

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