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Le destin de 11 millions de Tunisiens, otage du majlis de la choura d'Ennahdha

Le destin de 11 millions de Tunisiens, otage du majlis de la choura d'Ennahdha
Mais qui gouverne en Tunisie ? Certains, à la vision courte, nous diront que c’est la Troïka. Mais les Tunisiens, dans leur majorité, sont désormais avertis et bien avertis. Ils savent, ainsi, que c’est le parti islamiste qui dirige le pays d’une main de fer. Plus encore, c’est ce fameux majlis de la choura qui commande.

On l’a vu, en effet, à l’occasion de la dernière crise gouvernementale. Tout se décide lors des réunions de ce majlis. C’est dire que le destin de plus de onze million de Tunisiens se trouve entre les mains de quelque 150 personnes, pour la plupart des gens qui n’ont aucun sens de l’Etat et de l’intérêt de la Nation.

Pour eux, seuls les intérêts du parti islamiste qui comptent. Comment peut-il en être autrement avec les membres de cet appareil dominé par des faucons tels les Sadok Chourou, Habib Ellouze, Mohamed Ben Salem et obéissant à leur guide qui a pour nom, Rached Ghannouchi ?
 
C’est le majlis de la choura qui donne son aval à un tel ministre ou un autre. C’est le majlis de la choura qui décide si Ennahdha doit « céder » tel département ou tel autre. Comme si le gouvernement était la propriété privée de ce parti, une sorte de gâteau, comme diraient les Moncef Marzouki et Sihem Badi, à répartir selon les desiderata d’Ennahdha.

Et dire que tous les Tunisiens semblent condamnés à subir cette nouvelle dictature. Du moins, ils l’ont subie jusqu’à présent. Mais force est de reconnaître que si on en est là à être sous la coupe d’Ennahdha, c’est aussi et surtout par la faute du CPR et d’Ettakatol, deux partis qu’on croyait démocrates et modernistes.

En effet, l’Histoire ne pardonnera jamais à ces deux formations politiques, désintégrées depuis, d’avoir hypothéqué les chances de la Tunisie de réussir l’étape transitoire vers une véritable démocratie en acceptant d’être partenaires d’un parti qui ne croit pas à la démocratie.

Le CPR et Ettakatol voulaient croire au subterfuge d’un gouvernement dit d'intérêt national pour avoir les deux autres présidences de la République et de l’Assemblée nationale constituante et quelques autres miettes au sein du gouvernement.

Ces deux partis évoqueraient, probablement, leur bonne foi et leur préjugé favorable quant aux bonnes intentions du parti du guide Ghannouchi. Mais, avec le temps, ils ont dû, sûrement, s’apercevoir du contraire et qu’Ennahdha se servait d’eux pour embellir son image à l’étranger et pour s’assurer de la majorité au sein de la Constituante.

Le CPR et Ettakatol pouvaient, donc, quitter le bateau, mais le gâteau est tellement appétissant et délicieux qu’ils ne pouvaient délaisser les privilèges que leur octroyaient ces portefeuilles ministériels !

Et jusqu’à présent et en dépit de la crise, si Ettakatol semble avoir pris ses distances avec le mastodonte d’Ennahdha, le CPR continue à être plus royaliste que le roi s’agrippant, bec, ongles et dents, aux chaises.

Le résultat est là : le parti islamiste dicte, plus que jamais, sa loi, celle du plus fort ou de ce qu’il croit être comme tel. On les a vus, ces dirigeants d’Ennahdha se pavaner sur les différents plateaux des chaînes de télévision, pour nous débiter leurs discours et leurs visions.

Le Majlis de la choura, actuellement en réunion à La Marsa, est en train de décider pour les onze millions de Tunisiens après avoir éjecté Hamadi Jebali parce qu’il n’a pas obéi aux ordres qu’il lui a dictés.

Mais il faut dire que M. Jebali, qui vient de faire une sorte d’adieu au peuple tunisien, a prêté le flanc en tempérant et en hésitant, ce qui a donné le temps à son parti, visiblement déstabilisé après l’assassinat de Chokri Belaïd, de se ressaisir, de se réorganiser et de mettre au point sa riposte.

Pourtant, nombreux étaient les conseillers et les juristes de renommée qui l’ont exhorté de procéder au remaniement parce qu’il pouvait légalement le faire et que, de ce fait, il mettait ses détracteurs et devant le fait accompli et devant leurs responsabilités historiques.

Ennahdha se serait trouvé devant un dilemme : soit il obtempérait, et M. Jebali aurait été, dans ce cas, le sauveur du pays ; soit Ennahdha déposait une motion de censure pour faire chuter le gouvernement et, dans ce cas, ce parti aurait été, aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale, comme étant la partie qui, par son esprit hégémonique, faisait caboter le plan de sauvetage.

Or, Hamadi Jebali n’est pas allé jusqu’au bout et le résultat ne s’est pas fait attendre, à savoir le blocage, la démission et un parti islamiste qui reprend du poil de la bête pour faire, désormais, cavalier seul sur la scène politique.

Et maintenant, M. Jebali est sorti pour réitérer l’annonce du flop de son gouvernement et de s’excuser auprès du peuple tunisien. Il tient tout le monde pour responsable de cet échec : gouvernement, partis au pouvoir, formations politiques, organisations nationales (UGTT et UTICA), peuple et médias.

Une remarque à ce propos. Pourquoi cette énième pique contre les médias qui n’avaient rien fait d’autre que leur devoir d’attirer l’attention sur les dérives de la classe gouvernementale et de crier à l’échec, ce qui vient d’être confirmé. Ces médias, qu’on accuse, à tort, ont prouvé qu’ils savaient être positifs lorsqu’il le faut. Pour preuve, le soutien inconditionnel ou presque qu’ils ont apporté à l’initiative du chef du gouvernement démissionnaire
 
Mais ces excuses et ces aveux, après quoi ? Après avoir remis, directement ou indirectement, les rênes du pays carrément entre les mains de Ghannouchi et son majlis choura.

Ce majlis qui se réunit et décide tout seul. En effet, depuis le 6 février 2013, on n’a pas entendu parler de concertations entre Ennahdha et ses deux partenaires, désormais, traités avec dédain et mépris.

Il est impératif de rappeler au parti islamiste qu’il doit voir en face sa véritable stature dans le sens où il ne peut parler que de légitimité relative. Car depuis quand se targue t-on d’être légitime avec 1,5 million de voix sur 11 millions citoyens tunisiens ?! Depuis quand prétend-on gouverner alors qu’on est élu, avant tout, pour élaborer la constitution et gérer les affaires courantes pour une période transitoire limitée dans le temps à un an ?!

Et aux dernières nouvelles, ce sont Noureddine Bhiri et Mohamed Ben Salem qui sont les seuls candidats pour succéder à Hamadi Jebali. Or, le premier ne fait même pas le consensus autour de lui au département de la Justice, et le second passe pour être un des faucons façonnés par le guide Rached Ghannouchi.

Et l’opposition dans tout cela ? Peut-on la blâmer parce qu’elle a cru en l’initiative de M. Jebali et de l’avoir soutenu ? Certes non, mais on peut lui reprocher son manque de fermeté et l’absence d’un bloc solidaire lorsque le parti islamiste a fait ressortir ses griffes.
 
Quelles perspectives ? Au risque de paraître pessimiste, nombreux sont ceux qui s’attendent aux pires des scénarios que tout le monde prévoit, car franchement, il est inadmissible qu’un majlis de la choura d’un seul parti, qui n’a obtenu que 1,5 million de voix, tienne en otage le destin de 11 millions de Tunisiens !

 

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Commentaires

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Kastalli Cherif
| 16-08-2013 18:38
Moi j'ai vu comment Mejless Echoura a imposé Abdelmajid Azar un des leurs à la tête de l'UTAP

C4
| 25-02-2013 10:14
Tout à fait d'accord avec vous.C'est si bien dit que je n'ai rien à rajouter sinon que de lire et relire ce beau commentaire.En effet , c'est ce que mérite la majorité du "peuple"....

R.T
| 25-02-2013 09:13
Les problemes des tunisiens sont plusieurs et représentent un ensemble de failles dans tous les sens de notre vie courante.La preuve c'est que les gens ne reclament plus uniquement le pain ,mais aussi le carnet de soins pour faire face aux maladies provoquées par leur situation alarmante.Faites votre bilan en ce sens et reflechissez à la solution.Comme on le dit il vaut mieux prévenir que guérir! Le monstre géant qui s'attaque à nous necessite un coup de maître avec des gros moyens intellectuels , du savoir faire,une vision large au sujet et un diagnostic approfondi sur tous les elements du système non adapté au bon fonctionnement d'une vie correcte=simple+normale+modeste+tolerante ..=GAIE De nos jours" L'AS prend tout" ne marche plus ! Soyez un peu plus morale et raisonable pour reussir coup.Merci aux concernés de réagir a.s.a.p. et nous prouver les vrais faits.

Rise
| 25-02-2013 07:56
Décidemment démocratie et citoyenneté au sens véritable du mot sont inaccessibles à la plupart des tunisiens.

L'équipe mise en place est là pour gruger les résultats des élections

La tricherie et le mensonge sont plus maîtrisables par les voyous d'Ennahdha que le travail, l'intelligence et l'ouverture d'esprit.

Cette "voyoucratie" sied d'ailleurs à notre "peuple" : elle répond aux mentalités et comportements majoritaires en 2013 .

Voila pourquoi Ennahdha est dans son élément et peut agir même minoritaire.

Les gens éclairés, en diapason avec l'évolution du monde civilisé - ô combien à l'opposé de cette "Tunisie" - sont minoritaires et étrangers dans leur propre pays : voilà pourquoi Ennahdha peut installer dans la passivité générale une nouvelle dictature tout aussi ignoble que celle de Ben Ali

Nous avons les dirigeants que la majorité du "peuple" mérite

hatem
| 24-02-2013 22:56
Seuls les intérêts du parti islamiste comptent Ils sont tous arrognant, remplis de haine, de mépris, rancunier, ils sont des imcompetants de premiere catégoris, le malheur est venir, mais eux s'en fouttent, ils puisesent leur fond de commerce au nom D'allah, et voila que le Gourou n'ayant aucun sens du protocole, met le feu au poudre avec France, Ces charlatants prennent un plaisir a faire plonger le pays dans le chaos.

rebelle
| 24-02-2013 17:09
tout a votre honneur citoyen vu mon passé et mon experience il est de mon devoir d'eclairer mes concitoyens sur ce qui se trame dans notre cher pays et les enjeux qui s'en suivent
il n'est pas CHAVEZ qui veut

Citoyen
| 24-02-2013 12:12
Merci pour vos commentaires.
Je crois qu'il est très important d'ouvrir grand les yeux (ce qui est votre cas) sur la duplicité et le cynisme des islamistes et de leur chef, en particulier.

rebelle
| 24-02-2013 10:24
votre raisonnement sur le premier ministre issus du parti majoritaire est la regle néanmoins chez nous ce chef de gouvernement est tenu en laisse par le chef du parti qui decide de tout et manipûle a sa guise le gouvernement provisoir ,les 2presidents et l'ANC
tous les tunisiens ont reperé la duperie et ca c'est INEDIT
toutes ses interventions mediatiques nous donnent un apercu sur le personnage machiavelique ,fourbe ,deloyal et hypocrite
REPONSE A CITOYEN je suis totalement d'accord avous sur sur les tergiversations de ce personnage machiavelique qui se met devant la scene et montre ses dents sans que personne n'ose le mettre a sa place
le confronter et ca c'est INEDIT

Observateur Etranger
| 24-02-2013 08:35
Réponse @ The Mirror |22-02-2013 10:42

Vous défendez le résultat électoral de la Nahda islamiste contre les argument du journaliste.

- Vous chiffrez le nombre de la population allemande, française, anglaise, américaine et russe, mais vous NE DONNEZ PAS LA PROPORTION de votants sur cette chiffre,
- vous n'évoquer pas dans le cas tunisien la corruption du peuple en misère dans le sud auquel on offre des... moutons,

- vous vous taisez sur la prêche politique DANS LES MOSQUÉES du pays, qui était formellement interdite, en créant la CONFUSION TOTALE entre RELIGION et PARTI ! (au moins pour les pauvres esprits pieux),

- et ENFIN vous GLISSEZ sur le climat de VIOLENCE SALAFISTE monté par ce parti aux griffes mafieuses (comme celle de l'émir Ahmad du Qatar... pour nous entendre...), violence et ASSASSINATS...

en politique on ne l'accepte PAS ni en Allemagne, ni en France, ni en Angleterre, ni en Amérique et ni moins en Russie (aujourd'hui!) et ce serait une HONTE pour cette MAFIA d'Ennahda que la Tunisie devrait l'accepter pour aller vers l'Algérie du FIS et du GIA que M. Larîdh (avant de se faire prononcer « Larayedh » par ses copains qataries ) admirait en 1991!!

Observateur en Tunisie
| 24-02-2013 07:40
Vous avez les mots justes, la logique conséquente pour démonter le grand jeu de scène de ce parti frauduleux, et MAFIEUX, Ennahda, qui se retiens le patron du pays tunisien, quand par contre il est AU SERVICE d'un LOBBY mafieux et pétro-financier, à forte participation qatarienne, et avec mobilisation de l'intelligence anglo-américaine dans la gestion de la politique intérieure... Les Tunisiens, dans leur grande majorité, ONT LES MOYENS de COMPRENDRE la RÉALITÉ, malgré toutes les basses démagogies qu'Ennahda est en train de jouer ! Le peuple a DROIT à la VÉRITÉ de cette "révolution de jasmin" qui est une opération montée sur le dos du peuple tunisien souffrant la dictature et qui, dans le dessins de CETTE LOBBY dont Ennahda est la FILIALE régionale, doit retourner à la DICTATURE, plus primitive encore, celle ISLAMISTE ! C'est mon opinion bien maturée, par observation et analyse rapprochée que le cheikh-moukhabarat Rached Ghannouchi est arrière cet appareil de mainmise de l'intelligence britannique, dont il est un membre actif depuis au moins une dizaine d'années, etqui a donné l'aval à l'opération meurtrière des snipers (les "qannasa") qui ont tué des citoyens innocents dont on ne parle même plus! Et TOUT CELA pour s'installer au pouvoir et rêver, dans sa paranoïa politique au galop, de faire le "bis" de Khomeyni, son idole de jeunesse et son modèle politique par excellence. La tragédie EST que l'Excellente Hypocrisie politique anglaise avale ses man'uvres mafieuses! comme elle avait avaler le coup d'Etat de Khomeyni en 1979, pour en perdre le contrôle en suite.... Les Tunisiens doivent regarder l'Histoire (par documentaires, recherches, etc sur l'Iran..) pour ne pas la RÉPÉTER... Merci de dévoiler le DIABLE en jebbah et chèche, qui se moque de la démocratie et il est MAÎTRE du MENSONGE....

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