La déstabilisation de l’Algérie : scénario d’horreur pour la Tunisie !

Businessnews.com.tn | publié le 10/11/2017 16:07

Par Mehdi Taje

 

Le monde d’aujourd’hui est caractérisé par une nouvelle fluidité bousculant l’ensemble des repères traditionnels. Loin de la fin de l’Histoire prônée par Fukuyama, nous assistons à une accélération de l’histoire. Ce monde en transition est marqué par une instabilité et une imprévisibilité accrues, générant des risques de conflits et d’escalade élevés[1]. La mondialisation, de plus en plus contestée, a fait voler en éclat les « amortisseurs de chocs » qui permettaient une certaine régulation du monde. Nous subissons de plein fouet une évolution stratégique majeure : le dérèglement du système international avec l’apparition d’ordres ou de désordres alternatifs. Cette nouvelle réalité d’un monde en transition, d’un monde bousculé, brisé, voire semi-chaotique, remet en cause nos grilles d’analyse traditionnelles et génère plus d’incertitude et une multiplication-diversification des menaces et des risques. Dans ce « monde rétréci », une secousse, même lointaine, ne peut plus être ignorée par les autorités tunisiennes. Que dire d’un tremblement de terre à l’instar d’une déstabilisation de l’Algérie à notre frontière Ouest conjuguée au chaos libyen à notre frontière Est ? Partons d’un postulat : la stabilité de la Tunisie et la pérennité du processus démocratique sont étroitement corrélés à la stabilité de l’Algérie. Le monde arabe est en ébullition et l’Arabie Saoudite secouée par des turbulences inédites dans son histoire. A la lecture d’un article du NYT[2] en date du 7 novembre 2017, il convient de saisir les ressorts des bouleversements en cours. Conscient des défis économiques, sociaux, politiques et stratégiques pesant sur son pays demeuré captif d’une « gérontocratie » manquant de vision et prisonnière de schémas du passé, MBS (Mohammed Ben Salman) est un homme pressé, peut-être trop pressé, risquant d’engendrer une déstabilisation du pays préjudiciable à la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient. Le diagnostic posé est bon : l’après pétrole doit être d’ores et déjà conceptualisé et le régime de gouvernance repensé : « l’alliance entre le sabre et le turban » doit être revue[3].

Au nom de la lutte contre la corruption, MBS a initié une triple offensive spectaculaire : offensive contre ses rivaux, offensive contre le « clergé » conservateur vecteur du wahhabisme et offensive diplomatique positionnant l’Arabie Saoudite à la tête d’une espèce « d’OTAN arabe » tourné vers l’ennemi désigné par les Etats-Unis et Israël, la puissance iranienne émergente et pivot de l’axe chiite réfractaire soutenu par la Russie et la Chine. Le Liban est déjà pris dans l’œil du cyclone. Selon M. Friedman, MBS, de concert avec le prince héritier des EAU Mohamed Ibn Zayed, est en voie de transformer l’Arabie Saoudite d’une « monarchie conservatrice où les décisions étaient prises entre sept clans de manière consensuelle vers un Etat gouverné par une seule famille : this is no longer Saudi Arabia. It is becoming Salman Arabia ». Déjà enlisée au Yémen, l’Arabie Saoudite risque de se retrouvée confrontée à une lutte féroce sur le plan intérieur et à une guerre précipitée et mal évaluée contre l’Iran et ses alliés sur le plan extérieur précipitant le pays dans une dynamique non maîtrisée car trop rapide remettant en cause la stabilité et la pérennité du pays figurant, depuis les plans de Ralph Peters en 2006, dans l’agenda de certaines officines américaines aspirant à la balkanisation du Moyen-Orient.


Les secousses moyen-orientales et la reconfiguration en cours des alliances n’épargneront pas la scène maghrébine. La Libye, ouvrant la voie à la militarisation de la profondeur sahélienne, fut l’étape liminaire marquant le point de départ de la grande manœuvre stratégique. La lutte contre le terrorisme islamiste, certes réel, en est la caution.

 

La reconfiguraion du Maghreb

« Jazirat el-Maghreb », la presqu’île du couchant des géographes arabes, présente une personnalité stratégique singulière. L’identité maghrébine a été façonnée par une histoire aux apports multiples et divers. Le Maghreb « strictu sensu » est l’ensemble des hautes terres qui frangent au nord le continent africain face à l’Europe : le théâtre maghrébin est ainsi « tiraillé entre trois zones d’influence africaine, européenne et moyen-orientale ».

L’enlisement du projet de Grand Maghreb, paralysé par des ambitions géopolitiques inconciliables et des conflits non surmontés, ouvre la voie à d’autres acteurs décidés à peser sur les équilibres stratégiques du théâtre maghrébin : forte présence des Etats-Unis avec des projets empiétant sur le champ d’influence traditionnel des pays européens de l’arc latin et aspiration à évincer les puissances rivales ; percée géopolitique de la Chine avec pour objectif de se positionner en acteur significatif en Méditerranée et retour en force de la Russie. A terme, une redéfinition de la carte des influences et des ambitions au Maghreb est à prévoir.

Le Maghreb se posant en non acteur dans sa propre région laisse flotter la conviction que les pays concernés se perçoivent comme la périphérie d'un centre qui se situe hors d'eux-mêmes et dont ils attendent la stratégie organisatrice, qu'il s'agisse de l'Europe, des Etats-Unis, de l'Afrique, du monde arabe ou de toute autre entité. La menace, dans ce contexte, est la dilapidation du Maghreb dans son essence géopolitique, c'est-à-dire la régression de l'entité politique et historique en simple contiguïté géographique dont la régulation géopolitique est subordonnée à l'initiative des puissances extérieures. La centralité maghrébine est aujourd’hui menacée. Travaillé par ces forces centrifuges, cet espace ne parvient pas à trouver son point d’équilibre.

La Tunisie est ainsi confronté à court terme à un ordre régional instable, volatil, déphasé, fragmenté, marqué par des inégalités relativement aux étapes du processus démocratique et susceptible, selon l’évolution de la situation, d’aboutir à une reconfiguration de la carte régionale. Cette nouvelle architecture régionale aux équilibres précaires est susceptible de contrarier ou de porter atteinte au processus démocratique en Tunisie.


L’Algérie, le colosse aux pieds d’argile

Sur un plan géopolitique, l’Algérie, accrochée au littoral méditerranéen et s’enfonçant vers le sud par un large appendice saharien qui l’écrase, est littéralement coincée en Méditerranée alors que le Maroc, Etat bi-océanique, est tourné vers le grand large et les Amériques à travers sa façade atlantique. L’accès à l’élément liquide est la source de toutes les richesses et un facteur de puissance déterminant : en récupérant le Sahara Occidental, Rabat renforce son statut de puissance continentale et de puissance maritime. Ainsi, Alger, en dépit de ses richesses énergétiques, est entravée par cette « géopolitique de l’enfermement » semblable à l’enclavement et apporte son soutien à la RASD[4] afin d’accéder à la façade atlantique. Par ailleurs, il s’agit pour l’Algérie, visant le leadership régional, de nourrir un abcès de fixation handicapant le Maroc contraint à des dépenses militaires et économiques considérables.

Confrontée aux évolutions restructurant la scène maghrébine, l’Algérie préserve apparemment le statu quo prétendu démocratique. Tout en introduisant tardivement des réformes politiques et sociales, le régime s’est empressé d’élever son niveau de défense intérieur afin de se prémunir contre un effet de contagion pouvant déstabiliser le système. Le glacis algérien intrigue et pèse sur la dynamique d’intégration régionale. Les rivalités de palais sont aiguisées par les incertitudes inhérentes à la succession du président Bouteflika et risquent de provoquer des développements inattendus soutenus par des acteurs extérieurs. A ce stade, dominent des stratégies visant à sauvegarder l’ordre établi. Ainsi, la politique réfractaire du régime algérien qui croit pouvoir se renouveler indéfiniment dans sa nature « boumediéniste » à peine ajustée n’est que le reflet d’un déphasage teinté de conservatisme. L’inconnue et l’incertitude algériennes doivent interpeller les autorités tunisiennes.

Alger aspire à une évolution à la chinoise matérialisée par une ouverture maîtrisée et graduelle sauvegardant un pouvoir central fort en mesure d’écraser militairement toute contestation intérieure et de s’opposer à toute convoitise extérieure sur les ressources nationales.


L’opacité du « système algérien »

Par ailleurs, la complexité, l’opacité et les rivalités de pouvoir au sein de la scène politique algérienne sont au cœur de la problématique terroriste et régionale. À l’intérieur de l’État algérien existent des centres de décision aux stratégies divergentes qui mènent une lutte interne pour le pouvoir, le contrôle des richesses nationales et des trafics illégaux. A la mort du président Boumediene en décembre 1978, un groupe d’officiers attachés à fixer le centre réel du pouvoir algérien en retrait du gouvernement officiel, s’est attelé à mettre en place une hiérarchie parallèle, donnant naissance à une junte dont les excès ont engendré pour un temps une faillite économique, sociale et politique du pays. « Le champ des manœuvres est d’autant plus ouvert et complexe que, contrairement à une idée répandue, le Haut Commandement de l’armée algérienne n’est pas monolithique. Il existe une multitude de clans rivaux en fonction de l’origine régionale, des écoles de formation, de leurs connivences extérieures et des secteurs de l’économie qu’ils contrôlent. Et tout cela constitue une espèce de société féodale où le pouvoir de chacun est évalué à l’aune de sa capacité à protéger et enrichir les siens ainsi qu’à diminuer le pouvoir et la richesse des autres. Il est évident que, pour certains, tous les coups sont permis »[5]. Comme le souligne Alain Chouet : « La violence dite islamiste algérienne ne se confond pas avec le jihadisme internationaliste du type Al-Qaida (…) Cette violence paraît toujours fortement corrélée aux aléas et aux vicissitudes de la vie politique algérienne ».[6]

A l’image du double jeu pratiqué par les services secrets pakistanais ISI ([7]) en Afghanistan, dans le cadre d’une sous-traitance, AQMI serait-elle en partie un instrument d’influence entre les mains de clans algériens générant une rente stratégique ou sécuritaire monnayable auprès des Occidentaux, tout en justifiant les ambitions hégémoniques algériennes à l’égard de l’espace sahélien ([8]). Il s’agissait pour certains d’être en mesure de doser et de mesurer l’action « terroriste » afin de valoriser les positions algériennes à l’égard de leur flanc sud sans en arriver au seuil de déclenchement des interventions occidentales préjudiciables aux intérêts stratégiques algériens. Comme le souligne Aymeric Chauprade, « le GSPC est né du magnifique esprit d’initiative algérien lequel a su offrir aux Américains l’ennemi qu’ils attendaient afin de justifier leur implantation dans le Sahara » ([9]).

Les révolutions arabes ont marqué une rupture et alimenté la crainte de clans algériens, les amenant à développer des stratégies dilatoires destinées à assurer leur survie. « Grâce au GSPC et à AQMI, l’Etat algérien a pu apparaître depuis 2001, aux yeux des Etats-Unis et de la France et de certaines puissances européennes, comme un rempart contre l’islamisme radical dans la région. Et la stratégie a fonctionné jusqu’aux révolutions arabes qui ont emporté les uns après les autres tous les régimes autoritaires de la région »[10].

Dans ce contexte, le pouvoir de l’ombre algérien (Etat profond), certes puissant, ne peut ignorer que le statut de sous-traitant n’est assorti d’aucune garantie durable et que les retournements d’alliance sont fréquents. L’Algérie se sait visée[11], à moins d’écarter l’Occident du sillage des islamistes politiques et de le recentrer sur la guerre contre le terrorisme international. C’est chose faite. A travers son implication croissante dans les négociations régionales, notamment les crises maliennes et libyennes et sa volonté de sécuriser ses frontières, notamment avec la Libye et la Tunisie, l’Algérie se positionne à nouveau en puissance régionale incontournable dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité régionale s’immunisant momentanément d’une déstabilisation s’inscrivant dans la logique des printemps arabes. Néanmoins, cette tactique algérienne consistant à se poser en allié des puissances occidentales dans la lutte contre le terrorisme est précaire : elle ne saurait prémunir durablement Alger des visées occidentales. Il en est de même pour la Mauritanie (misant sur la même stratégie) exposée à des manœuvres étrangères sur fond de fuite en avant du président Aziz, d’enracinement du crime organisé jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, d’atteintes multiples aux libertés et d’ébullition de la sphère sociale et politique. La récente découverte du gisement gazier de Tortue[12] à cheval entre la Mauritanie et le Sénégal, gisement de 25 trillions de pieds cubes quasi équivalent par son ampleur aux récentes découvertes au Mozambique, en Tanzanie et au large de l’Egypte (gisement Zohr évalué à 30 trillions de pieds cubes) risque d’exacerber les appétits de certains !


La déstabilisation de l’Algérie

 

De nombreux Algériens soutiennent avec insistance la thèse du ciblage du régime algérien en se prévalant de l’expansion irrésistible des révolutions du « printemps arabe » et des pressions qui l’assaillent de toute part : à l’Est, les révolutions tunisienne et libyenne (risque terroriste et criminel aux frontières) ; à l’ouest la pression marocaine du fait du conflit saharien et au sud le conflit malien induisant une militarisation croissante impliquant les puissances occidentales. La lecture d’une carte révélant les bases militaires françaises et américaines au Sahel révèle l’ampleur de l’encerclement militaire de l’Algérie sur fond de retour de la présence militaire allemande et italienne au Niger et plus globalement le long de la bande sahélo-saharienne et le poids croissant de l’influence militaire marocaine. 

 

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La montée en puissance du G5 Sahel soutenu par la France et l’Allemagne et accessoirement par les Etats-Unis avec la mise en place d’une force militaire conjointe comptant 5000 hommes irrite les Algériens exclus du dispositif et renforcent leur sentiment d’encerclement. D’autres éléments significatifs nourrissent les craintes algériennes perceptibles à travers les titres des unes de journaux de presse de plus en plus nombreuses, telles que « Près de 1000 GI américains et 4000 soldats français en opération au Sahel : complot à nos frontières sud »[14]ou « Une guerre contre le terrorisme aux portes de l’Algérie mais sans l’Algérie »[15], etc.


 
 
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L’embuscade à la frontière entre le Mali et le Niger ayant couté la vie à 4 bérets verts américains et à 5 soldats nigériens a révélé la présence d’environ 1000 soldats américains au Niger avec bases de drones appelés à être armés à Niamey et à Agadez. Le Niger, idéalement situé au centre de la bande sahélo-saharienne (BSS) s’érige en Etat pivot de la présence militaire étrangère. Le nombre de soldats américains déployés et impliqués dans les opérations de combat est bien plus important que révélé par les sources officielles. Comme le révèle Leslie Varenne, Directrice de l’IVERIS, « en 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l’étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17%.» (2). Le Pentagone reste très discret, secret sur son engagement dans cette partie du monde. Officiellement, ils seraient 6000 G.I. dispatchés sur tout le continent, mais ce chiffre est, sans aucun doute, fort éloigné de la réalité (3). En effet, la base de Djibouti héberge 4000 soldats, le Niger en compte, à lui seul, 1000 et les militaires américains sont présents dans au moins vingt pays (4-5). Le compte n’y est pas…. »[17]. Par ailleurs, suite aux revers enregistrés par Daesh en Syrie et en Irak, leur « pivot vers l’Afrique » fut anticipée par le chef d’état-major de l’armée américaine et le sénateur John McCain appelant à une intensification de la présence militaire américaine au Sahel et plus globalement en Afrique. La manœuvre prend forme, les jalons étant posés les uns après les autres !

 

Le terrorisme djihadiste, tout en subissant des défaites, ne va pas pour autant disparaître. Tel un virus, il va muter, se reconfigurer, se disséminer et se redéployer sur de nouveaux théâtres

 

tirant profit de contingences locales propices à son implantation et de l’appui d’acteurs étatiques et non étatiques lui apportant un soutien en tant qu’auxiliaire de vastes manœuvres stratégiques ciblant des puissances rivales. Afghanistan, Asie Centrale, Caucase, « étranger proche russe », périphéries chinoises (Asie du Sud-Est, Myanmar, etc.), Libye et bande sahélo-saharienne sur le flanc sud de la Tunisie et de l’Algérie semblent constituer les futurs foyers de ce redéploiement. Ce retour téléguidé d’éléments djihadistes aguerris au combat en Libye et au sein de la bande sahélo-saharienne visera à justifier une pénétration militaire croissante des Etats-Unis en concurrence avec d’anciennes puissances coloniales, dont la France. L’objectif premier demeure néanmoins l’évincement des puissances rivales quant à l’accaparement des ressources stratégiques, principalement la Chine et la Russie. Cette exacerbation des rivalités de puissance menace directement la sécurité nationale tunisienne et cible, à terme, la citadelle récalcitrante algérienne.

 

L’accession de la Tunisie au statut d’allié majeur hors OTAN et des facilités logistiques accordées à des opérateurs américains de drones Reaper non armés[18] pour des missions ISR[19] en Libye ont exacerbé la nervosité algérienne à l’égard des autorités tunisiennes. L’Algérie avait en outre soutenu la résistance libyenne contre l’intervention extérieure et manifesté avec constance ses réserves à l’égard de l’offensive arabe et occidentale contre le régime syrien, dans l’esprit du Front du Refus. Par ailleurs, l’Algérie pressent que sa prise de participation dans l’exploration et l’exploitation des richesses énergétiques du Sahel l’expose à des stratégies hostiles des puissances occidentales. Enfin, la dérive du Polisario étroitement encadré par Alger contribue également à discréditer la stratégie algérienne dans la région.

 

Dans ce contexte, l’Algérie est sur un volcan. Fragilisée, confrontée à des difficultés économiques et sociales inédites dans son histoire, citadelle assiégée, elle aspire à reprendre la main sur l’ensemble de ces problématiques. Elle déploie des dispositifs militaires (course à l’armement), diplomatiques et secrets en vue de se positionner, à terme, en puissance régionale hégémonique. Plus globalement, l’Algérie s’oppose ouvertement à la montée en puissance de l’islam politique à l’intérieur du pays et dans son voisinage et vise à contrer la réimplantation des puissances étrangères, notamment de la France au Sahel et au Maghreb.

 

Les médias algériens ont tendance à dénoncer, derrière la menace d’ingérence démocratique, les facteurs externes en omettant la consistance des facteurs internes évoqués par ailleurs de manière éparse : les mêmes causes ayant provoqué les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne se retrouvent en Algérie : l’aspiration à la démocratie et à l’Etat de droit, l’impératif de transparence inspiré par l’opacité du système politique, le changement générationnel en cours marqué par « la disparition progressive de la vielle garde issue de la guerre pour l’indépendance », le chômage et la précarité d’une jeunesse désœuvrée mais connectée et donc ouverte sur le monde et la révolution numérique et digitale, les déséquilibres économiques et sociaux en dépit des ressources considérables de l’Etat, l’affaiblissement de l’armée et des services secrets au profit de la montée en puissance d’une caste d’oligarques, etc. Ce dernier élément est souvent négligé par de nombreux analystes mettant en valeur le rôle central de l’armée. Certes, l’armée algérienne est au centre des luttes de clans mais, tout en étant travaillée par des rivalités internes, elle n’est plus l’unique force pesant sur le futur équilibre des forces.

 

Dans ce contexte, Alger joue momentanément la préservation de son autonomie stratégique.En effet, les menaces aux frontières, les lignes de fracture intérieures fragilisant la cohésion sociale (Ghardaïa depuis l’été 2013, In Salah, Tamanrasset, etc.), les réserves considérables en gaz et pétrole de schiste érigeant le pays à la troisième place mondiale derrière la Chine et l’Argentine, le renforcement de la présence chinoise et russe, la chute du cours du baril de pétrole affaiblissant significativement l’économie rentière algérienne et le risque d’effritement de l’unité de l’armée hypothèquent l’avenir du pays et ouvrent des brèches propices aux ingérences étrangères. A la faveur d’une succession non maîtrisée, instrumentalisant les vulnérabilités intérieures algériennes, les puissances occidentales pourraient être tentées de stimuler un changement de régime précipitant le pays dans une guerre civile semblable au conflit syrien.

 

Dans ce contexte, selon Bernard Lugan, « le clan présidentiel utilise à son seul profit les moyens de l’Etat dans une sorte de fuite en avant destinée à assurer sa survie…Le président Bouteflika ne doit pas mourir tant que les clans qui, dans l’ombre, dirigent l’Algérie, ne seront pas parvenus à un accord permettant une succession contrôlée »[20]. C’est au regard de cet impératif que doit être analysée, après trois mois d’exercice de la primature, l’éviction, le 19 août 2017, d’Abdelmadjid Tebboune au profit d’Ahmed Ouyahia, premier ministre pour la quatrième fois. Plusieurs hypothèses sont concevables : soit Tebboune n’a pas pris la mesure de l’influence des oligarques et de l’ampleur de leur soutien au clan Bouteflika et sa campagne les ciblant a engendré sa perte, soit il a agi en toute connaissance de cause afin de capitaliser sur l’avenir en investissant sur le capital de sympathie qu’il tirerait d’une campagne inédite de lutte contre la corruption. Enfin, hypothèse qui a la préférence du professeur Lugan et à laquelle j’adhère, « c’est l’entourage du clan présidentiel qui a monté l’affaire d’une manière machiavélique afin de s’assurer de la fidélité des oligarques en les forçant à faire taire leurs rivalités face au danger commun les menaçant »[21]. Il s’agissait donc de leur rappeler leur vulnérabilité et de s’assurer ainsi leur fidélité. Le précédent de Rafik Khalifa est dans toutes les mémoires !

 

Une déstabilisation de l’Algérie placerait la Tunisie dans une configuration proche de celle du Liban avec tous les risques que cela comporte. Tunis serait ainsi prise en tenaille entre deux foyers déstructurés et représentant une menace durable quant au processus démocratique : la Libye et l’Algérie.

 

Ce scénario, à ce stade peut-être encore prématuré, ne relève nullement de la rêverie géopolitique issue de la réflexion d’un chercheur académique. Compte tenu de l’ampleur et de la gravité de ses répercussions dans l’éventualité où il se produirait,  il dicte une vigilance accrue des autorités tunisiennes et la mise en place d’une stratégie globale (stratégique, diplomatique, sécuritaire, économique, etc.) afin de l’anticiper, de mesurer sa potentialité de survenance à travers un tableau de bord de veille et d’alerte et de préparer des orientations stratégiques pour y faire face. Le précédent libyen doit être médité. Subi, il a été géré dans l’urgence. Une déstabilisation de l’Algérie serait d’une toute autre ampleur !

 

D’autre part, l’inconnue algérienne doit interpeller les autorités tunisiennes d’autant plus que certains clans algériens n’ont intérêt ni à la réussite du processus démocratique en Tunisie, ni à l’application du principe de coexistence avec les forces islamistes mis en œuvre par les autorités tunisiennes. Cet Etat profond algérien ciblant Tunis n’épargne pas l’Etat formel algérien lui-même harcelé. Ilest tenu d’amorcer un processus de réformes maîtrisées à la chinoise tout en empêchant à tout prix que le modèle tunisien ne parvienne à un point
 

d’équilibre. La collaboration avec les gouvernements tunisiens successifs de la transition dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ne saurait nous abuser. Il s’agit d’un impératif ponctuel, existentiel mais indépendant de l’option fondamentale qui reste la finalité démocratique. Depuis Boumediene, l’Algérie affirme avec constance un droit de regard sur les régimes politiques de son voisinage (Union tuniso-libyenne en janvier 1974, Sahara Occidental en 1975). Le contexte géopolitique menaçant exacerbe cet état de fait.

 

 

*Géopoliticien et prospectiviste, Directeur de Global Prospect Intelligence
 
 

[1] Voir La revue stratégique de défense et de sécurité nationale française rendue publique le 13 octobre 2017 visant à actualiser le Livre Blanc de 2013.

[2] NYT, « Attention : Saudi Prince in a Hurry », Thomas L. Friedman, 7 novembre 2017 consultable au lien suivant : https://mobile.nytimes.com/2017/11/07/opinion/saudi-prince-reform-coup.html?referer=

[3] Voir L’étude Vision Arabie Saoudite 2030.

[4] République Arabe Sahraouie Démocratique.

[5] Alain Chouet,  Au cœur des services spéciaux : la menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. Paris, La Découverte, 2011, p.231.

[6]Alain CHOUET,  Au cœur des services spéciaux : la menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. Paris, La Découverte, 2011, p.227.

[7] Inter Services Intelligence.

[8] De nombreux travaux menés par des chercheurs algériens, britanniques, suisses et allemands évoquent cette thèse. Sur ce sujet, il est possible de consulter les ouvrages et études de Jeremy Keenan (The Dark Sahara, etc.) ou encore l’étude très pointue « Al Qaida au Maghreb ou la très étrange histoire du GSPC algérien » menée par François Gèze et Sallima Mellah (22 septembre 2007).

[9] Aymeric Chauprade, « crise au Mali : réalités géopolitiques », Realpolitik.tv, 20 janvier 2013, consultable au lien suivant : http://www.realpolitik.tv/2013/01/crise-du-mali-realites-geopolitiques-premiere-partie-par-aymeric-chauprade/.

[10] Cf. Aymeric Chauprade, Crise du Mali, réalités géopolitiques, première partie, 20 janvier 2013 « Une réalité indicible dans nos médias, du fait de l’ampleur des intérêts économiques français en Algérie, de la collusion aussi des élites politiques françaises avec le régime algérien … mais une vérité pourtant depuis longtemps évidente en dehors de France : AQMI/Polisario, DRS algérien, le trafic de drogue saharien sont une seule et même organisation du crime ». http://www.realpolitik.tv/2013/01/crise-du-mali-realites-geopolitiques-premiere-partie-par-aymeric-chauprade/

[11] En février 2014, un rapport du Combatting Terrorism Center, proche du Pentagone et de l’Administration Obama, établit pour la première fois un lien direct entre les tensions sociales (notamment à Ghardaïa dans la vallée du Mzab) et le terrorisme dans la région menaçant les intérêts stratégiques américains, notamment énergétiques. Ce rapport fut dénoncé par les autorités algériennes. Ce rapport est consultable au lien suivant : https://www.ctc.usma.edu/posts/africa-special-issue.

 

[12] Voir « Le gisement transfrontalier de Tortue », Benjamin Augé, note de l’IFRI, 7 novembre 2017, consultable au lien suivant : http://www.ifri.org/fr/publications/editoriaux-de-lifri/lafrique-questions/gisement-transfrontalier-de-tortue-symbole-dune#sthash.YoYTqrG8.dpbs

[13] WEB-TV TCHAD, « Les cartes pour comprendre le dossier de l’insécurité au Sahel », 2 mars 2017, consultable au lien suivant : http://www.webtv-tchad.com/2017/03/02/eode-geopolitique-les-cartes-pour-comprendre-le-dossier-de-linsecurite-au-sahel-i-djihadismes-entre-al-qaida-et-daech/

[14] Consultable au lien suivant : http://www.lexpressiondz.com/actualite/279187-complot-a-nos-frontieres-sud.html

[15] Consultable au lien suivant : http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/mali/g5_portes_algerie.htm

[16] Etat-major des armées, France, mars 2017.

[17] « L’Afrique de l’Ouest dans l’œil du cyclone US », Leslie Varenne, reseauinternational.net, 2 novembre 2017, consultable au lien suivant : http://reseauinternational.net/l-afrique-de-louest-dans-loeil-du-cyclone-us/

[18] L’existence de ces facilités a toujours été démentie par les autorités tunisiennes.

 

[19] Intelligence, Surveillance and Reconnaissance.

[20] Bernard Lugan, L’Afrique Réelle, N°94, octobre 2017, p.10.

[21] Ibid.

 


 
 
 

La déstabilisation de l’Algérie : scénario d’horreur pour la Tunisie !

publié le 10/11/2017 16:07

Par Mehdi Taje

 

Le monde d’aujourd’hui est caractérisé par une nouvelle fluidité bousculant l’ensemble des repères traditionnels. Loin de la fin de l’Histoire prônée par Fukuyama, nous assistons à une accélération de l’histoire. Ce monde en transition est marqué par une instabilité et une imprévisibilité accrues, générant des risques de conflits et d’escalade élevés[1]. La mondialisation, de plus en plus contestée, a fait voler en éclat les « amortisseurs de chocs » qui permettaient une certaine régulation du monde. Nous subissons de plein fouet une évolution stratégique majeure : le dérèglement du système international avec l’apparition d’ordres ou de désordres alternatifs. Cette nouvelle réalité d’un monde en transition, d’un monde bousculé, brisé, voire semi-chaotique, remet en cause nos grilles d’analyse traditionnelles et génère plus d’incertitude et une multiplication-diversification des menaces et des risques. Dans ce « monde rétréci », une secousse, même lointaine, ne peut plus être ignorée par les autorités tunisiennes. Que dire d’un tremblement de terre à l’instar d’une déstabilisation de l’Algérie à notre frontière Ouest conjuguée au chaos libyen à notre frontière Est ? Partons d’un postulat : la stabilité de la Tunisie et la pérennité du processus démocratique sont étroitement corrélés à la stabilité de l’Algérie. Le monde arabe est en ébullition et l’Arabie Saoudite secouée par des turbulences inédites dans son histoire. A la lecture d’un article du NYT[2] en date du 7 novembre 2017, il convient de saisir les ressorts des bouleversements en cours. Conscient des défis économiques, sociaux, politiques et stratégiques pesant sur son pays demeuré captif d’une « gérontocratie » manquant de vision et prisonnière de schémas du passé, MBS (Mohammed Ben Salman) est un homme pressé, peut-être trop pressé, risquant d’engendrer une déstabilisation du pays préjudiciable à la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient. Le diagnostic posé est bon : l’après pétrole doit être d’ores et déjà conceptualisé et le régime de gouvernance repensé : « l’alliance entre le sabre et le turban » doit être revue[3].

Au nom de la lutte contre la corruption, MBS a initié une triple offensive spectaculaire : offensive contre ses rivaux, offensive contre le « clergé » conservateur vecteur du wahhabisme et offensive diplomatique positionnant l’Arabie Saoudite à la tête d’une espèce « d’OTAN arabe » tourné vers l’ennemi désigné par les Etats-Unis et Israël, la puissance iranienne émergente et pivot de l’axe chiite réfractaire soutenu par la Russie et la Chine. Le Liban est déjà pris dans l’œil du cyclone. Selon M. Friedman, MBS, de concert avec le prince héritier des EAU Mohamed Ibn Zayed, est en voie de transformer l’Arabie Saoudite d’une « monarchie conservatrice où les décisions étaient prises entre sept clans de manière consensuelle vers un Etat gouverné par une seule famille : this is no longer Saudi Arabia. It is becoming Salman Arabia ». Déjà enlisée au Yémen, l’Arabie Saoudite risque de se retrouvée confrontée à une lutte féroce sur le plan intérieur et à une guerre précipitée et mal évaluée contre l’Iran et ses alliés sur le plan extérieur précipitant le pays dans une dynamique non maîtrisée car trop rapide remettant en cause la stabilité et la pérennité du pays figurant, depuis les plans de Ralph Peters en 2006, dans l’agenda de certaines officines américaines aspirant à la balkanisation du Moyen-Orient.


Les secousses moyen-orientales et la reconfiguration en cours des alliances n’épargneront pas la scène maghrébine. La Libye, ouvrant la voie à la militarisation de la profondeur sahélienne, fut l’étape liminaire marquant le point de départ de la grande manœuvre stratégique. La lutte contre le terrorisme islamiste, certes réel, en est la caution.

 

La reconfiguraion du Maghreb

« Jazirat el-Maghreb », la presqu’île du couchant des géographes arabes, présente une personnalité stratégique singulière. L’identité maghrébine a été façonnée par une histoire aux apports multiples et divers. Le Maghreb « strictu sensu » est l’ensemble des hautes terres qui frangent au nord le continent africain face à l’Europe : le théâtre maghrébin est ainsi « tiraillé entre trois zones d’influence africaine, européenne et moyen-orientale ».

L’enlisement du projet de Grand Maghreb, paralysé par des ambitions géopolitiques inconciliables et des conflits non surmontés, ouvre la voie à d’autres acteurs décidés à peser sur les équilibres stratégiques du théâtre maghrébin : forte présence des Etats-Unis avec des projets empiétant sur le champ d’influence traditionnel des pays européens de l’arc latin et aspiration à évincer les puissances rivales ; percée géopolitique de la Chine avec pour objectif de se positionner en acteur significatif en Méditerranée et retour en force de la Russie. A terme, une redéfinition de la carte des influences et des ambitions au Maghreb est à prévoir.

Le Maghreb se posant en non acteur dans sa propre région laisse flotter la conviction que les pays concernés se perçoivent comme la périphérie d'un centre qui se situe hors d'eux-mêmes et dont ils attendent la stratégie organisatrice, qu'il s'agisse de l'Europe, des Etats-Unis, de l'Afrique, du monde arabe ou de toute autre entité. La menace, dans ce contexte, est la dilapidation du Maghreb dans son essence géopolitique, c'est-à-dire la régression de l'entité politique et historique en simple contiguïté géographique dont la régulation géopolitique est subordonnée à l'initiative des puissances extérieures. La centralité maghrébine est aujourd’hui menacée. Travaillé par ces forces centrifuges, cet espace ne parvient pas à trouver son point d’équilibre.

La Tunisie est ainsi confronté à court terme à un ordre régional instable, volatil, déphasé, fragmenté, marqué par des inégalités relativement aux étapes du processus démocratique et susceptible, selon l’évolution de la situation, d’aboutir à une reconfiguration de la carte régionale. Cette nouvelle architecture régionale aux équilibres précaires est susceptible de contrarier ou de porter atteinte au processus démocratique en Tunisie.


L’Algérie, le colosse aux pieds d’argile

Sur un plan géopolitique, l’Algérie, accrochée au littoral méditerranéen et s’enfonçant vers le sud par un large appendice saharien qui l’écrase, est littéralement coincée en Méditerranée alors que le Maroc, Etat bi-océanique, est tourné vers le grand large et les Amériques à travers sa façade atlantique. L’accès à l’élément liquide est la source de toutes les richesses et un facteur de puissance déterminant : en récupérant le Sahara Occidental, Rabat renforce son statut de puissance continentale et de puissance maritime. Ainsi, Alger, en dépit de ses richesses énergétiques, est entravée par cette « géopolitique de l’enfermement » semblable à l’enclavement et apporte son soutien à la RASD[4] afin d’accéder à la façade atlantique. Par ailleurs, il s’agit pour l’Algérie, visant le leadership régional, de nourrir un abcès de fixation handicapant le Maroc contraint à des dépenses militaires et économiques considérables.

Confrontée aux évolutions restructurant la scène maghrébine, l’Algérie préserve apparemment le statu quo prétendu démocratique. Tout en introduisant tardivement des réformes politiques et sociales, le régime s’est empressé d’élever son niveau de défense intérieur afin de se prémunir contre un effet de contagion pouvant déstabiliser le système. Le glacis algérien intrigue et pèse sur la dynamique d’intégration régionale. Les rivalités de palais sont aiguisées par les incertitudes inhérentes à la succession du président Bouteflika et risquent de provoquer des développements inattendus soutenus par des acteurs extérieurs. A ce stade, dominent des stratégies visant à sauvegarder l’ordre établi. Ainsi, la politique réfractaire du régime algérien qui croit pouvoir se renouveler indéfiniment dans sa nature « boumediéniste » à peine ajustée n’est que le reflet d’un déphasage teinté de conservatisme. L’inconnue et l’incertitude algériennes doivent interpeller les autorités tunisiennes.

Alger aspire à une évolution à la chinoise matérialisée par une ouverture maîtrisée et graduelle sauvegardant un pouvoir central fort en mesure d’écraser militairement toute contestation intérieure et de s’opposer à toute convoitise extérieure sur les ressources nationales.


L’opacité du « système algérien »

Par ailleurs, la complexité, l’opacité et les rivalités de pouvoir au sein de la scène politique algérienne sont au cœur de la problématique terroriste et régionale. À l’intérieur de l’État algérien existent des centres de décision aux stratégies divergentes qui mènent une lutte interne pour le pouvoir, le contrôle des richesses nationales et des trafics illégaux. A la mort du président Boumediene en décembre 1978, un groupe d’officiers attachés à fixer le centre réel du pouvoir algérien en retrait du gouvernement officiel, s’est attelé à mettre en place une hiérarchie parallèle, donnant naissance à une junte dont les excès ont engendré pour un temps une faillite économique, sociale et politique du pays. « Le champ des manœuvres est d’autant plus ouvert et complexe que, contrairement à une idée répandue, le Haut Commandement de l’armée algérienne n’est pas monolithique. Il existe une multitude de clans rivaux en fonction de l’origine régionale, des écoles de formation, de leurs connivences extérieures et des secteurs de l’économie qu’ils contrôlent. Et tout cela constitue une espèce de société féodale où le pouvoir de chacun est évalué à l’aune de sa capacité à protéger et enrichir les siens ainsi qu’à diminuer le pouvoir et la richesse des autres. Il est évident que, pour certains, tous les coups sont permis »[5]. Comme le souligne Alain Chouet : « La violence dite islamiste algérienne ne se confond pas avec le jihadisme internationaliste du type Al-Qaida (…) Cette violence paraît toujours fortement corrélée aux aléas et aux vicissitudes de la vie politique algérienne ».[6]

A l’image du double jeu pratiqué par les services secrets pakistanais ISI ([7]) en Afghanistan, dans le cadre d’une sous-traitance, AQMI serait-elle en partie un instrument d’influence entre les mains de clans algériens générant une rente stratégique ou sécuritaire monnayable auprès des Occidentaux, tout en justifiant les ambitions hégémoniques algériennes à l’égard de l’espace sahélien ([8]). Il s’agissait pour certains d’être en mesure de doser et de mesurer l’action « terroriste » afin de valoriser les positions algériennes à l’égard de leur flanc sud sans en arriver au seuil de déclenchement des interventions occidentales préjudiciables aux intérêts stratégiques algériens. Comme le souligne Aymeric Chauprade, « le GSPC est né du magnifique esprit d’initiative algérien lequel a su offrir aux Américains l’ennemi qu’ils attendaient afin de justifier leur implantation dans le Sahara » ([9]).

Les révolutions arabes ont marqué une rupture et alimenté la crainte de clans algériens, les amenant à développer des stratégies dilatoires destinées à assurer leur survie. « Grâce au GSPC et à AQMI, l’Etat algérien a pu apparaître depuis 2001, aux yeux des Etats-Unis et de la France et de certaines puissances européennes, comme un rempart contre l’islamisme radical dans la région. Et la stratégie a fonctionné jusqu’aux révolutions arabes qui ont emporté les uns après les autres tous les régimes autoritaires de la région »[10].

Dans ce contexte, le pouvoir de l’ombre algérien (Etat profond), certes puissant, ne peut ignorer que le statut de sous-traitant n’est assorti d’aucune garantie durable et que les retournements d’alliance sont fréquents. L’Algérie se sait visée[11], à moins d’écarter l’Occident du sillage des islamistes politiques et de le recentrer sur la guerre contre le terrorisme international. C’est chose faite. A travers son implication croissante dans les négociations régionales, notamment les crises maliennes et libyennes et sa volonté de sécuriser ses frontières, notamment avec la Libye et la Tunisie, l’Algérie se positionne à nouveau en puissance régionale incontournable dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité régionale s’immunisant momentanément d’une déstabilisation s’inscrivant dans la logique des printemps arabes. Néanmoins, cette tactique algérienne consistant à se poser en allié des puissances occidentales dans la lutte contre le terrorisme est précaire : elle ne saurait prémunir durablement Alger des visées occidentales. Il en est de même pour la Mauritanie (misant sur la même stratégie) exposée à des manœuvres étrangères sur fond de fuite en avant du président Aziz, d’enracinement du crime organisé jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, d’atteintes multiples aux libertés et d’ébullition de la sphère sociale et politique. La récente découverte du gisement gazier de Tortue[12] à cheval entre la Mauritanie et le Sénégal, gisement de 25 trillions de pieds cubes quasi équivalent par son ampleur aux récentes découvertes au Mozambique, en Tanzanie et au large de l’Egypte (gisement Zohr évalué à 30 trillions de pieds cubes) risque d’exacerber les appétits de certains !


La déstabilisation de l’Algérie

 

De nombreux Algériens soutiennent avec insistance la thèse du ciblage du régime algérien en se prévalant de l’expansion irrésistible des révolutions du « printemps arabe » et des pressions qui l’assaillent de toute part : à l’Est, les révolutions tunisienne et libyenne (risque terroriste et criminel aux frontières) ; à l’ouest la pression marocaine du fait du conflit saharien et au sud le conflit malien induisant une militarisation croissante impliquant les puissances occidentales. La lecture d’une carte révélant les bases militaires françaises et américaines au Sahel révèle l’ampleur de l’encerclement militaire de l’Algérie sur fond de retour de la présence militaire allemande et italienne au Niger et plus globalement le long de la bande sahélo-saharienne et le poids croissant de l’influence militaire marocaine. 

 

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La montée en puissance du G5 Sahel soutenu par la France et l’Allemagne et accessoirement par les Etats-Unis avec la mise en place d’une force militaire conjointe comptant 5000 hommes irrite les Algériens exclus du dispositif et renforcent leur sentiment d’encerclement. D’autres éléments significatifs nourrissent les craintes algériennes perceptibles à travers les titres des unes de journaux de presse de plus en plus nombreuses, telles que « Près de 1000 GI américains et 4000 soldats français en opération au Sahel : complot à nos frontières sud »[14]ou « Une guerre contre le terrorisme aux portes de l’Algérie mais sans l’Algérie »[15], etc.


 
 
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L’embuscade à la frontière entre le Mali et le Niger ayant couté la vie à 4 bérets verts américains et à 5 soldats nigériens a révélé la présence d’environ 1000 soldats américains au Niger avec bases de drones appelés à être armés à Niamey et à Agadez. Le Niger, idéalement situé au centre de la bande sahélo-saharienne (BSS) s’érige en Etat pivot de la présence militaire étrangère. Le nombre de soldats américains déployés et impliqués dans les opérations de combat est bien plus important que révélé par les sources officielles. Comme le révèle Leslie Varenne, Directrice de l’IVERIS, « en 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l’étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17%.» (2). Le Pentagone reste très discret, secret sur son engagement dans cette partie du monde. Officiellement, ils seraient 6000 G.I. dispatchés sur tout le continent, mais ce chiffre est, sans aucun doute, fort éloigné de la réalité (3). En effet, la base de Djibouti héberge 4000 soldats, le Niger en compte, à lui seul, 1000 et les militaires américains sont présents dans au moins vingt pays (4-5). Le compte n’y est pas…. »[17]. Par ailleurs, suite aux revers enregistrés par Daesh en Syrie et en Irak, leur « pivot vers l’Afrique » fut anticipée par le chef d’état-major de l’armée américaine et le sénateur John McCain appelant à une intensification de la présence militaire américaine au Sahel et plus globalement en Afrique. La manœuvre prend forme, les jalons étant posés les uns après les autres !

 

Le terrorisme djihadiste, tout en subissant des défaites, ne va pas pour autant disparaître. Tel un virus, il va muter, se reconfigurer, se disséminer et se redéployer sur de nouveaux théâtres

 

tirant profit de contingences locales propices à son implantation et de l’appui d’acteurs étatiques et non étatiques lui apportant un soutien en tant qu’auxiliaire de vastes manœuvres stratégiques ciblant des puissances rivales. Afghanistan, Asie Centrale, Caucase, « étranger proche russe », périphéries chinoises (Asie du Sud-Est, Myanmar, etc.), Libye et bande sahélo-saharienne sur le flanc sud de la Tunisie et de l’Algérie semblent constituer les futurs foyers de ce redéploiement. Ce retour téléguidé d’éléments djihadistes aguerris au combat en Libye et au sein de la bande sahélo-saharienne visera à justifier une pénétration militaire croissante des Etats-Unis en concurrence avec d’anciennes puissances coloniales, dont la France. L’objectif premier demeure néanmoins l’évincement des puissances rivales quant à l’accaparement des ressources stratégiques, principalement la Chine et la Russie. Cette exacerbation des rivalités de puissance menace directement la sécurité nationale tunisienne et cible, à terme, la citadelle récalcitrante algérienne.

 

L’accession de la Tunisie au statut d’allié majeur hors OTAN et des facilités logistiques accordées à des opérateurs américains de drones Reaper non armés[18] pour des missions ISR[19] en Libye ont exacerbé la nervosité algérienne à l’égard des autorités tunisiennes. L’Algérie avait en outre soutenu la résistance libyenne contre l’intervention extérieure et manifesté avec constance ses réserves à l’égard de l’offensive arabe et occidentale contre le régime syrien, dans l’esprit du Front du Refus. Par ailleurs, l’Algérie pressent que sa prise de participation dans l’exploration et l’exploitation des richesses énergétiques du Sahel l’expose à des stratégies hostiles des puissances occidentales. Enfin, la dérive du Polisario étroitement encadré par Alger contribue également à discréditer la stratégie algérienne dans la région.

 

Dans ce contexte, l’Algérie est sur un volcan. Fragilisée, confrontée à des difficultés économiques et sociales inédites dans son histoire, citadelle assiégée, elle aspire à reprendre la main sur l’ensemble de ces problématiques. Elle déploie des dispositifs militaires (course à l’armement), diplomatiques et secrets en vue de se positionner, à terme, en puissance régionale hégémonique. Plus globalement, l’Algérie s’oppose ouvertement à la montée en puissance de l’islam politique à l’intérieur du pays et dans son voisinage et vise à contrer la réimplantation des puissances étrangères, notamment de la France au Sahel et au Maghreb.

 

Les médias algériens ont tendance à dénoncer, derrière la menace d’ingérence démocratique, les facteurs externes en omettant la consistance des facteurs internes évoqués par ailleurs de manière éparse : les mêmes causes ayant provoqué les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne se retrouvent en Algérie : l’aspiration à la démocratie et à l’Etat de droit, l’impératif de transparence inspiré par l’opacité du système politique, le changement générationnel en cours marqué par « la disparition progressive de la vielle garde issue de la guerre pour l’indépendance », le chômage et la précarité d’une jeunesse désœuvrée mais connectée et donc ouverte sur le monde et la révolution numérique et digitale, les déséquilibres économiques et sociaux en dépit des ressources considérables de l’Etat, l’affaiblissement de l’armée et des services secrets au profit de la montée en puissance d’une caste d’oligarques, etc. Ce dernier élément est souvent négligé par de nombreux analystes mettant en valeur le rôle central de l’armée. Certes, l’armée algérienne est au centre des luttes de clans mais, tout en étant travaillée par des rivalités internes, elle n’est plus l’unique force pesant sur le futur équilibre des forces.

 

Dans ce contexte, Alger joue momentanément la préservation de son autonomie stratégique.En effet, les menaces aux frontières, les lignes de fracture intérieures fragilisant la cohésion sociale (Ghardaïa depuis l’été 2013, In Salah, Tamanrasset, etc.), les réserves considérables en gaz et pétrole de schiste érigeant le pays à la troisième place mondiale derrière la Chine et l’Argentine, le renforcement de la présence chinoise et russe, la chute du cours du baril de pétrole affaiblissant significativement l’économie rentière algérienne et le risque d’effritement de l’unité de l’armée hypothèquent l’avenir du pays et ouvrent des brèches propices aux ingérences étrangères. A la faveur d’une succession non maîtrisée, instrumentalisant les vulnérabilités intérieures algériennes, les puissances occidentales pourraient être tentées de stimuler un changement de régime précipitant le pays dans une guerre civile semblable au conflit syrien.

 

Dans ce contexte, selon Bernard Lugan, « le clan présidentiel utilise à son seul profit les moyens de l’Etat dans une sorte de fuite en avant destinée à assurer sa survie…Le président Bouteflika ne doit pas mourir tant que les clans qui, dans l’ombre, dirigent l’Algérie, ne seront pas parvenus à un accord permettant une succession contrôlée »[20]. C’est au regard de cet impératif que doit être analysée, après trois mois d’exercice de la primature, l’éviction, le 19 août 2017, d’Abdelmadjid Tebboune au profit d’Ahmed Ouyahia, premier ministre pour la quatrième fois. Plusieurs hypothèses sont concevables : soit Tebboune n’a pas pris la mesure de l’influence des oligarques et de l’ampleur de leur soutien au clan Bouteflika et sa campagne les ciblant a engendré sa perte, soit il a agi en toute connaissance de cause afin de capitaliser sur l’avenir en investissant sur le capital de sympathie qu’il tirerait d’une campagne inédite de lutte contre la corruption. Enfin, hypothèse qui a la préférence du professeur Lugan et à laquelle j’adhère, « c’est l’entourage du clan présidentiel qui a monté l’affaire d’une manière machiavélique afin de s’assurer de la fidélité des oligarques en les forçant à faire taire leurs rivalités face au danger commun les menaçant »[21]. Il s’agissait donc de leur rappeler leur vulnérabilité et de s’assurer ainsi leur fidélité. Le précédent de Rafik Khalifa est dans toutes les mémoires !

 

Une déstabilisation de l’Algérie placerait la Tunisie dans une configuration proche de celle du Liban avec tous les risques que cela comporte. Tunis serait ainsi prise en tenaille entre deux foyers déstructurés et représentant une menace durable quant au processus démocratique : la Libye et l’Algérie.

 

Ce scénario, à ce stade peut-être encore prématuré, ne relève nullement de la rêverie géopolitique issue de la réflexion d’un chercheur académique. Compte tenu de l’ampleur et de la gravité de ses répercussions dans l’éventualité où il se produirait,  il dicte une vigilance accrue des autorités tunisiennes et la mise en place d’une stratégie globale (stratégique, diplomatique, sécuritaire, économique, etc.) afin de l’anticiper, de mesurer sa potentialité de survenance à travers un tableau de bord de veille et d’alerte et de préparer des orientations stratégiques pour y faire face. Le précédent libyen doit être médité. Subi, il a été géré dans l’urgence. Une déstabilisation de l’Algérie serait d’une toute autre ampleur !

 

D’autre part, l’inconnue algérienne doit interpeller les autorités tunisiennes d’autant plus que certains clans algériens n’ont intérêt ni à la réussite du processus démocratique en Tunisie, ni à l’application du principe de coexistence avec les forces islamistes mis en œuvre par les autorités tunisiennes. Cet Etat profond algérien ciblant Tunis n’épargne pas l’Etat formel algérien lui-même harcelé. Ilest tenu d’amorcer un processus de réformes maîtrisées à la chinoise tout en empêchant à tout prix que le modèle tunisien ne parvienne à un point
 

d’équilibre. La collaboration avec les gouvernements tunisiens successifs de la transition dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ne saurait nous abuser. Il s’agit d’un impératif ponctuel, existentiel mais indépendant de l’option fondamentale qui reste la finalité démocratique. Depuis Boumediene, l’Algérie affirme avec constance un droit de regard sur les régimes politiques de son voisinage (Union tuniso-libyenne en janvier 1974, Sahara Occidental en 1975). Le contexte géopolitique menaçant exacerbe cet état de fait.

 

 

*Géopoliticien et prospectiviste, Directeur de Global Prospect Intelligence
 
 

[1] Voir La revue stratégique de défense et de sécurité nationale française rendue publique le 13 octobre 2017 visant à actualiser le Livre Blanc de 2013.

[2] NYT, « Attention : Saudi Prince in a Hurry », Thomas L. Friedman, 7 novembre 2017 consultable au lien suivant : https://mobile.nytimes.com/2017/11/07/opinion/saudi-prince-reform-coup.html?referer=

[3] Voir L’étude Vision Arabie Saoudite 2030.

[4] République Arabe Sahraouie Démocratique.

[5] Alain Chouet,  Au cœur des services spéciaux : la menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. Paris, La Découverte, 2011, p.231.

[6]Alain CHOUET,  Au cœur des services spéciaux : la menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. Paris, La Découverte, 2011, p.227.

[7] Inter Services Intelligence.

[8] De nombreux travaux menés par des chercheurs algériens, britanniques, suisses et allemands évoquent cette thèse. Sur ce sujet, il est possible de consulter les ouvrages et études de Jeremy Keenan (The Dark Sahara, etc.) ou encore l’étude très pointue « Al Qaida au Maghreb ou la très étrange histoire du GSPC algérien » menée par François Gèze et Sallima Mellah (22 septembre 2007).

[9] Aymeric Chauprade, « crise au Mali : réalités géopolitiques », Realpolitik.tv, 20 janvier 2013, consultable au lien suivant : http://www.realpolitik.tv/2013/01/crise-du-mali-realites-geopolitiques-premiere-partie-par-aymeric-chauprade/.

[10] Cf. Aymeric Chauprade, Crise du Mali, réalités géopolitiques, première partie, 20 janvier 2013 « Une réalité indicible dans nos médias, du fait de l’ampleur des intérêts économiques français en Algérie, de la collusion aussi des élites politiques françaises avec le régime algérien … mais une vérité pourtant depuis longtemps évidente en dehors de France : AQMI/Polisario, DRS algérien, le trafic de drogue saharien sont une seule et même organisation du crime ». http://www.realpolitik.tv/2013/01/crise-du-mali-realites-geopolitiques-premiere-partie-par-aymeric-chauprade/

[11] En février 2014, un rapport du Combatting Terrorism Center, proche du Pentagone et de l’Administration Obama, établit pour la première fois un lien direct entre les tensions sociales (notamment à Ghardaïa dans la vallée du Mzab) et le terrorisme dans la région menaçant les intérêts stratégiques américains, notamment énergétiques. Ce rapport fut dénoncé par les autorités algériennes. Ce rapport est consultable au lien suivant : https://www.ctc.usma.edu/posts/africa-special-issue.

 

[12] Voir « Le gisement transfrontalier de Tortue », Benjamin Augé, note de l’IFRI, 7 novembre 2017, consultable au lien suivant : http://www.ifri.org/fr/publications/editoriaux-de-lifri/lafrique-questions/gisement-transfrontalier-de-tortue-symbole-dune#sthash.YoYTqrG8.dpbs

[13] WEB-TV TCHAD, « Les cartes pour comprendre le dossier de l’insécurité au Sahel », 2 mars 2017, consultable au lien suivant : http://www.webtv-tchad.com/2017/03/02/eode-geopolitique-les-cartes-pour-comprendre-le-dossier-de-linsecurite-au-sahel-i-djihadismes-entre-al-qaida-et-daech/

[14] Consultable au lien suivant : http://www.lexpressiondz.com/actualite/279187-complot-a-nos-frontieres-sud.html

[15] Consultable au lien suivant : http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/mali/g5_portes_algerie.htm

[16] Etat-major des armées, France, mars 2017.

[17] « L’Afrique de l’Ouest dans l’œil du cyclone US », Leslie Varenne, reseauinternational.net, 2 novembre 2017, consultable au lien suivant : http://reseauinternational.net/l-afrique-de-louest-dans-loeil-du-cyclone-us/

[18] L’existence de ces facilités a toujours été démentie par les autorités tunisiennes.

 

[19] Intelligence, Surveillance and Reconnaissance.

[20] Bernard Lugan, L’Afrique Réelle, N°94, octobre 2017, p.10.

[21] Ibid.

 


 
 
 
Mehdi Taje
Commentaires (51) Commenter
@ali
zohra
| 20-11-2017 08:02
Bonjour,

C'est la réalité du Maroc hélas (vive le roi faite lui encore la baise main), mais c'est ce qu'il va arriver à tout le monde arabe s'il ne se réveille pas et il arrête à aider la puissance mondiale à nous détruire.

Bonne journée
Le Maroc au bord de la rupture?
ali
| 19-11-2017 19:43
La situation au Maroc est de plus en plus préoccupante,apriori Marrakech et Essaouira c'est le paradis, comme l'a montré la récente émission " Des racines et des ailes ", mais à 60 km on meurt de faim et on se piétine pour un paquet de semoule car on a faim.Le Roi, dans toute sa générosité, prend en charge 'personnellement' les frais d'inhumation. Rappelons lui que sa fortune n'est pas la sienne mais provient du vol de son pays et de son peuple.pensée pour le petit peuple marocain et tunisien qui souffrent
Petit pays
IMAZIREN
| 18-11-2017 21:29
Il vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un con, que de l'ouvrir et de ne laisser aucun doute à ce sujet.
Tartour
L'étranger
| 17-11-2017 11:24
@zarzour
Franchement tu devrais remplacer la lettre z par la lettre t dans ton pseudo.
Au moins le vrai tartour est cultivé .
Deux choses sont infinies disait Einstein : l'univers et la bêtise humaine, mais pour l'univers je ne suis pas sûr.
@Zarzour.... Pour te remettre sur pieds !
Larry
| 17-11-2017 11:01
C'est vrai qu'au milieu des années 90 ... C'était même pire que des crimes de guerre chez vous!
Et ça risque de reprendre la même tournure si vous continuez ainsi...

Alors crois bien qu'en Tunisie nous n'en sommes pas encore arriver à ce point. Entre vivre en Algérie ou en Tunisie : je suis mieux où je suis en ce moment ! Ici on vit (encore) libre !
Quant à la France que tu aimes critiquer, avec ses 8% d'importation de pétrole, ce n'est pas ça qui va la déranger.... Peut-être au niveau de ses exportations chez vous ? C'est possible !.... Sinon je pense qu'elle est certainement capable de s'en sortir sans vous. Les soit disant "indispensables", il y en a plein les cimetières.

Par contre : Vous aurez bientôt les chinois comme "colonisateurs"... Méfie-toi !

@Letranger
ZARZOUR
| 17-11-2017 08:51
Tiens tiens voila l'autre raciste (bougnoul), l'Agérie restera toujours une plaie pour tout le monde et surtout les français qui doivent être jugés de crimes de guerre. L'Agérie, l'Algérie, crevez crevez, vous ne pouvez pas mettre la main mise dessus.
Le nationalisme à 2 sous
L'étranger
| 17-11-2017 05:39
@algerien lamba
Sache que nous sommes les ennemis de nous même avant que les autres le soient.
Arrêter de chercher midi à quatorze heure. Cordialement
Larry,je suis d'accord avec toi
@Algérien lambda.... Bien formulé !
Larry
| 16-11-2017 20:03
Si seulement nous pouvions en faire autant, ici nous nous volons d'abord les uns les autres ; pour le pouvoir et pour l'argent ! (dans l'ordre que vous voulez, on ouvre les portes à tout le monde)

Le peuple passe après ....
Algerie mon amour
Algerien lambda
| 16-11-2017 19:12
Une"analyse"pompee sur les propos de Bernard Lugan, ce pseudo historien dont les invectives et autres affabulations ne connaissent qu'une cible:l'Algerie (service commande oblige,suivez mon regard!).Bien sur,nous ne sommes pas dupes.Notre pays est effectivement cible pour trois raisons majeures: ressources energetiques qu'il s'agit de piller,au plan geo-strategique idealement situe(une position qui prend encore plus d'importance dans la crise structurelle migratoire entre l'Afrique et l'Europe)et enfin pays souverain, au sens plein du terme qui refuse que ses choix lui soient dictes par la France, l'Otan ou par leurs valets arabes du golfe ou d'ailleurs(a travers,notamment.des printemps immaginaires).Ceci etant,notre histoire antique(lisez Tite Live ou Polybe),ou celle du moyen age(relisez Ibn Khaldoun)ou celle recente sur la guerre d'independance(tous bouquin intellectuellement honnete),notre histoire donc,indique que nous sommes une terre d'HOMMES,souvent tetus certes mais fiers et indomptables.L'on se critiques entre nous, l'on critique le gouvernement, mais gare a l'etranger qui voudrait jouer au maitre chez nous car,alors tous les algeriens, du sud, du nord de l'est ou de l'ouest se leveront unis contre cet inconscient.A mon age,66 ans,dans un tel cas de figure,je n'hesiterais pas une seconde a prendre un paquet de grenades pour me jeter sur l'ennemi.
@Zarzour...... Touché ! ...Tu t'es senti visé ?
Larry
| 16-11-2017 16:56
... Tes commentaires confirment mes dires et l'ignorant n'est pas celui que tu penses.

Car comme tu dis si bien "donnant donnant"... et on ne critique pas par derrière !
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