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L'enfer libyen aux portes de la Tunisie !

L'enfer libyen aux portes de la Tunisie !
Depuis la chute, puis l’assassinat du Colonel Mouammar Kadhafi, la Libye ne cesse de battre la breloque, entrainée dans une guerre civile opposant différentes milices armées jusqu’aux dents. C’est une rude bataille pour l’occupation de sites stratégiques du pays, et par ricochet du pouvoir qui est menée depuis deux semaines et qui décline une facture hautement salée. De violents affrontements entre groupes armés ont causé des dommages humains et matériels grandement significatifs. Et la Tunisie n’est pas en reste : en véritable dommage collatéral, le pays essuie l’échec de la révolte d’un peuple lassé d’un potentat dévoyé. C’est ainsi que le poste frontalier de Ras Jedir est pris d’assaut depuis quelques jours par des milliers de résidents en Libye demandant refuge sur le sol tunisien.

Les derniers jours ont connu une montée de violence sans précédent en Libye. Les combats entre milices armées envahissent davantage le territoire libyen en investissant des sites stratégiques tels que l’aéroport de Tripoli, ce qui a conduit à la fermeture de l’espace aérien. Un véritable carnage qui sème le trouble dans la région et contraint des ambassades (française, américaine, anglaise et tunisienne) à l’évacuation de leurs personnels pour des raisons sécuritaires. Les employés des différentes missions diplomatiques ont été évacués sur le sol tunisien sous haute protection militaire en attendant le retour au calme en Libye. Mais encore, la Tunisie, la France et les Etats Unis ont formulé clairement la demande de quitter ce pays à l’ensemble de leurs ressortissants. S’est joint à leur mouvement, la mission des Nations Unies dont le personnel a été, également, évacué vers la Tunisie, depuis le 13 juillet courant. Selon l’estimation de plusieurs observateurs et experts en la matière, cette vague d’évacuation rapide des missions diplomatiques sonne l’état d’alerte et renseigne sur la gravité de la situation sécuritaire en Libye.

En plein paroxysme sécuritaire, la Tunisie se retrouve confrontée à la délicate mission de gérer l’afflux massif de réfugiés fuyant la Libye. Ils sont Libyens mais également Egyptiens et Jordaniens, en substance. Le flux des entrants enregistrés au niveau du post frontalier de Ras Jedir varie en moyenne entre 5000 et 6000 personnes par jour. Commentant ce chiffre lors d’une conférence de presse tenue à propos de la dégradation de la situation en Libye, le ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, a expliqué qu’il s’agit d’un afflux « ordinaire » jusqu’ici, bien loin des chiffres qu’on a enregistrés en 2011. Ils étaient alors plus de 500.000 à élire la Tunisie terre de refuge. Néanmoins, le chef de la diplomatie tunisienne a assuré que le scénario de 2011 ne peut se reproduire. La situation actuelle du pays ne peut, en effet, le permettre, en cause, une conjoncture économique difficile assortie d’une situation sécuritaire vulnérable avec la prolifération du fléau du terrorisme. L’Armée nationale, affaiblie en ces temps, et qui avait, en 2011, assuré un soutien indéfectible aux agents de la douane et des frontières, est focalisée sur la lutte contre le terrorisme. L’intérêt national du pays prend les devants et prime sur l’aspect de la solidarité et de la compassion, quand bien même fort présent. A ce propos, Mongi Hamdi a expliqué qu’au regard de la précarité de la situation économique en Tunisie, et de la présence de Libyens suffisamment importante sur le territoire (elle est estimée à plus d’un million), le pays ne peut se permettre davantage de réfugiés. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères n’a-t-il pas exclu la fermeture des frontières tuniso-libyennes au cas où l’afflux de réfugiés s’intensifierait. Il a souligné, qu’auquel cas, les lisières seront ouvertes uniquement aux ressortissants tunisiens dont le nombre est estimé à 80 mille ainsi qu’aux cas particuliers. S’agissant des réfugiés de nationalité égyptienne et jordanienne, Mongi Hamdi a indiqué, clairement, qu’ils seront autorisés à passer la frontière tuniso-libyenne à condition de présenter un billet d’avion attestant de leur rapatriement depuis l’aéroport de Djerba ou encore, que leur pays d’origine s’engage à envoyer un avion pour les rapatrier.

Une commission, créée depuis le kidnapping des deux diplomates tunisiens, Mohamed Ben Cheikh et Laâroussi Gantassi, s’est attribuée pour mission le suivi de la situation sécuritaire en Libye. Cette cellule présidée désormais par le chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, est composée des ministres de l’Intérieur, de la Défense nationale, des Affaires étrangères, de la Justice, des Droits de l'Homme et de la Justice transitionnelle ainsi que le ministre délégué chargé de la sécurité. A l’issue d’une réunion tenue jeudi 31 juillet 2014, cette cellule a émis une batterie de mesures et de décisions sous la lumière des récentes évolutions qu’a connues la situation sécuritaire en Libye. Il s’agit, dans l’essence, de l’intensification des actions diplomatiques avec les pays voisins, notamment l’Algérie pour coordonner les efforts sécuritaires, de la poursuite de l'évacuation immédiate des membres de la communauté tunisienne résidant en Libye ainsi que de la sécurisation de leur transfert et évacuation, en collaboration avec les pays concernés et les organisations internationales.

Il y a de cela, 21 ans, le Colonel Kadhafi avait alerté, lors d’un discours, contre l’invasion des islamistes extrémistes qui déroberont le pouvoir des mains des gouvernants « légitimes ». Il a dépeint avec une précision étonnante les contours du paysage actuel de la Libye tombée, en partie, dans les mains armées des milices islamistes. Aujourd’hui, les prédictions du Colonel se concrétisent, et la Tunisie se trouve à nouveau, au pied d’une guerre meurtrie touchant son voisin proche et partenaire intime. Les autorités tunisiennes ont fait preuve, d’après l’avènement du 14 janvier, d’une maîtrise quasi-prodigieuse sur fond de solidarité de la situation sécuritaire vulnérable, au niveau du poste frontalier à Ras Jedir. Des centaines de milliers de réfugiés ont investi le sol tunisien et y sont restés jusqu’à leur rapatriement sans que de notables incidents ne se soient produits. Néanmoins, aujourd’hui, la situation sécuritaire sous nos cieux est bien plus fragile qu’il y a trois ans, sapée par la prolifération du terrorisme. L’Armée nationale, dans une mobilisation singulière, est focalisée sur cette guerre interne à plusieurs inconnues. La Tunisie ne détient, de ce fait, pas les mêmes moyens humains, logistiques et matériels pour faire face à une nouvelle vague de réfugiés de Libye. Mais il n’en demeure pas moins, qu’il serait contraire au respect des Droits de l’Homme que de refuser l’asile à ces milliers de personnes fuyant l’enfer des islamistes. Une équation difficile et à double tranchant. Les autorités tunisiennes n’ont, tout du moins, pas eu le choix et ont du procéder à la fermeture du poste frontalier de Ras Jedir à la suite de violents troubles causés par des réfugiés l’ayant pris d’assaut pour tenter un passage de force. Cette fermeture a été déclarée temporaire jusqu’à un retour au calme ou en tous cas un semblant.

Un semblant de calme, justement, parait si difficile et sétacé à trouver. Les milices islamistes n’entendent souffrir aucun compromis avec le pouvoir en place en Libye pour rebrousser chemin. La fermeture des frontières du côté tunisien, et bien qu’elle soit ponctuelle, vient regorger davantage la problématique majeure soulevée depuis la révolte libyenne: l’asphyxie d’une bouche d’oxygène principale de l’économie tunisienne.



Nadya B’CHIR

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Commentaires

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mrcherif
| 05-08-2014 12:49
Et elle a une grande soeur algérienne qui j'espère la soutiendra jusqu'au bout pour bâtir un avenir commum !

tounsia2
| 03-08-2014 18:39
@taghast

Votre témoignage me va droit au c o e u r ; J'ai toujours eu une grande estime et beaucoup de respect pour le Peuple Algérien, et vous venez de prouver que j'ai eu raison de le faire. Mille merci

Bien à vous

taghast
| 03-08-2014 16:37
Je suis algérien et la Tunisie a déjà montré qu'elle avait tout pour sortir grandie de cette crise éphémère. Elle a les hommes, les femmes, le courage et les mentalités qu'il faut pour cela.

anissa
| 03-08-2014 14:08
regardez moi ça :

Khadaffi prédit sa mort !!! et la mort d'autres dirigeants arabes par les américains

et ça aussi :

Michel Collon: " L'homme qui n'a peur de personne " - YouTube www.youtube.com

Kairouan
| 03-08-2014 11:24
@tounsia2

Detrompez-vous. Il y aura toujours un homme ou une femme qui sera inspire(e) par la soufrance et la tristesse de sa realite.
Si la "theorie" qu'evoque @Salahtataouine est vraie [selon les observations, elle le serait] - alors notre compatrite est deja ne(e). Donnons lui le temps d'une generation, tout au plus, et on le (ou la) connaitra!

En attendant, par contre, et comme rien ne vient jamais du neant; il est primordial que la chaine de resistance ne se casse pas. Meme si nous n'en constituons que des maillons faibles, ceci est infinimenet plus utile aux "sauveurs historiques" que les chaines rompues. C'est la ou reside le caractere indispenssable des hommes et des femmes, dits"normaux"

Autrment, nous nous seriont que de simples "consommateurs" de tout...allant des aliments jusqu'au evenements historiques, en passant par la procreation, la technologie, la litterature, ou toutes sortes d'ideologie ou de theories de connaissance!

amicalement.

P.S. EidikMabrouk we Snine Dayma - au cas ou vous n'avez pas vu mes voeux la semaine derniere :-)

Royaliste
| 03-08-2014 09:39
On a le choix, soit regarder les tunisiens se faire égorger un a un, soit agir avec nos voisins pour pacifier militairement la Libye.

Economiquement ca ne peut être que bénéfique,
- tous les frais qui seront engagés par la Tunisie seront remboursés par le gouvernement libyen. La logistique sera bien sur assurée par les entreprises tunisiennes (avez-vous une idée sur combien facture par jour et par soldat les entreprises de logistique us en Irak occupé ?)
- les compagnies tunisiennes auront des débouchés et des opportunités énormes. expl très simple: tunisair pourra relier Tripoli au monde vue qu'ils n'ont plus d'avions'

Militairement, l'armée tunisienne sera amener a développer des compétences dont elle aura besoin. L'armée pourra se faire aider par d'autres armées. Expl : aujourdhui les Emirats recrutent des officiers sud africains pour entrainer les soldats de leur armée nationale. De plus la Tunisie devra agir dans le cadre d'une coalition régionale : l'Algérie et la l'Égypte, qui ont autant besoin que nous d'une Lybie stable.

Politiquement, ca sera la premier action dans la construction de l'Union du Magréb. Au lieu de toujours quémander ou attendre que l'occident prenne des décisions (qui ne vont jamais dans le sens de nos intérêts),
cette fois ci, on prend nos destins en main et on travail pour construire un meilleur avenir.

tounsia2
| 02-08-2014 21:36
Un Homme qui aimait son petit pays et qui lui a donné le meilleur de lui-même ; Il avait les mains propres et il ne rêvait que pour son bon peuple
Paix à l'âme du Père de la Tunisie, bâtisseur de la première République, un Homme comme on n'en fait plus, ni maintenant, ni jamais. . . .

Slahdiine
| 02-08-2014 20:11
@Salahtataouine

Ayei Salah, si je vous prends au mot, vous appelez ce que les chrétiens appellent, le divin enfant, qui a donné un chant religieux chez les chrétiens :
Il est né, le divin Enfant,
Jouez, hautbois, résonnez, musettes;
Il est né, le divin Enfant;
Chantons tous son avènement!

Chez les musulmans de la tendance chiite, ils attendent toujours l'imam qui va les guider et chez les communistes purs et durs, ils attendent le grand soir de la révolution qui fera de tous les ouvriers des patrons sans personnes à exploiter !

Est-ce que chaque siècle donne naissance à un grand homme ? Vous allez vous fâcher avec Tounsia2 qui pourrait vous rétorquer qu'on oublie de dire que les hommes sont d'abord enfantés par des femmes et qu'ensuite, les femmes non pas moins de qualité que les hommes, certaines même pensent qu'elles ont davantage de qualités, notamment la qualité de respecter la vie humaine. Sachez que les femmes vivent plus longtemps que les hommes, leur espérance de vie est de 10 années supérieures aux hommes, c'est vous dire que pour ma part, si j'avais à attendre dans un aéroport pour aller le plus loin possible, je vous avoue que j'attendrais une libertaire, pas un grand homme !
Pour en revenir au sérieux triste de la Tunisie malheureuse, si nous ne disposons pas de grand Homme ( au sens générique qui inclue une femme) c'est que notre société n'a pas encore été capable de relever les défis du siècle en matière de niveau d'éducation, niveau de connaissance des sciences et techniques, niveau démocratique dans l'égalité des hommes et des femmes, bref, nous sommes toujours dans la caverne coranique où somnolent depuis des siècles des hommes de caverne dont le coran en parlent en sourate et en versets.

canalou
| 02-08-2014 19:30
et ceux qui ont fait un marche avec les sionistes pour avoir le pouvoir se sont fait avoir comme des imbéciles . Ils ont assassine ghadafi et Saddam les leaders arabes et continuent a s entretuer pour le bonheur des sionistes . la montee du leader Sissi en egypte est un cadeau a l afrique victime de ses traitres

salahtataouine
| 02-08-2014 18:57
Il faut que la tunisie enfante un autre grand HOMME ..
On dit toujours que un GRAND HOMME nait par siecle ....
LA TUNISIE attend un autre LIBERATAIRE

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