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Procès des martyrs de la révolution : Le premier vrai test pour les politiques
17/04/2014 | 1
min
Procès des martyrs de la révolution : Le premier vrai test pour les politiques
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Au moment où le pays dispose, désormais, d’une Constitution en bonne et due forme, faisant l’unanimité ou presque aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger… Au moment où le pays commence à mettre en place ses institutions, ingrédients indispensables pour l’assise d’un Etat de droit fiable et viable, la Tunisie semble avoir échoué dans son premier vrai test. Celui d'observer une séparation stricte entre les trois pouvoirs…

 

Au moment où tout un chacun réclame une séparation entre les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, condition sine qua non de toute démocratie qui se respecte, la Tunisie vient d’enregistrer les premiers couacs en la matière suite au verdict rendu par la Cour d’appel militaire de Tunis dans l’affaire des martyrs et des blessés de la révolution. Si la réaction des membres des familles des victimes de la révolution est compréhensible, compte tenu de leurs considérations passionnelles, il n’en est pas de même pour les autres parties. Les élus de l’Assemblée nationale constituante (ANC), le pouvoir exécutif dans sa branche de la présidence de la République et plusieurs partis politiques auraient dû faire preuve d’un peu plus de retenue et de raison.

En effet, les critiques ont fusé de toutes parts pour dénoncer la nature du jugement et crier au complot, à un nouvel « assassinat de la révolution », à la corruption des juges, etc. Allant, chacun, de sa théorie et de son raisonnement, on a eu, plutôt, droit à des procès d’intention. En effet, ceux qui analysaient la situation ne parlaient pas en connaissance de cause puisqu’ils s’exprimaient avant d’avoir vu et lu les détails de l’énoncé du verdict et de ses justificatifs.

D’ailleurs, en attendant d’avoir le texte détaillé du jugement, les avocats de la défense des familles des victimes et ceux des accusés sont prêts à convaincre les auditoires, notamment sur les plateaux des radios et des télévisions, de leurs arguments et de leurs points de vue.

D’autre part, les observateurs se disent enclins à comprendre l’attitude de dirigeants de certains partis politiques qui trouvent en l’issue de ce procès une aubaine inespérée de faire de la surenchère et user d’un langage populiste entrant dans le cadre de leur campagne électorale prématurée.

Ainsi, des partis, connus pour leur entrée facile en transe, tels le CPR, Attayar de Mohamed Abbou, et Wafa de Abderraouf Ayadi, pour ne citer que ceux-là, ont vite fait de crier au scandale, à l’injustice, à la corruption et à un retour des symboles du passé.

 

Mais on ne peut être ni compréhensif, ni tolérant vis-à-vis des officiels représentant les institutions de l’Etat et censés en défendre le prestige et la rigueur. En effet, les membres de l’ANC et le président de la République représentent deux pouvoirs tenus à respecter l’indépendance de la magistrature, un sacro-saint principe de tout Etat démocratique respectant le droit et les institutions.

Le mauvais exemple est venu, comme d’habitude, du sommet de l’Etat, à savoir, le président de la République, Moncef Marzouki qui ne rate pas une occasion pour mettre le pied dans le plat. Il a, en ce jour même du jeudi 17 avril 2014, reçu des membres des familles des martyrs et des blessés de la Révolution auxquels il a exprimé «sa compassion suite à ce verdict injuste».

Les familles des martyrs ont proposé à M. Marzouki de prendre une mesure exceptionnelle à travers la non-application du verdict du tribunal militaire et l'interdiction de voyage contre les accusés, mais aussi de créer « des chambres judiciaires spécialisées dans les affaires des martyrs et blessés de la révolution ».

C’est dire que l’opinion publique est vraiment curieuse de voir l’attitude qui sera prise par Moncef Marzouki lors de son adresse prévue pour demain vendredi 18 avril. Car, rien dans la Constitution ni dans les lois en vigueur n’accorde des prérogatives autorisant le président de la République à prendre des décisions de ce genre.

M. Marzouki, qui s’est dit choqué par le verdict, s’implique directement en recommandant au ministre de la Défense nationale de porter l’affaire devant la Cour de cassation et de lui trouver une issue dans des délais raisonnables.

 

Pour sa part, l’ANC n’est pas demeurée en reste. Outre les élus qui ont gelé leur adhésion à l’Assemblée, une résolution a été prise afin d’examiner, en plénière, dans la journée du samedi 19 avril 2014, un projet de loi visant à dessaisir le tribunal militaire des affaires des martyrs et blessés de la révolution.

 

L’autre composante de l’exécutif a fait preuve, par contre, de sens de l’Etat. Mehdi Jomâa, chef du gouvernement et, Hafedh Ben Salah, ministre de la Justice, des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, ont exprimé leur compréhension de la réaction des familles des victimes de la révolution, mais ont insisté sur la nécessité de respecter l’Etat et ses institutions dont notamment l’appareil judiciaire, surtout que les moyens de recours sont encore disponibles.

D’ailleurs, d’autres partis politiques dits démocrates ont réussi à éviter les amalgames. Tout en exprimant leur compassion et leur compréhension envers les familles des martyrs et des blessés de la révolution, ils ont appelé au respect de l’indépendance de la magistrature et à opter pour les procédures de recours réglementaires d’usage.

Ceci donne une idée, selon les observateurs, de la différence entre un gouvernement indépendant composé de technocrates ayant le sens du respect de l’Etat et une présidence de la République et une ANC qui se comportent selon des considérations partisanes et électorales prématurées.

 

C’est dire qu’à peine trois mois après l’adoption de la Constitution, la Tunisie vient d’échouer au premier vrai test qui aurait dû consacrer la séparation des pouvoirs et démontrer que le pays se dirige, effectivement, vers l’étape de l’Etat de droit et de l’instauration d’un régime démocratique.

17/04/2014 | 1
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