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SUR LE FIL
La Tunisie souveraine, mais de qui ?
Par Karim Guellaty
29/04/2023 | 14:42
7 min
La Tunisie souveraine, mais de qui ?

 

La dichotomie indécente entre la réalité de ce que vivent certains peuples et les communiqués des observateurs est ce que le verbe peut être à l’action en amour. Un monde sépare l’intention du quotidien, l’inconséquence de la parole qui ne se traduit en rien d’autre que dans des mots, ne fait que rajouter quelques mots aux maux. Ou l’inverse. Le fait est que les faits sont.

 

Et les faits en Afghanistan sont aussi tragiques pour la femme que l’inaction du monde qui se contente de déclarations inquiètes et préoccupées entre la poire et le dessert du concert bien-pensant d’un monde sans pensée. Depuis le retour au pouvoir des Talibans en août 2021, et après le départ des troupes internationales chargées de maintenir un semblant de semblant, les femmes sont désormais interdites d’apprendre plus que le programme de l’école primaire. Exit pour elles les lycées, les universités et les formations en tout genre. Les Américains avant de partir avaient juré qu’un accord décent avait été conclu avec les Talibans. De nos jours, on jure comme on inspire, on y croit comme on expire, et on ment comme on vit. Protégées du savoir qui libère, il fallait un peu plus d’oppression pour les femmes, et elles sont donc également interdites de parcs, de jardins publics et de bains maures.

Le Taliban est un homme de culture, et il a lu Juvénal. Ça c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que Juvénal est l’auteur de l’esprit sain dans un corps sain, et, le lisant, les Talibans ont donc déduit qu’il fallait également interdire aux femmes le sport en général et les salles de sports en particulier. C’est donc sur leurs tapis de courses, face à une île de Manhattan qui se réveille, que les membres du conseil de sécurité de l’ONU ont décidé de soumettre à leur Conseil une résolution qui dénonce l’attitude talibane.  Qu’est-ce qui a donc dérangé la morale onusienne en pleine activité sportive matinale ? Le fait que les Talibans aient interdit aux ONG d’employer des femmes afghanes, et privent ainsi l’Onu de pouvoir faire travailler des femmes afghanes.  Trop c’est trop, une ligne rouge est une ligne rouge et c’est à la douche qu’ils mettent la touche finale à un texte qui sera voté quelques heures plus tard. Le Conseil de sécurité, à l’unanimité a donc décidé de … dénoncer cette interdiction qui citons, « compromet gravement les droits humains et les principes humanitaires ». Le job est fait, le vote est unanime, l’Histoire est en marche, on peut passer au jus detox après le sport.

Bien entendu les Talibans, comme tous les autocrates, ne s’encombrent pas de grands choses, et encore moins de mots. La réponse est toujours la même : « l’Afghanistan est souverain, ses choix également et celui-là est social et ne concerne que lui ». Circulez, il y a tant à voir, beaucoup à dire, mais pour ce qui est d’agir il y a la souveraineté. Et la souveraineté c’est généralement l’arme qu’on dégaine quand c’est l’humanité qu’on malmène. N’y voyez aucune analogie, il n’y en a pas, ainsi en a décrété le décret 54. #leverbe

 

Heureusement, il y a des gens qui ont la décence de faire semblant de s’aimer, et ainsi les belligérants au Soudan ont prolongé de 72 heures le cessez-le-feu où rien n’a cessé, pas même le feu. Mais dans le concert des faux semblants, le monde se félicité de la prolongation de cette trêve, qui permet aux uns et autres d’évacuer ses ressortissants. Une trêve, c’est soixante-quatorze morts en deux jours. Interrogé sur le sens du cessez-le-feu alors que les morts continuent de tomber, le porte-parole du département d’État américain, Vedant Patel aura cette déclaration qui devrait être d’anthologie : « les violations du cessez-le-feu ne signifient pas son échec ». Le mess de la bonne conscience est consommé, et ce n’est pas le même que la messe des morts. N’est pas officier qui veut. La guerre au Soudan dure depuis 2003, avec un bilan de plus de 300 000 morts et quelques 2,5 millions de réfugiés. Maintenant que nos peuples ont été évacués, on va pouvoir retourner sur nos tapis de courses, à la recherche effrénée d’un autre drame pour lequel on va réfléchir à élaborer une déclaration préoccupée ou inquiète, c’est selon notamment le nombre de morts. #warandsport

 

Aux États-Unis, qui sont à la géopolitique ce qu’un enfant de deux ans est au dessin, leurs affaires internes souveraines se cristallisent sur le droit de la femme a décider pour elle-même, et donc de son droit à avorter. Après cette décision inique de la Cour suprême de juin 2022 qui a supprimé la garantie constitutionnelle à avorter, les différents états se croient autorisés, et ils le sont, à interdire tout simplement l’IVG. Heureusement pour les femmes, en démocratie, l’Homme est tenu par un mandat électif enfermé dans un temps qu’il va devoir renouveler devant ses électeurs. Et les Républicains qui veulent beaucoup, mais qui restent des élus comme les autres, pensent d’abord à se faire réélire. L’interdiction de l’IVG est loin de faire l’unanimité. Jeudi, en Caroline du sud et dans le Nebraska, la loi qui visait à supprimer ce droit n’est pas passée, certains Républicains ont failli à la consigne de leur parti et servi la cause universaliste en même temps qu’ils assuraient leurs réélections. Dans ce type de débat, peu importe les raisons, aucune n’est mauvaise quand elle a pour conséquence de préserver un droit élémentaire. La démocratie n’est peut-être pas un système politique parfait, mais c’est le seul qui offre aux peuples la possibilité de pouvoir se manifester pacifiquement. Parce qu’il n’y pas de vie sans paix. Toute analogie avec n’importe quel autre sujet n’est que pure coïncidence nous dicte le décret 54. #effetpapillon

 

En Tunisie, pendant ce temps-là, et si nous devions faire une application stricte du décret 54, tenir compte de l’ambiance générale qui y règne, des messages forts qui nous sont envoyés et qui nous parviennent, notre propos s’arrêterait à ce propos. Nous pourrions rajouter, et s’en féliciter parce que c’est mainstream et conforme aux dictats de le faire, que le chef islamiste Rached Ghannouchi a été arrêté pour un propos où il prédisait une guerre civile, le lavant ainsi de tout autre soupçon, lui et ses acolytes, des milles autres mots dont il était accusé.  Quand un voisin bruyant est mis hors d’état de nuire, le quartier a toujours eu tendance à se féliciter, même si l’arrestation relève de l’artefact. Seul le résultat compte, et tant pis pour la recherche de la vérité. Et tant pis, si on oublie que nous sommes tous le voisin bruyant de quelqu’un.

En Tunisie pendant ce temps-là, l’Histoire suit son court et s’écrit au long cours. Ses parenthèses obscures resteront des parenthèses, que certains paieront de leurs libertés, que d’autres commenteront de leurs préoccupations et de leurs inquiétudes. Des vies seront brisées, des destins entravés, des injustices injustes, mais la Tunisie restera ce fabuleux pays, qui aura marqué l’Histoire bien au-delà de ses frontières, même si c’est par ses frontières, qu’aujourd’hui, certains forcent d’autres au silence. La Tunisie est souveraine, son peuple l’est également. Et dans cette souveraineté du peuple, il y a son droit gravé dans le marbre de sa devise, à la dignité, en plus de la Liberté, de l’Ordre et de la Justice. Tout ceux qui veulent confisquer la Tunisie à son Histoire sont passés. Des entreprises confiscatoires, aux projets populistes, des tentatives de radicalité islamisante aux essais d’un islam politique infamant, rien ne dure, à la seule force de sa seule pensée que le peuple a écrit la trajectoire de son Histoire.  Aucun décret, aucune loi, rien ni personne ne pourra venir à bout de l’Histoire qui s’écrit. Oui la Tunisie est souveraine, souveraine à écrire l’Histoire qui lui ressemble. Oui la Tunisie est souveraine des forces extérieures qui veulent la méjuger, et des forces intérieures qui veulent la confisquer. #larmedesfaibles

 

C’est la fin de ce trip, c’est la fin de la semaine, vous pouvez éteindre vos smartphones. Le reste ne regarde que chacun, dans son âme, avec sa conscience, par sa souveraineté.   

Par Karim Guellaty
29/04/2023 | 14:42
7 min
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Commentaires
Gg
Quelques détails manquent
a posté le 29-04-2023 à 21:01
Cher Monsieur,
Vous relatez fort bien ces faits, mais vous oubliez quelques détails.
Ainsi, en Afghanistan, vous oubliez de rappeler que les Talibans ont repris le pouvoir sans tirer un coup de feu.
Le peuple (mâle essentiellement) les a accueillis avec la plus grande cordialité.
Alors les Américains sont partis.
Fussent-ils restés, vous le leur auriez reproché avec la même verve, et leur auriez rappelé qu'ils ne sont pas les gendarmes du monde.
Pas si simple, n'est ce pas?
En fait, le seul tort des Américains est d'avoir fait croire à ces femmes que pour elles, le monde avait changé.
Oui, c'est très triste.

Au Soudan, que voulez vous faire si les deux parties ont décidé de s'étriper?
Là aussi vous auriez souhaité l'intervention des Américains, pour mieux leur cracher dessus après?

Je pourrais continuer, mais je me fatiguerais pour rien, car pour ce qui est de se gaver de mots inutiles et d'étaler de vaines positions de principe très "mainstream", vous méritez aussi un siège à l'ONU!
Juan
il mérite mieux
a posté le à 15:15
je lui propose plutot un siège au Conseil Fédéral Suisse ( Schweizerische Bundesrat ) ...