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Chroniques
La croissance n’est pas au rendez-vous
Par Houcine Ben Achour
17/05/2024 | 09:02
4 min
La croissance n’est pas au rendez-vous

 

Le constat est consternant. Alors que le pays se morfond toujours dans la crise, les statistiques socioéconomiques officielles se font de plus en plus rares. Est-ce pour cette raison que l’actualité économique est si pauvre, ces dernier temps ? Cela en a tout l’air. En tout cas, les mises à jour des données que publient les structures statistiques publiques souffrent pour certaines sinon beaucoup d’entre elles de retards incompréhensibles. Il suffit pour s’en convaincre de compulser certains sites officiels et de consulter leur rubrique « chiffres clés » ou quelque chose du même genre. Le résultat est édifiant. Certaines statistiques de ministères, départements ou établissements datent de mathusalem. Certaines autres qui, il n’y a pas si longtemps, étaient publiées avec une régularité de métronome ne le sont malheureusement plus.

 

Par exemple, les statistiques mensuelles des intentions d’investissement de l’APII (Agence de promotion de l’investissement et de l’innovation) se sont arrêtées au mois de décembre 2023. Il en est de même de celles de l’APIA (Agence de promotion des investissements agricoles) ou encore de la FIPA. Le ministère des Finances avait l’habitude de fournir mensuellement les données d’exécution du budget de l’État. Depuis janvier 2024, il n’y a plus rien. Idem des données trimestrielles de la dette publique. La Banque centrale de Tunisie (BCT) n’est pas en reste. La plupart des séries statistiques de l’institut d’émission s’arrête à décembre 2023. Le bilan décadaire de la BCT, les comptes analytiques, les indicateurs monétaires et financiers mensuels en général ne sont plus publiés. On espère quand même que la Note de conjoncture du premier trimestre 2023 de l’autorité monétaire serait publiée à temps. Bref, la liste est longue des retards de mise à jour statistique.

Heureusement que l’Institut national de la statistique (INS) est là pour fournir aux utilisateurs et au public en général des données statistiques actualisées. Certes, la mise à jour de certains indicateurs a pris un certain retard comme celle de l’IPI (Indice de production industrielle) ou l’IPVI (Indice des prix de vente industrielle) ou bien l’Indice des prix de l’immobilier ou encore les statistiques du commerce extérieur à prix constants. Cependant, l’essentiel est sauf avec la publication récente des statistiques trimestrielles de la croissance et de l’emploi. Celles-ci ne portent objectivement pas à l’optimisme. Il est communément admis que les résultats de la croissance du premier trimestre préfigurent généralement le profil de la croissance en année pleine. Autrement dit, avec 0,2% d’accroissement du PIB en glissement annuel les prévisions de croissance pour 2024 risquent d’être revues à la baisse.

La décomposition sectorielle de cette croissance n’augure rien de satisfaisant. Les prémices d’un rebond de l’activité agricole tardent à se manifester. Le secteur n’a enregistré qu’une hausse de 1,6% en glissement annuel au cours du premier trimestre 2024. Comparé à la baisse de 6,3% durant la même période de 2023, on pouvait s’attendre à mieux. Le second semestre sera-t-il marqué d’un autre sceau ou saut ? Cela ne fait aucun doute. Cependant, il s’agit de ne pas trop espérer. La campagne céréalière ne sera pas exceptionnelle. Elle pourrait même être en-dessous de sa moyenne de moyen et long terme. C’est d’ailleurs ce que suggère la Banque mondiale qui prévoit une croissance du secteur agricole de 5,9% en 2024 après l’hécatombe de -11% en 2023. Ainsi, le secteur ne devrait rattraper qu’environ la moitié de ses pertes de l’an passé.

Le secteur industriel, pour sa part, est en réelle souffrance. D’un trimestre à l’autre, en variation trimestrielle comme en glissement annuel, l’activité des industries non manufacturières poursuit inexorablement sa baisse. Il en est de même des industries manufacturières quoique dans une moindre mesure. Le recul est quand même inquiétant. Au premier trimestre 2024, l’industrie du textile affiche un recul de plus de 3% en variation trimestrielle et plus 12% en glissement annuel. L’industrie mécanique et électrique affiche un recul de -3,5% en variation trimestrielle et une quasi-stagnation en glissement annuel (0,5%). L’activité de la construction est elle aussi à la baisse – Ne dit-on pas que si le BTP va tout va ? -. Certes, en variation trimestrielle, elle affiche une croissance de 1,7%. Sauf que cela intervient après une baisse de 0,4% un trimestre auparavant et qu’en glissement annuel, le recul est de presque -7%. Ces données donnent raison à la Banque mondiale qui prévoit un tassement de l’activité industrielle de -0,3% en 2024. Le recul des importations de matières premières et de semi-produits durant le premier trimestre 2024 suggère le profil qu’aura l’activité industrielle au cours du prochain trimestre.

Reste le secteur des services. Il convient de croiser les doigts. Au premier trimestre 2024, l’activité touristique affiche une progression significative en glissement annuel. Elle poursuit son rythme ascendant. En tout cas, le secteur des services va contribuer dans une large mesure à tirer la croissance économique du pays vers le haut. Jusqu’à quel palier ? Wait and see.

 

 

Par Houcine Ben Achour
17/05/2024 | 09:02
4 min
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Commentaires
URMAX
@ Mr Houcine Ben Achour ;
a posté le 18-05-2024 à 20:43
Bonsoir ;
Non, la croissance n'est pas (encore) au rendez-vous.
Voyez-vous, l'économie est assimilable à la construction d'une batisse.
Si le terrain n'est pas favorable (ndlr, pots-de-vin, détournements, vol manifeste par non-déclaration totale des revenus, spéculation, ...) vous ne pourrez jamais batir une forte économie là-dessus.
Non. Tout s'écroulerais après un certain temps, parce que le terrain est instable.
Le terrain, vous devez tout d'abord l'assainir, le stabiliser, le niveler et le consolider.
Une fois que ceci sera fait, vous pouvez vous permettre de commencer a batir les fondations d'une économie stable, forte et pérenne..
Nous, tunisiens en général, sommes toujours très pressés.
Nous voulons des résultats en bâclant le travail et en sautant les étapes.
Tout comme nos maçons (benney) ; tous vous diront qu'ils savent batir un mur, mais combien sauront vous faire un mur en équerre parfaite et d'aplomb ... ?
Très peu.
L'économie, monsieur Ben Achour, c'est pareil :
=> IL est totalement inutile d'essayer de batir une économie ou de s'attendre à une quelconque utopique croissance, tant que nous aurons des malfaçons économiques dans notre pays et ce, des plus grosses holdings, aux plus simples professionnels indépendants et tout en soulignant au passage les professions libérales d'ordre médical, qui eux - pour la plus part - en déclarent peut-être un dixième ...
... 'faut pas rêver ...
Abidi
Rendez vous
a posté le 18-05-2024 à 13:45
Mr tant que vous et vos semblables seront parmi nous on n'aura de rendez-vous qu'avec la désolation cela est une certitude
Rationnel
L'ojectif est la decroissance
a posté le 17-05-2024 à 15:01
L'objectif n'est pas de bâtir mais de détruite pour construire de nouveau une utopie populiste ou les voeux du peuple peuvent devenir réalités.
Sadok Rouai
BCT
a posté le 17-05-2024 à 12:24
'La Banque centrale de Tunisie (BCT) n'est pas en reste. La plupart des séries statistiques de l'institut d'émission s'arrête à décembre 2023. Le bilan décadaire de la BCT, les comptes analytiques, les indicateurs monétaires et financiers mensuels en général ne sont plus publiés. On espère quand même que la Note de conjoncture du premier trimestre 2023 de l'autorité monétaire serait publiée à temps. Bref, la liste est longue des retards de mise à jour statistique.'?'

En fait, j'ai moi meme constaté ces défaillances et contacté la BCT pour clarification. Voici l'explication:

'La BCT est en train de finaliser plusieurs reformes statistiques, plus précisément le changement de la méthodologie dans la compilation des données statistiques monétaires, la migration vers la BOP 6ème édition ainsi que les statistiques de la dette'?'.

Normalement la BCT aurait du poster une notice pour informer les visiteurs a propos de ces travaux.
le financier
quand le malade a de la fievre
a posté le 17-05-2024 à 09:43
quand le malade a de la fievre , il suffit de casser le thermometre et la fievre disparait .

rien ne va dans ce pays , dans d autre pays il y aurait deja les gillets jaunes ... . La grande erreur c est que les TRE continuent a envoyer de l argent , ils devraient arreter cela forcerer les locaux a se bouger au lieu de dormir dans les caf2s et a reflechir a comment devenir riche en faisant rien que chercher des arnaque sur internet