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Chroniques
En pré-faillite, mais décrétés heureux
Par Ikhlas Latif
08/04/2022 | 17:59
4 min
En pré-faillite, mais décrétés heureux

 

En Tunisie et depuis onze ans, une crise en chasse une autre. Pas le temps de reprendre son souffle, qu’un événement pire que celui qui le précède vient s’abattre sur nos têtes à tous. Aujourd’hui, nous arrivons à ce qui semble être le paroxysme du marasme, disent certains. Pour le moment, tout au moins, parce que divers indicateurs laissent entrevoir que le pire est à venir.

On s’enlise dans un ensemble de crises entremêlées, inextricables et interdépendantes. En sommes, une infâme polycrise dont on ne voit pas le bout ou l’issue favorable. Que choisir entre un pré-dictateur aux bonnes intentions, mais absurdes et hasardeuses et des pseudo-démocrates intéressés, roublards et aux intentions dangereuses ? On en a tâté de ces derniers durant les dix années passées et voilà où nous en sommes, à se coltiner un président lunaire, des institutions à la dérive et un crash socio-économique inévitable. Mieux vaut un retour à l’avant 25 juillet car on aura les outils pour les combattre, ces énergumènes, dans un cadre institutionnel, disent certains. Mieux vaut se frotter à un ennemi qu’on connait, qu’un omni-président imprévisible qui s’est arrogé tous les pouvoirs et qui nous mène vers un sort inconnu…

Mais est-ce aussi simple ? Dans cette histoire, tout n’est pas blanc ou noir. Le manichéisme n’a pas lieu d’être. Il s’agit de se rappeler bien précisément que ces personnes se sont taillé des institutions, un mode de fonctionnement, un ersatz de système démocratique sur-mesure. Un retour en arrière voudrait dire, un retour au point de départ de la crise politique, à ses origines que nous sommes tenus de ne surtout pas oublier. Que faire alors ? Accepter qu’un personnage accapare tous les pouvoirs et décide seul de l’avenir d’un pays sans siller ? Qu’un personnage profite de l’échec de la classe politique pour mettre en œuvre son projet ubuesque et refaçonner l’Etat à l’image de sa vision ? Concéder un retour à l’avant 14 janvier 2011, aux pratiques autoritaires ? Se résigner à relaisser les manettes à un chef suprême qui aura droit de regard sur tout, qui décidera de tout pour nous tous ? Serait-on acculés, pour toujours, à choisir entre la peste et le choléra ?

La haine, légitime, que voue une grande majorité de Tunisiens à la clique au pouvoir menée par Ennahdha, avant le coup de force de Kais Saïed, leur fait perdre tout discernement. S’élever aujourd’hui contre l’hégémonie présidentielle, critiquer ses approches hasardeuses ferait de vous un traitre, un inféodé aux corrompus et même un islamiste patenté. La faculté de faire la part des choses se perd. Le désespoir fait que les Tunisiens se cramponnent à Saïed pensant y trouver leur salut. La chose est même encouragée par le président, qui n’a eu de cesse de qualifier ses contradicteurs, pêle-mêle, de toutes les ignominies possibles. Et le voilà qui décide pour nous que nous sommes heureux par ce qui se déroule sous nos yeux et dans nos vies. Gare à celui ou celle qui dirait le contraire, ennemis du peuple !

Alors oui, nous sommes heureux, tellement, tellement contents qu’on risque d’être submergés par l’émotion, qu’on risque de provoquer un raz-de-marée de plénitude qui viendrait s’abattre sur le monde et le saturer d’ondes positives. On touche les cimes de la félicité. On est tellement dedans qu’on entre franchement en concurrence avec les pays les plus heureux au monde. Finlande, Danemark ou Suède, vous n’avez qu’à bien vous tenir, nous arrivons pour vous détrôner ! Nous sommes, apparemment, les champions du Bonheur national brut à défaut d’en être du Produit national brut.

C’est le triomphe des nouvelles approches. Notre Tunisie a toujours été un pays précurseur. Ramadan est là et le peuple est heureux. Parce que contrairement à ce que disent les méchants médias, semoule, riz, pain, farine, huile, sucre, etc., sont disponibles. Parce que les prix des légumes et viandes sont abordables. Parce que les factures ne font absolument pas mal. Quelle chance nous avons !

La plus grande préoccupation du peuple, en ces jours de béatitude, c’est de débattre de la nécessité d’un changement de régime ou de discuter sur la nature de la constitution, le rôle de la justice ou le mode de scrutin. Notre chef suprême est une source de bonheur intarissable, ne s’est-il pas enfin résolu à dissoudre ce nid de vipères qu’est le parlement ? N’a-t-il pas décidé de lancer « un dialogue national » ? Peu importe donc si la famine et la faillite nous guettent, car nous avons été décrétés heureux.

 

Par Ikhlas Latif
08/04/2022 | 17:59
4 min
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Commentaires
GZ
Liquidation
a posté le 10-04-2022 à 21:39
Si on devait transposer le droit des sociétés à l'échelle d'un pays, la
"pré-faillite" serait une manière de redressement judiciaire. Pour moultes raisons, une entreprise peut se trouver confrontée à des difficultés. Sa gestion peut alors être confiée un temps à un administrateur judiciaire en raison, par exemple, de la gestion erratique de ses dirigeants.
N'est-ce pas ce qui s'est passé en Tunisie ces dix dernières années de gouvernance calamiteuse ?
Rappelons que le traité du Bardo instaurant le Protectorat en 1881, prenait appui sur la faillite de la régence de Tunisie.
Notez qu'il y a plus grave que le redressement judiciaire, la liquidation. Beau moment de dépeçage, démembrement.
Plus dure sera la chute.
L'Histoire repasse les plats.
Warrior
un bourrique mangeur de constitution ........
a posté le 09-04-2022 à 16:01
al destour ? akalahu al himar ....
qui est ce bourrique mangeur de constitution ?
DIEHK
J'ai décrété.....
a posté le 08-04-2022 à 19:08
J'ai décrété de ne pas commenter cet articles pour des raisons morales et intellectuelles.
Mais je le fais savoirn c'est tout !!!
Fares
Kaisounou akbar
a posté le 08-04-2022 à 18:55
Kaisoun représentant de Yahve sur terre sait absolument ce qu'il fait. Inspiré par la lumière de Yahve et des Elohim il saura mener notre petite barque à bon port.

Kaisoun est lumière, Kaisoun est sagesse, la ilaha illa allah et Kaisoun mab3outhou allah et dans les pays des bhayems tout est permis.
Mozart
La satire, c'est bien !
a posté le 08-04-2022 à 18:46
Comme quoi des informations rigoureusement fausses apportent un bonheur vrai !
Mon.
Comment
a posté le 08-04-2022 à 18:19
Merci pour votre humour noir, mais malheureusement on n'a pas le choix, il faut suivre le Président qui devra assumer ses erreurs s'il ne ne nous mène pas à bon port. Quant aux pays les plus heureux, n'avez-vous pas oublié le petit Bhoutan en Asie?