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Chroniques
Des indicateurs d’infrastructure préoccupants
Par Houcine Ben Achour
04/07/2024 | 21:00
3 min
Des indicateurs d’infrastructure préoccupants

Le dira-t-on jamais assez ? Le sort de l’économie tunisienne et de la croissance ne peut reposer que sur la composante de l’investissement. Les expériences de relance par la consommation menées par les gouvernements successifs depuis 2011 se sont toutes soldées par des échecs patents aux effets cumulés désastreux.

Le gouvernement d’Ahmed Hachani ne semble pas faire mieux. Une fois de plus, le budget d’investissement de l’État constituera la variable d’ajustement si, par malheur, les objectifs de recettes et de dépenses du budget de l’État ne seraient pas atteints.

 

Au premier trimestre 2024, les dépenses d’investissement de l’État dépassaient à peine 0,6 milliard de dinars. On est bien loin de l’objectif visé de 5,3 milliards de dinars en année pleine. Et, sur le terrain, cela s’en ressent de plus en plus. La publication récemment du Rapport sur les indicateurs d’infrastructure par l’Institut national de la statistique (INS) sur la période 2017-2022 fournit un aperçu réel des réalisations de l’État en faveur des entreprises et des ménages. Autrement dit, le développement des infrastructures et équipements publics dédiés aux entreprises et aux ménages : transport, santé, éducation, etc.

L’infrastructure des transports constitue un exemple édifiant sur le statu quo de l’investissement qui caractérise ce domaine. Certes, le réseau d’autoroutes s’est densifié avec la construction d’environ 180 km d’autoroutes supplémentaires entre 2017 et 2022. L’arbre ou plutôt le buisson ne peut cacher la forêt de la stagnation. De nouvelles routes nationales, il n’y en a presque pas eu dans la mesure où le réseau de routes nationales est passé de 4745 km en 2017 à 4750 km en 2022. Ces 5 km supplémentaires ont été réalisés en 2018. Depuis, plus rien. Le même constat est établit pour le réseau des routes régionales. On n’a pu construire que 5 km de routes régionales supplémentaires durant la période de référence. Les routes locales n’échappent pas à la règle : 12,5 km supplémentaires en 5 ans. Le résultat est forcément maigre. Il l’est d’autant plus que le parc automobile n’a cessé d’évoluer. Entre 2015 et 2020, celui-ci a augmenté de plus de 20%.

En matière d’infrastructure éducative, on est logé à la même enseigne. Entre 2019 et 2023, on ne recenserait que 200 classes supplémentaires dans le cycle préparatoire et 300 nouvelles classes dans les collèges et lycées. Les centres de formation sont au nombre de 197 depuis 2019. Pas un de plus. On pourrait élargir les exemples en matière de santé où l’on assiste à une chute brutale du nombre de lits dans les hôpitaux publics qui de 22.900 lits environ en 2022 passeraient à 22.200 lits.

Certes, on pourrait toujours rétorquer que dans d’autres secteurs, comme les télécommunications, le développement est spectaculaire. Mais là, c’est la qualité qui fait défaut telle que la puissance et la stabilité du débit.


Plus généralement, les conditions socioéconomiques d’un développement ne sont pas optimalement remplies. Le plus préoccupant, c’est que non seulement l’État n’a pas joué convenablement son rôle d’investisseur et de locomotive de l’investissement, mais il handicape aussi les velléités d’investissement du secteur privé.

La décision d’augmentation du Smig dans le secteur privé participe de ce phénomène. Ce n’est pas tant cette hausse du salaire minimum qui cause problème, mais son opportunité. Car, elle va accroître les charges de l’entreprise au détriment, justement, de l’investissement. Déjà que depuis quelques temps l’investissement enregistre une évolution cahin-caha, il convenait de ne pas en rajouter.

Le stock de crédits recensé par la centrale des risques de la Banque centrale de Tunisie est passé de 86,6 milliards de dinars en décembre 2023 à 87,2 milliards de dinars à la fin du premier trimestre 2024. Cependant, cette hausse n’est le fait que de crédits d’exploitation qui a augmenté de 1,1 milliards alors que les crédits de moyen et long terme qui traduisent précisément l’effort d’investissement affiche un recul de 0,5 milliards de dinars.

Si l’État n’investit pas et les entreprises aussi. Il est véritablement illusoire de compter sur la croissance.

Par Houcine Ben Achour
04/07/2024 | 21:00
3 min
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Commentaires
'Gardons un minimum d'honnêteté!
Si on m'écoutait, nous pourrions faire sortir la Tunisie de l'impasse socio-économique en quelques mois!
a posté le 05-07-2024 à 20:07
@Mr. Ben Achour:

J'ai lu votre article avec beaucoup d'intérêt, il contient beaucoup de bonnes idées, par contre il y a beaucoup de "quoi-faire" et nullement "de comment faire" ou comment implanter les propositions et les idées socio-économiques que certains de nos experts proposent.

Durant la dernière décennie nos différents gouvernements suivaient les consignes du FMI et de la banque mondial (BM) comme suit:
a) des recapitalisations gratuites de notre système bancaire afin de financer la Tunisie socio-économique: autour de 10 milliards de dinars on tété injectés gratuitement dans notre système bancaire.
b) des baisses d'impôts pour les PME et même pour les grandes entreprises privées oligarques
c) des dépenses publiques afin de soutenir les PME
d) la baisse du taux directeur de 5% à 3.5%
e) la baisser de l'impôt sur les sociétés de 30% à 20%
f) la baisse des prix du carburant
g) la baisse de la taxe sur les dividendes
h) facilité de la sortie/exportation de nos capitaux afin d'investir aussi ailleurs qu'en Tunisie
-->
Tout cela, Mr. Ben Achour, afin de motiver nos entrepreneurs à investir, mais rien de cela! Oui rien de cela! Il ne faut pas refaire les mêmes fautes qu'au temps de notre ex-troïka.

Je voudrais rappeler que la majorité de nos entreprises accorde la presque totalité du gain net en tant que dividende, il y a même des entreprises/banques tunisiennes qui s'endettent en devises étrangères afin d'accorder un dividende (je pourrais vous donner une liste des entreprises en question, il suffit de comparer le gain net et la somme cumulative du dividende )==> Ainsi, il ne reste absolument rien pour l'investissement! Par contre BMW, le constructeur allemand d'automobile, fait un gain net de 10 euros par action, il distribue un dividende de 3 euros et investit 7euros! Les entreprises allemandes investissent plus que 50% du gain net, ce qui n'est pas le cas de beaucoup d'entreprises tunisiennes!

Vous comprenez maintenant, où réside le mal de l'économie tunisienne? L'Etat tunisien minimise ses recettes fiscales afin d'encourager l'investissement privé (ce qui fait un sens dans la majorité des pays). Et que font nos entreprises privées? Elles font XXXXX (auto-censure) --> L'Etat tunisien renonce ainsi à une bonne partie de ses recettes fiscales afin d'inciter nos entreprises à investir, par contre ces derniers se partagent ces cadeaux fiscaux sous forme de dividende dont une bonne partie quitte la Tunisie au nom de rapatriement des bénéfices des partenaires étrangers --> Non, l'Etat Tunisien ne devrait pas refaire les mêmes conneries de la dernière décennie....

Il faut changer de tactique, on ne peut plus appliquer les mêmes recettes désastreuses du temps de notre ex-troïka. Aujourd'hui nos caisses étatiques n'ont plus d'argent à offrir ou à investir. --> Il faudrait savoir résoudre nos problèmes socio-économiques par nos propres moyens.


Mr. Essid s'attendait qu'en injectant l'argent de l'endettement dans notre système bancaire, cet argent allait circuler et créer de la richesse pour la Tunisie et tous les Tunisien et aboutir ainsi à une croissance économique de 4% à 7%", mais à sa grande surprise notre système bancaire était/est une jarre sans fond et l'argent injecté n'a jamais circulé. Voir le lien :
www.businessnews.com.tn/oxford-
business-group-presente-le-programme-
de-reforme-du-systeme-bancaire-
tunisien,520,66109,3

- Depuis 2011 les entreprises privées / oligarques tunisiennes exigent et obtiennent des baisses d'impôts et des dépenses publiques et privent ainsi l'Etat tunisien des moyens financiers de jouer son rôle d'entrepreneur dans des secteurs économiques indispensables pour la Tunisie où personne n'ose investir (infrastructure, logistique, etc.), elles assèchent ainsi les moyens de la source d'investissement de l'Etat sans pour autant apporter de remèdes à notre économie.

Je me rappelle que Mr. Chedly Ayari a dit dans une interview: j'ai tout fait afin de motiver nos acteurs économiques à investir mais en vain --> je vais chercher le lien de cet interview sur business news TN.

Mr Ben Achour, le problème de la Tunisie est la mentalité socio-économique du Tunisien lui-même. Par contre, il faudrait faire attention de ne pas vouloir changer le Tunisien lui-même. Non, il faudrait changer plutôt le milieu / environnement socio-économique de notre pays afin d'obliger/motiver le Tunisien par la loi à participer à la croissance économique de la Tunisie.

Bonne journée

PS: Si on m'écoutait, nous pourrions faire sortir la Tunisie de l'impasse socio-économique en quelques mois.
Nephentes
Le propre de l'ignorant c'est d'ignorer son ignorance
a posté le 05-07-2024 à 08:31
Excellent article comme toujours; Mr BEN ACHOUR va toujours au fond des choses mais seul un nombre limité comprennent l'importance de ses analyses en ces temps d'imbécilité arrogante

Parce que dans la conjoncture précise actuelle de la Tunisie, la problématique de la chute de l'investissement tant public que privé est CRUCIALE pour notre avenir. Dans la course à l'insertion dans les chaines de valeur mondiales la Tunisie est en train de décrocher de manière affolante elle annihile directement le potentiel de son capital humain et son positionnement géoéconomique.

Essentiellement à cause de bureaucrates débiles et arrogants incapables d'une analyse et prise de décision stratégiques dotées d'un minimum de cohérence.

Depuis 2005 la croissance de l'investissement a brutalement ralenti en Tunisie. sa faiblesse a été persistante t s'st encore dégradée depuis 2016, tant au niveau de l'investissement public que privé. L'incertitude entourant la stratégie économique et le risque politique ont fortement contribués à cette dégradation.

Or l'investissement ne contribue pas seulement à accroître les capacités de production et la productivité de l'économie ; il contribue directement à la diffusion de l'innovation, alors que l'investissement public a une influence directe sur le renforcement de la consommation des ménages et soutient l'investissement privé à moyen terme. Par conséquent , notre capacité de résilience est donc directement touchée à un moment crucial pour la compétitive de notre économie et notre capacité d'insertion dans les chaines de valeur mondiales. Le ralentissement de l'investissement a un effet mécanique sur le ralentissement de l'accumulation de capital et donc de la production et par effet de ricochet sur la productivité globale de notre circuit économique. D'où aggravation du chômage, faillites en cascade au sein du secteur manufacturier et agricole, et incapacité de transfert technologique indispensable à notre croissance.

Lucky Luke
Des bureaucrates lâches au service de sa majesté
a posté le à 09:36
Et surtout une idéologie des années 60 révolue et qui a fait ses preuves par son échec cuisant dans tous les pays arabes qui l'ont adoptée ! une démagogie et une manipulation des masses venant des plus hauts sommets de l'état (3oulou chahe9 et oui !), celle du nationalisme, non ma foi ce n'en est aucunement un, c'est du panarabisme désuet que les plus grands et les plus enthousiastes ont d'ores et déjà délaissé depuis belle lurette, et je parle ici surtout de l'Egypte !

Tant pis pour nous ! Qu'ils prennent le relève, l'Egypte et le Maroc ! Et nous, félicitons nous de notre nouveau Nasser, et vivons dans le déni et dans les chimères !