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Chroniques
Ce qui devrait être normal devient chose extraordinaire
Par Ikhlas Latif
16/02/2024 | 19:23
3 min
Ce qui devrait être normal devient chose extraordinaire

 

Dans l’actuelle Tunisie, annoncer la tenue d’élections dans les délais légaux est devenu un événement. Etrange cette capacité du Tunisien de s’accommoder aux régressions sur des choses qui allaient de soi il n’y a pas si longtemps. En plus d’accepter les reculades, ça applaudit et ça lance des compliments dégoulinants de flagorneries à l’adresse de celui qui annonce qu’il respectera ces choses qui allaient de soi il n’y a pas si longtemps.

Quand le président de la République avait rappelé, tout fier, en début de semaine que toutes les échéances ont été respectées, du référendum aux élections locales, des gens étaient là pour applaudir et narguer les non-probes : « voyez comme il est génial, comme il est démocrate ! », disaient-ils. Et quand le président a enfin dissipé les doutes quant à la tenue dans les temps de la prochaine présidentielle, c’était l’exaltation : « bravo ! hourra ! c’est tout à son honneur ! » …

 

Ce qui devrait être normal devient chose extraordinaire. On oublie, tout d’abord, que cette élection présidentielle n’aurait pas dû se tenir fin 2024. Un certain 25-Juillet tout le processus qui reposait sur la constitution de 2014 a été supprimé. Une nouvelle constitution a vu le jour et une présidentielle anticipée aurait dû être organisée. Ensuite, le fait qu’il y ait eu un flou autour de la date est symptomatique des mécanismes qui régissent la nouvelle ère. Par ailleurs, le fait qu’on doive attendre, dans le suspens, une confirmation de cette date du président en personne n’est absolument pas normal. Ce qui ne l’est pas non plus, c’est de s’extasier du fait qu’il daigne enfin se prononcer et nous accorder, charitablement, cette faveur.

Les cireurs de pompes ont bien évidemment l’habitude de se plonger tête la première dans les méandres des basses flatteries. On ne leur tiendra pas rigueur. Mais c’est que le phénomène s’est étendu à des gens qui semblaient être immunisés. Maintenant, accepter les miettes qu’on nous jette avec mansuétude ne fait plus sursauter.

 

Est-ce le fruit d’un conditionnement, pendant de longues années, au pouvoir autoritaire du seul et unique chef ? Serait-ce la manifestation d’une réactivation de vieux réflexes enfouis dans l’inconscient collectif ? Il serait vraiment intéressant que des spécialistes se penchent sur la chose et décortiquent le phénomène. Une étude sérieuse et multidisciplinaire serait bienvenue et aiderait à comprendre les mécanismes psychologiques qui sous-tendent le processus.

 

Moment d’exaltation aussi cette semaine, lorsque le président est parti inspecter la piscine du Belvédère et qu’il a ordonné à l’armée de s’occuper des travaux. La combinaison est parfaite pour susciter l’enthousiasme populaire : un président en majesté qui donne des instructions à une institution militaire qui exécute des travaux publics.

Cette histoire a déclenché des relents de nostalgie pour ceux qui rêvent d’une armée jouant un rôle plus prépondérant. La tendance n’est pas nouvelle, elle a toujours été récurrente. Il ne faut pas s’y tromper, c’est le souhait profond de nombreux tunisiens, le bâton et un tour de vis pour mettre tout le monde sur les rails, peu importent les conséquences.

 

Petit rappel quand même, à ceux qui s’extasient sur l’efficacité présidentielle, il était question que les travaux soient lancés en 2022. Une responsable locale avait tenté alors d’expliquer que c’est l’absence de financement qui bloquait le projet, mais la réponse était les lobbies qui ourdissent des complots. Depuis, le règne des lobbies a été mis à mal, cependant presque deux ans après rien n’a démarré. Ça n’a été possible que lorsqu’une banque de la place a ‘accepté’ de financer les travaux.

Mais continuez d’applaudir, c’est sûrement plus reposant et moins stressant.    

Par Ikhlas Latif
16/02/2024 | 19:23
3 min
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Commentaires
Gg
C'est bizarre...
a posté le 18-02-2024 à 12:18
Vous vous offusquez à juste titre du despotisme de Saied.
Mais que ne vous êtes vous offusqués de la même facon de la constitution écrite sur mesure par les islamistes, et pour les islamistes?
Saied emprisonne ses opposants, les islamistes les tuaient.
Quel est le pire?
La pensée évolue, celle des journalistes aussi, ce qui ne les effrayait pas il y a 10 ans, les effraie aujourd'hui.
Hammadi, dans son commentaire, a raison!
Hammadi
Quel democratie
a posté le 17-02-2024 à 21:59
De quel démocratie vous parlez,la democratie n est pas faite pour vous et vous n etes pas fait pour la démocratie , vous avez confirmé ce constat durant dix 10ans,les arabes en général sont par nature anti démocratie.
Svp arrêtez de pleurer la démocratie et mettez vous au travail pour aider votre pays a sortir de ce tunnel.
Fares
Anchor pricing et Saïedisme
a posté le 17-02-2024 à 20:00
Cet article m'a fait pensé à une technique de marketing appelée "anchor pricing".

Supposons que vous êtes l'heureux propriétaire d'une boutique de vêtements et supposons que vous disposez d'un manteau qui vaut 150 DT mais que vous aimeriez fourguer à vos clients pour 180 DT, que faire? Et bien vous placez juste à côté du premier manteau un second qui a une qualité légèrement supérieure et vous mettez une étiquette de 300 DT la dessus et vous attendez, et vous attendez...

Un client se pointe dans votre magasin, il adore le second manteau, mais son prix est exorbitant. Il jette un coup d'oeil à côté et voit un manteau de même qualité ou presque, à moitié prix ou presque. Une bonne affaire pour ce client qui paie les 180 DT avec le sourire et quelques courbettes de circonstance.

Confronté à un exercice d'évaluation, le cerveau humain cherche un référentiel qui soit proche dans l'espace comme notre fameux manteau hors de prix ou dans le temps comme un événement ou une situation récente.

Le anchor pricing appliquée à la politique peut être rebaptisé: laisser pourrir avant de se présenter comme le sauveur. Voici quelques exemples qui prouvent que ks applique cette stratégie:

- le génocide du covid en 2021 avant que ks trouve les vaccins une fois son putch accompli, 20000 victimes au bas mot.

-La foire du livre reportée avant l'intervention de son altesse.

- Les négociations avec le FMI conduites par le gouvernement bouden avant que saied lance la chansonnette de la souveraineté et du nous allons compter sur nous mêmes.

Finalement, la technique du "anchor pricing" fut utilisée par les boutiques de vêtements "Banana Republic", le contexte est donc similaire.
Hammadi
Bravo a Ks
a posté le à 09:54
Bravo a KS d avoir saisi l opportunité, il a bien profité, mais il nous a aussi sauvé.
On été entre les mains d une bande d opportunistes et des traîtres qui sont prêts a tous pour servir leurs intérêts personnels.
Sauve sourit
Notre sauveur
a posté le à 18:34
Sauveur en effet, il se sauve à chaque fois qu'il s'agisss de résoudre les vrais problèmes de la Tunisie. Ce président est un cataclysme, le président des piscines de quartier et autres mascarades. J'espère que le peuple se debarassera de lui le plus tôt possible. Votre commentaire fait sourire.
Fares
Hammadi
a posté le à 16:02
C'est cela oui, c'est cela. Comment riposter à un tel commentaire?
elfribo
Cela a un nom...
a posté le 17-02-2024 à 14:39
Ce que tu viens de decrire a un nom ( ou deux) : obsequiosité et servilisme.
Fathi
Ambition
a posté le 17-02-2024 à 13:55
Les grand hommes se vantent de grands projets, de la construction de nouvelles villes, de ponts, d'autoroutes, de relance économique et les nullards sont bien fiers de la construction d'une flaque d'eau.
A4
Pourquoi une piscine ?
a posté le 17-02-2024 à 12:19
Il faut vous dire madame
Qu'avec ces gens là
On ne plane pas madame
On ne plane pas ...
On plonge !!!
Tunisien libre
Effectivement & malheureusement
a posté le 17-02-2024 à 11:39
Il est très difficile pour un peuple qui a vécu 3 millénaires sous l'emprise du totalitarisme, de la dictature et de l'opinion unique et sacrée du détenteur divin du pouvoir de s'accommoder plus d'une décennie avec la liberté, la démocratie, le pluralisme et l'alternance pacifique au pouvoir par les élections libres!
Mourad Boubala
Les militaires
a posté le 17-02-2024 à 06:56
Les travaux n'avancent pas non plus à Carthage, quand nos militaires prendront les choses en main dans ce coin? Nous avons ras la bol de cer amateur.
Abidi
Réveil
a posté le 16-02-2024 à 22:34
Réveillez vous,et vous pour qui vous vous prenez pour déterminer ce qui est normal et qui est extra, vous ne faites que parler et dire du mal de tout, vous n'êtes jamais objectives,ce qui vous intéresse le plus c'est de salir l'image du président et semer le doute chez la population,le pays a fait son plein des oiseaux de mauvaise augure, stop et essayez de faire pour une fois quelques choses de positif dans votre vie
Chelbi
Pays de Trananni
a posté le 16-02-2024 à 21:14
Avec deux chiffres catastrophiques sur la croissance économique et le taux de chômage publiés cette semaine, il trouve le plaisir d'aller faire le théâtre encore. Et pourquoi? Pour une piscine! Non pas une mega usine ou infrastructure. Non, je répète: une piscine! Mon Dieu comment le bon sens est disparu dans ce pays. Je me demande si cette visite aurai eu lieu si la banque n'a pas fait son don? Car s'il était sincère et honnête et veut que la piscine soit rénovée depuis le début, il aurait commencé à chercher les fonds nécessaires en grignotant dans son budget présidentiel gonflé avant d'attendre qu'une banque de la place se porte volontaire (il paraît que cette banque veut acheter sa paix après l'arrestation de son plus gros actionnaire).
Expérience en appui, parler « élections» avec un régime despotique, rétrograde, borné, et démagogue est une perte de temps. Ce qu'on appelle « élection » sera un coup de théâtre ni plus ni moins pour une auto-reconduction au pouvoir (indéterminée aussi). Voilà son MO d'ici la fin de l'année:
1. Faire plus de spectacles comme celui de la piscine
2. Faire plus de rackets aux hommes d'affaires pour faire semblant de combattre la corruption
3. Jeter d'autres personnalités politiques derrière les barreaux - surtout ceux qui ont le potentiel de gagner une popularité. On dira « on a attrapé des traitres ».
4. Faire taire les quelques voix libres restantes pour garantir moins de bruit
5. Donner le feu vert à ses « chiens de chasse » pour attaquer toute voix discordante dans les médias et réseaux sociaux

Tous les despotes pigent du meme play book. Ils sont tellement prévisibles que ça devient ennuyant de les suivre dans les détails. Comme on dit en tunisien: oui je sais, jib ejdid
Un 2ème lecteur (qui n'a pas pu prendre sa douche)
Eau potable (pas trop quand même)
a posté le 16-02-2024 à 20:38
Même cette eau si douce et si pure, elle ne veut plus sortir de ce fichu robinet.. et dire que Sidi Chikh nous incitait à louer le bon Dieu le seul l'unique omniprésent et omnipotent pour cette eau bénie !!
Mécréants que vous êtes, je vous maudis tous jusqu'à la treizième génération de vos races..
Tounsi Tounsi
Tout comme la natalité !
a posté le 16-02-2024 à 20:30
Bah oui, faire des enfants et repeupler le pays doit être une priorité nationale. Inciter les citoyennes et citoyens à se marier, donner naissance aux générations futures est vu comme quelque chose d'extraordinaire alors que c'est une chose normale si l'on souhaite que la Nation survive.