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Banque mondiale : la réforme de la compensation énergétique est le premier pas pour sortir de la crise
31/03/2023 | 10:22
4 min
Banque mondiale : la réforme de la compensation énergétique est le premier pas pour sortir de la crise

 

La compensation de l’énergie en Tunisie, les problèmes qu’elle engendre et les réformes à entreprendre ont été au centre d’un rapport réalisé par la Banque mondiale et intitulé "Réformer les subventions énergétiques pour une économie durable", qu’elle a publié le 30 mars 2023.

 

En effet, la situation économique du pays est délicate et l’institution financière internationale estime que la réforme de la compensation est un bon point de départ. Elle rappelle dans ce cadre que la reprise économique a été lente en 2022, après deux années pandémiques.

« Après un modeste rebond en 2021 (4,4%) qui a suivi la forte contraction de 2020 (–8,8%), le PIB réel de la Tunisie a augmenté de 2,5% en 2022 », note-t-elle.

La situation a été aggravée par la hausse des prix mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires qui a accru les pressions sur la balance courante.

« Le choc défavorable sur les termes de l’échange induit par la guerre sur l’Ukraine a porté le déficit commercial de 10,2% du PIB en 2021 à 15% en 2022 à son niveau le plus élevé depuis des décennies. La balance énergétique et alimentaire a été responsable respectivement de 69% de cette augmentation et de 53% de ce même déficit », lit-on dans ce même document.

Et de noter que compte tenu de l’accès limité de la Tunisie aux capitaux étrangers, la hausse du déficit de la balance courante a entraîné une pénurie de certains produits de base importés. La hausse des prix mondiaux, qui ont atteint les niveaux les plus élevés depuis plus de trois décennies, influe sur l’inflation qui augmente et qui pousse les taux d’intérêt à la hausse.

Tout cela accroît la pression sur le budget et augmente le montant alloué à la compensation, rendant le financement de la dette plus difficile.

Concrètement, et toujours selon la Banque mondiale, la compensation de l’énergie est passée de 2,6% à 5,3% du PIB en 2021–2022. Malgré cette augmentation, le déficit budgétaire a légèrement diminué en pourcentage du PIB (de 7,6% en 2021 à 6,6% en 2022), et cela grâce à l’augmentation soutenue des recettes fiscales.

Résultat des courses, « les déficits budgétaires soutenus de ces dernières années ont porté la dette publique à près de 80% du PIB en 2022, ce qui a également augmenté le service de la dette. Compte tenu de l’accès limité au financement international, la BCT continue de refinancer le secteur bancaire national afin de permettre l’achat des bons du Trésor. Le recours soutenu au financement domestique pour financer la dette publique continue d’évincer le crédit aux dépens du reste de l’économie », lit-on dans ce même document.

 

Hélas, les perspectives de croissance restent modérées et les risques de baisse sont importants.

« La pression continue sur les prix mondiaux des produits de base et l’incertitude liée au financement extérieur font peser d’importants risques à la baisse sur la croissance de l’économie tunisienne », indique le rapport.

Et de souligner dans ce cadre : « Le financement du déficit demeurera un véritable défi pour l’année 2023. L’accord sur un programme au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) avec le FMI ainsi que la mise en œuvre d’un programme de réformes ambitieux permettraient de couvrir les besoins de financement externe ».

 

La Banque mondiale estime que réformer le système de compensation énergétique pourrait aider à réduire les coûts fiscaux, rationaliser les importations, améliorer la viabilité financière des entreprises publiques et stimuler la transition verte.

« Ce système de subventions est devenu de plus en plus coûteux à maintenir pour la Tunisie, compromettant la viabilité macro-fiscale et mettant sous pression le déficit commercial, à un moment où les prix internationaux de l’énergie sont élevés. La subvention a représenté en moyenne 2,1% du PIB sur la période 2011–21 et a bondi à 5,3% du PIB en 2022. Le système de subvention a également créé d’importants défis financiers pour les entreprises publiques du secteur de l’énergie, la Stir et la Steg, car l’État est de moins en moins en mesure de mobiliser les ressources nécessaires pour couvrir leurs pertes. Ces difficultés financières ont entravé la capacité des entreprises publiques à planifier et à investir pour garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique. En affectant la viabilité financière des Steg et en maintenant les prix de l’énergie artificiellement bas, les subventions nuisent également à la transition verte », précise le document.

Et d’ajouter : « La suppression progressive des subventions énergétiques peut contribuer à résoudre la crise macro-fiscale, à améliorer la viabilité financière des entreprises publiques et à stimuler la transition verte. Il est toutefois essentiel d’envisager des mesures de mitigation de l’impact de la réforme sur les ménages les plus vulnérables. Hormis les subventions aux carburants, qui profitent principalement aux ménages les plus riches, les autres subventions énergétiques profitent également aux ménages à plus faibles revenus. Un mix de hausse des tarifs et de distribution des transferts cash pourrait aider à neutraliser les coûts de transition pour les ménages à faibles revenus. En outre, accompagner les réformes des subventions de programmes pour aider les entreprises et les ménages à investir dans l’efficacité énergétique et l’autoproduction peut contribuer à maîtriser la pression inflationniste sur les ménages et les entreprises, et à maintenir la compétitivité des entreprises tout en soutenant la transition verte. La restructuration financière et la modernisation des entreprises publiques seraient des compléments essentiels aux réformes des subventions pour leur permettre de rétablir leur viabilité financière ».

 

I.N (D’après rapport)

31/03/2023 | 10:22
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