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Chroniques
Il faut fêter la défaite
24/10/2011 | 1
min
Il faut fêter la défaite
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Par Nizar BAHLOUL

Les résultats officiels des élections ne seront pas divulgués avant demain mardi 25 octobre. Mais au vu des résultats partiels dans plusieurs bureaux de vote, une idée commence à se dégager sur les tendances de ce scrutin historique.
Et ces tendances donnent une victoire nette d’Ennahdha. Une victoire nette, sans être écrasante.
Derrière Ennahdha, quelques uns de ses acolytes déclarés et camouflés tels le CPR du « doctour » Moncef Marzouki, El Aridha du « doctour » El Hachemi El Hamdi et … Ettakatol du « doctour » Mustapha Ben Jâafar. A ceux qui vont contester la présence de ce dernier dans cette liste, je dirai patientez quelques jours et vous verrez la poignée de main entre Rached El Ghannouchi et leur chef.
Il faut bien le répéter, il ne s’agit là que de tendances approximatives puisque rien d’officiel n’a encore filtré sur les résultats officiels au niveau des circonscriptions.

Dimanche soir après la fermeture des bureaux, dans les QG de campagne des partis dits modernistes ou progressistes, l’ambiance était morose. On sentait la défaite arriver. Certains, ici et là, protestaient évoquant les tricheries du parti islamiste dans quelques bureaux.
Mais quand bien même il y aurait eu des tricheries, elles n’étaient ni massives ni suffisamment importantes au point d’influer sur les résultats. Quelques violations du silence électoral ou quelques tentatives disparates d’achats de voix d’électeurs non conscients des enjeux ne permettent pas de dire qu’Ennahdha ne mérite pas sa victoire.
Oui, il faut l’avouer et l’admettre, le parti islamiste a été (ou plutôt sera) le vainqueur de ces premières élections démocratiques tunisiennes.

On a déjà commencé à le constater dans la matinée et une news a été publiée à ce sujet, dans nos colonnes, en milieu de journée.
Les contrôleurs d’Ennahdha étaient partout, dans tous les bureaux de vote, dans toutes les salles de vote. Il n’y avait, en revanche, quasiment pas d’autres contrôleurs d’après nos observations dans des bureaux sélectionnés au hasard. Sur une trentaine de bureaux visités, il y avait trente contrôleurs d’Ennahdha contre trois représentants seulement de tous les autres partis.
L’écart est flagrant et cette présence massive du parti islamiste reflète le poids réel et l’engagement du parti islamiste et des autres.
Et si les militants d’Ennahdha étaient présents, hier, dans les bureaux de vote pour le contrôle, c’est qu’ils étaient présents sur le terrain durant toute la campagne. C’est qu’ils ont réussi à pénétrer la Tunisie profonde, les quartiers reculés et convaincre (ou du moins discuter) avec les électeurs.
Le travail d’Ennahdha ne s’est pas limité à la Tunisie puisqu’on annonce déjà des tendances écrasantes du parti islamiste dans les circonscriptions à l’étranger. Il semblerait que, pour la France, le trio « Ennahdha-CPR-Ettakatol » a obtenu plus de 55% des voix. Au point que certains bi-nationaux ont juré leur grand Dieu de voter FN en mai 2012. Le parallèle est troublant.

Partant de ce constat, il faut admettre qu’Ennahdha a fait un travail de fond, en moins de neuf mois. Pendant ce temps-là, les autres partis se livraient des guerres d’ego, se débattaient sur qui va occuper la tête de liste et se voyaient déjà dans l’après-élections en parlant de coalitions et de négociations de portefeuilles. Certains se voyaient déjà au poste de président de la République.
Tout le danger serait de renier cette victoire islamiste (quand elle va se confirmer), de jouer aux mauvais perdants ou de songer, ne serait-ce qu’un instant, à leur voler cette victoire.
Les Algériens sont passés par là et on connaît le résultat. Il faut accepter la défaite, saluer le vainqueur et passer à l’étape suivante le plus rapidement possible.

Hier, avant qu’Ennahdha n’obtienne cette faveur des tendances, la Tunisie a gagné avec ce taux extraordinairement élevé de participation. Et cela mérite une grande fête.
Une fois que nous ayons réussi ce test de démocratie grandeur nature, tout le reste devient possible. Il suffit d’aller sur le terrain et de travailler.
Ce qui s’est passé hier, à El Menzah VI lorsque Rached Ghannouchi fut hué est un mauvais signe. On peut huer Ghannouchi, car on ne partage pas ses convictions, mais pas dans un bureau de vote.
Ce qui s’est passé hier, dans plusieurs régions, lorsqu’on a vu des militants (ou sympathisants) d’Ennahdha tenter de soudoyer des électeurs, est un mauvais signe également.

Avant, on nous disait souvent vous n’avez pas le choix, c’est soit le RCD, c’est soit les Islamistes. Ceux qui disaient cela pensent aujourd’hui qu’ils ont raison avec ces résultats.
Eh bien non, il y a la troisième voie : obtenir la victoire par les urnes sans tricherie tout en respectant les règles du jeu.
Si vous êtes contre Ennahdha, allez fêter votre défaite en travaillant sur le fond et sur terrain. Au lieu de chercher à tricher sur le résultat ou à mettre en prison son adversaire pour le faire taire, il faut pénétrer le fond du pays et solutionner les problèmes.
Avec un travail acharné, la confiance de l’électeur finira par être gagnée, c’est inévitable. A condition, bien sûr, que l’adversaire joue aussi franc jeu et cesse, lui aussi, d’utiliser la religion comme une carte politique.

Dans un pays où les règles démocratiques sont respectées, il y aura obligatoirement une alternance au pouvoir. Aujourd’hui, c’est Ennahdha qui a gagné, demain ce sera un de ses adversaires. Et si ce n’est pas demain, ça le sera après-demain.
C’est comme ça que ça se passe partout dans le monde développé et c’est comme ça que ça doit se passer en Tunisie.
En attendant, et en usant de cette même carte démocratique, il faut se concentrer totalement sur la Constitution pour préserver un maximum d’acquis modernistes. La démocratie, c’est bien à condition qu’elle nous permette d’évoluer vers l’avenir et non de revenir au Moyen-âge. Et pour cela, il ne faut pas lâcher et laisser Ennahdha jouer seul sur le terrain. Fêtons la défaite par le travail, cela finit toujours par payer. Les Islamistes viennent de le prouver et ils méritent, pour cela, le respect.
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