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Chroniques

Quand on joue au jeu du pouvoir, soit on gagne soit on meurt

Quand on joue au jeu du pouvoir, soit on gagne soit on meurt

 

Un mois de Ramadan mouvementé. Entre la chorba, les briks, les feuilletons aux rebondissements surréalistes et l’actualité politique tout aussi consistante, les Tunisiens sont bien servis. Un retour présumé de Ben Ali qui suscite la polémique. Un procès contre les assassins de Salah Ben Youssef qui déchaine passions et quolibets… Et puis, il y a un été qui s’annonce très chaud, non pas à cause du réchauffement climatique, ça c’est acté, mais en raison d’une campagne électorale et des échéances décisives pour l’avenir du pays. Partis et personnalités politiques sont sur le pied de guerre pour se positionner sur l’échiquier. Les relents d’une lutte sans merci pour le pouvoir se font déjà sentir. Il faudra s’accrocher et s’attendre à du spectacle. Les manœuvres et les coups bas seront dignes de ceux de la série planétaire Game of Thrones, les dragons et le gore en moins (quoique).

On se prépare donc à la prochaine bataille et certains ne comptent pas en sortir perdants. Pas question ! Pour abattre le mastodonte qu’est le mouvement islamiste Ennahdha, on ressort les mêmes stratégies, les mêmes approches et les mêmes arguments. Pourquoi pas après tout puisque la recette a bien pris la dernière fois avec le fameux vote utile.

 

On apprend donc au cours de la semaine, la démission de Selma Elloumi du cabinet présidentiel. Pour expliquer son geste, la dame affirme que la situation sociale, économique et plus encore politique, l’a poussé à la démission. Elle se consacrera ainsi à la concrétisation d’un objectif crucial pour la Tunisie, selon ses termes. Celui de contribuer à rassembler la fameuse famille centriste-progressiste, unifier ses rangs et mettre un terme à la fragmentation, « avant qu’il ne soit trop tard ». En effet, le temps presse. Les dates des élections sont fixées, le grand adversaire politique est fin prêt alors qu’on ne compte plus les divisions dans le camp de madame Elloumi.

Mission en vue, faire renaitre le Nidaa historique de ses cendres. Des cendres qui, il faut le dire, se sont dispersées il y a bien longtemps et de la manière la plus tordue et ubuesque.  

 

Selma Elloumi quitte Carthage et son président sur le départ pour s’associer au Nidaa du clan de Hammamet. L’antagoniste de celui de Monsatir mené par le fils de ce même président, on nommera le trublion Hafedh Caïd Essebsi. La claque !

La désormais ancienne directrice du cabinet présidentiel a finalement choisi le camp de Sofiene Toubel et Cie pour mener sa croisade unificatrice. Les pourparlers sont d’ailleurs à un stade avancé avec Machrou3 Tounes, les blocs parlementaires des deux partis devant n’en faire qu’un. On évoque aussi  Al Badil ou encore Bani Watani et on fait du pied au parti de Youssef Chahed Tahya Tounes pour un retour au bercail. Abdeaziz Kotti avait même proposé le chef du gouvernement pour conduire la réunification du Nidaa historique, tout en déclarant que (son) Nidaa soutiendra le gouvernement jusqu’à la tenue des élections législatives et présidentielle.

Mais qu’est-ce le Nidaa historique dont on nous rebat les oreilles depuis quelques temps ? Le reconstituer serait-ce une réussite alors qu’il portera toujours en lui les germes de la division ? Formé autour de la figure centrale que représentait Béji Caïd Essebsi, le Nidaa initial était un amas de personnalités hétéroclites, appartenant à des univers et des courants politiques différents. Ce qui les avait réunis, c’est en premier la poigne expérimentée et le charisme d’un vieux renard de la politique. Objectif en vue, débouter Ennahdha des législatives et décrocher Carthage pour le fondateur faisant une unanimité qui s’approchait du culte de la personnalité. La guerre des égos surdimensionnés pouvait attendre. Le parti avait gagné les élections de 2014 et c’est là qu’il a implosé avec la prise du pouvoir en plusieurs factions qui se menaient et qui se mènent jusqu’à aujourd’hui une guerre fratricide. Quid des personnalités/compétences nidaistes pouvant former au moins 4 gouvernements, comme l’affirmait haut et fort BCE ?

A couteaux tirés, ces « personnalités » ont quitté le navire pour former des partis aux idéologies similaires, fragmentant encore plus le paysage politique. Aujourd’hui, on voudrait miser sur Selma Elloumi (qui s’est tenue plus ou moins à l’écart des divisions qui ont secoué le parti) pour réunir tout ce beau monde sous une seule bannière. Une manœuvre risquée, sachant que tous les anciens ingrédients ayant abouti à la déchirure de Nidaa sont toujours présents et ont été exacerbés depuis le temps. En 2014, il y avait Béji Caïd Essebsi, il y avait l’avantage de la nouveauté et il y avait des électeurs prêts à y croire…

 

Mais le temps presse pour cette famille, dite centriste, qui s’est mis toute seule dans de sales draps. Abattre ses cartes, miser le tout pour le tout, semble être le dernier recours pour ne pas disparaitre du paysage politique et perdre la bataille. Parce que « quand on joue au jeu des trônes, soit on gagne soit on meurt ».

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Commentaires (1)

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Hobbi
| 19-05-2019 10:05
Aucune idée de ce que représente Mme Elloumi au vu du commun du mortel car aujourd'hui, je pense, elle doit se mordre les doigts pour avoir rallier le camp " toubel" et celui du ringard hce n'étant pas mieux. Ce rigolard de marzouki en en a eu pour son grade aussi. Tahya Tounis

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