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Attention, les dérapages se multiplient

Temps de lecture : 4 min
Attention, les dérapages se multiplient

 

Il existe une fâcheuse habitude qui commence à s’installer chez les décideurs tunisiens qui consiste à vouloir expliquer des décisions déjà annoncées. Bien entendu, ces explications n’expliquent rien du tout sauf que ces décisions n’auraient pas dues être prises ou que ces décideurs n’ont pas le courage d’assumer leurs décisions.  

Le dernier exemple nous vient du ministre de l’Education Mohamed Hamdi qui a exigé, dans un communiqué apposé de sa signature, des cadres centraux et régionaux de son ministère, d’avoir une autorisation préalable de son chef de cabinet pour communiquer avec les médias. Venant d’un ministre qui était dans l’opposition il y a un mois à peine, cela surprend et déçoit. Ce comportement rappelle malheureusement les années de braise quand l’expression était bâillonnée, les libertés surveillées et la pensée contrôlée. Le  deuxième communiqué qui s’est voulu explicatif du premier, qui n’est pas signé cette fois, n’a rien apporté de nouveau sinon des phrases vagues et des vœux pieux.  Au contraire, on peut assurer qu’il n’a convaincu personne. Dommage.

Le communiqué du ministère de l’Intérieur, répondant au récit d’un journaliste en rapport avec l’affaire de l’homme d’affaires et son épouse, qui se sont enfuis d’un hôtel dédié à l’isolement obligatoire à Chott Meryem, est lui aussi peu convaincant. Excepté l’affirmation que les deux fugitifs étaient bien dans le bus qui les ramenait de leur hôtel vers à un nouveau lieu de confinement obligatoire, ce communiqué n’a rien apporté de nouveau. Au contraire, au lieu d’apporter des réponses sur la fuite, l’identité de ceux qui ont aidé les époux à fuir l’hôtel d’isolement à Chott Meryem, le retard pris dans la poursuite des fugitifs, ce communiqué ouvre la porte à de nouvelles interrogations. Pourquoi il a fallu attendre les directives du ministre de l’Intérieur pour agir alors qu’il suffisait dès le départ d’appliquer les ordonnances judiciaires ? Pourquoi les deux époux ont été assignés à résidence alors que ce qui est demandé est juste de les ramener dans un lieu de confinement obligatoire sous le contrôle du ministère de la Santé ? Surtout, pourquoi d’autres citoyens anonymes croupissent actuellement en prison pour avoir enfreints la directive de confinement alors que ces deux fuyards ne sont pas inquiétés pour leur délit caractérisé ? Un Etat qui se respecte est celui qui impose le respect des lois à tous, sur l’ensemble du territoire national, sans discernement, ni exception. A défaut, on assistera à des dérapages, de plus en plus fréquents qui finiront par saper l’autorité de l’Etat et conduiront à terme au chaos.

Au cours des trois dernières journées, on a eu l’occasion de constater plusieurs de ces dérapages. Au Kef, les responsables locaux du parti islamiste Ennahdha ont eu l’autorisation, signée de la main du premier délégué, de braver la loi sur le couvre-feu et de circuler librement la nuit dans la ville. On ne saura jamais le bienfondé de cette décision ou si le gouverneur était au courant de cette autorisation.

A Maktar, le bureau du délégué a été saccagé. Il a même failli devenir le théâtre d’un suicide d’un citoyen en plein désarroi, tout comme la foule amassée devant la délégation pour réclamer une aide et un peu de semoule en ce temps de confinement privatif de toute source de revenu. Un autre jeune s’est immolé par le feu, voyant son frère ainé écroué pour avoir réclamé une aide et son second frère arrêté lui aussi pour la même raison. Ils ont laissé derrière eux une mère avec des mains brûlées pour avoir tenté de sauver son fils et des yeux asséchés pour avoir trop pleuré l’injustice.

A Douar Hicher, des centaines de pièces d’identité de citoyens de la région ont été retrouvées jetées par terre, derrière le siège de la délégation. Elles étaient censées faire partie de leurs dossiers de demande d’aide présentés aux  autorités locales. Pourquoi ces documents ont été jetés à la poubelle ? Qui en est responsable ? On ne le saura probablement Jamais.

Pour toute réponse, le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué laconique que les trois délégués du Kef, de Maktar et de Douar Hicher ont été démis de leurs fonctions. On se demande après pourquoi la rumeur a envahi l’espace public et intoxiqué les esprits.  

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Commentaires (3)

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Houcine
| 06-04-2020 01:27
Je vous sais gré d'avoir le courage et la témérité de nommer les faits.
Oui, les pauvres en ce pays sont des surnuméraires. Ils n'ont pas de droits, sauf celui de subir. Choses connues et vécues par quiconque est d'extraction modeste.
De ce point de vue, il semble que plus ça change moins ça change.
Je crois qu'on peut soutenir qu'il s'agit d'usages, de pratiques courantes naturalisés dans les m'?urs. Dès lors, ce ne sont pas, ou plus, des dérapages.

DHEJ
| 05-04-2020 23:38
Un pays avec deux peuples !

Et la Q5?

hourcq
| 05-04-2020 21:08
Tout est scandaleux dans les faits rapportés par cette chronique mais je pense particulièrement à cette maman dont un des fils a voulu s'immoler par le feu pour protester contre l'emprisonnement de ses frères. Elle s'est brûlé les mains en voulant éteindre les flammes. Rabbi ma3k .
Et tout cela pour avoir osé quémander une aide promise par l'Etat aux plus nécessiteux! C'est dans l'épreuve que se révèle le vrai visage des gens. Honte à tous ceux qui ont provoqué ce drame en espérant qu'ils seront sanctionnés.
Sans trop y croire car les pauvres dans ce pays sont souvent maltraités sans que personne ne lève le petit doigt pour leur venir en aide.
Bon courage à cette maman et à cette famille pour surmonter ce drame.

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