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Événement
De « où est le pétrole ? » à « voilà le pétrole ! »
22/05/2017 | 19:08
6 min

 Les événements à Tataouine ont pris une tournure très grave aujourd’hui. La mort du premier manifestant a généré une situation hors de contrôle. Retour sur les premières étincelles qui ont mis le feu dans la région.


La campagne #Winou El Pétrole

Tout a commencé il y a deux ans de cela avec la campagne lancée sur le net : Winou El Pétrole ? [Ndlr : Où est le pétrole ?] Cette campagne fortement soutenue par les figures emblématiques du CPR et d’Attayar, outre certaines ONG et composantes de la société civile, a envahi les réseaux sociaux pour revendiquer davantage de transparence à propos des ressources énergétiques du pays et des contrats d’exploitation. Toutefois, le degré de manipulation dans ce mouvement était très palpable et a contribué à une certaine division du peuple tunisien.

 

Arrêt de production de Winstar et début d’une escalade interminable

 

Vers le début du mois de janvier 2017 la société pétrolière canadienne, Winstar a arrêté sa production sans préavis. Cette décision a engendré des répercussions négatives sur toute la région, notamment, à la suite du licenciement de 15 agents.

En effet, le 13 mars 2017, la section régionale de l’UGTT à Tataouine a décrété une grève générale dans le secteur pétrolier prévue pour le 16 mars 2017, avec arrêt de la production. Cette décision intervient suite à la dégradation de la situation dans la société pétrolière canadienne Winstar. Ses employés sont en sit-in actuellement et la production est à l’arrêt.

 

 Face audit silence des autorités, les manifestants de Tataouine ont décrété une grève générale dans le gouvernorat, le 27 mars 2017, et les protestations se sont propagées dans plusieurs localités de la région. Les revendications commencent à prendre formes, les jeunes chômeurs appellent à l’emploi, au développement et la création de projets. Les protestataires ont poursuivi leur escalade, en bloquant les routes et l’acheminement des camions transportant les hydrocarbures.

 

Une délégation gouvernementale se rend sur les lieux

 

La pression se fait donc ressentir, le chef du gouvernement Youssef Chahed ordonne l’envoi d’une délégation gouvernementale pour s'enquérir de la situation le 4 avril 2017.

Une série de mesures urgentes a été annoncée par le gouvernement à l’issue d’une réunion ministérielle tenue le 10 avril 2017, sauf que ces mesures, jugées insuffisantes par les protestataires, ont été catégoriquement refusées et une nouvelle grève générale a été décrétée le lendemain.

 

Sit-in d’El Kamour : le point de non retour

 

Comme les choses ne se sont pas calmées, le chef du gouvernement Youssef Chahed a décidé de se rendre par lui-même à Tataouine. Les protestataires, loin d'être satisfaits, se sont dirigés, le 23 avril 2017, vers la zone pétrolière protégée par les forces armées, El Kamour, pour un sit-in ouvert. 

A travers cette action, ils ont bloqué la circulation des camions et des véhicules de transport pétrolier dans le désert pour maximiser la pression sur le gouvernement et les sociétés pétrolières. Ils revendiquent, essentiellement, que 20% de la production pétrolière soit consacrée à l’impulsion du développement à Tataouine et le recrutement d’un membre de chaque famille dans les sociétés pétrolières opérant dans la région.

 

La visite de Youssef Chahed

 

Cette nouvelle étape n’a pas dissuadé le chef du gouvernement dans sa démarche. Il s’est quand même rendu à Tataouine comme prévu, le 27 avril 2017, avec 64 mesures entre les mains. Ces mesures n’ont pas été acceptées, encore une fois, par les manifestants. Youssef Chahed a même été évacué du siège du gouvernorat au milieu d’une vive tension. Les manifestants d'El Kamour se sont rués sur le siège du gouvernorat appelant à l’escalade. Toute la ville est en grève générale, les commerces sont fermés et des roues en feu bloquent les routes.

 

D’ailleurs, la coordination du sit-in d’El Kamour est allée jusqu'à considérer les propositions du gouvernement comme humiliantes.

 

Le discours de Béji Caïd Essebsi

 

Toutefois, et face à la poursuite du sit-in et du blocage de la production, le président de la République a annoncé dans son discours, tant attendu du 10 mai, que l’armée assurera la protection des sites de production. Cette décision du chef de l’Etat intervient au moment où les gens s’attendaient à une décision ferme pour mettre fin aux revendications exubérantes des manifestants.

 

Enfin une proposition acceptée par la majorité

 

Après de multiples tractations un accord a été accepté par la majorité des composantes de la coordination du sit-in d’El Kamour : Les termes de l’accord sont les suivants : 1.000 recrutements dans les sociétés pétrolières à partir de juin 2017, 500 autres recrutements avant fin 2018, 1.000 recrutements dans les sociétés environnementales et 1.000 recrutements supplémentaires à partir de janvier 2018. En outre, l’accord concerne une dotation de 50 millions de dinars par an pour un fonds d’investissement. Les manifestants échapperont aussi à toute poursuite judiciaire et la priorité sera donnée dans tous ces arrangements aux manifestants d’El Kamour.

 

La situation dégénère : Retour à la case de départ !

 

Dire que les choses se sont arrangées pour une situation qui dure des mois, était trop simple. « La minorité » qui n’a pas accepté les propositions faites par le gouvernement a maintenu le sit-in à El Kamour, poursuivant l’escalade dans une démarche de provocation des troupes militaires chargées de la protection des sites de production. Après la fermeture de la vanne et sa réouverture sur ordre du chef du gouvernement, la situation s’est envenimée. En effet, le chef du gouvernement a appelé à une application stricte et ferme de la loi, chose qui a fortement déplu aux sitinneurs.

Et c’est aujourd’hui, qu’on enregistre la mort du premier manifestant. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Yasser Mesbah, a affirmé, lors d’un point de presse tenu aujourd’hui même que le jeune homme a été renversé par une voiture de la Garde nationale alors qu’elle s’apprêtait à faire marche arrière. Il a, également, dressé le bilan d’une journée d’affrontements intenses ayant conduit à la blessure de 13 agents de police et 6 de la Garde nationale, outre l’agression du conducteur du camion de la Protection civile et la tentative de brûler vif un agent de sécurité.

Les « manifestations pacifiques » ont aussi abouti à l’incendie des districts de la Police et de la Garde nationales, ainsi que le vol du dépôt municipal.

 

En tout état de cause, la situation est loin d’être maitrisée pour l’instant. La chronologie des évènements démontre qu’ils ne sont point innocents. Tous les observateurs s’accordent sur le fait que les mouvements de protestations sont le fruit de manipulations politiques de forces extérieures qui veulent semer le trouble dans le pays.

Après la campagne "Où est le pétrole?", les manifestants-saboteurs posent fièrement, aujourd'hui, devant un gisement de pétrole qui part en l’air. Une pose prise par ceux qui se demandaient, il y a quelques mois, où étaient cachées les richesses naturelles du pays et qui n'hésitent pas aujourd'hui à les dilapider honteusement...

22/05/2017 | 19:08
6 min
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Commentaires (26)

Commenter

Simon
| 24-05-2017 11:33
merci pour cela.

Il n'y a que le peuple qui pourra avoir le fin mot de l'histoire...

Pourquoi faut il un PERMIS pour rentrer dans ces zones productrices depuis des decennies ?

Allons nous croire la quantité annoncée par les mêmes qui reniaient l'existence de cette manne il y a quelques temps ?!

Un scandale en puissance... Je ne m'étonnerai pas d'apprendre un jour que la production Tunisienne, sur terre et en offshore, se chiffre en centaines de milliers de barils par jour....

Tadhamen
| 23-05-2017 18:42
La plupart des sites d'infos se contentent de relayer les commentaires des uns et des autres.
Faire du boulot de concierge, ce n'est guère informatif.

Parce que, quand même, il y a des points qui mériteraient d'être éclaircis concernant les chiffres de la production !

On nous parle aujourd'hui de 40 000 barils/jour.
Soit !
Mais si on a la curiosité d'aller lire la brochure de l'ENI parue en janvier 2017 (très récente donc), on voit que cette société d'exploitation parle d'un quota propre d'environ 27 000 barils par jour, correspondant (dixit l'ENI) à environ 1/3 de la production tunisienne.
Je cite texto pour qu'on ne pense pas que j'interprète mal :" Durant
l'année 2016, Eni est opérateur & partenaire d'une production de l'ordre
de 27 mille barils équivalent de pétrole par jour (kboed), qui correspond
à peu près à 30% de la production d'hydrocarbure totale de la Tunisie. "

Faites le calcul ! Cela nous emmène début 2017 à une supposée production nationale d'hydrocarbures encore estimée par l'ENI à environ 80 000 barils/jour.
En admettant même que les chiffres qu'on nous donne aujourd'hui ne concerneraient pas le gaz, on resterait quand même bien au dessus des 40 000 barils/jour pour le brut.
Donc soit c'est l'ENI qui raconte n'importe quoi sur ses brochures et qui ne sait pas quelle est au juste sa part dans l'exploitation des ressources tunisiennes; soit la production s'est effondrée de 50% en 4 ou 5 mois ( ce qui laisse carrément pantois ) et en ce cas il doit y avoir pour cela des raisons très sérieuses - voir gravissimes - qu'il serait urgent de nous dévoiler en détail; soit personne n'est capable de dire ce qu'il en est au juste (y compris le gouvernement) et on est franchement très très mal barrés...

Nous sommes devant un tel imbroglio qu'il serait peut-être utile de commencer au moins à interroger les dirigeants locaux de l'ENI sur la validité des chiffres que cette société avance dans sa brochure, ne serait-ce que pour éclaircir au moins ce point de détail.

Parce que - il faut être lucide - si moi j'ai pu lire cela et faire un rapide calcul, alors d'autres l'ont certainement fait aussi et en ont probablement déduit que :
a) une partie de la production avait une nette tendance à s'évanouir effectivement dans la nature,
b) que les responsables divers essaient de nous balader sans vergogne.

Ce qui est évidemment fort dommageable pour la paix publique, que ce soit exact ou non, et mérite donc diverses vérifications.

Si quelqu'un ici a des explications circonstanciées à me donner sur ces anomalies de comptage, je suis preneur et vous aurez ma pleine gratitude car rien n'est plus agaçant actuellement que ce flou artistiquement entretenu autour de cette histoire d'hydrocarbures.

Léon
| 23-05-2017 17:35
Cerveaux remplis mais stériles.
Léon
B.News, le 03-06-2015 12:06

S'il peut sembler dérisoire de se demander "où est le pétrole?" ou encore "où sont les richesses du sous-sol tunisien?", une autre question, bien moins dérisoire celle-ci, se pose.
En effet, la question pertinente serait plutôt: "Où est l'intelligence et où sont les têtes tunisiennes?".
On nous a tellement bourré le mou avec des paroles comme "la vraie richesse de la Tunisie est dans son potentiel humain, dans ses diplômés..." que je commence à me demander si ces prétendues richesses humaines ne sont pas aussi fictives que ne le sont les richesses naturelles, cachées, je ne sais où, dans notre sous-sol.
En effet, nous avons vu se succéder, dans les gouvernements post-révolutionnaires, les meilleurs diplômés du pays, ramenant chacun leurs sciences et s'octroyant le titre de "ministres technocrates". Sans oublier bien sûr les milieux dits "intellectuels" tunisiens.
Peut-être que les rares intellectuels qu'a connu la Tunisie reposent en paix dans le sous-sol tunisien, formant pour ainsi dire les seules richesses fossiles du pays.
Mais est-ce si vrai? En effet, quand on sait que les Ibn Khaloun, Belhassen Chédly.... qui font aujourd'hui la fierté des tunisiens, ont finalement choisi l'exil jusqu'à la mort en Égypte, maudissant à demi-mots le peuple d'Ifriqiya que compose la Tunisie actuelle, on commence à se demander si ces ressources fossiles humaines peuvent être considérées comme faisant partie des richesses de notre sous-sol.
Mais revenons au Pétrole. Moi je sais où il se trouve. Il se trouve dans les pays qui en produisent et dans lesquels l'extraction y est facile. Comme l'Arabie Saoudite. Ehhh oui! le pétrole est en Arabie Saoudite.
Maintenant que vous savez où se trouve le pétrole, pouvez-vous me dire où sont les "têtes et penseurs tunisiens"? Où sont-ils?
Peut-être aussi en Arabie Saoudite, si vous voyez ce que je veux dire!
À méditer.
Léon, Min Joundi Tounis Al Awfiya,
VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.

Simon
| 23-05-2017 17:05
On est peut être pas d'accord sur tout, mais je trouve votre description entièrement véridique. Je sais que vous ne le faites pas pour faire plaisir à quiconque (et surtout pas à moi ;-) mais juste par souci de la vérité. C'est à votre honneur.

Les enragés et les ignorants ont champ libre sur ce forum (je ne salue pas le modérateur au passage) et votre message remet les choses en perspective

Simon
| 23-05-2017 17:00
Je me rappelle encore de la visite de Strauss Kahn fin 2010, alors directeur du FMI, qui félicitait le "miracle economique tunisien" sous Ben Ali quelques semaines avant que le régime n'implose et que le désastre économique sous jacent apparaisse au grand jour...

Et puis Monsieur d'Arvor dit aussi que nous n'avons rien, que c'est du "fantasme"... c'est que nous n'avons rien hein :-)

Croire aux rapport d'institutions étrangères plutôt qu'à ce que nous voyons avec nos yeux... A votre avis, d'où viennent les chiffres qui alimentent ces rapports ? des dictatures. Et si vous croyez aux chiffres d'une dictature, alors là je ne peux plus rien pour vous.

Rationnel
| 23-05-2017 16:59
D'après le US geological survey, les grandes réserves en Pétrole et Gaz naturel se trouve dans le Pelagian Bassin sur la cote de la Tunisie du Cap-bon vers Jerdba ( https://pubs.usgs.gov/fs/2011/3105/pdf/FS11-3105.pdf ), les reserves dans le Pelagian Bassin sont estimées a des millions de barils.

TeTeM
| 23-05-2017 16:23
Il faut passer à la phase répressive. Cette situation ne peut plus durer! Exiger le recrutement d'une personne de chaque famille c'est du jamais vu! On recrute sur les compétences pas pour faire l'aumône ou pour avoir des feignasses qui iront pointer pour toucher la paye sans fournir le moindre effort.

Le pétrole n'appartient pas à Tataouine mais à toute la Tunisie. La Nation est une et indivisible. Réclamer moins d'inégalité c'est logique mais j'ai envie de dire que font les députés de cette région en ce sens? Rien... A partir de là...

Pour ce qui est des projets. Qu'est ce qui empêche les habitants de cette région d'en faire? On ne peut pas tout attendre des autres.

TeTeM
| 23-05-2017 16:15
Tant d'énergie pour des dire des choses si fausses. Qui a dit qu'il n'y a pas de pétrole en Tunisie. Depuis mon plus jeune âge, je sais que la Tunisie a du pétrole. Et depuis, mon plus jeune âge, je sais que sa production est ridicule par rapport aux autres pays. Tellement minable que la Tunisie n'est pas un pays membre du redoutable OPEP. Un détail qui aura sans doute échappé à votre sagacité mais qui mérite d'être rappelé! Les voisins Libyens et Algériens sont dans l'OPEP....

Kol a parfaitement raison en tout point et parle de ce qu'il connait. Quant au port de Sfax, la principale ressource naturelle qui transite par ce port c'est le phosphate....

TeTeM
| 23-05-2017 16:08
Arrêtez donc avec votre nationalisation. Si c'était la recette miracle, ça se saurait.... La Nationalisation est juste bonne à augmenter le nombre de fonctionnaire et le déficit public. Je vous donne un seul exemple de la bonne gestion des entreprises nationale... Tunisair !

Nephentes
| 23-05-2017 15:30
Je souhaiterais dans la mesure du possible recadrer des dérives insupportables au niveau de certains commentaires à propos de la population de Tataouine.

Je connais (un peu) tataouine et ses habitants. il mesemble que ce sont des gens remarquables :

la ville est espacée, et propre

les gens sont calmes, et très polis. Gardez vous de proférer la moindre obscénité dans les rues et les cafés, vous seriez lynché sur place.

les habitants de Tataouine sont extrêmement hospitaliers : ils sont tous aux petits soins, et prennent en charge l'étranger comme s'il s'agissait d'un de leur proches.

leurs habitations sont impeccablement rangées, et très propres : les habitants de tataouine ont horreur des détritus, ols sont en général beaucoup plus resecteux des règles d'hygi-ne et du savoir-vivre ensemble que les néo-ctadins de ce qui fut autrefois Tunis ou Bizerte.

Les grandes familles de Tataouine sont assoiffées de culture arabophone classique : férus d'histoire, les Tataouinis de souche ( population encore majoritaire) sont de véritables érudits dans le domaine de la littérature arabophone, et ils cultivent jalousement le patrimoine de la poésie ancestrale.

Donc quand on parle de la population traditionnelle de Tataouine, sachez que nous avons affaire à de véritables Beldias analogues aux grandes familles de Kairouan ou Djerba.

et cessons SVP les amalgames débiles et insultants.