Par Hella Ben Youssef
Il est des dates qui traversent les générations sans perdre leur force. Le 25 juillet est de celles-là.
Le 25 juillet 1957, la Tunisie tournait une page décisive de son histoire en abolissant la monarchie et en proclamant la République. Ce choix allait bien au-delà d’un changement de régime. Il portait une ambition : bâtir un État moderne fondé sur la citoyenneté, la souveraineté populaire, la primauté de l’intérêt général, la responsabilité des institutions et l’égalité de tous devant la loi.
Près de soixante-dix ans plus tard, cette date ne doit pas seulement être célébrée. Elle doit aussi nous rappeler que la République est une œuvre inachevée, qui se construit, se défend et se renouvelle génération après génération. Une République ne se résume pas à des symboles. Elle repose sur des principes. Elle vit grâce au pluralisme politique, à une société civile libre et active, à des syndicats indépendants, à une presse responsable, à une justice impartiale et à des institutions capables de garantir l’équilibre des pouvoirs. Elle protège les libertés parce qu’elle accepte le débat, le contrôle démocratique et la diversité des opinions. Cette fête nationale ne nous invite donc pas seulement à regarder avec fierté le chemin parcouru. Elle nous oblige également à considérer avec lucidité la réalité de notre pays.
La Tunisie traverse aujourd’hui une crise profonde. Une crise politique. Une crise institutionnelle. Une crise économique et sociale. Mais aussi une crise de confiance entre les citoyens et leurs institutions. Cette crise ne résulte pas d’un seul moment de notre histoire. Elle est le produit d’accumulations, d’erreurs, de renoncements et de responsabilités partagées qui se sont succédé au fil des années. Elle est aussi le résultat de réformes inachevées, d’une justice transitionnelle qui n’a jamais pleinement accompli sa mission, mais également de notre incapacité collective, depuis 2011, à faire durablement prévaloir l’intérêt général sur les intérêts partisans. Trop souvent, les clivages ont pris le pas sur le dialogue, les ambitions personnelles sur le bien commun et l’esprit de confrontation sur l’esprit de responsabilité.










