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Tribunes

Une société qui souffre, un pouvoir qui se cherche?

Par Yassine Brahim

Les Tunisiens souffrent. Leur niveau de vie baisse. Les perspectives d’avenir proche sont sombres. Les jeunes ne voient aucune lueur d’espoir pour sortir du chômage et retrouver une fierté.
La révolution a révélé l’ampleur de la pauvreté dans notre pays. La révolution a exposé le poids des injustices sociales dans notre pays. La révolution a dévoilé à quel point kleptocrates et corrompus ont profité du système.
L’ampleur des dégâts est telle que les réparations et les corrections ne peuvent certes pas s’opérer du jour au lendemain, mais une volonté politique claire pour le faire doit être perçue pour reconstruire la confiance perdue entre le citoyen et l’Etat.
Nous avions ressenti cette lueur d’espoir lors de l’exercice du pouvoir du gouvernement de transition d’avant le 23 Octobre 2011. Cegouvernement ainsi que toutes les instances provisoires ont couronné leur travail par l’organisation des premières élections libres et transparentes dans notre pays. Ses relations internationales étaient au beau fixe, de nos voisins les plus proches aux pays les plus lointains. Tout le monde a émis le souhait d’aider ce petit pays qui a généré une vague d’espoir dans la région et bien au delà.

Les résultats des élections ont surpris plus d’un. Après une petite hésitation, la communauté nationale et internationale a donné le bénéfice du doute à la capacité évolutive du courant politique vainqueur. Certains se sont tournés vers la Turquie ou la Malaisie où le pouvoir est géré par des partis idéologiquement proches et où l’expérience est considérée plutôt positive. Beaucoup considèrent que s’il y a un pays arabe où les islamistes peuvent démontrer qu’ils sont réellement démocrates, par son emplacement et son ouverture sur la Méditerranée, c’est bien la Tunisie.
Cependant, ces élections n’étaient pas des élections parlementaires. Et pourtant, le parti gagnant s’est très rapidement comporté comme s’il avait pris le pouvoir pour au moins cinq ans. Au lieu de s’attaquer aux problèmes les plus urgents, le parti déroule un plan de prise de pouvoir dans tous les rouages de l’administration et des sociétés étatiques. Ce plan étant motivé autant par le placement/remerciement des fidèles et des militants qui demandent aujourd’hui compensation, que par la recherche de la garantie de mettre toutes les chances de son côté pour les prochaines échéances électorales. La compétence ne peut dans ce cas être toujours au rendez-vous alors que le pays ne peut pas se permettre d’être mal géré dans un contexte national et international très difficile économiquement.

Par ailleurs, dans une période constituante, le parti au pouvoir doit se comporter en fédérateur cherchant un consensus national sur les sujets qui vont mettre les fondations de la deuxième république. Et c’est là que se dévoile la plus grande limite de ce mouvement. Les réflexes d’une organisation sociale secrète persistent. Le niveau de confiance en autrui est très limité et il commence même à s’effriter entre les courants qui le composent.

Ensuite, c’est un parti qui a un projet qui est avant tout théologique avant d’être politique. Il a donc beaucoup de mal à s’entendre avec les séculaires, entre autres sur la constitution. Je rappelle que M. Erdogan, lors de sa visite en Tunisie en 2011, a précisé que son parti a pu gagner la confiance du peuple turc car il avait basculé en 1994 en ne croyant plus du tout en un Etat islamique et que l’Etat doit rester séculaire.
Enfin, le feuilleton du remaniement ministériel est vraiment une mascarade pour le pays. Le gouvernement actuel ayant fait voter une loi des finances à l’ANC, la marge de manœuvre du gouvernement remanié est, de ce fait, très limitée en ce qui concerne la gestion des affaires du pays. Ce remaniement n’aurait donc qu’un sens politique. Etablir les vraies conditions de réussite de cette phase de transition devrait être son objectif : remettre l’indépendance des ministères de souveraineté à l’ordre du jour telle que le nécessite cette période, régler les différends sur la constitution, instaurer les instances provisoires sur la Justice et les médias, corriger les erreurs sur les nominations partisanes dans l’administration et les sociétés publiques et enfin se mettre d’accord avec tous les partis sur un calendrier clair et transparent amenant à une date des élections qui soit votée à l’ANC.

Au lieu de rechercher un consensus national, le parti au pouvoir a fait des calculs électoraux en essayant d’attirer vers lui d’éventuels futurs alliés et les députés qui peuvent lui garantir une majorité à l’ANC pour pouvoir continuer à gouverner à sa guise durant cette phase de transition. Les deux partis qui le complètent à la Troïka montrent actuellement leurs dents.
L’année 2012 a démontré que malgré toutes les violations de l’accord politique et moral, le summum ayant été l’affaire Baghdadi, ces partis ont toujours fini par considérer qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à quitter cette Troïka, ils font eux aussi un calcul purement électoral qui les rend peu crédibles dans leur démarche actuelle. Les groupes qui veulent rejoindre la Troïka cherchent les lumières à travers le pouvoir exécutif pour quelques mois, ce que je peux comprendre, mais ils doivent appréhender les frustrations qu’ils vont vivre comme les ont vécues beaucoup de députés des deux autres composantes de la Troïka qui ont fini par quitter leurs partis.
Le consensus national est global ou n’en est pas un. Quand il est partiel, c’est une alliance. Et une alliance à 6 ou 9 mois des élections ne peut être qu’électorale. Ils ne peuvent pas refaire la même tromperie que celle qu’a faite l’un des partis de la Troïka pour le 23 Octobre 2011 avec ses électeurs…
Pendant ce temps là, les Tunisiens se demandent ce que fait leur élite politique alors qu’eux non seulement ils ne voient pas leur situation s’améliorer mais ne voient aucun investissement se faire et de vrais emplois se créer car la situation politique est instable…

Le parti au pouvoir est donc devant un choix important pour son avenir et l’avenir du pays. Va-t-il continuer à être tourné vers son projet idéologique et essayer des passages en force sur la constitution ? Va-t-il composer et faire des compromis sur les conditions de réussite de la phase de transition ou va-t-il continuer à se comporter comme un parti dominant de la scène politique à l’image des résultats du 23/10/11 alors que le paysage dans l’opposition évolue très vite?

L’opposition progressiste a tiré les leçons du 23 octobre et s’est organisée. Elle a commencé par faire plusieurs regroupements au sein des partis et est maintenant passée à la vitesse supérieure en montant les alliances politiques et électorales. Les progressistes jouent la carte d’une Tunisie libre, ouverte et démocrate, dans le cadre d’un Etat civil et de droit. Ils ont démontré qu’ils sont une force de proposition toujours ouverte au dialogue. Les islamistes ont des extrémistes qui ne croient pas en la démocratie. Les violents d’entre eux doivent être condamnés.

Personne ne volera la révolution de nos jeunes qui se sont sacrifiés pour que nous puissions amener ce pays dans le camp des pays prospères, libres et démocrates. Progressistes et Islamistes ont actuellement une responsabilité commune, le dialogue doit être la règle pour cette phase de transition et la compétition pacifique sur le projet de société et les programmes sociaux et économiques pour la future Tunisie vont faire la différence pour les prochaines élections.

* Ancien ministre du Transport et de l’Equipement et actuel Secrétaire exécutif d’Al Joumhouri

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Commentaires

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Toubib
| 06-02-2013 17:03
Mon cher pseudo -arriviste politicien , voulez nous parler du départ précipite du gouvernement ghanouchi et des lignes italiennes et de M Dreyfus ?

maher
| 06-02-2013 15:57
Les fonctionnaires du ministère de l'équipement et des transports se rappelleront toujours des dommages irréparables qu'avait commis ce pseido politicen arrivite te prétentieux..

Ergo sum
| 06-02-2013 13:43
Bonjour,
Il faut rester réaliste, notre société tunisienne n'a plus de valeur, se cherche encore et surtout est très très mal cultivée sur tous les plans, il faut en être conscient.
Nous avons grimpé au chemin de la démocratie soudain, comme ça, sans y être prêt, nous avons pratiqué jusque là une démocratie de tiers monde.
Ce qui s'est passé ce matin avec Chokri BELAID, que n'aime point, prouve qu'il y en a certains qui n'ont rien compris, qui sont complètement à côté de la Tunisie de la réalité tunisienne, vivent en rupture psychotique. Il est navrant d'en arriver là, cette bassesse inqualifiable, et alors on n'a pas le même avis et alors on déteste la personne, mais il est hors de question que cela sorte du débat et du dialogue.
j'invite tout le monde à rester calme et ne pas se précipiter sur les jugements sans fondements.
Dommage j'aurais voulu discuter tes propos mais la triste nouvelle de ce matin a complètement dévié le discours.

Mes amitiés aussi, bourgeoise!

Léon
| 06-02-2013 11:23
....et toi qui cherche le pouvoir à tout prix!

RACHA
| 06-02-2013 10:11
Ya si yassine
quant t'es venus a houkoumet Ghannouchi on nous a dit que tu as laisser ton business à l'étranger pour "aider" le pays?
Maintenant tu un partie politique et tu es installés en tunisie! Es-ce-que tu as abandonnés le business? ou bien tu es rattachés au poste de ministre puisque tu l'as essayés avec houkoumet Ghannouchi?

tounsi
| 06-02-2013 09:35
tu a fait le contraire de ce que tu dit
tu a oublie que tu a place tes amis dans des postes de responsabilité et écarter des gens compétents;tu vient maintenant te donne des leçons aux autres;tu n a pas mis la paguelle dans votre ministère;

zeze
| 06-02-2013 08:27
Monsieur , comme le précise mon titre vous parlez bien et juste sauf que le meme sort nous attend en tunisie si cette troika continue a servir comme elle le fait,si les choses continuent ainsi.......On ne peut qu'être solidaires dans de pareilles circonstances .Ils a tout raté et sont en train de rater ce qui leur resterait dans cette période de transition si l'on peut toujours l'appeler ainsi.

JOHN WAYNE
| 06-02-2013 03:24
Monsieur,
Pour le Sadikien nationaliste que je suis, votre article est un article de propagande. Il est faible et futile.
Vous ne vous différenciez en rien des quelques millions de Tunisiens qui continuent comme vous a se mentir à eux même.
Vous parlez de révolution et de jeunes qui se sont sacrifiés pour ensuite énumérer les difficultés par lesquelles passe le pays.
Il y a une grande différence de raisonnement entre vous et moi et je m'explique :
Vous continuez comme des milliers de Tunisiens a espérer un dénouement heureux a cette révolution.
J'ai dès le début vu en la révolution Tunisienne un coup d'état de la CIA qui mènerait a une victoire électorale des islamistes irrévocable, et la création de conditions politiques requises a une guerre civile
Vous parlez de jeunes qui se sont sacrifiés.
J'ai parlé de voyous et de toxicomanes qui ont saccagé et brulé les structures de leurs pays poussant des hommes de nos forces de l'ordre dont la majorité sont des Pères de famille, à ouvrir le feu.
Vous consacrez une grande partie de votre article a décrire les intrigues politiques qui ont créé ce retard vers la stabilité en Tunisie. Pour vous, ce retard est dû à la complexité du processus et même si vous êtes quelques-part inquiet, la révolution Tunisienne pour vous est un processus positif, irréversible, nécessaire et qui finira par s'auto-aiguiller vers une voie de consensus et de stabilité.
J'ai vu tout de suite et dès la formation d'un gouvernement de marionnettes de la CIA, un complot contre la souveraineté de l'état Tunisien qui mènerait inévitablement a l'imbroglio politique dont vous parlez et qui mettrait au pouvoir des islamistes plus préoccupés par l'islamisation du pays que par le bien-être du peuple. Les hommes au pouvoir aujourd'hui sont des fanatiques au même titre que les jeunes islamistes qui saccagent le pays et agressent les hommes et les femmes politiques, et au même titre que les Tunisiens qui ont rejoint le jihad islamique en Syrie un Coran a la main pour brancher des détonateurs de bombes Russes sur lesquelles ils se feront exploser.


JOHN WAYNE
| 06-02-2013 03:17
La différence entre un djihadiste Tunisien et Hamadi Jebali est l'âge et le langage politique. Ils sont les deux de la même race de Tunisiens qui sont plus loyaux au Qatar et a l'Arabie Saoudite qu'a la Tunisie souveraine.
Ce qui vous différencie vous et moi est que je suis à un stade dans ma vie ou mon degré de patriotisme est tel que la Patrie de Bourguiba est devenue ma religion. Je n'ai plus de religion depuis que j'ai vu Bourguiba marcher vers le bataillon dont j'étais le jeune officier et d'où je saluais le drapeau Tunisien. Je n'ai jamais pratiqué l'islam. Je n'ai jamais jeuné, ni visité une mosquée en vrai fidèle, et mes visites de mosquées ont toujours été dans le cadre de mon travail d'espion de la Tunisie nationaliste. Je me suis souvent déguisé en fidèle à Londres pour entrer dans les mosquées Anglaises afin d'écouter les prêches des imams et les conversations d'islamistes Tunisiens entourant l'ayatollah Ghanouchi. J'ai même suivi Rached Ghanouchi pendant ses déplacements aux Etats Unis en ayant bénéficié de la coopération de nos ambassades. J'ai devant moi en ce moment un discours que Ghanouchi a prononcé à Kansas City dans les années 1990 et dans lequel il déclare avec haine que la Tunisie sera de gré ou de force une terre de Charia. Pourquoi cet homme changerait-il de philosophie ?
La faiblesse des Tunisiens de votre génération est l'ignorance tout en ayant des diplômes, un costume, des cheveux bien coupés, et un attaché-case. Derrière votre panoplie de jeune Tunisien arrogant et éduqué se cache une ignorance si dangereuse qu'elle va mettre une Nation millénaire à feu et à sang sans que les hommes de votre genre puissent en prendre conscience à temps.
Les Tunisiens comme vous, il y en a des millions et tous raisonnent comme vous, de façon irrationnelle. Car votre faute primordiale de raisonnement est de croire en cette révolution Tunisienne tout court. Moi j'y ai vu dès le début une catastrophe pour la Tunisie.
L'on est aussi tenté de vous demander si vous connaissez l'histoire de la Tunisie ou le contexte dans lequel la Tunisie a été libéré du protectorat.
Savez-vous vraiment qui sont les islamistes ?
Savez-vous qui était Ben Ali et qui sont les hommes comme moi ?
Vous avez passé 23 ans a nous insulter pour contenter des puissances Européennes de la gauche sioniste sans jamais comprendre qui nous étions.

JOHN WAYNE
| 06-02-2013 03:15
Sachez Monsieur que des patriotes comme moi et mes collègues avons été obligés de tuer et de torturer pour sauver toute une nation qui allait tomber en flammes car elle faisait face à un ennemi jamais rencontré auparavant. Un ennemi aussi cruel et dangereux que fanatique, et pour qui Dieu avait donné une licence pour tuer au nom de l'islam et de son Prophète.
Les Tunisiens comme vous doivent reconnaitre humblement leur erreur et penser plutôt à un processus non pas de réconciliation nationale, mais de pardon national.
Le peuple Tunisien doit reconnaitre son erreur et demander pardon aux nationalistes comme moi qui ont sacrifié leur vie pour leur pays et afin que le peuple Tunisien ait pu bénéficier de 60 années de prospérité et de sécurité.
Aucun pays ni régime n'est parfait. Bourguiba comme Ben Ali ont fait des erreurs mais ils n'ont pas fait cette erreur fatale du peuple Tunisien et surtout de l'armée nationale, de s'allier à des ennemis et a des étrangers pour changer leur société et leur pays.
La réconciliation nationale et encore moins une justice de type vendetta islamiste, des hommes comme moi ne l'accepteront jamais et nous continuerons à vous saboter et a vous faire réaliser quotidiennement que sans nous autres Patriotes et orphelins de Bourguiba, c'est vous le peuple Tunisien qui devenez les orphelins de ce monde.
Sans nous, vous n'avez plus de patrie et lorsque vous nous trahissez, vous trahissez Bourguiba qui a bâti ce pays.
La notion de nation est ce qui donne la dignité et la fierté aux peuples et non la notion de religion. Et en ce qui concerne la religion musulmane, elle doit devenir la dernière priorité du peuple Tunisien car comment un peuple rationnel peut-il aligner son avenir sur une religion qui date de plusieurs siècles surtout si elle a été amendée par des tribus, des civilisations barbares, et des puissances coloniales?
L'Islam n'est plus ce que le Prophète Mohamed avait voulu qu'elle soit depuis longtemps, lui qui prêchait la bonté, le pardon, et le civisme et c'est cela la tragédie des musulmans.
Vous devez en peuple Tunisien et si vous possédez encore dignité et honneur, demander pardon à Ben Ali qui avait fait de son mieux pour vous protéger et pour vous nourrir même si ce Président a fait des erreurs. Il s'agissait après tout d'un être humain.
Vous devez libérer sans conditions tous les hommes politiques nationalistes qui sont emprisonnés comme par exemple Abdelaziz Ben Dhia qui est un vieillard, mais aussi libérer tous les membres des forces de l'ordre qui sont injustement condamnés et incarcérés.

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