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Chroniques
En Tunisie, l'Etat ne paie pas
Par Karim Guellaty
28/11/2020 | 16:41
8 min
En Tunisie, l'Etat ne paie pas

 

L’année 2020 n’a pas encore livré tous ses secrets, et tant que le gong de minuit qui frappera au 31 décembre n’aura pas retenti, on ne peut pas se considérer totalement à l’abri d’une nouvelle surprise propre à cette bien curieuse année.

 

On ne reviendra pas sur la Covid-19, pour lequel beaucoup savent tout, mais où personne ne peut grand-chose. A part ne pas l’attraper par des gestes que le monde entier connait, à part un hypothétique vaccin dont les taux de réussite de la phase trois feraient pâlir de jalousie les dictateurs les plus fous, il reste les chiffres. A cette date, ce sont 61 710 737 personnes infectées, 1 443 694 personnes malheureusement décédées, et 39 491 957 personnes guéries. La différence, entre le total des infectés et le chiffres des morts et des guéris, c’est les personnes encore en lutte contre le virus.  On voit fleurir beaucoup d’analyses des sachants des réseaux sociaux expliquant qu’on meurt plus en tombant de sa chaise ou de la grippe que de la Covid. Le fait est, qu’en l’état, la Covid est la troisième maladie infectieuse la plus mortelle, d’après les chiffres de l’Oms, après les hépatites et la tuberculose. Et le chiffre Covid n’est malheureusement pas statique ; il ne sera définitif qu’après le vaccin et une fois que toutes les données auront été consolidées. Les différentes mesures ici et là, avec une planète confinée à ses 3/5 (quatre milliards de confinés) au printemps dernier ont sans doute évité une catastrophe, mais le drame est bien là, avec ses effets secondaires sur la santé économique du monde et psychiques de ses habitants. Et certains de dire qu’ils préfèrent mourir dignement que de mourir de faim. Il n’y a que les vivants pour être aussi catégorique sur la mort. En attendant, un médecin américain a publié sur sa page Facebook ce que seraient nos dernières images si nous mourions de la Covid. Stupéfiant ; (c’est ici). #masquezvous

 

On ne reviendra pas sur Donald Trump qui ne finit pas de perdre son élection, et tous les recours judiciaires qu’il tente. Il perd tellement tout, certains parlent même de la raison alors que rien ne prouve qu’il l’avait auparavant, qu’il a fini par déclarer jeudi dernier qu’il quittera la Maison Blanche si le Collège des grands électeurs confirmait la victoire de Biden. En d’autres termes, le Président des États-Unis d’Amérique, au vingt-et-unième siècle, en 2020 précisément, annonce au monde qu’il optera finalement pour la démocratie, en respectant le résultat des urnes.  Cette phrase aurait pu faire date si son auteur ne nous avait pas habitués à pire.

Et Donald Trump ne souhaite pas non plus qu’on revienne sur sa gouvernance. Et notamment sur sa gestion du dossier iranien. Un accord sur un moratoire de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran avait été conclu en 2015. Les experts internationaux de l’Agence internationale atomique ont confirmé qu’il avait été respecté.

Mais 2018, Trump le visionnaire aveugle aux faits, a décidé d’en sortir pour acculer le régime des Ayatollahs. Le régime iranien, même s’il subit une crise économique majeure, n’est pas affaibli. Il n’est tellement pas affaibli qu’il a repris l’enrichissement de son uranium pour posséder actuellement un stock de 2 442,9 kg, soit douze fois la limite qu’autorisait l’accord. Force est de reconnaitre, parce que les faits ne mentent pas, que la stratégie de Trump a été payante… pour le régime iranien. Mais l’homme, loin de reconnaitre sa défaite, s’entête. Il s’agit pour lui, désormais, de rendre impossible un retour en arrière pour son successeur. En cherchant l’escalade avec l’Iran. Et c’est ainsi que le deus ex machina du nucléaire iranien, le chercheur Mohesn Fakhrizadeh a été assassiné dans les rues d’Absard, un petit village à l’est de Téhéran ce vendredi.  L’homme n’est pas un saint. En plus d’être physicien chef du département recherche et innovation au ministère de la défense, il était officier du corps militaire des Gardiens de la Révolution, la branche idéologique islamiste de l’armée iranienne. L’homme avait été à la tête du projet de 1999 à 2003 pour constituer pour l’Iran, cinq têtes nucléaires. Il est désormais mort, et nos confrères du New York Time citant une source officielle américaine, soutiennent que c’est Israël qui a mené cette attaque à la demande américaine.

Le monde guette une éventuelle riposte iranienne. Et le même monde craint qu’en l’absence de réponse, Trump se fasse plus pressant pour obtenir une escalade dans la violence, allant jusqu’à envisager des frappes aériennes contre les sites nucléaires iraniens. Trump aura finalement essayé de passer en force partout, et n’aura réussi nulle part. Ni avec la Chine, ni avec la Corée du nord, ni avec l’Iran, ni avec la Covid, ni même avec son économie. Il n’aura laissé qu’un champ de ruines, des soutiens qui ne réalisent pas que c’est sa mauvaise gestion qui en est responsable et beaucoup de tweets. Eux entreront dans l’histoire. De twitter. #chacunvoitlhistoireasaporte


On ne parlera pas non plus de l’Éthiopie qui est entrée très discrètement dans une guerre civile qui ne dit pas encore son nom. Cet Etat, finalement fédéral de dix états qu’on appelle régions, n’arrive plus à maintenir une identité nationale que le report des élections qui devaient se tenir en mai dernier et qui ont été décalées sous prétexte de Covid, ébranle. La région du Tigré a organisé les siennes en septembre. Le Front Populaire de Libération du Tigré les a remportées, et ne reconnait plus la légitimité du pouvoir central, après y avoir participé depuis 30 ans.

Le pouvoir fédéral mène une guerre depuis maintenant trois semaines pour reprendre les villes du Tigré qui avaient des velléités indépendantistes. Et ces territoires sont repris. Non sans morts, non sans atrocités, surtout, comme toujours, dans les populations civiles.

Les ingrédients sont là, la contagion va gagner les autres régions. On connait le scénario qui se profile, celui des massacres, et le monde est impuissant à l’enrayer, aveugle même à le regarder. #regarderailleurs

 

On ne parlera pas de la France, où un homme sans masque, samedi dernier, s’est littéralement fait lyncher par trois policiers. En pénétrant par effraction à son domicile. Les images sont difficilement soutenables tant elles mettent en exergue l’injustice et l’arbitraire. Et parce que ceux-là ne reculent devant rien, l’homme, roué de coups, a été ensuite placé en garde à vue pour des motifs aussi fallacieux que rébellion contre les forces de l’ordre ou encore violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Parce que dire à des policiers qui vous massacrent, « arrêtez » est devenu une violence et une rébellion. L’homme qui s’appelle Michel Zecler aurait pu devenir l’ennemi public de la semaine s’il n’y avait eu à son domicile une caméra de vidéo-surveillance qui avait tout filmé. Il est désormais reconnu dans son statut de victime, et les trois policiers filmés sont propulsés comme ceux qui font vaciller l’exécutif français. Car dans le même moment, ce même exécutif pousse une proposition de loi pour que les actions de la Police ne soient plus filmées au départ du projet, pour atterrir sur une version où ces vidéos qui peuvent continuer à être prises soient floutées.

Et la fracture sociétale continue de se creuser dans une France prise entre mille étaux. Et ici il s’agit de celui, d’une part des forces de l’ordre, dont la vie est réellement menacée par le terrorisme, et qu’il faut protéger. Et l’autre, d’autre part, de ces mêmes forces de l’ordre qui contiennent en leurs seins, des membres qui ont sans doute foi, mais pas en l’Homme, mais plus de loi, même humaine. Et la fracture est là quand la violence des faits empêche un débat posé et modéré. Un comportement excessif qui amène des réactions excessives, l’État français en jouait depuis des années, depuis sans doute 2005, et le nettoyage des cités au Karcher pour les absoudre. Il en est désormais la cible, en son sein. #zonegrise

 

Et la Tunisie dans tout ça ? On n’en parlera pas non plus. Son exécutif brille par son absence en tout cas dans la communication. Or cette même communication, qui consiste à expliquer ce qu’on fait, et pourquoi on le fait est une des composantes de la démocratie. En ça, les gouvernants ont une obligation de résultats, celle de faire comprendre leurs actions. Libre au citoyen d’y adhérer ou de les contester. Or en Tunisie, on ne prend pas la peine d’expliquer ; on communique sur ce qu’on fait dans le meilleur des cas, sans jamais l’expliquer dans tous les cas.

Et c’est ainsi autant d’espace qu’on laisse libre pour le populisme se nourrissant de ces interstices qui sont des boulevards laissés libre parc ce qu’on ne peut juger que comme des inactions ou des actions inappropriés, faute d’éléments qui justifient ce qui est entrepris.

Les médias, le quatrième pouvoir, empêtrés dans des difficultés financières, ne peuvent que jouer difficilement leur rôle. Quatrième pouvoir qui ne bénéficie d’aucun financement public, d’aucune aide de l’État, lequel justifie son inaction par la nécessité de l’indépendance de la presse. L’Etat n’aide pas son quatrième pouvoir, sous prétexte d’indépendance, alors même que les trois autres, le judiciaire, le législatif et l’exécutif qui sont composés de fonctionnaires de l’Etat, sont censés être indépendants. Les médias, qui ont pour mission d’informer pour que le citoyen contrôle, n’ont pas les moyens matériels de leur action. Et donc humains.

La Tunisie est libre dans sa parole, est transparente dans ses élections, mais ses institutions restent encore à la peine dans la démocratie, son économie en retard dans l’inclusif, sa protection insatisfaisante en matière sociale, sa lutte contre le vrai banditisme n’est que de façade.

Le chemin est encore long, mais le pouvoir semble s’être arrêté pour pique-niquer. #sansjeudemot

 

Pleurons la mort de Maradona. Lui, fait partie de ces personnes qui nous auront fait rêver.

 

C’est la fin de la semaine, c’est la fin de ce trip, vous pouvez éteindre vos smartphones.

Par Karim Guellaty
28/11/2020 | 16:41
8 min
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Commentaires
aldo
==== mais l'état tunisien ====
a posté le 03-12-2020 à 21:02
en contre parti ! il te met à poil !!
CHDOULA
MARADONA
a posté le 28-11-2020 à 22:15
J'apprécie votre dernière phrase sur Maradona et à propos ça me rappelle une anecdote sur Maradona qui date d'une quarantaine d'années. Un voisin de quartier est tombé malade du diabète et avait quelques douleurs aux pieds , il va voir un médecin et ce dernier lui demande d'effectuer des analyses ainsi que les radiographies. Quelques jours plus tard notre voisin D repasse voir son médecin et ce dernier après avoir lu les rapports annonce à notre voisin avec un air grave et sérieux «  Mr D je suis désolé de vous annoncer qu'on est obligé de vous amputer du pied gauche et ça ne peut pas attendre «  et notre ami D de lui répondre avec un sang froid et un grand sourire «  y a pas de problème Docteur, s'il faut couper le pied gauche coupez le je ne suis pas Maradona «  et le médecin qu'il explose de rire . Notre ami et voisin D nous racontait toujours cette histoire avant son décès il y a quelques années. Qu'ils reposent en paix tous les deux ! Histoire vraie et je suis sûr qu'il y a des copains de quartier qui ont reconnu notre voisin D .