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UFTAM, une université qui accueille des étudiants sans existence légale !
07/10/2020 | 19:59
5 min
UFTAM, une université qui accueille des étudiants sans existence légale !

 

Invitée sur Express FM lundi dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Olfa Ben Ouda, a été interpellée sur le sujet de l’Université tuniso-allemande (UTA), qui a fait récemment couler beaucoup d’encre. Elle a esquivé la question, préférant ne pas « entrer dans le sujet de la polémique » et soulignant qu’elle « rêvait de voir la Tunisie devenir une destination universitaire ». Si l’UTA suscite de nombreuses interrogations, il y a un autre sujet plus grave, quasiment passé sous silence, celui de l’Université française en Tunisie pour l’Afrique et la Méditerranée (UFTAM), dont la création même est vivement contestée par de nombreux intervenants du secteur qui dénoncent le fait que cet établissement n’entre dans aucun cadre légal prévu par la législation tunisienne et exerce donc en toute illégalité !

 

Annoncée dans un protocole d’accord signé le 14 février 2019 par Slim Khalbous et la ministre française de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, l’université a commencé à accueillir ses premiers étudiants le 4 octobre 2019, délai qui a soulevé de nombreuses interrogations alimentées par la campagne électorale, alors menée par l’ancien ministre, pour le poste de recteur de l’AUF, fonction qu’il occupe depuis le 8 décembre dernier après son élection le 27 septembre 2019.  

 

Ce sont d’ailleurs les « manœuvres » entreprises par l’ancien ministre pour faire aboutir ce projet, que dénoncent notamment Adel Ben Amor, ancien chef de cabinet des ministres de l’Enseignement supérieur, Taoufik Jelassi et Chiheb Bouden, ainsi que Karim Ben Kahla, professeur universitaire et président du cercle Kheireddine.

« Les intérêts, la législation et les moyens de notre pays et de notre université, ne doivent jamais être exploités à des fins personnelles et cela a été manifestement le cas pour ce qui est de la création de cette université. Bien évidemment, nous sommes pour la création d'universités mixtes internationales et oui, nous voulons que ces coopérations voient le jour pour générer une valeur ajoutée à nos formations, nous avons d’ailleurs œuvré dans ce sens, mais nous avons des lois, des lois qui doivent être respectées et elles ont été bafouées, pour des intérêts visiblement personnels de surcroit. C’est cela que nous contestons » a affirmé Adel Ben Amor, dans une déclaration accordée à Business New.

 

Le 13 août 2019 paraissait dans le JORT n°80 page 3031, un avis de création d’une association portant le nom d’UFTAM, ayant pour objectif de contribuer à l’accompagnement technique et financier de la mise en œuvre de l’UFTAM. En septembre 2019, l’UFTAM entamait ses activités dans les locaux de Tunis Business School, établissement public de l’Université de Tunis, avec des frais d’inscription de 9.000 dinars/an.

« Cette Université est dépourvue de cadre juridique réglementant son fonctionnement et bafoue ainsi tous les textes régissant l’enseignement supérieur en Tunisie, notamment la loi 19-2008 du 19/2/2008 relative à l’enseignement supérieur et la loi 73-2000 du 25/7/2000 relative à l’enseignement supérieur privé. Ce démarrage a suscité une vive indignation au sein de la communauté universitaire, en raison de la précipitation et du manque de transparence dans la genèse du projet, de son cadre juridique illégal, de son mode de gestion confié à une association et de l’utilisation abusive des ressources de l’Etat » a tenu à souligner l’ancien chef de cabinet.

 

Adel Ben Amor et Karim Ben Kahla ont affirmé que l’UFTAM a ainsi démarré son activité sans avoir reçu l’agrément requis car elle ne rentre ni dans le cadre légal d’une université publique ni dans celui d’une université privée. Ils ont aussi appelé à l’arrêt, sans délai, des activités de l’université et à l’ouverture d’une enquête « indépendante et transparente », pour déterminer les responsabilités.

« Le ministère de l’Enseignement supérieur a toujours créé le cadre juridique avant de démarrer de tels projets, alors où est l’urgence ? A moins qu’elle ne soit motivée par les intérêts évidents de l’ancien ministre, nous ne voyons aucune autre explication. Nous nous interrogeons aussi sur le mutisme du ministère sur le cas de cet établissement qui est implanté à TBS, utilise les ressources de l’Etat et est co-géré par une association le tout en toute illégalité. L’UFTAM qui annonce, sur son site, délivrer des diplômes propres est en réalité dans l’incapacité de le faire car elle est en situation irrégulière » a conclu Adel Ben Amor.

 

 

Renseignement pris, l’UFTAM est en pleine campagne d’inscription pour l’année universitaire 2020-2021 avec des frais annuels de 9.000 dinars/an pour tous ses masters. Les diplômes qui couronnent ces masters sont délivrés dans le cadre d’une co-dimplomation impliquant des établissements publics tunisiens habilités et leurs homologues français. A l’inverse, les frais d’inscription dans les masters habituels tunisiens sont de l’ordre de 220 dinars sachant que si la formation requiert des frais supérieurs, une autorisation préalable doit être délivrée par l’autorité de tutelle. Ces dispositions n’ont pas été respectées dans le cas de l’UFTAM, ce qui laisse planer un doute sur sa capacité à délivrer ses propres diplômes, d’autant plus qu’elle est introuvable sur les répertoires des établissements privés et publics sur le site du ministère.

 

  

Myriam Ben Zineb

 

 

07/10/2020 | 19:59
5 min
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Commentaires
R.T.
Ou sont les sanctions ?
a posté le 08-10-2020 à 14:24
Qu'est ce qui empêche de sanctionner cette université si elle est dans une situation irrégulière puis accueille des étudiants sans existence légale ? Ou sont les pouvoirs tunisiens? Espérons que c'est de l'infos et non pas de l'intox.
Albatros
trop, trop de diplomés
a posté le 08-10-2020 à 13:42
le proverbe dit: on a acheté les tapis, avant de construire la mosquée ...
industrialisez le pays, puis formez les diplomés.
DHEJ
Sans existence légale
a posté le 08-10-2020 à 11:44
Donc illégale @


Alors où est le ministère public, il y a un bateau de Chef d'inculpation à coller à cet organisme.