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Remettre la Stam à flot pour sauver le port de Radés

Temps de lecture : 9 min
Remettre la Stam à flot pour sauver le port de Radés

 

La Stam est un opérateur de premier ordre dans les échanges commerciaux de la Tunisie. La mise à niveau de cette société est un point focal de la stratégie de modernisation des ports tunisiens et en particulier celui de Radés, qui engrange la plus grande partie des échanges du pays. C’est dans ce cadre qu’elle a entamé un plan de restructuration qui englobe aussi le port de Radés.

 

98% des besoins du commerce extérieur tunisien passent par la mer et en grande partie par le port de Radés. Moderniser ce port était essentiel, en particulier pour la Société tunisienne d'acconage et de manutention (Stam), entrepreneur de manutention, concessionnaire et gestionnaire du terminal à conteneurs au port de Radés qui assure la totalité de l’activité d’acconage et de manutention au port de la Goulette. La société assure, également, la manipulation de 69 % du tonnage global de marchandises transitant par les ports de commerce maritimes en Tunisie.

 

Il faut dire que depuis 2012, le port de Radés a connu plusieurs défaillances et la société a été pointée, comme étant en partie responsable. Lenteur et mauvaise gestion sont souvent ce qu’on lui reproche.

La Stam, elle-même, admet que «le port de Radés s’est retrouvé lésé par une conjoncture caractérisée par une diminution des rendements de manutention, une congestion vu l’augmentation des délais de séjour de la marchandise dans les ports et aussi une moyenne d’attente élevée des navires en rade par rapport à la normale.» Et que «les armateurs étaient obligés de chercher les solutions dans les autres ports de la Tunisie, et différentes lignes maritimes conteneurisées sont aujourd’hui opérées dans les ports de Bizerte, Sousse et Sfax, aussi bien par la Stam que par les opérateurs privés. Cette situation a engendré une baisse continue du trafic du port de Radés pour atteindre 281.000 EVP en 2018 contre 420.000 EVP en 2010».

Un an et demi auparavant, les opérateurs économiques recensaient plusieurs défaillances. Ainsi, certains expliquaient que la Stam traitait 11 conteneurs par heure en 2011, contre la moitié à cette époque-là (5 à 6 conteneurs par heure), alors que certains pays font 40 conteneurs par heure. Comme exemple, les ports d’Abidjan (Côte d’Ivoire) et de Cotonou (Bénin) qui font de 35 à 40 conteneurs/h. Or, le coût de la logistique est de 30% en Tunisie contre 10% dans le monde. En plus de cela, l’inefficacité au port de Radés a un coût très élevé pour l’économie. En 2016, on évaluait la perte à près de 1 milliard de dinars à cause des longs temps d’attente des navires qui accostent dans nos ports, et ceci sans tenir en compte les pertes indirectes causées par la baisse des exportations et des investissements.

 

Les opérateurs économiques louent des navires pour le transport de leurs marchandises pour une période déterminée, tout jour supplémentaire a un surcoût : les surestaries qui sont des indemnités que l'affréteur doit payer au propriétaire du navire quand le temps de chargement et/ou déchargement dépasse le temps de planche prévu dans le contrat de voyage. A cette époque, les navires restaient en moyenne en rade de 20 à 30 jours sur nos côtes et lorsqu’ils entrent au port, il leur fallait de 7 à 10 jours pour décharger les conteneurs. 10 jours en moyenne étaient nécessaires pour faire sortir les conteneurs du port. Ainsi, il fallait compter de 40 à 60 jours en moyenne entre l’arrivée de la marchandise en Tunisie et sa sortie effective du port, ce qui est énorme.

Depuis les délais d’attente des navires avant d’entrer au port ont été écourtés, mais beaucoup reste à faire pour perfectionner le fonctionnent du port.

 

 

La journée d’information organisée hier, lundi 11 novembre 2019 à bord du navire Tanit au port de La Goulette et qui concerne le lancement du nouveau système d’exploitation portuaire TOS au port de Radés, s’inscrit justement dans le cadre de la modernisation de la société.

Compte tenu de l’importance du projet, étaient notamment présents le ministre du Commerce Omar Béhi, le secrétaire général du ministère du Transport Sassi Hammami, le représentant de la Banque mondiale Tony Verheijen, le PDG de la Stam Farhat Zouaghi ainsi que plusieurs invités de prestige.

Le projet de rénovation est important et entre dans le cadre de l’amélioration de la logistique pour le développement du commerce, a expliqué M. Béhi. Il permettra au port de Radés de s’élever au niveau des ports internationaux, avec une amélioration qualitative et quantitative des services fournis, permettant de soutenir les efforts à l’export et d’écourter les délais de traitement, notamment de dédouanement pour passer de 5 jours actuellement à 2 jours et demi fin 2020.

 

Le projet est arrivé à la phase finale de mise en exploitation réelle du système et permettra de changer tous les modes opératoires au sein du port de Radés, a précisé Selima Hachich, coordinatrice du programme PDEIII. Il fait partie du 3ème programme de développement des exploitations.

PDEIII complète ce qui a été fait par les deux précédents. Il est financé par un prêt de 36,3 millions d’euros auprès de la Banque mondiale. Il a démarré depuis septembre 2015 et qui va se poursuivre officiellement jusqu’en décembre 2020.

 

La réforme a ainsi démarré par un diagnostic détaillé de l’état actuel du port de Radés qui a permis de relever certaines insuffisances en termes d’infrastructures, de plan de circulation et de nature d’activité. Un plan d’action a été mis en œuvre par des mesures correctives à court et à moyen terme.

Face à la géométrie du port, l’éloignement des aires de stockage des quais, l’existence des magasins et hangars près des quais, le croisement entre le trafic conteneurisé et le trafic roulier, l’existence d’une importante activité de lignes régulières, la Stam a pris la décision, en collaboration avec l’autorité portuaire, de consacrer les quais 1, 6 et 7 aux navires porte-conteneurs et les autres quais pour les navires rouliers.

Il a été décidé de démolir le magasin N°2 dans le but de gagner d’importants espaces de stockage limitrophes au quai N°6. Actuellement, on est en train de préparer les préalables pour transférer l’activité de visite intégrale et sommaire dans les 5 hectares et de l’isoler du reste du port afin d’interdire la circulation des personnes physiques à l’intérieur des aires de stockage.

 

La société mise sur un plan d’investissement important de l’ordre de 76 millions de dinars (MD) qui a pour but d’accroître le nombre et la qualité des équipements disponibles. Ce plan concerne six axes principaux.

Premièrement, l’acquisition de 6 RTGs pour un montant de 33 MD, un nouvel équipement en Tunisie qui va permettre le stockage en bloc de 6 rangées et qui ont la capacité de stocker à hauteur de 5 niveaux, ce qui va augmenter la capacité de stockage du port pour atteindre 16.000 EVP.

Deuxièmement, la concentration de l’activité des conteneurs sur les quais 1, 6 et 7, ce qui entraine pratiquement la division du port en deux terminaux : un terminal à conteneurs et un terminal roulier.

Troisièmement, le réaménagement des terre-pleins et des aires de stockage limitrophes aux quais 1, 6 et 7 objets de l’exploitation des RTG pour un montant de 11,5 MD.

Quatrièmement, l’acquisition de la technologie du Smart Gate qui va permettre l’organisation et la planification des flux de marchandises aux portes d’entrée et de sortie du terminal, Data center du TOS et des actions de formations ont été financés par la Banque mondiale dans le cadre du programme de promotion des exportations PDEIII environ (7 MD).

Cinquièmement, l’acquisition de 2 Reachs Steackers, 2 empty Handler, 20 roro trucks et 14 remorques portuaires pour un montant de 14 MD.

Et enfin, l’implantation d’un système TOS (Terminal Operating System) pour un montant de 10,5 MD. Cette implémentation nécessitera la fermeture du port de Radés pour quelques jours à partir du 28 décembre 2019 le temps de basculer sur le nouveau système d’exploitation. Farhat Zouaghi affirme que le système sera opérationnel à partir du 2 et que le paiement en ligne ne va pas tarder.

 

La mise en exploitation de ce système de gestion de terminaux portuaires (TOS) au port de Radés sera accompagnée d’un système de géolocalisation DGPS et PDS assorti de l’automatisation des accès au port "Auto Gate". Il sera aussi muni d’un OCR, un système de reconnaissance des plaques d'immatriculation des conteneurs et des camions.

La gestion informatisée touchera notamment les opérations navires (chargement-déchargement), les aires de stockage, les zones de livraison de conteneurs et les entrée et sortie du port, la mise en place d’un système de prise de rendez-vous pour l’enlèvement des conteneurs ainsi que le changement du mode de gestion des aires de stockage par l’emploi des RTG.

La mise en exploitation de ce système de gestion de terminaux portuaires (TOS) aura pour objectifs d’augmenter les rendements du port, de doubler la capacité de stockage des conteneurs à 16.000 conteneurs de 20 pieds, de faire le suivi instantané des conteneurs dans l’enceinte portuaire et d’optimiser les déplacements des engins en évitant les déplacements non productifs, d’augmenter le rendement des opérations d’embarquement et de débarquement, de réduire le coût de stockage (moins de maintenance, meilleure disponibilité) et de mieux gérer les flux à l’entrée et à la sortie du port.

 

La modernisation de la Stam et du port de Radés fait partie d’une stratégie globale pour la mise à niveau du système portuaire, a souligné Sassi Hammami. Le projet englobe l’aménagement des 8 et 9, la signature d’un contrat de réalisation est prévue fin de cette année, pour un coût qui avoisine les 160 MD. Au menu également, l’aménagement d’un deuxième quai multiusage avec un coût de 36 MD, d’un quai pour les grains et la modernisation de la zone logistique avoisinant le port, qui s’étale sur 47 hectares, pour un coût de 200 MD. En parallèle, des avancements sont enregistrés dans la réalisation effective du port en eau profonde d’Enfidha, à travers la création d’une entreprise publique qui se chargera la mise en œuvre du projet. Les procédures d’appel d’offres pour les études sont également bien avancées.

 

Ce projet aboutira-t-il aux objectifs fixés ? Pas si sûr, une source à la Stam a partagé avec Business News ses réserves. Pour elle, l’état de l’infrastructure portuaire, le non-respect de date de maintenance du matériel, les pannes fréquentes du matériel vu les deux facteurs précités, le tout conjugué à la désinvolture des employés dans l’usage du matériel, pourraientt impacter les résultats et ne pas atteindre les objectifs fixés pour le programme. Ceci dit, il est important de coordonner les efforts entre les professionnels ainsi que les différentes parties prenantes au port de Radés, comme l’a souligné Omar Béhi.

Les enjeux sont importants. Le projet vise la réduction des délais d’attente des camoins à l’entrée et à la sortie du port (Smart Gate) de 4h actuellement à 20 minutes en 2021 at l’amélioration de la capacité de stockage des unités de charges mobiles au port de Radés (TOS) de 330.000 EVP en 2016 à 457.000 EVP en 2021.

Mais certains n’auront pas intérêt à ce que ce projet aboutisse, car il mettra en péril leurs activités illicites. D’où l’importance de mettre sur pied ce projet salvateur pour la Tunisie et le développement de son économie.

 

Imen NOUIRA

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Commentaires (3)

Commenter

Nephentes
| 13-11-2019 16:20
C 'est du publipostage ou du foutage de gueule
'?a revient au même d'ailleurs en la circonstance

Il est impossible de réformer le système tant qu'on a pas réformer les mentalités

Pour que le projet fonctionne il faut importer des douaniers finlandais et du personnel f'acconnage et de manutention suisse

SVP ne pas les acheminer par voie maritime

DHEJ
| 13-11-2019 09:31
De la vaseline!

Rigolo
| 13-11-2019 07:09
Pour vu que ceci soit vrai et au plutôt ? Les résultats seront surement bons ainsi que ses retombés sur l'économie tunisienne ; si ces infos sont sérieuses ?

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