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Qu’est-ce qui se trame au conseil de la Choura ?

Temps de lecture : 4 min
Qu’est-ce qui se trame au conseil de la Choura ?

 

« Il faut ouvrir le conseil de la Choura aux journalistes » a déclaré aujourd’hui l’enfant prodigue d’Ennahdha Lotfi Zitoun. Une façon d’appeler l’opinion publique à venir découvrir ce qui se trame entre les murs (obscurs ?) du parti islamiste et découvrir sa cuisine interne.

Ce nahdhaoui, qui en apparence n’a rien d’un islamiste, multiplie depuis un moment les coups de gueule contre son parti. Las de ne plus être entendu, Lotfi Zitoun trouve refuge dans les médias pour crier sa colère. Il appelle Ennahdha à faire des compromis, à ne pas mélanger sentiments et politique, à ne pas tomber dans le piège de l’exclusion et critique nombre de ses décisions. Dernier coup de gueule en date, la politique « d’exclusion », comme il l’a lui-même qualifiée du parti de Rached Ghannouchi dans le partage du pouvoir.

 

Mais Lotfi Zitoun n’est pas le seul à exprimer son mécontentement de ce qui se trame entre les murs du conseil de la Choura. Abdellatif Mekki, autre figure du parti islamiste, n’est lui aussi pas très à l’aise avec ce qui se décide au sein du conseil de la Choura. A l’issue des travaux, samedi, Mekki a publié sur sa page un statut riche en sous-entendus. « Les gens ne connaissent pas toute la vérité », a-t-il écrit soulignant que « vous pouvez être tenu pour responsable ou assumer les responsabilités de stratégies ou de décisions avec lesquelles vous n’étiez pas d’accord ».

Mais qui au juste était d’accord avec les décisions prises lors de ce conseil ? Il s’agit avant tout de décider de la stratégie à adopter pour asseoir son pouvoir sur le parlement à venir. Ensuite, de la formation du nouveau gouvernement. Le parti Ennahdha semble miser tous ses pions (ses derniers pions) sur la présidence du Bardo et propose que Rached Ghannouchi occupe ce poste qui colle plus à ses aptitudes que celui de la présidence du gouvernement. Après l’écran de fumée de l’annonce de Ghannouchi à la Kasbah – que personne n’avait pris au sérieux, Ennahdha concentre ses forces sur la présidence du parlement. Et ce trophée-là est loin d’être gagné.

 

S’il se targue d’être le gagnant des législatives avec ses 52 sièges, Ennahdha est loin d’avoir une position suffisamment confortable pour s’assurer le poste de président. Un nombre de députés très loin du quorum nécessaire pour voter la présidence de l’ARP. La séance inaugurale de demain sera donc le test ultime pour le parti islamiste pour tester sa force de persuasion…et surtout la force des arguments qu’il est prêt à avancer. Par arguments comprenez bien sûr les compromis et avantages en tout genre que le parti concèdera à ceux dont l’alliance lui permettra de décrocher le fameux sésame. Y passeront, les postes de vice-président, les présidences des commissions, mais aussi la formation du gouvernement à venir. Tous les compromis sont bons pour arriver à présider le parlement.

Mais si cette présidence n’est pas garantie pour Rached Ghannouchi, elle est loin d’être difficile à obtenir. En effet, Ennahdha pourra déjà compter sur les voix de formations politiques comme Al Karama, Errahma, certains indépendants et même Tahya Tounes. Mais même si les alliés « potentiels » d’Ennahdha comme Attayar ou Achâab se font encore désirer, il est très peu probable qu’ils aillent glisser dans l’urne le nom du candidat d’en face. Celui donc de Ridha Charfeddine, candidat de Qalb Tounes, deuxième parti des législatives, loin d'être sympathique pour leurs bases et électeurs. Ils ne seront donc pas très difficiles à convaincre.

D'un autre côté, le choix que fait Ennahdha d’exclure le PDL et Qalb Tounes ne semble pas des plus confortables pour le parti. Surtout qu'il perd, au fil des élections, de son assise parlementaire. Mais aussi que cette décision ne fait pas l’unanimité auprès des compères de Rached Ghannouchi.

 

Ennahdha ne cesse de clamer depuis qu’il a remporté les élections d’octobre, qu’il est (enfin) prêt à gouverner et à s’essayer à l’exercice du pouvoir. Un exercice qui étalera au grand jour la fragilité du parti islamiste, loin d'être aussi solide qu'on veuille nous le faire croire. Et pour cela, il n'y a même pas besoin d'assister au conseil de la Choura pour constater les tensions qui y règnent.

En attendant, la séance inaugurale de demain sera le premier exercice pour le parti pour montrer qu’il est encore capable de rassembler et de gouverner. Et là, aucun droit à l’erreur !

 

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Commentaires (1)

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BORHAN
| 13-11-2019 12:35
On a beau être spécialiste et expert en droit constitutionnel, on a beau d'être sûr de ses choix mais l'expérience de la proportionnelle nous démontre une fois de plus que le citoyen est immature pour ce genre d'exercice puisque les dernieres élections législatives nous ont accouché d'une assemblée du peuple mosaïque où aucun parti politique n'est capable de former un gouvernement.
Pire encore au vue de la nouvelle configuration de cet assemblée, il sera difficile de gouverner normalement que ce soit au sein du gouvernement ou à travers l'assemblée.
Cet état des lieux nous conduira tout droit vers une crise constitutionnelle qui trouvera son épilogue dan un retour inévitable aux urnes.
A mon avis, aucun des chefs des deux pouvoirs sera capable d'imposer une légitimité très fragile aux yeux d'autres composantes.
Il faut vraiment être une sorte de " dictateur " pour espérer gérer le pouvoir au quotidien.
Et finalement , c'est le peuple qui paiera ces pots cassés.
Je suis convaincu que ce puzzle politique inconstructible sera fatal pour le pays si tous les partis, représentés à l'assemblée, ne mettent pas avant l'intérêt national au détriment de choix égoïstes et partisans.

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