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Marwa Amri, une championne, une vraie

Temps de lecture : 4 min
Marwa Amri, une championne, une vraie

Par Sofiene Ben Hamida

 

Le samedi 8 février à Alger, Marwa Amri a remporté avec éclat son 11ème titre de championne d’Afrique de lutte des moins de 62 kilos. Marwa Amri est aussi, rappelons le, vice championne du monde de lutte. C’est dire qu’elle est une championne, une vraie, dont seules les performances font parler d’elle. Pas toujours malheureusement, car l’exploit de Marwa Amri est passé sous silence tant les têtes semblent être tournées ailleurs. Dommage.

 

Le mercredi 5 février en Finlande, deux joueuses de tennis tunisiennes, jouant sous le drapeau national, ont affronté deux joueuses israéliennes. Les résultats sportifs importent peu dans ce cas, très peu. Pour anecdote seulement, la première joueuse tunisienne Chiraz Bechri a perdu sa confrontation alors que  la seconde joueuse, Ons Jabeur, nouvelle coqueluche du sport tunisien, a facilement gagné sa partie. Mais avouons qu’il n’y a rien de glorieux à battre une adversaire avec laquelle 600 places vous séparent au classement.

 

En réalité, dans cette confrontation, loin d’être sportive, l’enjeu est ailleurs, en rapport avec le soutien de la cause palestinienne, le conflit israélo-arabe et la normalisation des rapports avec l’entité sioniste. Ceux qui avancent des arguments « purement » sportifs ne font que tenter de maquiller les évidences. La première, est d’avouer que se mesurer sportivement à un Israélien, c’est accepter de jouer contre un officier de réserve de l’armée sioniste. En effet, tous les Israéliens, garçons et filles, sont automatiquement des officiers de réserve de leur armée et sont appelés, en cas de besoin, à prendre les armes contre les Palestiniens, civils pour la quasi-majorité, dont leur seul tort est de réclamer leur droits sur leur terre et leur indépendance. La seconde évidence est d’avouer que refuser de jouer contre une équipe israélienne, malgré les risques de sanctions, n’a aucune incidence palpable sur la carrière d’un sportif. Le joueur de tennis tunisien Malek Jaziri en a donné la preuve. En 2013, il avait refusé d’affronter un Israélien lors d’un stade avancé d’une compétition (le quart de finale). Sa carrière n’a pas été ruinée pourtant (en tennis, la carrière se compte essentiellement en prix gagnés équivalent dollars). En 2016, à Istanbul, il a accepté de se mesurer à un Israélien en finale. Sa carrière n’a pas décollé pour autant.

 

En fait, il ne faudrait pas que les deux seules joueuses portent, à elles seules, la responsabilité de cette bourde monumentale, même si elles assument leur part de responsabilité. Mais c’est la présidente de la fédération tunisienne de tennis, Salma Mouelhi  qui en est la première responsable et qui doit assumer les répercussions de ses décisions malheureuses. C’est beau de jouer la transparence et de publier la lettre envoyée par la FTT au ministère de la Jeunesse et du Sport le jour même de la composition des groupes. Mais transparence pour transparence, il fallait dire aussi que Mme l’ambassadeur de Tunisie en Finlande a rencontré Mme Moualhi le jour même et lui a demandé « officiellement » de ne pas jouer contre l’équipe israélienne, ce que la présidente de la FTT a refusé et a exigé que cette demande lui soit consignée par une lettre officielle. Quelques heures après, quand la première responsable de la mission diplomatique tunisienne est revenue avec des témoins, remettre la lettre exigée par Mme Mouelhi, cette dernière lui a répondu que de toute façon, elle ne lira le contenu de cette lettre qu’à la fin de la compétition.

 

En réalité, Salma Mouelhi tenait à faire jouer Ons Jabeur et Chiraz Bechri contre l’équipe israélienne et braver solennellement un boycott qui dure depuis plus de  soixante dix ans. Pour rappel, Elle venait d’être élue en septembre dernier, membre de la direction de la fédération internationale de tennis en tant que première femme tunisienne et arabe accédant à ce poste. Mais comme pour tous les postes dans les organisations internationales, pour y accéder, il faut faire partie d’un lobby fort et influent, et accepter, en retour, de faire les concessions nécessaires. On peut comprendre que Salma Mouelhi avait peur des lourdes sanctions qu’encouraient ses joueuses. Mais cela explique-t-il qu’elle pose chaleureusement, souriante et détendue avec le président de la fédération de tennis israélien, lui-même membre de la direction de la fédération internationale de tennis qui a déclaré à une radio israélienne que les joueuses tunisiennes avaient désormais peur de rentrer dans leur pays. On attend de Mme Mouelhi d’exiger de son collègue de rectifier publiquement ses déclarations incongrues.

 

Un dernier mot pour ceux qui n'ont rien vu de méchant dans la fait de jouer une partie de tennis contre des Israéliens : le boycott de l’entité sioniste, le soutien de la cause palestinienne et la défense des droits humains n’entrent pas dans le cadre des divergences des points de vues. Ce sont des questions de principe. La faiblesse actuelle de l’Etat tunisien ne doit pas altérer nos principes. Le mépris de la classe politique en place ne doit pas se muer en haine contre le pays.

Enfin, un dernier mot pour Marwa Amri : nous sommes sûrs que si tu te trouves, un jour,  face à une lutteuse israélienne, tu sauras prendre la bonne décision et nous te dirons à l’unisson, bravo championne !

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Commentaires (8)

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Mohamed 1
| 10-02-2020 15:58
Le vrai boycott est viter toute manifestation o se produisent les Israliens. Ds le dpart.
Les boycotter c'est les viter intgralement. Qu'ils nous ctoient dans le court ct ou dans le mme court face nous. C'est absolument la mme chose. Sinon en nage et en athltisme, o il n'y a pas de confrontation directe, voluer ct d'un Isralien devient autoris et ils ne pourront jamais tre boycotts alors que c'est notre principe.
La morale nous commande d'viter l'hypocrisie, l'ingratitude, le cynisme, l'gosme et l'injustice. Comme l'allgeance notre patrie nous commande de soutenir notre drapeau.

tounsia2
| 10-02-2020 13:38
Nous vivons une poque o il est difficile d'expliquer quelqu'un ou de lui faire comprendre ce que veut dire une position de principe, et qui consiste tout simplement respecter avant tout le droit et la morale et de les dfendre mme si cela n'est pas dans votre intrt et peut vous attirer des ennuis. Selon Mr Ahmed Ouinaes, un diplomate de carrire et un homme dont personne ne doute du patriotisme il ne faut pas jouer dans des comptitions contre des joueurs israliens puisqu'il est inadmissible de rivaliser avec un adversaire qui ne reconnat pas son concurrent, en allusion au match de Tennis opposant Ons Jabeur la joueuse isralienne. . lorsque l'galit entre les peuples sera rellement instaure et que le peuple palestinien obtiendra la mme reconnaissance mondiale qu'Isral, c'est l que nous rencontrerons les joueurs israliens dans des comptitions sportives (lien en PS) .
Personnellement je prfre prendre comme rfrence et exemple suivre Mr Ounaies plutt qu'un Youssef Chahed qui vient d'tre sanctionn par les Tunisiens aux dernires lections faute de crdibilit et de comptence.
PS
https://www.businessnews.com.tn/hayel-al-fahoum-revient-sur-la-polemique-dons-jabeur-et-la-joueuse-israelienne,520,95104,3

tounsia2
| 10-02-2020 13:35
Nous vivons une poque o il est difficile d'expliquer quelqu'un ou de lui faire comprendre ce que veut dire une position de principe, et qui consiste tout simplement respecter avant tout le droit et la morale et de les dfendre mme si cela n'est pas dans votre intrt et peut vous attirer des ennuis. Selon Mr Ahmed Ouinaes, un diplomate de carrire et un homme dont personne ne doute du patriotisme il ne faut pas jouer dans des comptitions contre des joueurs israliens puisqu'il est inadmissible de rivaliser avec un adversaire qui ne reconnat pas son concurrent, en allusion au match de Tennis opposant Ons Jabeur la joueuse isralienne. . lorsque l'galit entre les peuples sera rellement instaure et que le peuple palestinien obtiendra la mme reconnaissance mondiale qu'Isral, c'est l que nous rencontrerons les joueurs israliens dans des comptitions sportives (lien en PS)
Personnellement je prfre prendre comme rfrence et exemple suivre Mr Ounaies plutt qu'un Youssef Chahed qui vient d'tre sanctionn par les Tunisiens aux dernires lections faute de crdibilit et de comptence.

PS
https://www.businessnews.com.tn/hayel-al-fahoum-revient-sur-la-polemique-dons-jabeur-et-la-joueuse-israelienne,520,95104,3

Mohamed 1
| 10-02-2020 09:28
"""Concernant la polmique dclenche par la tenniswoman Ons Jabeur ayant gagn un match de tennis contre une Isralienne, YOUSSEF CHAHED a assur que l'athlte tait une fiert pour avoir remport ce match, prcisant que la Tunisie ne devrait pas prendre part de telles manifestations sportives depuis le dpart si on ne souhaitait pas affronter une joueuse isralienne. Et d'ajouter qu'il s'opposait prendre des dcisions htives l'gard de la Fdration tunisienne de tennis afin de ne pas mettre en pril la carrire d'une joueuse talentueuse comme Ons Jabeur""". Fin de citation.

Voil quoi ressemble la position de tout Tunisien faisant allgeance son pays. Celle qui prserve les intrts de la patrie abstraction faite du nom du sportif. Dans cette position claire, le patriotisme saute aux yeux.

Alya
| 09-02-2020 21:14
Dsole mes compatriotes mais qu est que je suis d accord avec CITOYEN je pense que ce conflit n aura jamais de SOLUTION

lecteur
| 09-02-2020 19:22
L'argument consistant a dire que nous sommes sensibles a la cause palestinienne non parce que les Palestiniens sont arabes et musulmans, mais c'est parce qu'ils sont frres en humanit, ne tient pas la route. La prevue c'est que nous n'avons jamais affich notre soutien et compassion envers d'autres grandes injustices et souffrances dans le monde, comme le gnocide rwandais, la question des coptes persecuts en Egypte, le massacre des Kurdes sous Sadam, la repression des chiites dans le Golfe, et j en pass...Parce que ceux-la sont ni arabe ni musulmans sunnites. Ils ne sont pas des notres donc on se moque de ce qui leur arrive. Donc arretons de se mentir en disant que le sort des Palestiniens nous inquiete car cest des humains. Notre compassion a un seul mobile cest le sectarisme et la religiosit viscerale qui est ancre en nous

Citoyen
| 09-02-2020 18:44
Mr Sofiene je n'ai pas lu la totalit de votre article, mais sachez que, contrairement la majorit des tunisiens, je connais parfaitement l'histoire de la cause palestinienne depuis son origine pour vous faire part de ce qui suit :
1/ avant mme la cration de l'tat isralien, les palestiniens arabes s'empressaient de vendre leurs terres aux migrants juifs.
2/ les pays arabes et principalement la Jordanie ont fait le plus de mal aux palestiniens ( septembre noir)
3/ alors que la Tunisie incrimine tout rapport avec Isral, bon nombre de pays arabes, plus influents que la Tunisie, entretiennent des relations normales avec Isral tel que l'?gypte et la Jordanie. Cette dernire pratique l'espionnage en faveur d'Isral ( notamment du temps du roi hussein)
4/ sur le plan diplomatique, un charg d'affaires tait affect Tunis ( Hilton), et des relations commerciales camoufle sont assures
5/ quant aux dirigeants palestiniens, ils utilisent la cause palestinienne dans leurs intrts personnels et pour se remplir les poches. Savez-vous que Yassar Arafat avait partout des comptes dont le solde crediteur se chifrrait en millions, provenant des dons annuels accords l'entite palestinienne, sous le prte nom d'un proche lui, qui, son dcs, a mis la main sur toute la fortune.
Bien sr tout ce monde se fout de la cause palestinienne.
Ah!!!! pardon, il n'y a que les tunisiens qui se soucient de nos frres palestiniens au risque de payer trs cher notre politique irresponsable. A croire que les gyptiens, les jordaniens (majoritairement ex palestiniens) les pays du golfe sont plus senss que nous.

MH
| 09-02-2020 17:57
Depuis plus de 60 ans on pratique le boycott sportif. C'est une stratgie qui ne mne rien. La dernire phrase m'a interpell. "Bravo championne" si vous prenez la bonne dcision, sinon .... Voil comment raisonne notre cher auteur.

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