alexametrics
Chroniques

Liban - Tunisie : le prix de l’incompétence

Temps de lecture : 3 min
Liban - Tunisie : le prix de l’incompétence

 

Voir Beyrouth défigurée par deux déflagrations d’une ampleur inédite a suscité en chacun de nous une émotion certaine. Il existe une proximité historique et civilisationnelle entre la Tunisie et le Liban qui explique cet émoi, au-delà de l’horreur que doit ressentir tout esprit humaniste.

Cette catastrophe est venue interrompre, ou du moins ajourner, un débat stérile et inutile à propos des sous-vêtements d’une politicienne évoqués dans une blague de mauvais goût. Il faudrait comprendre, une bonne fois pour toutes, que chaque liberté est accompagnée par une responsabilité. Et tant que cette responsabilité est respectée, il ne peut exister de lignes rouges ou de limites, quoi qu’en disent les groupies de Abir Moussi, si prompts à gueuler pour tout et surtout pour rien. Aucune personne n’est sacrée, ni Abir Moussi, ni Rached Gahnnouchi. Cela n’empêche qu’il était amusant de voir des gens dénoncer l’insulte en insultant, et défendre la femme tunisienne en s’attaquant à la mère de Lotfi Abdelli. Le débat sur la liberté d’expression est bien trop sérieux pour être traité à un niveau aussi bas.

 

Le niveau d’irresponsabilité et de négligence nécessaire pour conduire à la double explosion du port de Beyrouth était impressionnant. Plusieurs milliers de tonnes de produits dangereux entreposés depuis des années au beau milieu d’un port qui, lui-même, est en pleine ville. La thèse du simple accident était tellement difficile à croire que plusieurs observateurs et analystes, mal intentionnés pour certains d’entre eux, y ont vu la main du Mossad ou celle du Hezbollah. Pourtant, et aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, c’est bien la déliquescence de l’Etat et des institutions qui est responsable de cet accident. Le relâchement et la négligence systématique font de l’improbable une réalité, et par conséquent, tuent des dizaines d’innocents.

La déliquescence et la négligence, on en connait un rayon en Tunisie. Notre pays n’a pas encore connu de catastrophe d’ampleur comparable à celle arrivée hier au Liban, mais disons que les mêmes causes mènent aux mêmes conséquences. Le Liban traverse depuis des années une grave crise politique et ensuite économique qui a paralysé le pays et qui a plongé des millions de personnes dans une pauvreté profonde. Le pays s’est déclaré en faillite auprès des organismes internationaux et une inflation galopante ne facilite pas les choses. Le parallèle est vite établi avec la Tunisie, même si nous n’avons pas encore le cran nécessaire pour se déclarer officiellement en faillite. L’une des grandes conséquences communes de cette situation est la déliquescence de l’Etat. Ceci prend un peu plus de temps en Tunisie car on a la grande tradition de l’administration, mais nous en prenons le chemin d’un pas sûr et décidé. Nous mettons un soin particulier à détruire cette administration en diabolisant ses membres, en les accusant de tous les maux, en les traitant de vendus, de traitres et de suppôts de je ne sais quel régime. Dans une cohérence purement tunisienne, on se félicite de la nomination d’un commis de l’Etat à la présidence du gouvernement. Allez comprendre.

Le soin mis au démantèlement et à la destruction de l’administration a même pris une forme législative avec la loi scélérate récemment votée concernant les recrutements exceptionnels au sein de la fonction publique. L’élu Nabil Hajji aura eu beau batailler contre chaque disposition en démontrant que c’est ridicule et inapplicable, il n’a pas pu combattre la vague de populisme à deux balles qui avait submergé, ce jour-là, une Assemblée incompétente. Une Assemblée qui reconnait le chômage de plus de dix ans comme une compétence qu’il faut récompenser par un emploi, que le contribuable se fera un plaisir de payer. Le recrutement systématique de bras cassés est élevé au rang de loi et on crée par la même occasion une nouvelle catégorie de rentiers de la fonction publique. Ce qui se faisait auparavant en catimini, en faisant jouer le piston et avec une certaine honte, devient aujourd’hui un droit bruyamment proclamé.

 

Nous posons aujourd’hui, à force de populisme, d’inconscience et de bêtise, les bases d’un Etat incompétent et d’une administration minée. Nous amorçons aujourd’hui les bombes qui feront plus tard exploser ce qui fait aujourd’hui notre fierté : le système de santé, la couverture sociale, l’éducation et bien d’autres domaines vont en payer le prix. Et en tant que collectivité, nous paierons le prix de l’incompétence et de la déliquescence de l’Etat. Au Liban, c’est un port qui a explosé, on ne sait pas ce qu’il adviendra en Tunisie.

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires (18)

Commenter

Malahi
| 10-08-2020 09:19
Oui votre article veut mettre tout le monde dans le même sac; pourquoi vous ne voulez pas donner votre opinion? c'est pour garder un soit-disant esprit libre ou pour préserver vos intérêts immédiats! Abir MOUSSI est tout d'abord une militante politique et si vous voulez critiquer ses actions vous avez le droit; mais soutenir un ignorant et un médiocre qui n'a rien trouvé comme arguments que de parler vulgairement de cette militante et patriote, dommage que des personnes comme vous de mettre au même niveau la vulgarité d'un soit disant artiste avec le projet d'une femme compétente et patriote!...

Pit
| 10-08-2020 08:53
Le 2e chapitre de votre article, n'a rien à voir avec le reste et avec le titre. Il ne fait que confirmer votre inimité chronique envers une dame qui, somme toute, est la seule a avoir une ligne de conduite stricte et qui semble incorruptible ! à bon entendeur.

DHEJ
| 09-08-2020 19:01
Mais la Tunisie a eu son EXPLOSION à cause de l'incompétence et injustice de ses gouvernants... elle s'appelle R'?VOLUTION !

Une explosion applaudit par le monde entier !

Adil
| 09-08-2020 15:37
Votre analyse est correcte mais vous gâchez tout comme beaucoup d'intellectuels tunisiens ivres d'une liberté d'expression qu'ils n'avaient pas connue.Ceux que vous traitez "de groupies de Abir Moussi si prompts a gueuler pour tout et surtout pour rien " comme vous écrivez,souhaiteraient que Abdelli remplace le nom de Moussi par celui de votre femme,de votre maman ou de votre s'?ur pour que vous en mesuriez vraiment la douleur et la portée en termes de liberté d'expression.Oui chaque liberté est accompagnée d'une responsabilité mais lorsque la responsabilité n'est ni comprise ni assumée,alors il ne s'agit que d'agression,et en l'occurrence de la pire espèce et la justice doit sévir de la plus sévère façon.Abir Moussi n'est pas votre tasse de thé, pas plus que la mienne par ailleurs, mais si vous avez bien compris la différence entre l'humour et l'insulte publique ignoble ,sur des plateaux TV ou devant un autre public, qui plus est d'une femme publique élue par des milliers de Tunisiens,vous ne devez d'aucune façon atténuer la gravité extrême des mots et des gestes d'un prétendu humoriste qui est aussi loin de l'humour qu'un singe l'est de la philosophie. Encore que le singe ne prétend pas à la philosophie ! Il faut espérer que journalistes et intellectuels finiront par comprendre,avant qu'il ne soit trop tard et qu'il ne reste que les yeux pour pleurer, que si le pays se ruine et son Etat se délite de jour en jour ,c'est exactement à cause de ce genre de confusion extrême dans les notions et les concepts,de laisser aller,d'abandon des principes et de non respect des responsabilités et des lois.Tout est lié, absolument tout.

Houcine
| 05-08-2020 21:52
On le sait, vous ne portez pas en votre c'?ur Abir Moussi. Ni ses groupies.
Mais, en vous laissant conduire jusqu'à écrire "Nous posons.... minée."
Ce Nous globalisant, je ne m'y reconnais pas. Et, je trouve faux et même attentatoire à l'honneur de certains qui ont fait, et continuent à faire marcher les administrations et servent l'Etat au sens de garant de l'intérêt général. Ceux-là sont étrangers aux fossoyeurs de l'Etat.
Du reste, vous les connaissez, mais vous vous gardez de les nommer.
Ceux qui ont infiltré ministères, justice et autres et les ont rendus inaptes à remplir leur mission.
C'est Ennahdha et ses suppôts et milices. Pas des groupies pacifiques et seulement portées par leur adoration de l'idole.
Non ! Des soldats, capables de faire le coup de main. On en a des exemples encore présents en nos mémoires puisque fort récents.
Bref, je conçois votre acrimonie. Mais, l'omission ou la reconstruction des faits sont ennemis du dialogue démocratique.
Moi, j'y tiens. Et, je tente de me tenir à l'écart des admonestations, des injures. Sauf, en cas de légitime défense, j'y consens pour me tenir au niveau de l'autre. Car, toujours, pour se faire comprendre vaut mieux parler le même idiome.
Abir Moussi n'est pas mon idole. Je n'ai nulle accointances avec ses penchants, mais j'admire en elle le courage et la détermination dont manquent beaucoup. Et, en sa qualité de femme, je la respecte et m'en sens solidaire lorsque des vilains comme Makhlouf et ses suivants l'insultent.
Ceux-là, monsieur, nous salissent. Vous, moi, le pays tout entier. Ils sont grossiers et vulgaires, bafouent toutes les règles de bienséance et s'affichent comme députés.
J' abhorred cette assemblée qui accepte en don sein, cet archétype du fasciste, ordurier et mysogine...
Je vous salue, démocratiquement, monsieur.

Norey Ben Mahmoud
| 05-08-2020 19:48
Excellente analyse . Dieu garde la Tunisie !

DHEJ
| 05-08-2020 19:01
Les deux critères de la compétence :

26.L'une d'elles dit : "'? mon père, recrute-le moyennant salaire, car le meilleur à recruter

c'est celui qui est fort et digne de confiance".

La FORCE et la CONFIANCE !

Oe en Tunisie...

DHEJ
| 05-08-2020 18:30
Alors en Tunisie ça a été toujours comme ça

Mtaana ou mouch mtaana c'est la formule...

mocheb
| 05-08-2020 18:06
Un post d'une amie libanaise que je voulais partager avec vous.

Lisez-le et partagez-le :

"Imagine.

Imaginez que vous avez grandi dans un pays dévasté par une guerre civile qui s'est terminée après 15 ans sans vainqueurs ni perdants mais qui a laissé un pays détruit avec des centaines de milliers de morts.

Imaginez que vous êtes allé dans certaines des écoles et universités les plus chères du monde et que vos parents ont dû lutter pour payer votre chemin à travers une éducation à moitié décente ou vous avez dû emprunter aux banques pour que cela arrive.

Imaginez que l'éducation vous donne un emploi qui paie environ 12,000 USD par an lorsque vous dépensez environ 60,000 USD pour votre éducation. Imaginez combien de temps il vous faudra pour rembourser.

Imaginez que vous vivez depuis 40 ans sans électricité ni eau courante.

Imaginez que votre gouvernement n'a pas pu ramasser vos sacs poubelles et que cette poubelle a fini par être entassée dans la rue ou jetée dans la mer sur vos rives méditerranéennes autrefois magnifiques. Imaginez la puanteur, imaginez la pollution de la mer et de l'air.

Imaginez que vous avez payé 10 % TVA et impôt sur le revenu et que vous n'avez ABSOLUMENT RIEN en retour. Pas de couverture médicale gratuite, pas d'éducation gratuite, pas de protection sociale, pas d'infrastructure, RIEN.

Imaginez qu'à travers tout ça, vous avez pu économiser quelques dollars et les mettre à la banque pour un jour de pluie ou pour sécuriser votre famille ou votre retraite.

Imaginez maintenant qu'un jour vous vous réveillez, et la banque vous dit : désolé, nous avons donné votre argent et vous n'y avez plus accès. En fait, ce n'est plus physiquement avec nous. Désolé, pas de chance, vos économies de vie sont finies.

Alors imaginez que d'un jour à l'autre, vous êtes dans la quarantaine avec une famille et vous n'avez plus un sou à votre nom.

Dans le même temps, imaginez que chaque membre de votre gouvernement et des employés de votre ministère sont tous corrompus et qu'ils se sont tous mis d'accord sur la façon de diviser les profits de la corruption. C ' est vrai : le parti au pouvoir et tous les partis d'opposition sont d'accord sur qui vole quoi des fonds publics et se couvre mutuellement.

Imaginez maintenant que, en plus de tout cela, le parti leader dans votre pays veut combattre au nom d'une autre puissance régionale et va en guerre dans les pays environnants au nom de ce pouvoir et est sur le point d'y entraîner votre pays lorsque vous n'ont absolument rien à voir avec ce conflit.

Imaginez qu'à partir d'une vie relativement stable, vous ne pouvez plus nourrir votre famille, et encore moins vous permettre une maison, une voiture ou une éducation. Le voyage est bien sûr hors de question.

Et maintenant, enfin, imaginez que l'?'?' explosion aléatoire '?'?' d'aujourd'hui à Beyrouth (la cause est encore à déterminer) a détruit la moitié de la maison que vous partageiez ou héritée de vos parents et nécessite maintenant des milliers de dollars de réparation. Des dollars que vous n'avez pas.

Pouvez-vous imaginer dans quel état d'esprit vous seriez à 10 h ce soir ?

Eh bien, laissez-moi vous dire que pas un seul Liban vivant au Liban n'a besoin d'IMAGINER tout cela. Parce qu'ils ont vécu et vivent tout ça. Une CUITERIE absolue.

Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent, et nous serons toujours une nation fière, amusante et hospitable. Mais si vous avez des amis libanais vivant au Liban, ce serait le bon moment pour contacter et offrir un peu de soutien car ils ne le demanderont jamais par fierté. Les Libanais ont apporté tant de plaisir et de joie à leurs amis étrangers et au monde, maintenant ils ont besoin de vous pour les aider à retrouver leurs sourires, humour et bons esprits de renommée mondiale. '?'?' Je ne sais pas quoi faire

#GodblessLebanon #Lebanonwillriseagain

Lectrice
| 05-08-2020 17:49
Bien sur que nous prenons la meme voie que le Liban: corruption, incompetence, gaspillage des ressources, impunite et j'en passe. L'etat est en train de disparaitre en Tunisie, certains politiques tels que Abir Moussi le crie haut et fort- puisque vous avez choisi de parler d'elle dans cet article. D'autres, tels que Ghannouchi oeuvrent tous les joirs a cette destruction. Comme il l'a dit lui-meme, nous devrions etre heureux d'avoir de l'eau et de l'electricite.

A lire aussi

quels sont les objectifs réels de ces manœuvres

27/09/2020 17:00
3

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. Les Hommes de pouvoirs restent, eux, immuablement

26/09/2020 13:03
24

Que fait le symbole de l’unité de la République, le garant de sa continuité et du respect de sa

25/09/2020 17:30
25

si ce n’est une insoutenable

24/09/2020 20:00
6