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Chroniques

La tête haute !

Temps de lecture : 3 min
La tête haute !

 

C’était la fin d’une belle aventure. Autant pour Ons Jabeur, qui a quitté l’Open d’Australie aujourd’hui la tête haute, que pour Lina Ben Mhenni, qui quitte ce monde sans regrets, la tête toujours aussi haute.

Ons Jabeur a fait vibrer tout un peuple. Alors que le tennis est loin d’être un sport populaire et qu’il n’est diffusé sur aucune chaîne nationale, de très nombreux Tunisiens ont suivi de près les matchs de leur concitoyenne. La victoire était si proche, si réelle, que les Tunisiens y ont cru. La déception n’aura, cependant, pas effacé la fierté de voir Ons aller aussi loin et porter le drapeau national aussi haut. Les Tunisiens avaient vraiment besoin d’une bonne nouvelle par les temps qui courent…

 

Aujourd’hui, Lina a eu droit à des funérailles pas comme les autres. Un enterrement où son cercueil a été porté par des femmes, où des citoyennes poussaient des youyous et des citoyens scandaient à l’unisson : « le combat continue, nous n’oublierons pas ! ». Des funérailles qui lui ressemblent.

Lina ne faisait jamais rien comme les autres. Elle s’offusquait peu de ce que les gens pouvaient penser, des critiques qu’elle essuyait, des insultes et des remontrances dont elle avait tristement l’habitude.

Celle qui avait dédié sa vie en rêvant d’un pays plus juste, où il fait bon vivre, où les Tunisiens ont plus de droits et sont moins opprimés est partie comme elle a vécu. Acclamée par la foule mais aussi incomprise.

 

Le combat de Lina, malgré son jeune âge, malgré le manque de moyens, et malgré une maladie qui l’a terrassée et a eu raison d’elle, inspire et inspirera les générations futures. Il demeure cependant incompris et dénigré de la part de ceux-là même pour lesquels elle s’est battue. Ceux-là même qu’elle a essayé de comprendre et ceux-là même qu’elle a voulu intégrer à son combat, sans succès.

Les critiques qui l’accompagneront jusqu’à sa mort prouvent que la Tunisie est faite de deux mondes. Ceux qui n’aspirent qu’à la vie comme ils l’entendent et ceux qui aspirent à ce que tout le monde vive comme eux l’entendent.

Cette femme qui a donné sans distinction aux Tunisiens, peu importe leurs origines, leurs sensibilités politiques et leurs croyances, se trouve aujourd’hui dénigrée par ceux-là même pour lesquels elle s’est si ardument battue.

Alors que des combats sont menés pour l’émancipation de la femme, la liberté du culte, des orientations sexuelles, de la pensée, de l’expression, de la culture, contre le musèlement politique et policier, la répression et l’injustice, certains s’indignent pour tout autre chose. Les combats menés par cette farouche défenseuse des droits humains ne valent rien lorsqu’elle est légèrement vêtue, lorsqu’elle ne se dit pas ouvertement religieuse, lorsque des femmes - comble de l’outrage - s’aventurent à assister à des funérailles en portant elles-mêmes son cercueil.

 

Dans quelques jours, on ne parlera sans doute plus autant de Lina. Son âme reposera en paix et le temps se chargera d’apaiser la douleur de sa perte.

Mais le souvenir de son combat, de son courage et de son abnégation sans failles resteront marqués à jamais en nous et inspireront des générations futures. Des jeunes filles tunisiennes continueront le combat et porteront le flambeau de Lina, mais aussi de toutes ces militantes tunisiennes dont on entend - ou non – parler. Pour que la Tunisienne, peu importe qui elle est, et pour quoi elle se bat, garde toujours la Tête haute…

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Commentaires (2)

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BA
| 31-01-2020 11:22
C'est un bel hommage qui montre qu'en Tunisie la flamme du flambeau fièrement porté par les femmes n'est pas prête à s'éteindre. Elles sont admirables !

BORHAN
| 29-01-2020 09:33
Certes deux femmes connues mais par deux trajectoires différentes.
Jaber, une sportive qui n'a rien gagné alors qu'elle est sur le circuit de tennis depuis des années.
Certes, il faut l'encourager mais dela à lui attribuer le statut d'héroïne c'est un pas difficile à franchir.
Lina, est un personnage d'un autre calibre, femme-courage, une militante d'une noble cause, celle du respect des droits humains.
En dépit de sa maladie, elle a su se battre sur les deux fronts avec courage, abnégation et conviction.
La cérémonie de ses funérailles d'hier est un acte de reconnaissance et de respect pour cette icône parmi d'autres qui, même en nous quittant nous a laissé un fabuleux héritage plein de de témoignages et de promesses surtout pour une jeunesse qui aspire à un lendemain meilleur.

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