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Tribunes
La réforme économique entre nécessité et obstacles
29/11/2021 | 21:01
4 min
La réforme économique entre nécessité et obstacles



Par Ghazi Boulila*

* Professeur d'économie à l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales de Tunis (ESSEC)



 

L’expérience des pays montre que l’implémentation des réformes se heurte souvent à de grands obstacles. Gouvernement après gouvernement, programmes après programmes, plans après plans, l’économie tunisienne n’arrive pas à se réformer malgré le soutien de la majorité des citoyens. Des résistances de la part des agents perdants peuvent aller jusqu’ à la mise en échec et même le blocage des réformes.

 

Pourquoi mener des réformes ?

En Tunisie, l’Etat a toujours été omniprésent dans l’activité économique et sociale par des interventions et des réglementations souvent excessives. Cette stratégie de développement centralisé a certes contribué à l’essor de quelques secteurs dans les années 60, 70 et 80, mais a créé des rentes et des privilèges à une classe d’entrepreneurs, de professionnels et l’administration. Cependant, les déséquilibres macroéconomiques, la concurrence à l’échelle mondiale et la montée du chômage que le secteur public n’est pas en mesure d’absorber ont abouti à la nécessité de s’engager dans des réformes.

Globalement, les réformes visent à améliorer en premier lieu le cadre macroéconomique en réduisant les distorsions des prix, les barrières tarifaires et non tarifaires et les déficits budgétaires et à créer en second lieu un environnement microéconomique propice au développement des entreprises privées. Les réformes se basent essentiellement sur l’amélioration du climat des affaires en mettant toutes les politiques (commerciale, monétaire, budgétaire, judiciaire, administrative, logistique, concurrentielle etc.) en faveur du développement du secteur privé et à l’investissement. Aujourd’hui, le gouvernement tunisien se trouve dans une situation d’équilibre instable où il doit avancer et favoriser une croissance impulsée par le secteur privé et un héritage des politiques antérieures centralisées génératrices de rentes auquel viennent s’ajouter des chocs d’instabilité politique. En effet, le secteur privé se limite à un petit nombre de grandes entreprises ayant bénéficié de politiques protectionnistes des années antérieures, et à un grand nombre de micro-entreprises et de Petites et Moyennes Entreprises (PME) embauchant le plus des emplois, mais dont l’accès aux crédits est limité. En plus, le secteur informel qui se développe et continue à jouer un rôle important dans notre économie.

 

La réussite des réformes commence par établir un environnement concurrentiel avec une libre entrée et sortie des entreprises, par réduire l’emprise de l’Etat sur l’allocation des ressources et de limiter les possibilités de créer des rentes de situation comme le permettait les politiques centralisées qui étaient appliquées par le passé.

 

Comment limiter les obstacles à l’implémentation des réformes ?

La réforme des professions réglementées et des activités à autorisation (franchises, avocats, médecins, pharmaciens, taxistes, transporteurs, concessionnaires, commerces, etc.) est un premier pas vers la diminution des obstacles par l’élimination des rentes et l’instauration de la concurrence.

En effet, les régulations actuelles permettent à ces activités et aux professionnels concernés de profiter de rentes. Ils augmentent les prix au détriment des consommateurs ou entreprises. Ils résistent et ne veulent pas de réformes qui leur feraient perdre des rentes et un pouvoir sur les marchés. Ces rentes profitent à un petit nombre d’agents mais sont payées en général par un grand nombre d’utilisateurs. Une réforme qui réduit ces rentes reçoit malheureusement un faible soutien des consommateurs ou entreprises car le bénéfice potentiel est dispersé et dilué à un grand nombre, et en même temps une opposition forte et déterminée des bénéficiaires concernés. Cette opposition pourrait aller à imposer des barrières à l’entrée, constituer un lobbying auprès des gouvernements, des membres du parlement et même des médias. Les fortes oppositions amènent souvent à un amollissement des réformes envisagées même si l’objectif initial était assez élevé.

La plupart des économies concurrentes ont déjà adopté des réformes de dérégulation visant à augmenter la compétition. Parmi les activités, on trouve les industries de réseaux (transport ferroviaire, électricité, télécommunications, poste etc.) qui impactent positivement la productivité des entreprises.  

  

29/11/2021 | 21:01
4 min
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Commentaires
Warrior
les Turcs soutiennent Erdogan .........................................................
a posté le 24-12-2021 à 13:43
l'appel de Erdogan a été entendu. les turcs vendent des devises pour achter la Lira , qui remonte au Forex. bel exemple de civisme:
Erdogan anti-dollarisation plan set off four straight days of gains as Turks converted some $900 million worth of hard currencies into lira, according to Finance Minister Nureddin Nebati.
DHEJ
LES REGULATIONS
a posté le 30-11-2021 à 14:41
Mais que peuvent connaître les économistes à la REGULATION ignorants de BERNOULLI?!


Une régulation repose-t-elle sur

F=1/2 Ro Cz V² S

Alors va comprendre qui veut du FMI.
Dr. Jamel Tazarki
La nécessité une anthropologie économique
a posté le 30-11-2021 à 11:24
Introduction: Nos enseignants universitaires spécialistes des sciences économiques n'ont pas le sens d'une anthropologie économique qui pourrait résoudre le conflit micro/macro par une approche psychosociale reliant les comportements de la personne au système social total.
-->
Nos économistes universitaires se limitent à effectuer des enquêtes représentatives afin de constituer des séries économétriques qui sont aussi très importants pour l'identification et l'estimation statistique, par contre ils négligent le coté anthropologique qui préfère plutôt des enquêtes compréhensives avec des unités naturelles (des personnes, des êtres humains).
-->
L'anthropologie économique permet de comprendre des phénomènes au delà de l'économie.
-->
de ce fait anthropologie et analyse microéconomique sont complémentaires. Ainsi seront associées deux démarches, la microéconomie et les études de terrain.
-->
l'économie nécessite la réflexion anthropologique afin de se rendre compte de sa déviation par rapport au terrain. L'anthropologie est centrée sur la personne.
-->
En Tunisie, il est temps d'éviter les tabous sur les disciplines de la psychologie, la pédagogie, la psychanalyse et de la philosophie --> et de les introduire dans nos universités comme matière du moins optionnelle.


Je reviens au sujet de l'Article ci-dessus:
a) En général, les rentes sont des gains provenant des revenus qui dépassent leur coût d'opportunité --> l'excès par rapport à la valeur régulière des facteurs économiques utilisés (travail, capital, matières premières, savoir-faire, etc.).
b) La rente résulte d'une situation de pénurie normalement à court terme (demande dépasse l'offre), qui aboutit '? une augmentation des prix sans valeur supérieure.
c) De telles pénuries peuvent être entre autre le résultat du fort pouvoir de marché des fournisseurs: rente de monopole.

-->
La solution est normalement évidente, il faut optimiser la production afin de réduire la rareté d'un produit et donc aussi son prix temporairement augmenté. Par contre en réalité, et comme l'a signalé Prof. Ghazi Boulila, certains de nos entrepreneurs privés qui profitent de la rente, ne cherchent pas à réduire la rareté des biens, mais plutôt à utiliser la situation de rente afin de maximiser d'avantage leur profit individuel. --> de ce fait il serait complètement absurde d'injecter de l'argent gratuitement dans un milieu socio-économique fondé sur l'argent facile de rente'?'

-->
Je propose plutôt une solution se basant sur l'anthropologie pédagogique:
a) Il faut que l'état tunisien garantit la stabilité des prix des aliments de base, en particuliers les produits agricoles.
b) le Tunisien en tant que personne devrait renoncer provisoirement aux produits en pénurie afin d'asphyxier la rente de monopole. Exemple: J'ai remarqué que dans les supermarchés allemands certains produits trop chers risquent de périr sur les étagères, s'il n'y a pas une réduction des prix même de 50%. Je donne un exemple concret, Une boite de 200g de Nescafé soluble coûte normalement 9.99 euros dans les supermarchés allemands. A ce prix sont rare ceux qui voudraient l'acheter, car ils savent que le producteur finira par baisser le prix d'au moins de 50% sous la contrainte de la date d'expiration

Je me répète, pour faire réussir la lutte contre la rente de monopole il faudrait a)que l'Etat tunisien garantit une autosuffisance en aliments de base à bon prix et b)que le Tunisien renonce provisoirement à certain produits en pénurie.

Puis certains Tunisiens aggravent la situation de la pénurie par égoïsme et ignorance, --> Je donne un exemple, dès qu'il y a une nuance de pénurie de l'huile végétale, certains consommateurs abusent et achètent des dizaines de litres et aggravent ainsi la situation.

-->
Fazit:
1) L'état tunisien devrait non seulement lutter directement contre la rente de monopole, mais aussi informer / encourager le Tunisien à renoncer provisoirement à la consommation de certains produits en pénurie --> ce qui pourrait ruiner les spéculateurs --> de ce fait la solution est même herméneutique.
2) La faute est non seulement à certains fournisseurs, mais aussi au consommateur qui voudrait avoir certains produit à tout prix.

Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

PS: Je m'excuse pour les fautes d'inattention, je n'avais que 30 minutes de temps.
zozo Zohra
La réforme
a posté le 29-11-2021 à 23:41
Très bel article,
La bonne réforme est un outil indispensable pour sortir de la crise.
Quand, il faut y aller, il faut y aller.
La réforme ce n'est pas si simple. Il faudrait beaucoup de courage, d'assurance, un climat propice et les moyens pour la faire (hommes et outils)
Vouloir faire des réformes est une
chose mais y parvenir à tordre le cou aux obstacles s'en est une autre, surtout dans un pays comme le nôtre, bien cerné par un esprit mafiosis.

Il faudrait y parvenir coûte coûte pour sortir de ce gouffre.

Inchallah