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Tribunes
La lutte contre la corruption, une cause nationale !
05/11/2021 | 17:40
7 min
La lutte contre la corruption, une cause nationale !

 

Par Mohamed Salah Ben AMMAR*

*Professeur Hospitalo-Universitaire à la Faculté de Médecine de Tunis 
 *Ancien Professeur associé Faculté de Médecine de Montpellier 


 

 

« Nous sommes convaincus que la corruption est nuisible, car elle fait obstacle à la croissance et au développement économiques, entame la confiance du citoyen dans la légitimité et la transparence des institutions et entrave l'adoption de lois justes et efficaces, ainsi que l'administration et l'exécution des lois et l'action des tribunaux, et insistons, en conséquence, sur l'importance de l'état de droit en tant que condition essentielle de la prévention et de la répression de la corruption, dans le cadre, notamment, d'une coopération plus étroite entre les États en matière pénale. » Déclaration des Chefs d'État et de gouvernement. ONU le 24 septembre 2012.

 

Nonobstant les désagréments causés par l’ambiance suspicieuse qui règne en ce moment où la norme dans les relations entre administrés et administrateurs est devenue le soupçon ; notre pays a fait ces deux dernières années de grands progrès en matière de lutte contre la corruption.

Certes la chasse aux sorcières fait la une des feuilles de chou et on ne compte pas les victimes collatérales de quelques journaleux mais au-delà de ce théâtralisme orchestré je persiste à croire que les intentions sont bonnes. Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec le pour pouvoir en place ce combat doit être en tête des priorités pour notre pays.

Malheureusement après la révolution ce dossier a été instrumentalisé. Il a souffert des ambitions démesurées de certains, mais ce n’est pas pour autant qu’il doit être abandonné !

La corruption est un phénomène qui touche tous les pays, aucun État n'y échappe, quel que soit son niveau économique ou social. Selon les estimations de la banque mondiale, elle causerait, à travers le monde, 1 000 à 2 000 milliards de dollars de pertes tous les ans.

Chez nous, le phénomène a proliféré lors de la dictature, mais il était relativement contenu, après le 14 janvier il s’est carrément généralisé (banalisé). Aujourd’hui il est en voie de chronicisation et si nous restons passifs il risque de s’implanter durablement dans notre pays.

Nous avons tous à l’esprit des histoires d’injustices intolérables secondaires à ces pratiques. Nous en avons tous souffert de près ou de loin, les petites comme les grandes entreprises, le secteur public et le secteur privé. Ses désastreuses répercussions ont ruiné beaucoup d’initiatives et ont découragé plus d’un investisseur. Les plus lésés sont les entreprises et les citoyens qui respectent les lois... Sur le plan plus global la corruption nuit à la croissance économique et biaise la compétitivité. Elle est source d’iniquités. Pour ces raisons et bien d’autres, l’instrumentaliser à des fins politiques a été une grave erreur.

 

Le secteur de la santé est particulièrement vulnérable. La corruption existe dans tous les systèmes de santé du monde, à des niveaux et de manières différents, évidemment ceci ne peut en aucun cas expliquer ces pratiques.

Dans les systèmes les plus déviants, le phénomène est caricatural, la corruption devient la norme. J’ai souvent entendu des collègues affirmer que la corruption était inéluctable dans leur exercice de la profession (sic).  Parce qu’il touche l’individu et la communauté dans ce qu’elle de plus précieux, le secteur de la santé doit être particulièrement protégé en priorité, or c’est loin d’être le cas.

Pour traiter un mal à la racine, il faut en connaître les symptômes et les répercussions. Sans prétendre à l’exhaustivité, les secteurs le plus souvent concernés sont :

Les prestations de services par le personnel de santé

Les achats d'équipement et de fournitures

Les achats, la distribution et l’utilisation des médicaments

La réglementation sur la qualité des produits, des services et des installations

La formation des professionnels de la santé

La recherche médicale

La construction et entretien des structures de santé

Transparency International classe les formes de corruption en six axes en fonction de leurs causes. Schématiquement on pourrait les classer en :

Détournement des services disponibles

Paiements informels par les patients

Détournement de fonds, vols de matériel et de médicaments

Absentéisme

Favoritisme

Manipulation des données

Il serait fastidieux de développer toutes les facettes que prennent ces pratiques. Elles existent à tous les étages. Les plus connues sont, les détournements de malades vers le secteur privé, les ristournes, la dichotomie, les indications abusives, l’ouverture à minima des infrastructures publiques pour les patients… l’utilisation d'installations et d'équipements publics pour des patients privés ou encore des paiements occultes au sein de structures publiques…Pour les plus impécunieux et autres ces pratiques entraînent un appauvrissement qui met des familles entières dans la misère. Un cercle vicieux s’installe, la victime devient bourreau, poussée à l’extrême, elle-même se livrant à des pratiques frauduleuses dans son travail. De toutes les façons, victimes et bourreaux finiront par perdre confiance dans le système et en dénonceront l’incurie en ayant oublié qu’ils ont en sont aussi les acteurs.

Ailleurs des campagnes de marketing se déguisent en réunions scientifiques médicales où l’on expose des pseudo-essais thérapeutiques financés par des compagnies pharmaceutiques etc

Les achats d’équipements, les constructions, l’utilisation des moyens de l’administration, les bons d’essence, les arrêts maladies de longue durée pour travailler au noir ailleurs, les procédures de recrutement, les concours institutionnels…Petites ou grandes affaires, on pourrait poursuivre et établir un inventaire à la Prévert des méthodes illicites utilisées, d’ailleurs ce travail devrait être fait à un moment ou un autre. Il faut noter qu’on les retrouve un peu partout à travers le monde les mêmes pratiques, un peu comme si tous s’étaient donné le mot !

 

La pandémie a démontré à ceux qui en doutaient encore que la santé est un bien commun. Nous sommes tous reliés les uns aux autres par le virus ou par autre chose. Partant de là, il est aisé de comprendre que les ressources  nécessaires au bon fonctionnement de la santé ne devraient être régies que par deux principes : la solidarité et la justice. La corruption fait exactement l’inverse.

Faire admettre à toutes les composantes  de la société que notre intérêt à tous en matière de santé mais pas que, réside dans la lutte contre ce phénomène n’est pas aisé.

Par où commencer ? Peut-être faut-il commencer par ce qu’il ne faut pas faire ? La lutte contre la corruption doit devenir une cause nationale mais sans théâtralisme ni stigmatisation, sans discours moralisateurs, ni invectives.

A l’échelle individuelle, chacun doit prendre part à la promotion d'une culture de la transparence, de l'intégrité et de la responsabilité, c’est à ce prix que nous gagnerons la bataille.
La société juste et équitable à laquelle aspirent tous les humains ne sera bâtie que si chacun à son niveau réalise qu’avec la corruption nous sommes tous perdants! Vous pouvez à au moment avoir l’impression d’être avantagé par un système, sur un dossier mais in fine vous serez perdant, car inéluctablement vous serez un jour l’autre victime de ce système. C’est un travail de longue haleine qui commence toujours par la sensibilisation et l’éducation. Il faut former et sensibiliser la population, les agents publics, les élus, les enseignants, les éducateurs, les étudiants, les élèves à mieux connaître et détecter toutes les formes de corruption. Sans fausse pudeur ou corporatisme mais aussi sans stigmatisation, les choses doivent être dites. Des campagnes de sensibilisation claires, subtiles dans les médias et sur les réseaux sociaux sont nécessaires. A priori tout le monde est innocent.

Parallèlement il faut anticiper et renforcer les dispositifs de prévention au sein de toutes les institutions, la mise en place de comité de gouvernance et d’éthique dans chaque institution pourrait épargner à certains de se mettre sur des pentes glissantes. L’État doit aider les institutions, les entreprises à mettre en œuvre des dispositifs anti-corruptions. Prévention mais aussi répression. La vigilance de l’administration fiscale est essentielle, les trains de vie, les signes extérieurs de richesse inexpliquées ou disproportionnés mènent souvent à la source du problème.  Parce qu’elle affaiblit l'État, mine la crédibilité et fragilise la confiance dans ses institutions, la lutte contre la corruption doit être méthodique et impitoyable. La corruption est une menace à la gouvernance et à la stabilité et in fine une menace pour les démocraties fragiles, il faut y consacrer des moyens importants. L’État de droit n’en sera que renforcé.

Notre salut passe par le traitement objectif, méthodique et rigoureux  de ce fléau par des experts de diverses spécialités (fiscalistes, juristes, sociologues, banquiers…).

05/11/2021 | 17:40
7 min
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Commentaires
Maryem
La voie a suivre et ses priorites
a posté le 11-11-2021 à 18:06
L essentiel de votre analyse judicieuse se concentre dans ces queques phrases,je cite: " La vigilance de l'administration fiscale est essentielle, les trains de vie, les signes extérieurs de richesse inexpliquées ou disproportionnés mènent souvent à la source du problème. Parce qu'elle affaiblit l'?tat, mine la crédibilité et fragilise la confiance dans ses institutions, la lutte contre la corruption doit être méthodique et impitoyable. La corruption est une menace à la gouvernance et à la stabilité et in fine une menace pour les démocraties fragiles, il faut y consacrer des moyens importants. L'?tat de droit n'en sera que renforcé."
Revenons a la source:le dictateur Ben Ali et ses proches ont institues la culture de la corruption comme systeme de gouvernance qui a duree 23 ans.Puis le concours de circonstances exceptionnelles inattendues ont installe le pouvoir des clans et des bandes tout puissants, egoistes par nature et ont exerce leur domination sur le pays pour accaparer l Etat par la culture des interets particuliers et la corruption generalisee pendant 10 ans..Le chaos constitutionnel a fini par dechirer le tissu social et empecher toute cohesion sociale...Le 25 juillet a ete salvateur et l adhesion des tunisiens est presque totale...il y a des montagnes a deplacer mais la guerre contre la corruption reste la priorite des priorite...mais sans tapage...Nos voisins Algeriens ont vaicu et vivent encore ce fleau...plusieurs ex ministres dont les deux derniers premiers ministres algeriens ont ete candamnes a de tres lourdes peines...ils ont fait confiance a leurs experts du droit constitutionnel et evite ainsi le chaos d une assemblee constituante.Leur nouvelle constitution et leur nouveau code electoral ont ete approuves par le peuple a la suite d un referendum populaire....Le choix de cette voie aurait due etre le notre aussi...Kais Saied ira jusqu au bout de son projet,un changement radical du systeme politique...un president qui preside l executif,un gouvernement qui gouverne,un parlement qui legifere et une cour constitutionnelle qui controle la constitutionnalite des lois .Le president ne peut dissoudre le parlement et le parlement ne peut dissoudre le gouvernement...
Le sauveur
Et les corrmpus
a posté le 06-11-2021 à 13:01
Merci pour cet article à la fois empirique et analytique. En plaçant la lutte contre la corruption au plus haut de l'échelle des réformes en Tunisie, vous rejoignez la pensée du Président Kais Saied, le sauveur incontestable de la Tunisie des griffes des contrebandiers et des corrompus après la grande révolution du 25 juillet...!!!
Alya
Très bon article mais
a posté le 05-11-2021 à 22:08
Le confrere a dresse un état des lieux parfait du secteur médical. Mais cette corruption touche tous les secteurs tunisiens surtout étatiques mais aussi privés. Le plus grave est que les personnes et les entreprises honnêtes , sont obligés de se transformer en corruptions pour vivre. Seul le bakchich vous permettra d'avoir la prestation la plus basique.
DHEJ
Mais qu'est-ce qu'il a fait...
a posté le à 10:45
Quand il était à la tête du ministère de la santé, un foyer de la corruption?

Rien, plutôt il a massacré un docteur T.G qui avait dénoncé de la corruption au niveau de l'hôpital de ....
SbA
DHEJ
a posté le 05-11-2021 à 20:06
Va te coucher espèce de plaisantin.
versus
Y a du boulot
a posté le 05-11-2021 à 19:41
Avec 8 millions de corrompus ou corrupteurs de basse et haute intensités.
zozo Zohra
Merci
a posté le 05-11-2021 à 18:18
Excellent article Monsieur,

"La corruption est un phénomène qui touche tous les pays, aucun '?tat n'y échappe,"

Mais un degré moindre Monsieur, en Tunisie on a presque dépassé le Venezuela, la corruption touche tous les domaines. du haut jusqu'au au plus bas de la pyramide.

Nous, nous voudrions une Tunisie debout, qu'elle retrouve son identité, et qu'elle soit fière d'être la Tunisie.
Pour ça comme vous dites tout le monde est concerné.

Merci encore
DHEJ
La corruption, l'autre forme!
a posté le 05-11-2021 à 18:03
Est-ce que ce toubib détient le monopole d'un certain type de matériel médical?

L'autre forme de la corruption...