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Tribunes
J'ai regardé pour vous le chef du gouvernement
19/10/2020 | 14:21
4 min
J'ai regardé pour vous le chef du gouvernement

 

 

49 jours. 49 jours depuis le vote de confiance au gouvernement. Ça a pris 49 jours au chef du gouvernement pour trouver le temps d'accorder une interview à un média tunisien.

 

Sur la forme, la Kasbah n'arrive toujours pas à se renouveler. Ces éternels fauteuils faussement stylés, ces éternelles breloques dorées, ces bibelots qu'on pose au hasard ici et là, cette porte en bois qui écrase la scène dont on ne sait ni si c'est l'issue à nos problèmes ou pas, ce hall qui ne représente rien en termes d'image...... Cette ambiance de causerie de salon ne correspond pas au moment politique du pays.

 

Sur le fond, le chef du gouvernement tunisien s'adresse à la Nation, d'abord dans sa langue. Le tunisien n'étant pas très orthodoxe en termes linguistiques, quelques mots en français sont admis mais pas les bienvenus. Mais cet abus de la langue française dans les réponses de Mechichi n'était pas un choix heureux. Il exclut ainsi une large frange de la population de ses propos.

J'ose espérer qu'il ne s'agissait pas là d'un choix fait sciemment pour se démarquer du langage guindé du président de la République. Ça serait bien puéril.

 

Le chef du gouvernement utilise beaucoup le pronom "Je". On lui a probablement dit que c'est une façon d'affirmer sa personnalité, d'exprimer un engagement, de se mettre au cœur du débat. Oui mais non. Nous sommes dans un moment de crise collective. Nous avons fait des choix irrévocables depuis une décennie pour ne plus être dans la sphère du "Je" en politique. Nous sommes dans la dynamique commune. Donc, ce n'est pas M. Mechichi qui parlait hier à la télé. C'était le gouvernement de la République tunisienne. Alors, on adopte le "Nous" pour parler des temps durs que nous traversons, et le "Nous" pour parler de l'œuvre du gouvernement pour y faire face. Le "Je" est réservé aux moments forts, avec des annonces où le chef du gouvernement engage sa responsabilité personnelle, ou lorsqu'il exprime un sentiment ou une émotion. Or, il n'y a rien eu de tout cela. Ni annonce, ni émotion, ni engagement. A aucun moment, le chef du gouvernement n'a parlé comme chef d'équipe n'a cité ses ministres, sauf pour se moquer d'un ministre démis. Pas très élégant.

 

Sur le contenu, je n'en retiens rien. Sauf des cajoleries appuyées à l'UGTT. Il ne fâche personne, il ne s'engage à rien, il n'est contre personne, il n'annonce rien. Il ménage les fonctionnaires, les policiers, les syndicalistes, les mouvements sociaux, les bailleurs de fonds, ….

Sur le dossier de la santé, nous n'avons rien appris. Des efforts, la bureaucratie, le soutien moral aux équipes médicales, bla-bla-bla. Est-ce que le gouvernement a un plan, chiffré, avec des étapes, des paliers, des mécanismes de déclenchement de telles ou telles procédures ? Non. Quelle est la stratégie de testing, de traçage, de soins, de gestion des ressources, de coordination nationale, régionale ? Quels sont les moyens à disposition des régions ? Quel est le rôle de l'administration ?

 

L'Etat va payer les frais médicaux auprès des cliniques privées ?  Comment ça ? Il y a eu un accord sur un package de prestations avec un tarif convenu ? Le gouvernement va réquisitionner les cliniques privées ? A partir de quand ? Comment ? A quel prix ? Sur quelles bases légales ? Et d'abord, quel est le principe de la réquisition ? Est-ce que les cliniques ont refusé de fournir des prestations, ou de collaborer avec les autorités de santé publique pour qu'on parle de réquisition ? Ou alors, le mot est parti comme ça, à chaud, parce que ça faisait bien? Bonne chance aux équipes juridiques pour gérer cet imbroglio maintenant.

 

L'orthodoxie économique c'est bien ? En 2020 ? Dans la même phrase où on parle de la Banque centrale Européenne et de la FED qui mettent de côté tous les principes prudentiels pour libérer des liquidités massives ? Brabbi ? Et à part les généralités et l'information que le chef du gouvernement a rencontré le gouverneur de la Banque centrale, on a quoi comme données ? On va relancer l'économie à l'eau bénite ?

 

Tout comme sur le thème de l'économie parallèle. Le diagnostic est le bon. Les gens sont forcés vers le secteur parallèle en grande partie en raison de la complexité des procédures et des barrières à l'entrée. Et donc? La simplification, nous annonce M. Mechichi. Oui mais encore ? Dans quel sens ? Que compte-t-il faire ? Quelle approche sera adoptée pour cette simplification des procédures ? Est-elle traduite dans le projet de loi de finances soumis à l'ARP ? On n'en saura rien.

 

Mais on sait que Monsieur veut s'amuser. Il veut que les artistes, les gens de la culture amuse la galerie, comme les bouffons de la cour. Triste vision de la définition de la culture.

 

On notera au passage qu'il parle de la famille tunisienne qu'il faut distraire. Les individus n'existent donc que dans le noyau familial. Et pour consommer du divertissement. Triste vision de la définition du citoyen.

 

Sur les dossiers sociaux, il a été au mieux évasif. Tout le monde a raison. L'UGTT a raison. Le gouvernement a raison. Les manifestants ont raison. Les sittineurs ont raison. Les bailleurs de fonds ont raison. L'administration a raison. Mais alors qui a tort? Parce qu'il est clair que quelqu'un a tort, sinon nous n'en serions pas là. Sûrement les seuls qu'il n'a pas mentionnés une seule fois. Nous. 

 

Le chef du gouvernement a donné une interview hier. A un journaliste. Il semblait croire que c'était le journaliste qui avait besoin de connaître ses réponses aux questions posées. Il s'adressait à lui, exclusivement. A aucun moment, il ne s'est rendu compte que ce n'était pas le cas. Pour répondre à un journaliste, on ne passe pas à la télé. On passe à la télévision nationale, pour s'adresser aux Tunisiens. A nous. Il a parlé un peu de nous, jamais à nous. Dans cette crise, où les Tunisiens subissent le stress de la pandémie, perdent des proches, connaissent des fins de mois (parfois de semaines) difficiles, il a oublié. Oublié de nous parler, de nous expliquer, de nous rassurer, de nous convaincre. Il avait une opportunité de sensibiliser les gens, de matraquer un message institutionnel sur les gestes barrières. Opportunité ratée.

 

19/10/2020 | 14:21
4 min
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Commentaires
Ennaj
Mechichi incolore... Il dort... L'avenir incertain...?
a posté le 21-10-2020 à 12:50
En fait, la constitution a donné plein pouvoir à des n'importes qui... pour nous blablater et nous appauvrir plus et encore et toujours... Bravo les islamistes pas musulmans pour un sou.... Nous mettrons 20 ans à sortir de 3ong azzoujêjê de Bagi.... Et ce n'est pas sûr
A R
J ai regardé pour vous le parlement et ses déboires
a posté le 20-10-2020 à 15:23
Qu'est ce je peux retenir de votre article Madame ?
Une impression dans l'ensemble négative : Un cadre villot et désolant et un haut responsable de l '?tat ayant des maladresses de communication. Vos descriptions , analyses , analyses, critiques et parfois moqueries me laisse perplexe. Sommes nous devant un Monsieur Incompetant ? Ce n'est pas l'homme de la situation ? Trop tôt pour juger. 59 jours c'est vraiment peu pour dresser un bilan.Ce gouvernement n'a même pas eu le temps de s'organiser pour agir, le fardeau est vraiment chargé et il ne faut pas s attendre à des miracles, et sans cette fameuse invention de génie des parlementaires : Ceinture politique et les lacets de mes chaussures avec,,, et un chef affaibli déjà par les flèches de notre Président. Avec ce parlement des jours difficiles et inquiétante nous attendent, un parlement hors sujet hors service mais venons au fendamental les solutions ? Analyses et critiques oui mais après ? Avez vous la capacité de proposer des solutions à ce Pauvre Peuple désespéré ? Pourriez vous regarder pour nous comment remettre de l ordre là où il en faut ? Telle est la vraie question, l'essentiel le reste je m en...
Houyem
Pas mal Ahlem
a posté le 20-10-2020 à 14:59
Lisez résilience à la place de résiliation.
Amilcar
Résumé
a posté le 19-10-2020 à 18:35
Ce pm s'est avéré nul, il a renié sa parole, caché son jeu avec son gvt de compétence. En bout de ligne il a fini par composer avec les islamo-fascistes et les vendus klebs Tounes

Celui qui l à nommé est lui même incompétant sinon de mèche avec le concept islamisant très proche d un conservatisme identitaire islamisant très peu enclin au changement..

Résultat un pm paralysé qui ne fait qu exécuter les dsiratas d un parlement fagocité par des terroristes.. Qui imposent leur volonté à un pm sans envergure et su même coup défient la président de la.republique.

Les seuls qui profitent de la faiblesse du gvt sont les islamistes...

Apparemment les Tunisiens ont voté pour ces gens là.. Ou plus exactement, qu' ils n ' ont pas été assez nombreux pour écarter les islamistes du pouvoir lors des dernières législatives.

La facture actuelle est très salée et va l' être encore plus, pour autant que le peuple se réveille de sa léthargie..

stuc
decodage!
a posté le 19-10-2020 à 18:14
un grand merci a vous chere mme ,pour nous avoir traduit ou decodé ce que le chef du gvt a bien voulu nous dire,cad rien de nouveau,sinon ,je vais faire,je vais.....(traduisez bech)c est toujours la meme rengaine le meme leitmotiv que ses predecesseurs,on patauge dans la meme boue depuis une decennie,que dieu preserve les pauvres,parce que les riches comme toujours s en sortiront,d autant plus qu ils ont beneficie d une reduction de la taxe douaniere sur les yachts.faut il en rire ou pleurer,je vous laisse le choix ,une fois au moins vous aurez cette liberte!
Norey ben Mahmoud
Comment
a posté le 19-10-2020 à 18:09
Le fait d'incorporer quelques mots de français pour exprimer une idee ou un concept est une caractéristique du Tunisien éclaire et rapproche l'orateur de son auditoire .
Si vous voulez un discours magistral dans la langue du pays faites appel a Abir Moussi : elle est remarquable .
Sfaxienne
Mille fois mieux que l'arrogance de Fakhfakh
a posté le 19-10-2020 à 18:03
Calme , modeste et rigoureux tout le contraire de Fakhfakh qui nous a fait honte avec son arrogance

Votre analyse à quatre sous est subjective et surtout très légère .
Alya
Bon texte mais
a posté le 19-10-2020 à 17:07
Mme haschich, j espere que la plupart des tunisiens ont dépassé ce stade l important n est pas la façon dont il a parlé mais ce qu il va faire. Et puis ce n etait pas le moment de parler du faux Louis VI. vous allez provoquez des dépenses inutiles!
Houyem
Pas mal Ahlem
a posté le 19-10-2020 à 16:08
Deux remarques quand même.
1- " Qui a tort? " C'est nous madame, qui formons la grande majorité des tunisiens. Sur fond de fatalisme bien ancré, nous nous sommes déconnectés du réel et de ses enjeux pour nous atteler selon le cas, soit aux contraintes de la vie courantes, soit aux plaisirs immédiats. Nous vivons on dirait, dans un environnement clos où on refuse la résiliation, où on s'accommode de la langue de bois et de toutes sortes de saloperies. Abul Kacem Chebbi avait beau claironné " le jour où le peuple fera le choix de la Vie, le destin y consentira."

2- " il a oublié de nous parler ". Justement parce qu'il n'avait rien à nous dire. Il parlait à lui même. Il n'avait pas le courage de prendre les tunisiens en témoins. Bourguiba lui, il savait le faire. Un beau parleur, un homme de valeur qui a impacté son époque par sa lucidité, son libre-arbitre et son désintéressement. C'est ce qui fait que la très grande majorité des tunisien-nes l'aiment toujours bien que pas très démocrate.