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Il faudra imaginer Fakhfakh heureux

Temps de lecture : 3 min
Il faudra imaginer Fakhfakh heureux

 

Il serait naïf de croire, maintenant que l’affaire du gouvernement est presque bouclée, qu’il y aurait un répit, que les différents acteurs politiques ne s’étriperaient plus, qu’ils n’ourdiraient plus des mauvais coups les uns envers les autres et que le désigné, bientôt titulaire, serait au bout de ses peines. Au contraire, ça ne fait que commencer. Le spectacle n’est qu’à ses débuts. Le show continuera et reprendra de plus belle dans les semaines et les mois à venir.

C’est que réellement, personne n’est sorti content de ce marathon, qui a quand même, il faut le dire, fait perdre au pays un temps précieux. Avec une croissance qui avoisine le zéro ces derniers mois et un endettement qui se creuse, il est grand temps de revenir à l’essentiel : l’intérêt du pays.

Cette expression on la trouvera sur toutes les lèvres de nos chers politiques, surtout ceux qui ont fait le sacrifice, ô combien noble, de participer au gouvernement. Si certains sont sincères, la plupart ne font que nous servir la soupe qu’ils voudraient bien faire gober au peuple. Le fait est que personne pour le moment n’envisage de se lancer dans l’aventure d’élections anticipées, surtout avec un président de la République qui semble avoir chopé la grosse tête.

 

Les Ennahdha, Attayar et autres n’ont pas manqué d’exprimer leurs réserves. D’aucuns contre la démarche de Fakhfakh, d’autres contre certains noms proposés ou des clauses du programme, etc. Et puis ces partis continuent de se tirer allégrement dessus.

Pour faire court, cette coalition gouvernementale, qui n’en est pas une au vrai sens du terme, s’annonce explosive et instable. Explosive du fait des disparités idéologiques entre toutes les composantes et tout ce que cela peut signifier. Les dossiers brûlants seront sûrement le théâtre de luttes entre plusieurs visions foncièrement contradictoires. Cela nous amène au facteur instabilité. Les dissidences qui perceront bien assez tôt, seront une menace pour l’équilibre déjà fragile de ce gouvernement.

Certains diront, ne brûlons pas les étapes, sauf qu’il ne faut pas se leurrer. Nous traversons actuellement le calme de l’œil du cyclone, mais le mur tumultueux est plus proche qu’on ne le pense. Chaque acteur affute ses couteaux en prévision des parties d’échecs à venir.

A la tête de ce patchwork dissonant, on retrouve un Elyes Fakhfakh avec la malencontreuse et double casquette de roi et pion. S’il se place sous la protection du président de la République et de sa légitimité électorale, cela ne lui évitera pas bien des tourments. Sera-t-il acculé à accomplir sa tâche sans jamais pouvoir l’achever jusqu’au bout tel un Sisyphe des temps modernes ? Saura-t-il imposer son arbitrage et devenir maître de sa propre volonté ? Il faudra imaginer Fakhfakh heureux…

 

Les fans invétérés de Kaïs Saïed et ceux nouveaux d’Elyes Fakhfakh ont crié victoire à l’annonce de la composition du gouvernement. Ils ont présenté la chose comme un échec tonitruant du mouvement Ennahdha qui a été amené, presque malgré lui, à participer au gouvernement.

Il faudrait vraiment être très naïf pour croire à une déconvenue des islamistes. Ceux-là même qui ont négocié ferme, ceux-là même qui ont manœuvré poussant Elyes Fakhfakh dans ses retranchements, ceux-là même qui ont obtenu au final la part du lion en portefeuilles ministériels et en postes à la Kasbah, sont donc les losers de l’affaire ? Permettez-nous d’en douter. Le mouvement est présent en force au gouvernement et dispose d’un bloc parlementaire conséquent lui donnant la possibilité de jouer sur tous les fronts. Et puis, on se prépare à toutes les éventualités, notamment en soumettant au vote, le 3 mars prochain, l’amendement du seuil électoral, et pourquoi pas à une motion de censure contre le gouvernement dans les 6 mois.

Alors, quoi qu’en dise Kaïs Saïed, dans son récent accès de mégalomanie, il y a certainement un unique président de la République, mais il n’est pas le seul maître du jeu.

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Commentaires (1)

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Franois Marie
| 22-02-2020 15:36
Je suis tellement d'accord avec ce que vous avez crit que je voudrais avoir quarante ans de moins pour vous montrer toute mon estime de manire ne laisser aucun doute. Mis part les blagues, je crois que vous avez atteint le vritable objectif substantiel de cette bizarre situation. Il est vrai que pour comprendre ce que disent les politiciens, il devrait y avoir des sous-titres, mais dans ce cas mme ceux-ci ne suffiraient pas. Il faudrait une quipe entire de neuropsychiatres quips pour chaque urgence, en particulier un certain nombre de camisoles de force, suffisantes pour scuriser la zone.

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