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Ghannouchi for president !

Temps de lecture : 3 min
Ghannouchi for president !

 

C’est la guerre ouverte entre le clan de Ghannouchi et le clan de ceux qui veulent lui succéder. La discrétion et le secret dont faisait montre le mouvement islamiste ne sont plus que de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, c’est un fait, Ennahdha rejoint les innombrables partis qui se déchirent et étalent leur linge sale au vu et au su de tous. Faudra-t-il s’en réjouir pour autant ? Certains s’en réjouissent, trop rapidement, et attendent l’implosion à l’image d’un CPR ou d’un Nidaa Tounes. Ils omettent en cela la nature profonde d’Ennanhdha, son essence même.

Une dialectique totalement différente de celle des partis « ordinaires » sous-tend ce mouvement et ça, il ne faudra jamais, au grand jamais, l’oublier. Ennahdha est la branche tunisienne d’une idéologie transnationale faisant du pouvoir politique l’un des piliers de l’islam. En dépit des opérations de lifting, des costumes sur-mesure et de la réadaptation affichée aux particularités du terrain dans lequel ils évoluent, le projet global demeure, les objectifs à court, moyen ou long terme aussi. Les postures changent en fonction de la conjoncture tout en maintenant une stratégie gradualiste. Dans cette confrérie, on forme des militants exemplaires et on s’attend à ce qu’ils fassent allégeance à un guide suprême, à l’organisation et aux Frères d’arme. Toute division ou tout discours diviseur étaient à exclure, mais une réforme de l’un des théoriciens du mouvement a permis aux Frères de donner leur avis. Sauf qu’une fois une décision est prise, tout ce beau monde doit rentrer dans le rang. C’est un fonctionnement assez particulier, qui se rapproche du sectarisme.

 

La réponse de Rached Ghannouchi aux Cent qui lui demandent, gentiment, de débarrasser le plancher est assez représentative de cette pensée totalitaire. « Je suis le guide suprême sans qui rien ne pourrait nous arriver de bon. Rentrez dans les rangs, frères égarés. Ne perturbez pas la mise en place de notre projet avec ces idées de démocratie qui n’ont pas lieu d’être au sein de l’organisation. On ne touche pas au guide suprême ! ». On pourrait le résumer rapidement de la sorte. Mais qu’arrive-t-il donc à ces Nahdhaouis pourtant dressés à l’obéissance ? Sont-ils ces dissidents « classiques » que dépeignent les médias ? La deuxième lettre des Cent, cette fois adressée aux structures du parti, est aussi représentative de l’essence même du mouvement. Les éléments de langage sont clairs : « Nous sommes une confrérie, nous sommes frères, jamais nous ne trahirons. Nous sommes un seul et unique corps. Nous avons peur pour l’unité du mouvement qui se trouve dans une situation d’instabilité jamais atteinte. Nous respecterons toujours nos leaders mais nous voulons sauver le parti ».

 

On disait que les postures changent en fonction de la conjoncture. Avant tout, il faut sauver l’organisation, la prémunir de tout chancellement, assurer sa pérennité. Pour les Cent, ce n’est pas seulement l’attrait du pouvoir qui motive leurs actions, ce n’est pas non plus une conviction démocratique, mais tout bonnement la nécessité de sauver les meubles. Depuis un bon moment, plusieurs choix infructueux de Ghannouchi suscitent le malaise. Les leaders réfractaires lui font d’ailleurs porter la responsabilité de l’affaiblissement du mouvement, d’une mauvaise gestion de ses affaires et les conséquences de son exposition aussi infructueuse au Parlement. De son impopularité indubitable (89% des Tunisiens ne sont pas satisfaits de son rendement selon le dernier sondage Emrhod), le mouvement s’en trouve affecté. Il est donc vital, pour faire perdurer le projet global, d’écarter la menace.

Les Cent révèlent l’intention de Rached Ghannouchi de se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Pour cela, il se doit de se maintenir à la tête du parti et donc de modifier son règlement intérieur. A demi-mots, ils s’en désolent en rappelant, avec plus au moins de délicatesse, qu’Ennahdha regorge de compétences plus jeunes, expérimentées, connues pour leur militantisme et aux idées politiques innovantes. Histoire de dire qu’autrement, le mouvement s’embourbera et ne s’en sortira plus, jusqu’à devenir insignifiant, sans poids politique réel.

 

A l’approche du 11ème congrès d’Ennahdha, la guerre de position entre dans sa phase totale. Et détrompez-vous, la démocratie n’est en aucun cas le nerf de cette guerre.

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Commentaires (12)

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Jamais
| 18-10-2020 13:21
Jamais

Tahar
| 18-10-2020 02:44
Pour pouvoir continuer le parti doit donner la chance aux jeunes du parti avec une nouvelle vision du pouvoir
En somme si Ghannouchi s'entte il finira tre ject par les jeunes

Agatacriztiz
| 17-10-2020 21:18
Il y a un proverbe africain qui dit : "la fin de mon frre (musulman dans ce cas) ne me tire pas du sommeil...
Ce parti, que dis-je, ce mouvement va finalement montrer son caractre htroclite et imploser comme il se doit...

JAMES-Tk
| 17-10-2020 17:22
Le grand sac n'?uds des frrots ne pourra viter le "Big Bang", car tt ou tard cela devra arriver. Dans ce grand panier de crabes, certains ont ralis que l'idologie des frrots est "INCOMPATIBLE" avec la "Rpublique Bourguibienne", telle qu'elle l'a t depuis l'indpendance, et qu'il serait inutile de s'obstiner dans cette route jamais barricade par de multiples et divers infranchissables obstacles !

abouali
| 17-10-2020 09:43
D'une certaine manire, les multiples machinations de ce vieillard, l'ambition dmesure, pour rester la tte de son parti, ressemblent s'y mprendre aux tentatives de plusieurs chefs d'Etat de rester indfiniment au pouvoir ! On en a vcu l'exprience chez nous bien sr, mais ce phnomne se manifeste en particulier dans les dictatures, en Afrique ou ailleurs en Europe de l'Est, en Amrique Latine et dans certains pays arabes, o les dirigeants dploient des trsors d'ingniosit pour ne pas quitter leur "trne" et prolonger leur rgne. De l'enracinement du culte de la personnalit au grossissement des menaces extrieures, en passant par l'instrumentation de la peur du vide provoqu par l'absence du guide, tout est bon pour endormir le peuple et le convaincre de voter la continuit. On amende cette fin les Constitutions et on modifie les lois pour laisser libre cours cette faim inextinguible de domination et de perptuit. Mais l'on utilise galement d'autres stratagmes moins avouables telles que le mensonge, la manipulation et l'intimidation.
Ghannouchi, comme tous les dirigeants tiers-mondistes, quels que soient leurs niveaux de responsabilit, n'chappe pas cette tentation atavique commune tous les autocrates. S'il a enfourch le cheval de l'islamisme, c'est uniquement pour assouvir sa soif de pouvoir et de suprmatie. Tous ses louvoiements et ses flchissements, du temps de la clandestinit, toutes les alliances, les intrigues, les renonciations et les volte faces, aprs son funeste retour, ne sont rien d'autre que des pas mesurs, et des tapes dans la stratgie qui doit le mener la concrtisation de son rve : accder au sommet et y demeurer !
Cette recherche de souverainet et de prennit s'accompagne de tous les actes qui permettent de la garantir et qui sont propres toute dictature. Mais les hommes oublient souvent qu'ils ne sont que des tres mortels donc fragiles et vulnrables, soumis aux alas de la vie, et ses contraintes, dont l'ge en particulier, exposs des dangers imprvisibles, et que de toute faon, notre destin n'est pas compltement entre nos mains. Le cheikh devrait mditer les prceptes de la religion que lui et les siens prtendent dfendre, et pargner ce pays davantage de douleur, de tourments et de dsillusions.

The Mirror
| 17-10-2020 09:00
Avant de devenir prsident de la Rpublique tunisienne, Monsieur Rached Ghannouchi doit rpondre aux trois questions, qui brlent les lvres de chaque tunisien :

- Premire question : pourquoi a-t-il envoy des centaines de jeunes tunisiens en Syrie, pour aller faire une guerre qui n'est pas la leur, donc, pour se faire tuer ?
- Deuxime question : pourquoi a-t-il tuer Chokri Belaid et Mohamed Brahmi ?
- Troisime question : comment a-t-il pu ramasser une fortune aussi colossale, en si peu de temps ?

Evidemment, je ne demande pas Monsieur Rached Ghannouchi d'organiser une confrence de presse pour rpondre ces questions. Ghannouchi ira au Palais de la justice pour s'expliquer.

J'imagine mal Rached Ghannouchi aller de son propre gr au Palais de la Justice, c'est plutt le Palais de la Justice qui a le droit et le devoir de convoquer Ghannouchi et l'interroger sur ces sujets. Dans l'attente d'une telle convocation, qui ne viendra jamais avec la Justice actuelle, Monsieur Rached Ghannouchi, fort du pognon turc et qatari, a toutes les chances de devenir prsident de la Rpublique tunisienne en 2024. Une fois au Palais de Carthage, il pourra mme faire le Bourguiba, c'est--dire amender sa propre Constitution (la Constitution de 2014 a t crite par Ennahdha pour Ennahdha, et non pour la Tunisie) pour rester prsident vie.

Tunisiens, laissez donc le vieux revivre sa jeunesse, et bouclez-la. Je suis tunisien, je dois donc commencer par me la boucler moi-mme.

Mohamed Obey
| 16-10-2020 22:14
Excellente et subtile analyse; style plus qu'lgant. Sa lecture est un rgal...

DHEJ
| 16-10-2020 21:09
L'Antichrist ?

Il est DEGHAL...

Abir
| 16-10-2020 19:26
On va me dire : protocole oblige, je rponds: avec un traitre de la nation tout s'efface ! Saluer un traitre de la nation comme Kerriji c'est interdit, le prsident pourrait mme le renvoyer ou ne pas l'inviter mais Saied n'est pas un homme qui ose malheureusement

Abir
| 16-10-2020 19:08
Peut tre le prsident de salle d'eau pour ne pas dire autre chose! Mais prsident pour les Tunisiens, les toiles sont plus proches pour lui que ce rve ! Traitre criminel! Dj j'en veux au prsident Saied ,pour avoir saluer hier le traitre criminel de la nation, l'hors de la crmonie de 15 oktobre! Non tu peux toujours rver ! En 2024 tu vas pratiquer ton rve en taule, l , c'est sr

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