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En grève citoyens !

En grève citoyens !

 

Depuis la révolution, la vie du Tunisien est ponctuée de mouvements sociaux de tout genre. S’il n’est pas partie prenante, il est souvent pris en otage par des mouvements de grève et se trouve obligé de subir des revendications, des plus légitimes ou plus saugrenues.

 

Les mouvements de protestations, grèves et suspension d’activités se sont multipliés ces derniers jours : professionnels du transport (taxis, taxis collectifs, louages, auto-écoles, etc.), stations-service (agents et propriétaires), transporteurs de marchandises et carburants, agents des caisses sociales, professeurs universitaires, boulangers, professionnels du lait, agents de la Steg et, cerise sur le gâteau, pilotes de ligne !

Certains réclament la révision des hausses des prix du carburant alors que d’autres défendent des revendications sociales qui en écartant les grands slogans et se résument en hausses de salaires et primes en tout genre.

 

 

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a constaté la hausse du rythme des mouvements sociaux en ce mois d’avril 2019. Selon le FTDES, ces mouvements ont concerné 60.000 ouvriers dont une grande a un revenu modeste, comme les ouvriers des chantiers, les agriculteurs ou les pêcheurs. En cause, la hausse du prix des carburants qui impactent tous les secteurs et tous les métiers ainsi que les revendications des régions en termes de santé, d’éducation, de transport, d’eau potable, d’emplois, de développement, etc., explique-t-il dans un communiqué daté du 15 avril courant. Il précise que la détérioration des services publics et du pouvoir d’achat est la raison principale de la colère populaire.

 

Malheureusement, malgré nos recherches, il n’existe pas de chiffres actualisés sur les mouvements sociaux. Les dernières statistiques sont celles communiquées par la Direction de l’inspection de travail et de la réconciliation au sein du ministère des Affaires sociales. Il s’agit d’un comparatif établi entre 2017 et 2018. Selon les résultats avancés, le nombre de grèves dans le secteur privé ainsi que dans les établissements publics à caractère industriel et commercial (ou EPIC) s’est stabilisé à 248 grèves en 2018, qui ont concerné 179 sociétés, contre 171 une année auparavant. 59.976 personnes ont pris part à ces mouvements, contre 58.668 participants en 2017. En contrepartie, les journées de travail perdues à cause de grèves ont baissé de 19%, passant de 144.564 à 116.882 jours entre 2017 et 2018. Presque la moitié de ces mouvements est due à des revendications salariales et de hausse de revenus.

Côté statistiques, les chiffres sont en baisse. Concrètement, même si le nombre est en baisse, ça reste des journées perdues pour l’économie nationale avec un manque à gagner assez conséquent alors que la croissance au 4ème trimestre 2018 n’est que de 2,2%. Même si les indicateurs économiques sont en hausse, la réalité des choses est que ce n’est pas suffisant pour créer les emplois nécessaires et répondre aux multiples revendications sociales, le tout en offrant un service meilleur.

 

 

Aujourd’hui, le quotidien du Tunisien est devenu un véritable parcours de combattant. Ses journées sont ponctuées par divers menaces de grève et de suspension d’activité et chaque mouvement a un impact certain sur son portemonnaie. Une hausse des salaires dans le public se traduira inévitablement par une augmentation des droits et impôts, idem pour le privé où cela impactera les prix des biens et services. De toute façon, c’est le citoyen - ou plutôt le consommateur final - qui devra payer.

Bien sûr, la satisfaction de l’ensemble de ces revendications a un coût non négligeable. Le blocage de l’activité ou des routes se matérialisent par des manques à gagner. La satisfaction de ces revendications qui ne sont pas corrélées à une hausse de productivité et d’une création de richesses engendre de l’inflation et souvent de l’endettement les parties prenantes n’ayant pas les ressources nécessaires. Pour rembourser les prêts ou le manque à gagner, l’Etat va augmenter les impôts et taxes et les entreprises les prix de ses services et biens. Un cercle vicieux qui perdure depuis la révolution. La situation s’envenime davantage chaque jour et devient de plus en plus ingérable et insoutenable pour le secteur public et privé, qui ne peuvent plus joindre les deux bouts avec, en prime, glissement du dinar, hausse des prix de la matière première, enchérissement du coût du crédit avec la hausse du taux directeur dû à la hausse de l’inflation.

 

Cela doit cesser ! Cette course effrénée à l'augmentation des salaires ne sert à rien sauf à créer de l’inflation et ne se concrétisera en aucun cas par une hausse du pouvoir d’achat. Les différentes parties prenantes doivent comprendre qu’une augmentation des salaires ne rime pas forcément avec une hausse du pouvoir d’achat. Bien au contraire, c’est l’inverse qui se produit en Tunisie et pour une raison très simple : cette majoration des revenus n’est pas accompagnée par une hausse de productivité ou une production réelle de biens et services. Certains touchent des salaires et des augmentations alors qu’ils ne font rien. Une aberration...

 

Imen NOUIRA

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Commentaires (1)

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pit
| 18-04-2019 10:36
Exemple DAF du ministère de l'intérieur (avenue de la Liberté) ou une tente à été installée depuis près de 2 mois avec slogans, musique à tue-tête et demandes aberrantes comme de coutume liées à des augmentations salariales bien évidemment (Ces gars ne déguerpiront qu'une fois leurs revendications obtenues et recommenceront d'ici quelques semaines). Ce service emploie 3 fois plus de personnes qu'il ne faut (réintégrations nadhaouies oblige) et plus de la moitié ne vient même pas pointer...les autres trainent leurs guêtres dans les différents cafés et salons de thé qui pullulent autour dans le coin en attendant que leur soit versé leur salaire...à j'oubliais, la majorité d'entre eux quittent à 15h30 grand maximum...pour éviter les embouteillages sans doute!

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