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Diabolisation de Nidaa Tounes par l’homme lige de Ghannouchi

Diabolisation de Nidaa Tounes par l’homme lige de Ghannouchi

Par Habib Trabelsi*

A en croire Radwan Masmoudi, l’homme lige du leader d’Ennahdha Rached Ghannouchi, le président de Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi, est désormais un ennemi public avéré que les Tunisiens, à leur corps défendant, devraient écarter instamment de la course à Carthage, au second tour de la présidentielle.

« Révolution » versus « Restauration »
Poursuivant sur sa page Facebook depuis Washington son analyse manichéenne du processus de transition en Tunisie, le patron du « Centre d’Etudes Islam & Démocratie (CSID) » --un organisme plutôt opaque qui affiche son intention de promouvoir un islam moderne et modéré-- ne tarit pas en invectives et/ou en railleries contre Nidaa Tounes, « une coalition de RCDistes et de quelques gauchistes » et contre son chef, « une figure de l'ancien régime » opposé dans la course à la présidence à Moncef Marzouki, « le symbole de la Révolution ».

« Ô Tunisiens ! N’hypothéquez pas l’avenir du pays en laissant une seule personne ou un seul parti monopoliser tous les pouvoirs. Le principe le plus important de la démocratie c’est la séparation des pouvoirs, surtout en cette phase de transition encore fragile », écrit-il lundi, à la veille d’une conférence axée sur le second tour de la présidentielle, que son ‘think tank’ doit organiser au National Press Club à Washington, en présence notamment de l’ambassadeur tunisien aux Etats-Unis, Mohamed Ezzine Chelaifa.

Une pléiade d’éminents observateurs rompus aux arcanes du CSID, fraîchement rentrés de Tunisie où ils avaient supervisé la campagne électorale et le scrutin, doivent y apporter leurs témoignages et y contribuer par leurs analyses.

Parmi les intervenants, figurent Marina Ottaway (experte au Programme du Moyen-Orient, Wilson Center), Jeffrey England (directeur régional de l'Institut national démocratique, une ONG américaine militant pour la démocratie), Hal Ferguson (International Republican Institute, une organisation politique basée à Washington), Robert Worth (New York Times Magazine) et William Lawrence (Modérateur, CSID).

C’est dire que la bataille s’annonce rude entre les deux figures qui incarnent la bipolarisation de la vie politique : « Béji Caïd Essebsi (88 ans), représentant la restauration de l'ancien régime, pour les uns, et son rival de la génération suivante, Moncef Marzouki, représentant les fruits de la Révolution de la dignité et les aspirations de la jeunesse et garant de la Tunisie moderniste, pour les autres », écrit en substance le patron du CSID. Sa partialité ne semble pas l’étouffer.

« Le dernier rempart contre le retour de la dictature... du RCD »
M. Masmoudi, qui profite de sa double proximité des Etats-Unis et d’Ennahdha et jure ses grands dieux « n’appartenir à aucun parti et ne représenter Ennahdha ni de près, ni de loin », répète à l’envi que le président sortant sera « le dernier rempart contre le retour de la dictature... du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ».

C’est ce qu’il avait proclamé haut et fort dans un communiqué daté du 19 novembre, cinq jours avant le premier tour du scrutin présidentiel, annonçant l’organisation, le 26 novembre à l’Université catholique jésuite de Georgetown (Washington), d’un briefing intitulé « La Tunisie à la croisée des chemins: entre une Démocratie Naissante et la Vieille Garde », pour dresser un réquisitoire enflammé contre Nidaa Tounes.

Le patron du CSID s’était alors évertué à démontrer que « depuis la révolution de décembre 2010, la Tunisie est en train de se doter de la démocratie la plus vraie, la plus durable et la plus stable ». Il a rappelé à cet effet « l’organisation de deux élections libres et équitables, la rédaction et l'adoption de la Constitution la plus progressiste et la plus démocratique dans le monde arabe et la formation de la troïka ».

Mais, avait-il averti « Si le chef de Nidaa l’emporte, ce parti sera pratiquement capable de contrôler les trois instances (Parlement, Gouvernement et Présidence de la République), donc de contrôler la vie politique pour les cinq prochaines années ».

« Nidaa respectera-t-il alors la nouvelle Constitution et mettra-t-il en œuvre des réformes démocratiques ou bien reviendra-t-il aux vieilles méthodes des anciens dirigeants oppresseurs et corrompus ? », s’était interrogé celui qui est considéré par ses détracteurs comme « le plus américain des Frères musulmans tunisiens » et « l’architecte du Printemps Arabe ».

Ces questions, ainsi que celles ayant trait à « la lutte dans la région pour les libertés et la démocratie, aux aspirations de millions de Tunisiens et d'autres Arabes et Musulmans pour une vie meilleure et plus digne », devaient être soulevées durant le briefing.

« Tout est possible en politique », écrivait-il quelques heures avant la proclamation des résultats préliminaires du premier tour. « Je pense que beaucoup de Tunisiens et de Tunisiennes, qui n'ont rien contre Essebsi, vont avoir peur du Taghawol (en arabe, hégémonie) de Nidaa et vont voter pour Marzouki », ajoutait-il avant d’annoncer une intervention depuis Washington sur Al Jazira, la chaîne du Qatar, en perte d’audience dans le monde arabe, en raison précisément de son alignement sur les « Frères Musulmans ».

« Les dictateurs arabes ‘voteraient’ BCE » !

Même après l’appel du patron d’Ennahdha aux partisans des deux candidats en lice à l’apaisement pour ne pas gâcher les « Noces électorales », Masmoudi a continué à jeter de l’huile sur le feu et à agiter l’épouvantail d’un retour « des RCDistes recyclés dans le parti Nidaa Tounes », en cas de défaite de l’actuel locataire du palais de Carthage

Dans son message (27 novembre) via Facebook, Rached Ghannouchi faisait prévaloir « la très belle image de la Tunisie qui a ébloui le monde entier » par son « exemplarité démocratique » pour mettre en garde ses concitoyens contre la discorde et la division.

« Béji Caïd Essebsi cherche à diviser les Tunisiens et à provoquer la sédition dans le pays », écrivait le même jour Masmoudi, en réaction aux propos du leader de Nidaa Tounes affirmant dans une interview à RMC, que « les cadres d'Ennahdha, d’Ettahrir, les jihadistes et les Ligues de Protection de la Révolution ont soutenu Marzouki en votant pour lui ».

Langue de bois, mensonge, double langage et surenchère ont continué aussi à faire bon ménage dans le discours, magistralement bien huilé, anti-Nidaa Tounes, souvent tendancieusement appelé «Daa Attajamou » (en arabe : mal du Rassemblement) par des « amis » réels et/ou virtuels, du patron du CSID. Parfois, le débat vole très bas.

« Si les dictateurs du monde arabe pouvaient voter en Tunisie, nul doute qu’ils feraient le choix de Béji Caïd Essebsi. Ce n’est un secret pour personne », écrivait ainsi récemment Vincent Geisser, un sociologue-politologue français, dans un article titré « L’ingérence des dictateurs arabes dans la campagne électorale tunisienne ».
Et l’omniscient « philo-islamiste » d’ajouter : « BCE reçoit aujourd’hui des soutiens massifs de tous les systèmes dictatoriaux de la région, les régimes militaires comme l’Égypte ou les régimes fondamentalistes comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats arabes unis, qui n’hésitent pas à pratiquer de l’ingérence dans la campagne présidentielle tunisienne ».
M. Masmoudi peut toutefois se targuer d’être ouvert aux critiques.
« Aucun parti ne pourra gouverner seul, car aucun parti n’a la majorité. Vous essayez simplement de garder votre pion, Marzouki, au pouvoir. C’est votre dernière cartouche pour votre projet islamiste, celui de vos maîtres Khwanjia (Frères musulmans). Notre projet à nous, c’est la Tunisie. Pourquoi n’avez-vous pas manifesté le même zèle lorsqu’Ennahdha détenait le pouvoir exécutif et législatif ? Et puis, la démocratie suppose le respect du choix des électeurs ! », lui a rétorqué dimanche soir ‘Sarah’, en prenant soin d’ajouter ‘Anti-Nahda’.

Habib Trabelsi est journaliste. Il a notamment travaillé à l'AFP durant 25 ans dans la région du Golfe.

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Commentaires (20) Commenter
Mr Masmoudi mène la danse de washington !
AH
| 05-12-2014 15:51
plégiat du titre d'un autre article.

Les tunisiens n'ont rien vu de la présumée modération du centre d'études islam et démocratie, qu'a t-il fait de concret pour combattre le discours d'extrémisme et de fitna et pour lutter contre l'idéologie terroriste.

Au contraire les derniers propos de Mr Masmoudi, ne font qu'encourager la haine et nuire au climat politique et social.

Il me rappelle Hachemi Hamdi qui se coule la vie douce à Londres.

Par sa démagogie, l'auteur de l'article et les commentateurs savent bien à qui il ressemble le plus et pour quel parti il agit.
En bref @Giulio
HT
| 04-12-2014 11:47
@Giulio,- Rassure-toi G-E P. , "Mme/M-tout le monde" ne risquent pas de se méprendre sur « les critiques et doutes » de RM (dont « certains sont légitimes », selon toi : une assertion qui demande à être démontrée).
Les deux plus grands acquis du « printemps tunisien» sont (selon moi du moins) :
1. Les Tunisiens, échaudés, ne sont plus dupes. 2. Les Tunisiens ont fait preuve d'une sensibilité insoupçonnée au « persiflage » et une capacité inouïe de RIRE de tout & de tous, de tourner en dérision les faux-culs (désolé). Tu le sais autant, sinon mieux, que moi, toi NOTRE ami, G-E P. http://jalelelgharbipoesie.blogspot.com/2012/04/qui-est-giulio-enrico-pisani.html
Je donne toutefois raison à ton ami R.B.O. quand il dit que « la majorité des Tunisiens ne lisent que les grands titres, ou en diagonale, ou très superficiellement »), et je partage (en partie) son « ÉTAT DE DÉSOBÉISSANCE CIVILE jusqu'à ce qu'il y ait une VRAIE DÉMOCRATIE''. » (et tout le reste).
Parmi ceux qui ont lu correctement, Bourguibiste nationaliste a bien raison
Giulio
| 04-12-2014 09:59
Ton article est très pertinent, Habib ! Cependant, tu risques le mal-entendu. En effet, si mon ami R.B.O. dit vrai, c.à.d. que la majorité des électeurs ne lisent que les grands titres, ou en diagonale, ou très superficiellement, ils risquent fort d'endosser, ou d'être confortés dans, les critiques et doutes exprimés par Radwan Masmoudi, que tu présentes telles quelles (certains de ces doutes sont d'ailleurs légitimes) en ne leur opposant essentiellement que du persiflage. Or, le persiflage n'étant compris que par des esprits critiques et non "endoctrinables", il risque d'être ignoré de très nombreux lecteurs. Ergo, tu décrédibilises R.M. sans réellement contrer son argumentaire. En gros, je crains que ton article, trop fin pour une majorité des électeurs indécis ne desserve BCE et ne réjouisse Marzouki (pour peu qu'il sache encore lire après 3-4 ans de fréquentation quasi-exclusive de ***).
courtier politique
tounsi hor
| 03-12-2014 23:16
Je ne croyez pas que tout les masmoudi sont des courtiers politique, l'epoque de feu Leaders Bourguiba il y avait un certains Mohamed Masmoudi ministre des affaires etrangere de l'epoque communement appelé monsieur 10% ne serait-il pas le meme ?
L 'ISLAMISME EST MODERE OU L 'ARNAQUE DU SIECLE
Tounsi
| 03-12-2014 13:43
En milliards pour votre lobbing en faveur du parti islamiste Ennahda;parti qui a instrumentalisé la religion;vidé les caisses ;installé l 'insécurité;paupérisé la population ;fait fuir les touristes ;stressé une population à cran avec les assassinats ;les soldats égorgés ;les poubelles en plein air;voulait faire de la femme le complement de l 'homme;instauré des moeurs wahabites ;voilé des fillettes;ces obscurantistesvous les vendez aux USA comme on vend un produit frelaté pour un produit bio;mentez ;mentez tant que ca remplit votre compte bancaire vous n 'etes pas un patriote ;trahir son pays pour de l 'argent car vous n 'etes pas un musulman sincere sinon vous auriez eu une éthique votre dieu est le dollar.Racontez cette ineptie que les islamistes sont modérés le mensonge du siecle ;et les djihagistes ce sont vos enfants ces pauvres jeunes transformés en betes sanguinaires .;j 'aimerai bien que des tunisiens invitent CHOMSKYpour nous éclairer sur votre personnage d 'imposteur
Mr.
Hedi Jemiai
| 03-12-2014 02:26
Merci Cher Habib pour cet excellent article qui met à nu cet individu qui pour être bref ne mérite que du mépris. C'est plutôt le rôle de lobbying que joue le CSID et sa place dans la stratégie de communication internationale d'Ennahdha qui de mon point de vue mérite l'attention. Une stratégie performante que Rached El Ghannouchi a réussi à maitriser et à en faire un usage on ne peut plus efficace. En effet, rappelons-nous de la période qui a suivi la chute du gouvernement de la Troïka, durant laquelle Ghannouchi a multiplié les visites officielles et non officielles en Europe, en Chine et aux USA donnant interviews sur interviews à la presse écrite et audio-visuelle, débattant dans diverses rencontres et forums et délivrant une série de conférences dans plusieurs universités américaines dont celles de Yale et de Harvard, étoiles de la prestigieuse Ivy League. Avec une telle stratégie il a réussi à faire oublier au monde extérieur l'état catastrophique dans lequel les gouvernements successifs d'Ennahdha ont mis le pays. Il a réussi à leur faire oublier les assassinats politiques, le terrorisme jihadiste et la violence des "LPR". Et il a surtout réussi ainsi à fournir à son parti une nouvelle virginité qui lui a permis d'en faire l'artisan principal des succés enregistrés dans la formulation de la nouvelle constitution et la réussite du dialogue national occultant ainsi le long combat mené par la société civile et les efforts épuisants consentis par le quartet. "Ennakba" est devenu du jour au lendemain aux yeux du monde occidental le parti islamiste "modéré" qui joue le jeu de la démocratie et qui peut servir d'exemple aux autres pays du monde arabe. Nombreux sont les articles parus ces derniers mois dans la presse occidentale qui reprennent cette thèse et font croire -par l'exemple d'Ennahdha- qu'Islam et démocratie pourraient être compatible. Le dernier article dans ce genre est paru hier dans le site de la BBC: (http://m.bbc.co.uk/news/world-africa-30273807

Ce qui est dramatique c'est qu'aucun des leaders politiques ni des partis de l'opposition démocratique n'a été à la hauteur d'Ennahdha dans ce domaine. On est tenté d'expliquer cela par les moyens financiers dont dispose Ennahdha grâce au Qatar. Certes, mais cela n'explique pas tout.
Sans vergogne
omrane
| 02-12-2014 23:00
Ce monsieur n'a qu'une obsession: se faire nommer ambassadeur de Tunisie aux Usa. Sans honneur, il met toute sa lâcheté au service de cela.
génération 50
à média, média et demi.
| 02-12-2014 16:20
j'étais encore étudiant en 1976 et on nous parlait du lobbying médiatique qui servait ou desservait certaines grandes questions internationales, et s'interrogeait sur la capacité des médias arabes à "conquérir" ce créneau.donc voilà que les "frères" en bons et studieux élèves ont réussis en la personne de Mr masmoudi et en connivence bien sûr avec leurs supporters idéologiques à se frater un chemin pour la "diabolisation" . ceci dit peut on considérer l'intervention du lobbyiste comme étant plus que des commérages et des potins de bas étage sans aucune référence historique ou documentation certifiée. par contre je trouve l'article de si trabelsi argumenté et étayé par des avis de personnalités médiatiques reconnues. je finirais par ce v'u pieux à quand un lobby médiatique capable de donner une "autre vérité" sur les démocraties naissantes
cette histoire des rcdistes , c'est une flop islamophobe
hamahama
| 02-12-2014 16:05
le destin de la Tunisie , ne nous la laisseront pas dans les mains, d'un imposteur aveugle qui n'est ni un vrais démocrate, ni progressiste, ni libéral ni il est symbole de la révolution , c'est un fugitif de plusieurs hopital lui mêmes est Malade , si ce n'est pas par un malheur des jeunes tunisiens qui eux se sont révolté pour leurs noble causes , qui a fait fuir le grand responsable des Rcdistes que nous condamnons tous , mais cela ne veux pas dire a condamnées tous les autres sans des preuves tangible , nous devons laissé la justice transitionnel une fois créé fait son travail , mais pas avec des insinuations au noms de la région , les tunisiens libre ne doivent a aucun cas croire a vos mensonges
pour garder ou le choisir mêmes si cela au détriment de la Tunisie et des Tunisiens , mais comme même avec lui vous avait plus de chance de continuer votre collaboration avec l'intégrisme que vous appelé islamiste démocrate qui n'existe nul part , ce que nous avons vu pendant 3 ans , avec votre protéger Marzouki n'était qu'une alliance dans les doigts des haineux , il ne vau pas la peine
chahid zour
canalou
| 02-12-2014 15:33
il accuse les tunisiens patriotes de la premiere heure det défenseurs de la republique d etre des idiots . Hram alik ya masmoudi ya ikhouani ya ennemi de la republique . ARRETEZ votre sale jeu . Nous avons vote pour la tunisie libre des tentacules de la dictature du petit quatar .Agissez en homme libre digne des amazighs qui veut dire homme libre

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