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Covid-19 vs économie : les chiffres

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Covid-19 vs économie : les chiffres

 

Depuis son apparition dans la ville chinoise de Wuhan, le Covid-19 a touché plus de 150 pays dans le monde. 50 pays africains sur 54, tous les pays membres de l'UE et de l'espace économique européen, le Royaume-Uni, tous les pays d'Asie à l'exception du Tadjikistan et du Turkménistan, les Etats Unis, l’Amérique latine et l’Australie sont touchés. Ce virus ne connait pas de frontières et multiples ses voyages.

S’il atteint les poumons de l’être humain, le Covid-19 va jusqu’à affecter ceux de l’économie mondiale. Le commerce international se trouve d’ailleurs paralysé devant la fermeture des frontières. La Tunisie a fermé ses frontières aériennes et terrestres depuis le 17 mars. Approvisionnement et production vont diminuer face au confinement général.

 

Le Covid-19 et les entreprises 

L’IACE (Institut arabe des chefs d’entreprises) a publié une étude le 1 avril 2020 sur l’impact du Covid-19 sur les entreprises tunisiennes. D’après cette étude qui vise à mesurer l’impact de la pandémie sur l’évolution du chiffre d’affaire des entreprises, plus de ¾ des chefs d’entreprises interrogés ont déclaré que leurs activités sont impactées par la crise sanitaire. Interrogés par l’IACE, 90% des entreprises des services aux particuliers affirment être affectées par la crise sanitaire, ce qui explique une baisse de leurs chiffres d’affaires de l’ordre de 70%.

D’après cette étude menée en mars 2020, le Covid-19 a touché les prix des produits, la demande et l’approvisionnement.

Suite à cette crise sanitaire, 48% des entreprises exerçant dans le secteur des services aux particuliers estiment qui les prix vont diminuer et, 52% des entreprises travaillant dans le secteur des services aux entreprises s’attendent à une diminution de la demande. La diminution de la demander va directement diminuer l’approvisionnement, c’est ce qu’estiment 47% des entreprises qui exercent dans le secteur des services aux entreprises et 27% des entreprises du secteur de l’industrie.

D’après l’IACE, 78% des entreprises estiment que la crise va durer de trois à six mois. 96,7% expriment leur inquiétude quant à l’impact de la crise sur leurs activités pendant les six prochains mois, 88% des chefs d’entreprises sondés ont exprimé leur crainte pour les 12 prochains mois.

 

Le Transport est le secteur le plus touché

Le ministère du Transport a annoncé lundi 23 mars 2020, la suspension des toutes les navettes assurées par les louages, les taxis collectifs et touristiques et a autorisé seulement la circulation des véhicules de transport rural et les taxis individuels, à des conditions. Cette décision va certes diminuer la propagation du Covid-19 dans le territoire tunisien mais elle va affecter les employés de ce secteur qui se trouvent aujourd’hui dans un chômage forcé.

Suite à la fermeture des frontières, le transport aérien a été terriblement affecté par ces mesures. Elyess Mnakbi président-directeur général de Tunisair a déclaré le 12 mars sur les ondes de Mosaïque Fm que « la diminution du nombre de vols vers l'Europe a causé à Tunisair une perte de 20 millions de dinars et que la suspension de la Omra aura engendré un manque à gagner de l'ordre de 16 millions de dinars.

Selon les chiffres publiés par l’Association du transport aérien international (IATA) le 31 mars, « les compagnies aériennes pourraient afficher des pertes nettes de 39 milliards d’euros pour le seul deuxième trimestre ». D’après l’IATA, association qui regroupe 290 compagnies aériennes dans le monde, le trafic aérien a chuté de 14,1% au mois de février 2020 et c’est bien la chute de trafic la plus sauvage depuis les attentats du 11 septembre 2001.

 

Le commerce international affecté par la crise économique

Bien que les recettes d’exportation en Tunisie aient augmenté en 2019 et se sont élevées à 43,9 milliards de dinars contre 41 milliards de dinars en 2018, elles seront certainement impactées par cette conjoncture économique.

40,38% des chefs d’entreprises interrogés par l’IACE dans son étude sur les entreprises ont annulé des commandes à l’exportation et parlent d’une diminution de leur chiffre d’affaires pendant cette crise sanitaire. Selon cette étude élaborée pendant le mois de mars 2020, la moitié des chefs d’entreprises sondés déclarent que leurs entreprises sont confrontées à des difficultés financières.

Lors de son intervention sur Radio Shems Fm le 11 mars 2020, Meher Ben Issa vice-président de la Chambre nationale des entreprises du commerce international (relevant de l’Utica) a déclaré que les transactions commerciales avec la France ont connu un déficit de 400 millions de dinars et un déficit de 300 millions de dinars avec l’Italie entre janvier et février 2020.

La Tunisie qui importe de la Chine plus de 30% des matières premières pour ses usines, a enregistré en février 2020 un déficit commercial colossal de 958.8 millions de dinars. Ainsi, le commerce avec la Chine a enregistré une baisse de 50 millions de dinars, affirme Maher Ben Issa.

 Les transactions commerciales en Tunisie vont être affectées par les mesures de confinement et la fermeture des frontières, sachant que 60% des transactions commerciales de la Tunisie sont réalisées avec la Chine, l’Italie et la France.

 

Le Tourisme paralysé

Le tourisme est l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire. Avec des annulations de vols et de réservations, les agences de voyages sont touchées de plein fouet.

La Tunisie, qui a accueilli 9,4 millions de touristes en 2019, est loin de réaliser ce chiffre en 2020. La France, plus important marché touristique européen pour la Tunisie, compte aujourd’hui plus de 68.000 cas confirmés de Covid-19. C’est aussi l’un des premiers pays à deconseiller les voyages touristiques vers la Tunisie, et ce depuis le 13 mars 2020, trois jours avant la decision de fermeture des frontieres annoncée par le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh le 16 mars 2020 .

Le président de Fédération Tunisienne des Agences de Voyages et de Tourisme  Jaber Ben Attouche a déclaré à la radio Shems FM que 42 voyages à la Omra ont été annulés. « Le coût d’un voyage est estimé à 140.000 dinars, ce qui a causé des pertes totales pour les agences de voyage de 20.000 dinars »

D’après le secrétaire général de l’organisation mondiale du tourisme Zurab Pololikashvili « des millions d’emplois dans le secteur risquent d’être détruits, d’autant qu’environ 80 % des entreprises touristiques sont des petites et moyennes entreprises » . Lors du sommet virtuel du G20 tenu le 27 mars, le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría a affirmé que chaque mois de confinement sucite une perte de 2% dans la croissance du PIB annuel. D’apres Angel Gurria, « le secteur du tourisme est, à lui seul, exposé à une chute de l’activité qui s’élève à 70% ».

 

Chômage du confinement

D’après l’étude de l’IACE sur l’impact du Covid-19 sur les entreprises, la moitié des chefs d’entreprises (61%) interrogés déclarent qu’il est probable ou fort probable de passer au chômage technique, voire la suppression de postes d’emploi.

Dans un communiqué publié le 18 mars 2020, l’Organisation internationale du Travail a estimé qu’une hausse du chômage mondial entre 5,3 millions (scénario le plus optimiste) à 24,7 millions (scénario le plus pessimiste). D’après l’IOT, la crise économique va engendrer la crise de l’emploi avec une hausse du chômage de près de 25 millions dans le monde. L’organisation prévoit également que 8,8 et 35 millions de personnes supplémentaires dans le monde vont se retrouver en situation de travailleurs pauvres.

Dans un communiqué publié le 3 avril 2020 par la Banque asiatique de développement, les conséquences du Covid-19 sur l’économie mondiale pourraient atteindre de 2000 milliards à 4100 milliards de dollars, soit 2,3% à 4,8% du PIB mondial. Dans le même contexte, la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) a estimé que la croissance du produit intérieur brut (PIB)  dans le continent africain pourrait passer de 3,2% à 1,8 % en 2020 pour les mêmes raisons.

 

Faire face à la crise economique

Selon l’economiste et l’ancien ministre de l’economie Hakim Ben Hammouda, pour faire face à cette crise economique, «  il faut faire passer une loi permettant d’ouvrir la possibilité à la Banque centrale de Tunisie de financer directement l’Etat via des bons de trésor, dans des crises exceptionnelles et dans la limite d’un plafond déterminé allant de 5 à 10% des ressources fiscales collectées » a-t-il declaré jeudi 26 mars 2020 sur les ondes d’Express Fm .

En France, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a lancé un plan d'aide pour les entreprises et pour les salariés  de 45 milliards d'euros.

En Italie, un décret d'urgence de 25 milliards d'euros a été adopté le 17 mars pour soutenir l'économie.

Aux Etats Unis, certains economistes ont proposé  la distribution de l'argent aux ménages de 1000 dollars par adulte et 500 par enfant pour faire face à la recesssion et à la crise economique.

 

Rabeb Aloui

 

 

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