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Covid-19 : que pensent les experts des mesures économiques annoncées ?

Temps de lecture : 6 min
Covid-19 : que pensent les experts des mesures économiques annoncées ?

 

L’économie tunisienne souffrait déjà bien avant que ne survienne la pandémie du coronavirus. Les entreprises appréhendaient l’épidémie et ses répercussions. L’annonce du couvre-feu a attisé la crise, le confinement total n’a fait qu’augmenter les craintes des entreprises tunisiennes quant au contenu des mesures d'accompagnement, 80% du tissu tunisien étant composé de TPE et de PME. Mais, les mesures annoncées la veille par le chef du gouvernement ont redonné espoir à bon nombre d’entreprises, même si les avis des experts sont partagés.

 

2019 a été une année difficile et 2020 lui a emboité le pas et cela sans tenir compte de la pandémie mondiale du Covid-19. Sur l’ensemble de l’année 2019, l’économie a enregistré une croissance de 1% mais les résultats préliminaires indiquent que le PIB en volume a enregistré une croissance de 0,1% par rapport au 3ème trimestre 2019. Avec le retard de la prise de fonction du gouvernement et une économie en stand-by, 2020 ne s’annonçait pas mieux. Jusqu’à l’arrivée du Covid-19 dans la région et avant-même son arrivée en Tunisie, les principaux marchés d’export Européens étaient très touchés.

L’annonce du premier cas de contamination en Tunisie a changé complètement la donne, révélant une possible crise sanitaire, qui depuis est devenue réelle. Les informations venues d’Italie n’ont pas été du tout rassurantes avec un nombre de décès de plus en plus important chaque jour, accélérant la prise de décisions drastiques et urgentes pour protéger des vies, mais qui entravaient l’économie.

Certes, la Banque centrale de Tunisie (BCT) avait décidé la baisse du taux directeur de 100 points de base pour se situer à 6,75% ainsi que d’autres mesures exceptionnelles de report de remboursement allant jusqu’au rééchelonnement de crédits, passant par la gratuité du service de retrait par DAB, la suspension de toute commission appliquée sur le paiement électronique et la mise à disposition de cartes bancaires gratuites. Ceci, a été jugé insuffisant par les entreprises qui se trouvent aujourd’hui au bord de la faillite à cause de l'épidémie du Covid-19, comme l’explique si bien le patron des patrons Samir Majoul.

Ainsi, des mesures de soutien aux entreprises tunisiennes, notamment TPE et PME, à la hauteur de la crise, la pire depuis la révolution, étaient donc très attendues. Ce qui a été fait la veille par le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, samedi 21 mars 2020 pour un coût avoisinant les 2,5 milliards de dinars. Au menu, des mesures exceptionnelles, dont certaines très attendues comme la récupération des trop perçus fiscaux dans un délai d’un mois ou la réévaluation des actifs immobilisés à leur valeur réelle, le tout en exonérant la plus-value.

Les entreprises tunisiennes pourront ainsi respirer pendant 3 à 6 mois, avec les reports des échéances fiscales, sociétales et même bancaires. Elles seront aussi soulagées des opérations de contrôle fiscal, étant suspendues, outre le report de toutes les procédures de taxation d’office et d’opposition.

Les entreprises les plus touchées par l’impact de l’épidémie du coronavirus pourront, en plus, bénéficier d’un rééchelonnement de leur dette fiscale pouvant atteindre 7 ans, d’une suspension des paiements des intérêts de retard dus durant une période de 3 mois à compter du 1er avril jusqu’au 30 juin 2020, d’un crédit de TVA sur une période de 6 mois ainsi que d’une suspension immédiate de paiement de toutes taxes, redevances.

Le gouvernement annonce aussi la création d’un Fonds de garantie de 500 MD mobilisé jusqu’au 31 décembre 2020 pour les nouveaux crédits d’exploitation, de gestion et de maintenance accordés par les banques ; la mobilisation d’une enveloppe de 300 MD supplémentaires de soutien et de dynamisation des PME ; la création d’un Fonds d’investissement d’un montant de 500 MD dont l’objectif serait de financer les entreprises, notamment celles évoluant dans des secteurs stratégiques ; la prise en charge par l’Etat de 3 points de pourcentage entre le taux d’intérêt des crédits d’investissement et le taux du marché monétaire ; la création d’un Fonds d’investissement d’un montant de 100 MD à l’initiative de la CDC ou Fonds relais pour le rachat des participations des Sicar dans des entreprises actives dans des secteurs stratégiques et qui éprouvent des difficultés.

Autres décisions, la création par la CDC d’un instrument financier doté de 100 MD pour permettre aux établissements hospitaliers publics d’acquérir des équipements, la suspension du régime de la TVA pour les distributeurs-grossistes de médicaments et les pharmacies, l’amnistie sur les amendes douanières à hauteur de 90% du montant de l’amende constatées ou faisant l’objet d’une procédure douanière avant le 20 mars 2020 et la suspension des indemnités de retard dans l’exécution des marchés publics pour les entreprises impactées par l’épidémie du Covid-19.

Des mesures qui ne tiennent pas compte de celles prises par la BCT telle que la baisse du taux directeur de 100 points de base ou par les établissements de crédit de reporter de 6 mois le remboursement des échéances de crédit échus.

 

Jusqu’à cet instant, les organisations nationales, telles que l’Utica, l’UGTT et l’UTAP, n’ont pas réagi aux mesures annoncées par le chef du gouvernement. Idem pour les partis ou personnalités politiques qui n’ont pas largement commenté les décisions de la veille.

Les experts économiques ont été aussi avares de paroles. D’autres ont à peine commenté les mesures. Ainsi, l'expert-comptable Walid Ben Salah a estimé, ce dimanche 22 mars 2020, dans un post Facebook, que les mesures annoncées sont positives vu les ressources limitées du pays. Il a estimé aussi qu’il y a certaines mesures qui peuvent être améliorées, souhaitant qu’elles ne soient pas sabotées par la bureaucratie.

 

 

L’expert économique et président d’honneur de l’Ordre des experts comptables Nabil Abdellatif pense, quant à lui, que les décisions de M. Fakhfakh comportent les mesures nécessaires, dans l’attente de leur application et leur développement sur terrain. Dans un post Facebook, il a souligné l’importance de s’unir en cette période difficile.

 

 

 

L'expert en économie Moez Joudi a été plutôt dans une approche critique, comme à son habitude, même s’il a soutenu les mesures. Il s’est interrogé sur la source de financement des mesures annoncées, notamment les 2,5 de milliards de dinars, alors que les recettes seront reportées pour des dépenses augmentées.

« Bonne chance, nous sommes tous sur la même barque et nous ne voulons pas qu'elle coule peu importe les circonstances ! », a-t-il affirmé.

 

 

En outre, il revient à la charge ce dimanche matin critiquant vivement le chef du gouvernement, qui selon lui, a quelque peu menacé les grands groupes tunisiens : « S’il a des soupçons ou des doutes quant à l'intégrité de ces groupes, qu'il opère des contrôles fiscaux et qu'il vérifie leur conformité aux lois et aux règles en vigueur. Le langage de la menace et des expropriations doit cesser, c'est ce qui a ruiné le pays ! ».

 

 

M. Joudi a, par ailleurs, souligné le fait que le chef du gouvernement a omis dans son discours d'évoquer les entreprises publiques qui sont dans une situation catastrophique et estime qu’il devait être aussi être plus ferme envers les barons de la contrebande.

 

La Tunisie passe par une situation critique. Sa survie dépend de deux choses, la réussite du confinement et du sauvetage des entreprises tunisiennes, ce qui équivaut au final au sauvetage des emplois et des ressources de l’Etat. Les efforts donc doivent se concentrer sur ces deux objectifs vitaux pour préserver la Tunisie du Covid-19 et de ses retombées néfastes en termes de pertes humaines et de répercussions économiques négatives.

 

Imen NOUIRA

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Commentaires (2)

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bahrila
| 26-03-2020 08:40
il faudrait diagnostiquer , isolé les porteurs et remettre au travail les autres comme en Allemagne , Chorée ,Suède et Palestine occupée.
Si on importe 300.000 tests cela va nous coûter 60 millions de dinars , rien à voir avec le coût actuel du confinement , faisons participer les labos privés et nous pourrons faire plus de 2000 test / jour au lieu des 200 en moyenne actuellement

Léon
| 22-03-2020 23:58
Bien avant le Roi du Maroc et le président Trump, voilà l'appel de Léon au président de la République; quant aux répercutions économiques qui seront bien pires que le coronavirus lui-même, j'en ai parlé depuis des semaines. On traitera sujet après sujet; occupons-nous maintenant du coronavirus.

Léon
| 21-03-2020 14:11
Monsieur le Président,
Je vous envoie un avis circonstancié du scientifique que je suis, et qui présente l'une des plus grandes singularités en Tunisie: Etre un Haut diplômé grâce à l'instruction bourguibienne, et haut fonctionnaire d'état en France dans l'une des plus illustres places scientifiques du monde et qui, n'a pas rejoint les appels "dégagistes" de ses collègues tunisiens "bienpensants" et applaudi une révolution dont on a vu le triste résultat aujourd'hui.

Quand la vie de mes concitoyens est en danger, je ne peux faire autrement que laisser de côté tous mes à-priori et ma résistance contre l'occupant qui manipule les tunisiens, depuis le plus simple citoyen, jusqu'aux plus hauts décideurs. Je préfère en ces temps graves, procurer mes conseils à nos dirigeants que je combattrai plus tard avec la plus grande fermeté, une fois que ce sale virus aura définitivement quitté notre pays.

Monsieur le Président; alors qu'aucune alternative à la chloroquine n'est aujourd'hui disponible, certains chefs d'états de pays dits "développés" préfèrent voir mourir leurs citoyens plutôt que de mettre en péril un éventuel vaccin qui ferait des bénéfices énormes aux laboratoires pharmaceutiques et qui, de surcroit, serait produit par un laboratoire israélien (sachez monsieur le président, que je ne suis pas antisémite, mais un anti-Finance-mondiale contre laquelle la Main de Dieu vient de s'abattre; mais ils n'entendront jamais la providence, jusqu'à la fin de l'humanité).
Je ne comprends pas par quelle logique, une thérapie qui a certainement été utilisée (du moins confirmée) en Chine, et qui a l'aval d'un grand virologue français, non sorti des cercles parisiens suffisants et prétentieux, et qui, aussi bien en laboratoire que sur le terrain, a fait ses preuves, n'est toujours pas utilisée, alors qu'elle n'a pas d'effets secondaires significatifs, et qu'il n'y a, à ce jour, aucune alternative concurrente.
Au mieux, elle guérira 75% des personnes comme elle le prétend, au pire elle permettra d'étaler le pic de la pandémie afin de ne pas saturer les lits d'hôpitaux.
Si vous voulez mon avis, monsieur le Président, c'est tout simplement parce qu'elle ne coute que 20 cts d'euros par jour et par patients. Elle dissipe tous les espoirs des laboratoires qui voient en ce malheur viral, une aubaine pour remplir leurs comptes en banque respectifs. S'il y a une seule organisation criminelle en termes d'éthique dans ce monde, c'est bien Monsanto et les laboratoires pharmaceutiques.
Si le coronavirus démarre en Tunisie, n'attendez pas qu'en France les dirigeants décident d'autoriser le traitement du docteur Raoult, certainement utilisé en Chine, pays qui n'a eu moins de morts qu'en Italie avec une population 23 fois plus importante, et de surcroit le premier foyer de l'épidémie.
Ayez le courage de prendre la décision, et de tirer la chasse sur tous ceux qui s'emploient à voir mourir leurs propres populations sans rien faire, sous prétexte que l'on ne peut faire confiance à la Chine (qui a réussi là où ils ont échoué), et à un virologue marseillais à l'accent marseillais si peu "sérieux" pour endiguer à lui seul une pandémie.
Prenez la décision monsieur le président. Faites preuve d'indépendance. Les autres peuples du monde demanderont des comptes à leurs dirigeants en vous donnant comme exemple. En cas d'échec, vous serez protégé par deux choses: Les observations chinoises et les résultats du Dr Raoult.
Vous serez surtout protégé par le bon sens qui dicte aux responsables dignes de ce nom, que lorsqu'il n'y a pas d'alternative, on donne ce qu'il y a en attendant mieux. A savoir une thérapie qui a quand même donné des satisfactions (17 patients sur 24 complètement guéris en 6 jours, soit 75%, contre 10% sans traitement).
Je ne dis pas que cela marchera, mais cela a de grandes chances de marcher, alors que si l'on ne fait rien, on n'aura rien.
Allez-y monsieur le Président. Trump l'a demandé et il a raison. Alors n'hésitez pas. Appuyez vos décisions par les avis circonstanciés d'anciennes références sérieuses de l'institut Pasteur de Tunis comme le Pr Dellagi, en leur demandant de ne pas passer par les avis de leurs collaborateurs étrangers. Il s'agit d'un problème de décision souveraine et personne n'est responsable de la décision de l'autre.
Si d'ici-là un autre traitement tombe, c'est tant mieux. Vous aurez quand même contribué à sauver quelques vies.

Léon, Min Joundi Tounis Al Awfiya;
Résistant.

VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.

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