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Chroniques
Consultation entre guillemets
Par Ikhlas Latif
28/01/2022 | 17:45
4 min
Consultation entre guillemets

 

Que celui qui pense encore que la « consultation » présidentielle et non nationale, comme on tente de nous le faire gober, est une merveilleuse opportunité pour que la voix du peuple s’exprime, me jette la première pierre.

 

Comme chaque jeudi ou presque, le chef de l’Etat nous gratifie d’un monologue émaillé de regards assassins et de phrasé menaçant pour commenter l’actualité et surtout cracher ce qu’il compte accomplir. Il était on ne peut plus clair, cette fois-ci, sur les intentions de la « consultation » électronique. Déjà pour ne pas déroger à la règle, il a commencé par crier au complot du fait que certaines parties ont tenté par tous les moyens d’entraver la chose. Qui ? Quand ? De quelle façon ? Celui qui détient les pouvoirs entre ses mains ne le dit pas, la transparence ne brille pas de mille feux à Carthage. Donc, on a tenté de lui mettre des bâtons dans les roues, toutefois les méchants n’ont pas trop réussi parce que le président se permet de nous annoncer des résultats préliminaires dont il se réjouit. Un régime présidentiel à 82%, le vote sur les personnes à 81%, pas confiance en la justice à 89%... Du sur-mesure.

Des pourcentages délibérément présentés au public dans le seul but d’anticiper les critiques des contradicteurs. Ce n’est pas moi, c’est la volonté du peuple qui s’est exprimée, semble-t-il nous dire, et ça tombe bien si ça colle, au grand hasard des choses, avec mon propre projet. Osez dire que les questions de la « consultation » sont biaisées, osez aller à l’encontre de cette volonté, osez donc…vous serez l’ennemi du peuple. Le président a délibérément donné « les résultats » qui concernent le système politique ou la justice et a mis de côté toutes les autres questions qui paraissent, du coup, secondaires. On est au cœur même de son projet qui veut d’un régime présidentiel où le chef de l’Etat détiendra tout le pouvoir exécutif avec un parlement aux pouvoirs limités.  

 

En nous présentant ces chiffres, le président se dévoile un peu plus et ne laisse aucune marge aux spéculations et surtout à la contestation de ce qui va advenir. Par le truchement de cette « consultation » ou référendum, comme il aime parfois à la qualifier, Kaïs Saïed se donne les moyens de dire que les Tunisiens sont en accord avec sa vision, que les orientations générales résultant de cette entreprise confèrent à sa conception une légitimité populaire, que cela suffirait à passer aux étapes suivantes. Et si ce n’est pas assez, il pèse de tout son poids pour influer sur le processus et orienter les indécis sur les cases à cocher. C’est tout bénéf ! Les résultats de la synthétisation des réponses sont de prime abord connus. Il nous joue en quelque sorte la politique du fait accompli.

 

C’est que Kaïs Saïed s’adosse sur la « consultation » et estime qu’il obtient son chèque en blanc populaire pour lancer en toute légitimité son projet politique. Il pense en tirer cette légitimité populaire et se permettre ainsi d’éviter conciliabules et dialogues en dehors de ce qui l’arrange. Organisations ou partis, qui sont restés dans le giron présidentiel avec certaines réserves, seront acculés à réviser le seuil des revendications et des propositions et leur marge se restreindra au cercle que Saïed aura bien voulu leur dessiner.

Mais puisque nous sommes en plein dans l’ère de la désinformation et des faits alternatifs, le chef de l’Etat a omis un détail assez important. C’est que en réalité, à peine plus de cent mille citoyens ont participé à la « consultation » sur les neuf millions de Tunisiens appelés à remplir le formulaire. C’est le bide ! Autrement dit, c’est près de 99% de la population qui s’en désintéresse. Dans ce cas, cent mille ne peut être considéré comme un nombre duquel on peut tirer des résultats préliminaires ou même des tendances. Ça ne peut même pas être un échantillon représentatif de la volonté du peuple, à moins bien sûr, qu’on ne veuille consulter que le peuple saïedien.

 

« Chaque jour, ils mentionnent sur les colonnes des journaux « la consultation électronique » entre guillemets, alors qu’il aurait été mieux s’ils se mettaient eux-mêmes entre guillemets ». Ainsi s’était adressé le président aux journalistes sceptiques face à ce projet. Les guillemets, on les maintient et pas qu’un peu.

Par Ikhlas Latif
28/01/2022 | 17:45
4 min
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Commentaires
BI
Referendum chez les Beni Hilel aussi?
a posté le 30-01-2022 à 21:12
Pourquoi le referendum en Allémagne est un tabou ? Parce que les politiciens ne font pas confiance à leurs citoyens ou parce que L'Intelligentsia en Allémagne sait très bien que ça ne peut qu´aboutir à des catastrophes?
On sait déjà ce que la majorité apolitique décidera quand on demandera à cette population :
"'?tes-vous pour le rapatriement des étrangers dans leurs pays d´origine? ou
"Faut-il interdire l'Islam en Allemagne ?" ou
"Faut-il quitter l´EU ? " ou
"Faut-il que l'Allemagne quitte la zone euro ?" ou
"'?tes-vous pour une sortie de l'Allemagne de l'OTAN ? ou
"faut-il prendre aux chameliers leur pétrole et leur gaz par la force ?".

Je vous laisse d´imaginer les réponses : Probablement qu'une majorité dans un referendum nous répondra par un "OUI".

C'est encore pire quand on pose des questions vitales de la société à un peuple aussi ignorant que le nôtre...

Le référendum ne sera qu'une masturbation continue pour quelques pseudo-intellectuels qui s'ennuient chroniquement...
Fares
L'invasion de l'Autriche
a posté le 30-01-2022 à 17:29
Le lendemain de l'invasion de l'Autriche, un certain Adolf Hitler a tenu un référendum pour sonder les autrichiens, savoir s'ils sont pour ou contre cette invasion, enfin le mot annexion a été utilisé. Plus de 97% des autrichiens étaient pour.

Ce référendum a permis au Fuhrer d'entamer toutes les horreurs qu'on connaît et tout ayant la conscience tranquille.

Les dictateurs ont changé, mais les moyens restent les mêmes.
MH
Ce qu'on appelle un plébiscite
a posté le à 18:44
Merci pour cette info. Je suis allé me documenter sur wikipédia, voilà ce qu'on peut lire: "Totalement attaché à l'indépendance de son pays, mais soumis à des pressions grandissantes, le chancelier autrichien, Kurt Schuschnigg, tente d'organiser un référendum pour demander à la population autrichienne si elle souhaite rester indépendante ou être incorporée à l'Allemagne. Alors que le chancelier espère un résultat favorable au maintien de l'indépendance de l'Autriche, l'Allemagne nazie exige l'annulation du plébiscite et la démission de Schuschnigg le 11 mars 1938, peu avant le référendum, qui est annulé. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le 12 mars 1938 pour mettre en '?uvre l'annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l'Autriche au Reich, qui, de facto, a déjà eu lieu : 99 % des votes ont été favorables à l'annexion."
Conclusion suivant qui organise le référendum le résultat peut basculer d'un coté comme de l'autre. KS comme les nazis, organise un référendum sous la contrainte, forcement le résultat ne peut être à la fin que 99%. Un Plébiscite en bonne et due forme !! Pour l'instant il a 82%, il n'est pas loin de son objectif !!
Fares
@MH
a posté le à 21:11
Merci pour les détails. J'ai lu l'histoire de ce référendum dans un livre: "L'ordre du jour" par Eric Vuillard. Le livre traite principalement de l'invasion de l'Autriche par le 3 ème Reich et évoque toutes les pressions qui ont été exercées sur Schuschnigg avant de le forcer à démissionner et à le remplacer par un nazi. Le livre parle du référendum organisé par Hitler dans un petit paragraphe, je n'ai pu m'empêcher en le lisant de faire le parallèle avec "la consultation".

Les résultats ce cette "consultation" n'ont aucune valeur puisqu'elle n'a pas été organisée par un organisme indépendant. Peut-être que la populace sera dupée, mais certainement pss les pays étrangers et encore moins le FMI. Une perte d'argent et de temps.
Gg
J'en rêve!
a posté le 29-01-2022 à 19:38
Des élections ou des référendums par Internet, j'en rêve!
Finies les journées et les soirées devant les urnes ou à compter des bulletins.
Le seul hic, et il est gros, il faut que tout le monde puisse utiliser Internet. Et c'est loin d'être le cas, beaucoup de citoyens ne sont pas équipés ou ne savent pas l'utiliser.
Mansour Lahyani
Bravo, Ikhlas, mille bravos !
a posté le 29-01-2022 à 14:28
Il faut, IMPERATIVEMENT, maintenir tous les guillemets qui s'imposent, comme lorsqu'un quidam - fût-il un autocrate imbu de sa petite personne et en proie au sur-développement de son égo exacerbé - cherche désespérément à s'accrocher aux branches de sassafras qu'il a inconsidérément agitées, sans savoir dans quel tunnel il engageait la nation !!
retraité
consultation moderne
a posté le 29-01-2022 à 08:55
la consultation préconisée par président est une consultation moderne utilisant les moyens modernes d'internet et de l'informatique et sans frais financiers pour la communauté nationale est une expérience en soit les détracteurs peuvent la boycotter c'est leur droit mais ils ont raté une occasion d ' exprimer librement en gentlemen leurs idées plutôt de manifester sur la voie publique ou de courir sur les médias pour dénoncer cette expérience inédite dans le pays d'autant plus que les sujets traités sont variés la politique , le social , les finances la santé publique , l'éducation ,le developpement de toutes les régions du pays et l'amélioration du niveau de vie des citoyens .Les résultats de cette consultation doivent être certifiés par une commission d'experts indépendants et qui seront la base de travail de la commission nationale qui doit rédiger les réformes dans tous les domaines : constitution , régime politique , loi électorale loi des partis politiques et leurs financements , politique économique financière sociale sanitaire éducation et formation , investissements et développements dans toutes les régions du pays sécuritaire et migration étrangère politique extérieure et coopération etc le tout sera soumis au peuple par référendum pour acceptation ou refus les mauvais résultats de ces dix dernières années nous obligent à éviter les partis politiques et les politiciens qui ont ruiné le pays et sa population . citoyens et citoyennes participez à cette consultation pour assurer une vie meilleure à vous et à vos enfants les malheur du pays sont les conséquences du système politique conçu par les islamistes et leurs alliés de l'époque sans consultation populaire par référendum .
MH
Bonjour retraité
a posté le à 12:44
Ce que vous dites est bien beau, sauf qu'en réalité ça ne se passe pas comme ça. Cette consultation ou référendum (appelez la comme vous voulez) est une mascarade, une arnaque ! Quiconque ne le voit pas ainsi est bien naïf. Le président s'en sert d'argument pour faire passer son projet, qui d'ailleurs aujourd'hui encore on n'en sait rien. Imaginez un instant, que le résultat intermédiaire de ce sondage donne le contraire, i.e. un régime présidentiel à 18%, le vote populaire à 19%, pas de confiance dans la justice à 11%, soit l'inverse de ce qu'il veut voir. Aurait-il le courage de l'annoncer publiquement ? Jamais !! En temps normal, on n'annonce jamais les résultats d'un vote (ou sondage) en cours de route car cela peut influencer les opinions. Ce sont les BAB de la démocratie. '?videmment, ce président est tout sauf démocrate. Il croit plutôt au chef autoritaire, au guide suprême, au Zaim ou au Raïs à l'ancienne. Ce personnage est tout sauf moderne, il vient d'un autre âge révolu. Rien que pour ça, La Tunisie n'est pas sur la bonne voie.
Mes salutations.
AJ
Merci!
a posté le 29-01-2022 à 00:43
J'aime vous lire! '?criture très intelligente.Merci
DHEJ
BHIMCOP gouvrne le pays...
a posté le 28-01-2022 à 18:36
Après le désastre déjà vécu plus de désastre!

La renaissance des cendres?!