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Comment Nidaa tounes tente de reprendre la main sur la scène politique

Temps de lecture : 5 min
Comment Nidaa tounes tente de reprendre la main sur la scène politique

La proposition formulée le 8 juillet 2014 par Béji Caïd Essebsi, président de Nidaa Tounes, concernant les élections a été un pavé jeté dans la mare politique tunisienne. Cette proposition a provoqué diverses réactions de la part des partis politiques oscillant entre refus total et adhésion cachée. Toutefois, Béji Caïd Essebsi a suggéré de reporter les élections pour reprendre la main sur la scène politique après la proposition nahdhaouie de "président consensuel".

C'est un vrai bras de fer qu'Ennahdha a engagé avec Nidaa Tounes par la proposition d'un président de la République consensuel. Les caractéristiques voulues par Ennahdha pour ce président sont telles que Béji Caïd Essebsi ne peut occuper ce poste. Par conséquent, le parti islamiste a clairement dévoilé son intention d'isoler Béji Caïd Essebsi autant que faire se peut.

La proposition de BCE de proroger les délais d'inscription et de là, de reporter le deuxième tour de la présidentielle se base sur un constat simple : Les inscriptions aux élections vont à un rythme extrêmement lent de sorte que les 4 millions d'électeurs qui avaient voté en octobre 2011 sont sensiblement restés les mêmes. Cette situation fait craindre à Nidaa Tounes une seconde victoire du parti Ennahdha. Sachant que 4 millions de personnes ont la possibilité de s'inscrire pour devenir de nouveaux votants, les craintes de Nidaa Tounes semblent justifiées.

A travers cette proposition, Nidaa Tounes a réussi à reprendre l'initiative sur la scène politique vis-à-vis de parti islamiste Ennahdha. La demande de report est devenue la pomme de discorde des partis politiques tunisiens qui se sont, en majorité, empressés de réagir. Le CPR a été le plus rapide pour rendre public un communiqué virulent à propos de cette proposition exprimant son refus total de toute modification du calendrier électoral. L'ancien allié de Nidaa Tounes, le parti Al Joumhouri, lui a emboité le pas à travers son porte-parole, Issam Chebbi, qui a déclaré sur Mosaïque FM le 9 juillet 2014 que cette proposition était une tentative pour déstabiliser le processus démocratique en Tunisie.

En fait, c'est l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) qui cristallise les critiques. Pour Nidaa Tounes, cette instance est la première responsable de l'échec de l'opération d'inscription. Le parti de Béji Caïd Essebsi la soupçonne même de connivence avec Ennahdha qui serait, selon eux, le grand gagnant d'un fort taux d'abstention. Dans la conférence de presse tenue par Béji Caïd Essebsi le 8 juillet 2014, il a clairement déclaré que si les choses en restaient là au niveau des inscriptions d'électeurs, ce serait Ennahdha et ses acolytes qui pourront reformer la troïka et prendre le pouvoir en Tunisie. "Quelle utilité de faire des élections dans ce cas? Autant demander à la troïka de reprendre le pouvoir tout de suite !".

Cette attitude a été qualifiée d'anti-démocratique car elle refuse d'avance le résultat des urnes et met en doute l'intégrité de cette instance sans apporter de preuves tangibles. C'est ainsi que les porte-flingues du CPR ont dégainé les premiers, comme d'habitude. Imed Daïmi, secrétaire général du CPR, s'est empressé de pointer le caractère anti-démocratique de cette proposition. M. Daïmi a déclaré être étonné de voir un parti qui occupe les premières places de sondages d'opinion achetés demander à reporter les élections. Et d'ajouter : "La campagne de mise en doute que subit l'ISIE traduit le manque de confiance de certains partis en eux-mêmes, aux Tunisiens et aux urnes". Tarek Kahlaoui y va également de son analyse en disant sur sa page Facebook que Nidaa Tounes est un danger pour la démocratie. le président de l'ITES (Institut tunisien des études stratégiques) écrit que Nidaa Tounes et ses alliés mettent en doute l'indépendance de l'ISIE pour ensuite reporter les élections sous le prétexte du faible nombre d'inscrits. Il ajoute que ces personnes ont tenté par le passé de renverser tout cheminement qui passerait par les urnes en justifiant ceci par le fait que la troïka ne veut pas d'élections. "La réalité existante aujourd'hui est que plus nous approchons des élections, plus ils envoient des signaux qui montrent leur volonté de ne pas aller aux élections. Toute crise qui pourrait arriver à cause du terrorisme ou à cause de la situation économique représentera une occasion pour annuler le cheminement et non une raison de le préserver" a-t-il expliqué.
Ennahdha de son côté, a clairement déclaré que le calendrier électoral était une ligne rouge à ne pas franchir. Son porte-parole officiel, Zied Laâdhari, a exprimé une position assez diplomatique en attestant du constat d'échec du processus d'inscription. Toutefois, le calendrier électoral, fixé après de longues tractions, ne saurait être modifié à ce stade.

D'un autre côté, le Front populaire a apporté son soutien à cette initiative sans pour autant parler explicitement de report des élections. Hamma Hammami a également demandé une prorogation des délais d'inscription à partir du même constat d'échec de l'ISIE établi par Nidaa Tounes. Au cours d'une conférence de presse, le parti a présenté une série de propositions visant à améliorer le processus d'inscription parmi lesquelles l'implication des bureaux de poste dans ce processus étant implantés dans les régions rurales reculées.

Concrètement, la proposition de Nidaa Tounes de reporter les élections a peu de chances d'être matérialisée sur le terrain pour deux raisons principales. La première est que les délais d'inscription et les dates des élections ont été fixés en vertu d'une loi approuvée par l'ANC. Tout amendement ou changement de la loi électorale serait, non seulement bloqué par la majorité parlementaire d'Ennahdha, mais prendrait beaucoup de temps. La deuxième raison concerne le gouvernement de technocrates qui a pris l'engagement de tenir ses élections dans les délais. L'adoption hypothétique de cette proposition impacterait directement la crédibilité du gouvernement qui vacille déjà.

Béji Caïd Essebsi et les ténors du parti Nidaa Tounes sont conscients des entraves possibles à cette proposition. D'ailleurs, Chafik Sarsar, président de l'ISIE, a clairement déclaré le 10 juillet qu'il serait difficile de mettre en œuvre une telle proposition. En fait, cette proposition vise à recentrer l'attention de l'opinion publique sur l'ISIE et sur le début de l'opération électorale, jugé défaillant par Nidaa Tounes. Accessoirement, elle permet de replacer le parti de Béji Caïd Essebsi au centre de l'échiquier politique en reprenant la main après la proposition de "président consensuel" formulée par Ennahdha. La partie d'échecs politique entre Ennahdha et Nidaa Tounes s'enrichit ainsi d'un nouveau "coup" en attendant la riposte que pourra formuler le parti islamiste. Le danger pour Nidaa Tounes étant d'élargir le fossé qui le sépare de ses alliés potentiels aux prochaines élections.

Marouen Achouri

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Commentaires

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lotfi
| 14-07-2014 13:31
Pour ce faire, un seul et unique moyen, les élections. Dans ce cas et pour une fois la majorité silencieuse n'a qu'à abandonner pour une fois ses vacances et se sacrifier pour son pays en allant tout simpàlment aux urnes. C'est primordial et impératif de sauver notre pays et de barrer ainsi la route aux khwanjias et autres terroristes qui ne demandent qu'un fort taux d'abstention.
N.B sarsar est un nahdhaoui pur et il fera tout pour faire vancre ennahdha. ATTENTION

roufa
| 12-07-2014 00:54
La crainte d'un fossé qui s'élargirait entre lui et les partis de son camp est de peu d'intérêt pour les vieux loups de la politique comme BCE.
Pour rappel: les primaires socialistes en France, puis les conditions posées aux futurs ministres sous Hollande, la règle simple est: que le meilleur gagne. Ensuite, il y a possibilité de voir.
Il me semble que BCE et compagnie, qui ne sont pas des francophobes (pour ainsi dire), s'inspirent du sincère, du réellement démocratique dans la politique, et ne font pas du chilè-bilè, comme voulait le faire pour les présidentielles, ce gros amateur que vous savez.

TAMAZGHA
| 11-07-2014 20:09
Chez nous les hommes politiques sont coriaces et presque immortels du moins pour le moment car bientôt la génétique nous produira des hybrides permanents , des hybrides de nos politiciens vieillissants mais qui s´accrochent au pouvoir.

Prendre sa retraite une fois un certain âge passé est impensable chez nous, c´est pourquoi nous assistons à ce cirque éternel.

De bon vieux copains de la vieille nous offrent la même comédie. Ces valeureux vieillards ont survécu aux dinosaures. Et vont nous survivre.

L´intéressant est que les mêmes scènes, les mêmes conflits, les mêmes coups-bas ou les mêmes intrigues se répètent.

Du déjà -vu et du déjà-lu.

En effet lire cet article daté du 10-07-2014 sur Nidaa c´est comme lire un article daté des années 1970 . Rien de nouveau.

On raconte qu´un vieil homme politique au Maroc, un vieux de la vieille était mort à un âge très avancé.

Deuil national, pleurs et cérémonie.

Une vieille dame pleurait plus que toutes les autres à chaudes larmes. Dans un marché de campagne, un souk dans une région enclavée.

Un jeune homme qui avait fumé un joint s´approcha de la pleureuse et cria:

-Tais-toi la vieille, pourquoi tu es en train de pleurer comme ça ?!

-Mais le crieur public a annoncé la mort de
Si K., sanglota la vieille.

-Et alors?! Même le Prophète Sidna Mohammed est mort aussi , et alors? répondit le jeune.

Alors la vieille jeta ses habits et redoubla ses cris:

-Quoi? Sidna Mohammed notre Prophète est mort aussi ?

Loin de ces scènes politiques animées par de vieux renards il existe le monde réel du peuple qui en fait ne demande que de la dignité.

skywalker
| 11-07-2014 15:55
Petit Peuple de Gueux et de Gueuses !

L'ISIE étant saboté de l'intérieur, le désintérêt des Tunisiens, pour la politique et les Elections, Climat délétère dans le pays, terrorisme, fascisme religieux, incompétence et j'en passe...tout cela préparé par les Bons soins de la Troika, vont conduire à votre perte...Les élections donneront une majorité courte à Ennahdha assorti de quelques acolytes minoritaires pour reformer une Troika Bis, ce sera alors pour vous...Je dis bien pour vous, la descente aux Enfers !! une somalisation de le Tunisie, vos filles seront vendus aux marchés du Jihad el Nikah, vos bien seront spoliés, votre honneur bafoué et s'en suivra une mort lente et douloureuse, les denrées se feront plus rares, l'économie sera au point mort, et s'en suivra une destruction massive du système éducatif, de santé ...En tant que peuple de Gueux et Gueuses vous serez dirigés par des opportunistes mesquins qui se feront un plaisir de faire tout ce qu'ils vous interdisent de faire.
Après cette mise en bouche, vous allez supplier dieu en secret d'écourter votre espérance de vie, le suppliant même d'être damné en enfer, car vous le trouverez paradisiaque, en comparaison à vos choix minables dictés par vos cervelles de Gueux et Gueuses !

Votre Descente aux Enfers est imminente !

TOUNSI 56
| 11-07-2014 13:14
Voila la démocratie à la tunisienne, puisque nida touness n'est pas prêt pour les élections , donc il faut mettre les battons dans les roues, j'èspère qu'on n'utilise pas la fameuse vespa ! ! :

REFLET
| 11-07-2014 11:04
En ce moment, à Ghaza les victimes tombent par centaines et le sang Palestinien coule à flot,
A Sidi Bou Said, les esclaves des USA et serviteurs du Sionisme sont à table et se gavent en leur tournant le dos.
Je n'ai plus confiance à ces traître et à ces tarés.

ZZZ
| 11-07-2014 10:29
il est primordial d'avoir l'initiative pour ne pas subir les événements.En tout état de cause,l'activisme de Nida Tounes et surtout de M.BCE a eu un premier succès qui est l'acceptation par l'ISIE de proroger le délai d'inscription des électeurs au delà du 22/07/2014.

rz
| 11-07-2014 09:40
Votre photo: UN SAGE contre UN LOUP!

rzouga
| 11-07-2014 09:13
Des nouveaux électeurs pour les prochaines échéances? il ne faut pas trop rêver.Il n'y a que 4 millions d'électeurs motivés, le reste sont occupés par les problèmes quotidiens, le futur n'ont même pas le temps d'y penser.
Donc morale de l'histoire: il faut s'occuper des 1,5 millions de votes égarés, dissipés la dernière fois et qui ne sont pas islamistes pour qu'ils ne s'égarent pas une 2 eme fois et le tour sera joué.
Sinon la troïka sera de retour et la faillite du pays avec.La composition de la nouvelle troïka n'est pas nécessairement la même , il y a d'autres partis islamistes qui se cachent derrière des noms laïcs que tout le monde connait et qui pourront faire bloc avec la nahdha et pourront arracher la victoire.
Que font les partis démocratiques???
Il va falloir bien réfléchir, alors qu'il est encore temps, sur les priorités du moment et que chacun reprenne son bâton de pèlerin pour reprendre l'initiative ensemble et l'ex. de l'été 2013 ne peut que vous guider dans la bonne direction: le bien du pays.

librexp
| 11-07-2014 09:07
Demandez à Ennahdha de commencer par des élections locales pour virer ces vermines et vous allez voir la réponse

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