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Chroniques
Comme ses prédécesseurs, Kaïs Saïed est le produit du système
Par Sofiene Ben Hamida
05/12/2021 | 16:59
4 min
Comme ses prédécesseurs, Kaïs Saïed est le produit du système


Par Sofiene Ben Hamida

 

Contrairement aux apparences, Kaïs Saïed n’est pas un antisystème. Toute sa démarche vise à se trouver une place, à se frayer un chemin au sein d’un système dont il est le pur produit et qu’il incarne à merveille.

 Tôt ou tard selon certains, très bientôt selon d’autres, son discours mystificateur jusque-là ne lui sera plus d’aucun secours et il sera obligé de se révéler sous son vrai visage : un président comme ses prédécesseurs, imbu de sa personne et obnubilé par le pouvoir. Seulement, la logique systémique exige de se plier à certaines de ses contraintes. Pour préserver sa pérennité, un système veille au bon fonctionnement de toutes ses composantes. C’est pourquoi il ne serait pas surprenant que Kaïs Saïed cherche dans un avenir proche à se défaire de son discours « jusqu’auboutiste » actuel pour aller dans le sens d’une réconciliation avec le paysage politique et une cohabitation pacifique entre ses différents acteurs sur la base d’un accord sur des règles précises et concertées. Une sorte de « tawafok » comme l’ont fait d’autres avant lui.       

 

Ce dimanche 5 décembre 2021, le président de la République Kaïs Saïed a commémoré le 69ème anniversaire du décès du leader national Farhat Hached. Outre le fait que Kaïs Saïed et Noureddine Taboubi se sont à peine adressé la parole, la cérémonie a été un remake des cérémonies précédentes. Les mêmes détails, les mêmes postures, les mêmes invités, le même protocole, comme si le temps s’était figé. Voilà des décennies que les uns et les autres reproduisent inlassablement, tous les ans, à la même date et au même lieu, les mêmes gestes. La force d’un système réside, avant tout, dans sa capacité à créer ses propres automatismes et ses propres rituels. En commémorant cette cérémonie, Kaïs Saïed a voulu marquer son territoire et dire aux syndicalistes, surtout leurs dirigeants, qu’il reste toujours le chef. Mais en présidant la cérémonie, dans le strict respect des moindres détails de son rituel, il se soumet au système indépendamment de la position qu’il y occupe.

Au cours de cette semaine, d’une manière unilatérale, le président Kaïs Saïed a décidé, par décret, que la fête de la révolution sera célébrée désormais le 17 décembre et non le 14 janvier. Un geste qui semble anodin mais tellement important pour la pérennité du système.

 

Il est évident que tout président de la République qu’il est, Kaïs Saïed n’a pas les compétences nécessaires pour trancher ce genre de questions. L’écriture de l’histoire est l’affaire exclusive des historiens. Mais comme le système a toujours besoin de repères, de balises pour guider son mouvement, il cherche toujours à créer sa « petite histoire » qui se maintient le temps que prendra le système à consommer son acteur principal, l’user et le remplacer par un nouvel acteur principal avec de nouveaux repères et de nouvelles balises.

 

Avant Kaïs Saïed, Habib Bourguiba, le combattant suprême, avait lui aussi tenté d’écrire l’histoire et jalonner le système qui a perduré 31 ans par ses propres balises. Son retour d’exil était « la fête de la victoire ». Son anniversaire était l’occasion d’un festival/carnaval qui durait des semaines entières. Son éviction du pouvoir a automatiquement balayé ces balises farfelues de l’ère Bourguiba.

Zine Abidine Ben Ali, l’artisan du changement, avait lui aussi cherché durant les 23 ans de son règne, à se créer ses propres balises. Les fêtes du 7 novembre étaient célébrées en grande pompe et avec la contribution, de gré ou de force, de toutes les institutions de l’Etat et de toutes les franges de la société tunisienne. Elles étaient l’occasion pour beaucoup d’entristes de faire étalage de leur mesquinerie et de leur petitesse de larbin. Le départ de Ben Ali à l’étranger le 14 janvier 2011 a mis fin, naturellement, à cette fête artificielle mais combien importante pour son pouvoir.

 

La décision de Kaïs Saïed de célébrer la révolution tunisienne le 17 décembre est donc une décision insignifiante pour le pays mais tellement importante pour lui pour baliser son pouvoir. D’autres balises seront créées qui résisteront, comme pour ses prédécesseurs, la durée de son bail à Carthage.    

Par Sofiene Ben Hamida
05/12/2021 | 16:59
4 min
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Commentaires
xxx
dommage !
a posté le 12-12-2021 à 11:04
J'aurais aimé vous croire !
Bonjour Mr RBH, personnellement autrefois lecteur d'un valeureux magazine Jeune Afrique, au temps du regretté Feu Béchir Ben YAhmed.
Oui, c'était la bonne école, toujours en quête de nouvelles du pays.
La nouvelle technologie hi Tech est de notre quotidien, le numérique l'outil indispensable à toutes évolutions certes !
'? moins que je me trompe, grands nombres de lecteurs certainement l'ont remarqué, certains ont abdiqué ne plus commenter par ce ZELE permanent du modérateur à sa convenance le superman qu'on est démunis pour réclamer quoi que ce soit et manifester notre mauvaise humeur par ce comportement à la Pinochet !
Je Dis l'ensemble du staff de B N ne porte pas Kais Saied dans son c'?ur « exception faite Mme Synda Tajine » « le mal aimé » le salir l'accuser de dictateur ! '? preuve du contraire il n'a jamais à présent censuré l'apparition d'aucun journal, quotidien ou hebdomadaire, libre à vous hommes de presse, écrivez tout ce qui vous semble " informer" caricaturez, le champ est libre choix !
Nous Lecteurs on est tenu à avaler les couleuvres sans broncher !
Exemple : Mr Soufiene Ben Hamida censure systématiquement mes commentaires, il ne veut absolument que je dise quoi que ce soit !
Je pense toujours qu'il porte en lui les stigmates de l'ancien système.
Malheureusement. Cordialement Mr RBH
XXX
@ S B H
a posté le 11-12-2021 à 00:37
Pour rappel, le Prix Lina Ben Mhenni pour la liberté d'expression est à sa deuxième session. Il a été créé en 2020 sur initiative de l'Union européenne pour consacrer les valeurs communes entre la Tunisie et l'UE et pour rendre hommage au combat de Lina ainsi que pour soutenir les combats menés par toutes les voix libres.
EL OUAFI
Mr Ben Hamida
a posté le 07-12-2021 à 21:24
D'après vous comment sortir de cet imbroglio justicio-constitutionnel ?
EL OUAFI
Mr ben Hamida
a posté le 06-12-2021 à 21:28
Une excellente chronique, Mr ben Hamida, bravo, je vous félicite, très très et même sublime dorénavant je ne lirai que vos chroniques, merci encore.
Une maîtrise de la langue de Molière, et une clairvoyance sans égale.
Que du positif pour vous et la pertinence de vos écrits, notre élite doit et devrait s'inspirer, une objectivité que l'histoire retiendra, et même j'ai la conviction qu'elle sera enseignée au sein des écoles de hautes études de journalisme.
Bon courage et bonne continuation.
adel
Non!
a posté le 06-12-2021 à 14:41
Il est le produit du "non système"
Tounsi Fakhour
Sujet intéressant
a posté le 06-12-2021 à 13:32
Mais il me semble assez clair que KS n'est pas issu de l'establishment, pour les raisons suivantes :
1. Il était presque inconnu, avant la campagne présidentielle,
2. Il n'a pas de parti politique,
3. Pendant la campagne présidentielle et contrairement aux candidats de l'establishment,
a. Pas d'appui médiatique, les autres disposent d'organes de presse à leur disposition,
b. Pas d'appui financier, les autres ne regardent pas à la dépense,
c. Il a même refusé d'utiliser les fonds publics offerts à tous les candidats,
d. De tous, il était considéré comme un outsider,
4. Pendant son mandat, il n'a pas de machine médiatique. De plus, certains sites et médias s'acharnent sur lui,
5. Le 17 décembre, ce n'est pas son anniversaire, ni celui d'une éventuelle prise du pouvoir, comme c'était le cas avec les prédécesseurs Bourguiba et Ben Ali,
6. C'est l'étincelle de la révolution tunisienne qui a fait de la Tunisie une exception, « an arab anomaly », selon le livre du professeur à l'université de Columbia, Safwan Masri (2017), New York : Columbia University Press,
7. Enfin, sa démarche, ses méthodes sont loin de copier le système, caractérisé par un certain égo, opportunisme, arrivisme et une mise en scène portée plus sur la communication que sur l'action. Lui, il se distingue, il est plutôt intègre.

Cela est intéressant mais il y a plus important.
Pour le moment et par honnêteté, on ne peut que dresser un bilan provisoire sur quatre mois.
Qu'on le veuille ou non, l'action salvatrice de KS, entamée le 25 juillet a abouti, pour le moment, au moins :
1. De caser la pourriture islamiste sous le tapis, plutôt dans le caniveau,
2. Des campagnes de vaccinations, très efficaces, contrairement à l'hécatombe sanitaire d'avant le 25 juillet,
3. Un gouvernement (non politique pour une fois et essentiellement technocrate) en place et actif,
4. Un vrai processus d'assainissement en cours.
Par ailleurs, on ne veut pas, on ne veut plus de ZAIM. On veut une vraie démocratie et un peuple souverain.
KS directement, n'a pas (et ne peut pas avoir) la charge de tout, il n'a pas de baguette magique. Son background est prof d'université en droit constitutionnel. On ne lui demande pas d'être docteur en économie, en finance, etc. Il y a un gouvernement, des conseillers, des experts.
KS n'est pas responsable du bilan catastrophique de la décennie nekba et ses satellites.
Alors, un minimum de patience, après cette décennie calamiteuse, laissons l'exécutif faire son travail et JUGEONS AUX ACTES ET AUX RESULTATS.
Une lenteur flagrante est évidemment inacceptable mais n'oublions pas que les temps judiciaire, médiatique et politique sont différents.
Warrior
Franalphabétisme et moutons suiveurs .................................................
a posté le 05-12-2021 à 19:03
comme toi, produit du système français, de la colonisation.
tu aurais du t'exprimer dans ta langue, l'arabe, pas en français. les français te traitent de RATON = far emmassakh. merci la France.
le français n'est pas neutre: il véhicule des concepts JUDEO chrétiens, dans un pays musulman !!
c'est ce que j'appelle: Franalphabétisme.

GROW UP !!
Abject
@Warrior: Commentaire abject et inacceptable!
a posté le à 12:17
Commentaire abject et inacceptable!
Commentaire abject et inacceptable!
Commentaire abject et inacceptable!
DIEHK : Qui ne connait pas son History !!!
Ah! L'histoire a bon dos !!!
a posté le à 00:21
Colonisation = PROTECTORAT à partir de 1881 jusquà 1954 (autonomie interne et 1958
l'Independance) !!!!
Fathaker fa ina ethikra tenfaou Attounissioune comme toi...............
Warrior
merci le PROTECTEUR du PROTECTORAT ...............................................................................
a posté le à 13:45
1. en venant en TN, ils ont placardé: nous sommes venus vous libérer des turcs !!
personne ne leur a demandé !!
ces "turcs" sont tunisiens depuis 3 siècles, le Bey compris !!
2. ces "protecteurs" sont venu pompé les ressources minières du pays: mines d'or, d'argent ...épuisées.
fer, sel .. épuisés
phosphates ...
GOT IT ?
DIEHK : l'Arabo-Judeo-Chretien ?
? Con cepts ?
a posté le à 00:17
Vous avez dit :
Con cepts Judeo-Chretien !!! et encore.....
Vous avez oublié : Arabo-Judeo-Chretien et je serai d'accord et encore.....
Je veux des preuves de ce que vous avancez M le Guerrier ?
Grow up !!!
AN
'?a était tellement clair pour les plus ignorant de Tunisie..
a posté le 05-12-2021 à 18:21
que comme ses prédécesseurs, Kaïs Saïed est le produit du système et n´a rien à presenter pour laTunisie.
J´aurais aimé lire cet article une semaine après le 27/7..
nazou de la chameliere
Sauf que ses prédécesseurs
a posté le 05-12-2021 à 18:12
avaient un certain génie.
Bourguiba avait du charisme. Et le sens de l'état !!
Ben Ali était doué pour le monde des affaires. Et il avait aussi le sens de l'état
Le facho n'a aucune qualité !!!
C'est un apprentis médiocre, qui a réussi à fermé les vannes économiques pour le pays !!
D'ailleurs tous les autres dirigeants l'évitent !!!
Il crache sur le système, alors qu'il a été lui même, le planqué du système, qui lui assurait son salaire,tout au long de sa médiocre carrière !!

Il n'a pas le sens de l'état.
Il se prend pour l'état !!!
Fares
How to become a tyrant
a posté le 05-12-2021 à 17:57
Je recommande cette série documentaire sur Netflix:
***
Une recette pour devenir un tyrant, chaque épisode traite d'une étape dans cette marche vers la tyrannie depuis la prise du pouvoir, l'élimination de ses rivaux. Un dictateur sert d'exemple pendant chaque épisode:

1. Seize Power , Hitler.
2. Crush Your Rivals, Saddam.
3. Reign Through Terror, Dada.
4. Control the Truth, Staline.
5. Create a New Society, Kadhafi.
6. Rule forever, Les Kim.

Je vous laisse méditer la dessus.
Warrior
and more ..................................................
a posté le à 13:59
add this:

7. violate the constitution, Qayselabidine ben Sayed.
Fares
@BN Mea culpa
a posté le à 18:36
Je viens de réaliser que le lien que j'ai posté dans mon commentaire ci-dessus a brisé la pagination des commentaires. Est-il possible d'éditer ce commentaire pour supprimer le lien vers Wikipedia?

Merci.