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Ces parents indignes

Ces parents indignes


Cas d’agressions sexuelles commises par un membre du cadre enseignant, enfants maltraités dans une école coranique, enfants exposés dans des spots publicitaires à l’esthétique discutable, les cas d’enfants tunisiens menacés sont nombreux dans la presse ces dernières semaines. Si leurs agresseurs sont connus, qu’en est-il du rôle des parents ?

 


Le scandale de l’école coranique de Regueb a bouleversé l’opinion publique. Au mois de février, des parents sont sortis manifester après la fermeture d’une école coranique dans laquelle 11 cas de pédophilie ont été avérés sur des enfants âgés entre 10 et 18 ans. L’image de ces parents qui ont demandé à ce que leurs enfants soient réintégrés, dans cet établissement aux pratiques illégales, a étonné l’opinion publique et suscité des interrogations sur le rôle et la responsabilité que doivent jouer les parents afin de garantir la sécurité et l’intégrité physique et mentale de leurs progénitures.

 

Un autre cas a récemment suscité l’indignation générale. Celui d’un instituteur dans une école publique de la ville de Sfax, accusé d’avoir agressé sexuellement plus de 20 élèves, filles et garçons. Des agressions qui auraient été commises durant les séances de cours particuliers donnés par le professeur. Un nouveau pavé jeté dans la mare des très controversés cours particuliers, mais qui a participé aussi à une prise de conscience collective de la nécessité d’encadrer et de protéger de très près les enfants contre les agressions sexuelles en milieu scolaire, mais aussi contre les différentes formes de maltraitances dont ils pourraient faire l'objet. 

 

Pour le docteur Fatma Charfi, pédopsychiatre à l’hôpital Mongi Slim de La Marsa, il existe trois types de maltraitances : physique (châtiments corporels, agressions physiques…), sexuelle (attouchements, viols…) et psychologique (dévalorisation, instrumentalisation dans des conflits parentaux…). Interrogée par Business News, Dr Charfi explique que « les trois formes de violences sont très fréquentes », ajoutant que « dans la plupart des cas, ces violences émanent du milieu familial », et ce selon les cas observés en milieu clinique ou à travers les enquêtes effectuées par les délégués de l’enfance. « Très souvent, l’agresseur est un membre de la grande famille, à savoir un oncle, un cousin…Il y a, en effet, beaucoup plus de cas d’incestes que d’abus sexuels commis par des personnes étrangères à l’enfant ». 

Dans ce cas-là, comment interviennent les parents pour protéger leurs enfants? D’après Fatma Charfi, «pour prévenir les violences sexuelles, il faut réaliser tout un programme d’éducation sexuelle, et ce dès l’âge de 4-5 ans. Dans plusieurs pays, l'éducation sexuelle fait partie des programmes scolaires et est destinée aux enfants mais aussi aux parents ».

Dr Charfi ajoute dans ce sens que « les parents ne peuvent à eux-seuls réaliser tout le travail de prévention nécessaire contre les agressions sexuelles ». Mais des mécanismes simples existent : « il suffit d’apprendre à son enfant que son corps lui appartient et de savoir dire non ». Dans ce cadre, la pédopsychiatre est claire : « en matière d’agression, la notion de consentement n’existe pas chez un enfant. En cas d’abus, un enfant est toujours victime !».  Les parents sont aussi appelés, de l’avis de la spécialiste, à éviter les châtiments corporels sur leurs propres enfants mais aussi de les exposer aux violences conjugales. « Les problèmes de couple ne doivent pas se manifester devant les enfants », prévient le médecin.

 

Selon l’enquête réalisée par l’Unicef sur la Tunisie, datant de 2012, 93,2% des enfants tunisiens seraient victimes d’une « discipline violente », une pratique très courante et même, dans certains milieux, largement acceptée et décomplexée. En plus des châtiments corporels, d’autres pratiques certes moins répandues font partie du folklore dans certaines régions ou milieux bien déterminés.

Sonia Blibech, professeur en pédiatrie et réanimation néonatale à l’hôpital militaire de Tunis ne cesse de dénoncer certaines de ces pratiques. Parmi les cas les plus choquants, ceux de scarifications et de brûlures infligés à des nouveau-nés.

« 10% des enfants examinés le 21 février à Remada (gouvernorat de Tataouine) portaient des cicatrices indélébiles de brûlures péri-ombilicales. Des nourrissons continuent d'être brûlés à vif à un âge de moins de 12 mois. Des cicatrices indélébiles témoignent de ces sévices faits à des enfants sans défense livrés par leurs parents, habités par des idées reçues, à des charlatans sans loi, ni foi et avec préméditation qui les brûlent à vif par des bouts de tiges d'arbre en feu », dénonce Sonia Blibech sur sa page Facebook.

Il s’agit, selon Pr Blibech, de « traitements de la constipation et des coliques chez les nourrissons » pratiqués par « des mamans de niveau scolaire secondaire […] qui ignorent que la douleur induite par les brûlures est ressentie chez les prématurés jusqu'à six fois plus que les adultes, qui ignorent les effets néfastes psychosomatiques à court, moyen et long terme sur ces enfants ».

Le médecin s’indigne : « Ces charlatans qui s'attaquent à des enfants sans défense ignorent que la violence contre des enfants en croissance est le meilleur moyen de générer des esprits violents, voire criminels et terroristes ».

Dans une déclaration à Business News, Pr Blibech explique observer des cas de scarification depuis qu'elle est résidente à l'hôpital d'enfants, soit dans les années 90. Une pratique loin d'être récente qui, en plus, est très répandue dans plusieurs régions du pays, y compris la capitale. Le médecin explique avoir contacté à plus d'une reprise les délégués de l'enfance pour alerter contre ces cas en dénonçant un enfanticide volontaire, compte tenu de la gravité des blessures infligées à ces nouveau-nés. « Un jour, alors que l'assistante sociale alertait le délégué de l'enfance sur un cas de scarification, ce dernier lui avait demandé s'il s'agissait de "scarification ordinaire" ou "criminelle".» Sonia Blibech raconte même le cas d'un nouveau-né, âgé d'à peine 36 heures, qui a été scarifié par une parente dans l'enceinte même de l'hôpital. Selon le Pr Blibech, plusieurs nouveau-nés avaient même succombé à ces mauvais traitements infligés par leurs parents ou par des proches. 

 

Juridiquement, le statut d'enfant victime reste flou dans le code de protection de l'enfance promulgué depuis 1995. Si une évolution législative a déjà été entamée, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer les mécanismes juridiques de protection des enfants contre les différents dangers qui les guettent.

Ceci vaut de l’exposition des enfants sur les réseaux sociaux ou dans les spots publicitaires, aux cas d’abandon scolaire, d’exploitation économique et d’agressions sexuelles. Plusieurs enfants sont, par ailleurs, victimes de harcèlement scolaire et de violences familiales sans que cela ne suscite autant d’indignation qu’il le faudrait.

 

La place de l’enfant prend de plus en plus d’importance dans les sociétés et la Tunisie n’est pas en reste. Le statut d’enfant qui a son mot à dire vient, petit à petit, évincer celui d’un enfant stigmatisé et qu’on éduque avec des notions de rigidité mêlée à de la honte. Le fait de dénoncer une agression sexuelle reste un fait assez isolé face aux nombreux cas de viols et d’attouchement pédophiles qui restent souvent impunis car culpabilisés. Derrière cela, un manque de communication avec les parents et une notion de consentement parfois même incomprise.

Des parents qui auraient certes, eux-aussi, besoin d'un encadrement afin de savoir gérer des enfants, dans des conditions difficiles et face à beaucoup d'ignorance. Dans certains cas, des mesures punitives et dissuasives devraient même être appliquées contre des parents qui mettent en danger leurs propres enfants. Enfants que l'Etat se doit de protéger, lorsque leurs intérêts et intégrité sont en jeu.

 

Tout mettre sur le dos des parents serait certes méconnaître les mécanismes qui doivent accompagner un enfant dans son évolution. Cependant, leur rôle est primordial pour former les adultes de demain. La maxime selon laquelle les enfants seraient le miroir de leurs parents est à prendre très au sérieux…

 

Synda Tajine

 

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Commentaires (1)

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Dr. Jamel Tazarki
| 13-04-2019 21:56
Votre article est très intéressant et l'intervention de Dr Charfi est très informative.

Je reviens à votre fazit: "Des parents qui auraient certes, eux-aussi, besoin d'un encadrement afin de savoir gérer des enfants, dans des conditions difficiles et face à beaucoup d'ignorance. Dans certains cas, des mesures punitives et dissuasives devraient même être appliquées contre des parents qui mettent en danger leurs propres enfants. Enfants que l'Etat se doit de protéger, lorsque leurs intérêts et intégrité sont en jeu."

==>
Certes les parents ont besoin d'un encadrement afin de savoir gérer des enfants, mais seulement qui pourrait les encadrer. Avons-nous suffisamment de spécialistes de la pédagogie de l'enfant, de la famille et de l'enseignement afin de soutenir les parents, les enfants et même les enseignants?

La formation pédagogique universitaire de nos professeurs de l'enseignement secondaire et primaire est très misérable! Le seul capital qu'avait l'enseignement tunisien était la bonne relation entre enseignants, parents et élèves! Et ce capital a été détruit par "notre" UGTT ==> il ne reste que du mépris entre enseignants et parents d'élèves à la suite des grèves abusives et irresponsables dictées par l'UGTT en complicité avec certains partis politiques qui voulaient affaiblir le gouvernement de Youssef Chehed à tout prix!

Oui, c'est à cause de "notre" UGTT que l'école tunisienne a perdu de son prestige. Oui l'école tunisienne était (je dis bien était et n'est plus) considérée le tout-éducatif et les parents s'en remettaient entièrement à elle pour l'instruction, l'éducation mais aussi pour l'acquisition du savoir-vivre (politesse. etc...). Aujourd'hui il ne reste que du mépris et de la méfiance!



Il n'existe pas de relations institutionnalisées entre les parents et l'école tunisienne:
1) Les réunions de parents ou d'entretiens entre les enseignants et les parents n'existent pratiquement pas en Tunisie. Alors qu'en Allemagne, les écoles organisent régulièrement des soirées d'informations mutuelles entre parents et enseignants.
2) Les enseignants en Allemagne proposent une fois par semaine une heure de consultation. Les parents pourraient ainsi prendre rendez-vous et demander comment se comporte leur enfant ? Comment travaille-t-il?
3) Oui, en Tunisie les relations entre enseignants et parents sont plutôt rares: quelques-uns vont d'eux-mêmes voir l'enseignant avec l'espoir qu'il prendrait un peu de temps pour eux. Et quelques autres sont convoqués par le surveillant général de l'école pour les informer que leurs enfants sont souvent absents sans aucune excuse.
4) L'école tunisienne a perdu beaucoup de son prestige d'instrument de promotion sociale. Pour beaucoup de Tunisiens, la scolarité des enfants est vécue dans un rapport de domination dont ils se sentent victimes, ce qui a conduit à une résistance passive et même active qui cache une hostilité réelle à l'encontre de l'école et des enseignants. Il y'a même une certaine répulsion, est en particulier due au fait que pour la classe sociale pauvre l'école apparaît avant tout comme une institution sociale qui n'est pas faite pour eux, plutôt pour ceux qui ont beaucoup d'argent afin de payer les cours particuliers! Et j'insiste que la faute n'est pas seulement aux enseignants obsédés par des gains supplémentaires faciles, mais aussi à notre ministre de l'éducation nationale!


Fazit: Il est temps d'institutionnaliser les relations entre les parents et l'école tunisienne! : Il est temps d'encourager les heures de consultation accordées par les enseignants au profit des parents afin de trouver des solutions ensembles, entre parents et élèves!

Très Cordialement
Jamel Tazarki

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