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BCE – Ghannouchi : le deal et le non-dit
26/08/2013 | 1
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BCE – Ghannouchi : le deal et le non-dit
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Les militants et sympathisants d’Ennahdha et de Nidaa Tounes ne sont pas au bout de leurs surprises avec les sorties de leurs chefs respectifs. Les deux plus farouches adversaires de la scène politique tunisienne ont fumé, seuls, à Paris, le calumet de la paix et enterré la hache de guerre. Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi s’apprêtent même à vivre une période de concubinage jusqu’aux prochaines élections.
Il leur reste maintenant à faire avaler la pilule à leurs bases, mais aussi à leurs partenaires (notamment UTICA et UGTT) et convaincre tout ce beau monde que ce qu’ils entreprennent est pour l’intérêt suprême du pays.


Qui se rappelle de cette période où les dirigeants d’Ennahdha boycottaient tout plateau télévisé auquel assistait un dirigeant de Nidaa Tounes. Cette période où ils boycottaient Nessma TV, jugée comme étant une chaîne propagandiste du parti de Caïd Essebsi et totalement hostile aux islamistes. Cette période où insultes et coups bas fusaient de toutes parts. Cela remontait à moins d’un an à peine. Depuis, de l’eau et du sang ont coulé sous les ponts.
Béji Caïd Essebsi est convaincu que les islamistes ne pourront jamais gouverner tranquillement, sans l’aval des laïcs. Rached Ghannouchi a fini par se rendre à cette évidence.
Du premier, on dit qu’il est déterminé à atteindre son seul et unique objectif : la présidence de la République.
Du second, on sait que sa grande peur aujourd’hui est de finir comme les « Frères » en Egypte.
Après l’entrée en scène des Européens et des Américains, qui tiennent à voir la transition démocratique réussir en Tunisie, les deux briscards n’avaient plus d’autre choix que de se mettre d’accord. C’est le prix pour éviter le coup d’Etat militaire à l’égyptienne ou qu’il y ait encore plus de sang.

Le problème est que ni les bases d’Ennahdha, ni celles de Nidaa Tounes, n’acceptent ce calumet de la paix entre Caïd Essebsi et Ghannouchi. Ils refusent toute poignée de main avec « l’ennemi ». Ils ne sont pas les seuls.
Les centaines de milliers de jeunes et moins jeunes venus manifester au Bardo et crier leur colère contre Ennahdha voient mal que toute cette énergie aboutisse à un deal dont les dividendes vont être partagés entre deux « vieux » assoiffés de pouvoir. La position des sit-inneurs du Bardo et des militants et sympathisants du Front Populaire est encore plus radicale, ils ne veulent ni d’Ennahdha, ni de Nidaa.
Cette position radicale est également partagée par les RCDistes (les vrais), ceux qui en veulent à BCE d’avoir validé la dissolution de leur parti et d’avoir humilié et fait entrer en prison leurs dirigeants.
Et puis, il y a, enfin, l’UGTT qui chapeaute le dialogue national entre Ennahdha et les principaux partis de l’opposition. Et l’opposition n’est pas représentée par Nidaa Tounes uniquement.

Face à tant d’hostilité, BCE et Rached Ghannouchi ont été obligés de travailler en toute discrétion et de garder, pour eux, les véritables secrets de l’accord conclu à Paris. Ils distilleront leurs informations au compte-gouttes, avec des petites déclarations par-ci et des « fuites » facebookiennes par là. Ils voient ensuite les réactions et décident de la stratégie pour l’étape à suivre. Tout est une question de communication, mais l’objectif final des deux briscards demeure le même : mettre à exécution ce qui a été convenu à Paris, quitte à faire quelques ajustements.
Béji Caïd Essebsi est convaincu qu’il est le seul et l’unique capable de mener le pays vers des élections démocratiques et transparentes. Il est également convaincu qu’il peut faire gagner son équipe en étant au palais de Carthage.
Rached Ghannouchi est convaincu que son parti ne peut plus gouverner et que, même si ce serait le cas, il va perdre les prochaines élections. Son autre souci est de garantir l’impunité des siens après la nomination d’un gouvernement de technocrates.
Dès lors que ces deux objectifs sont réalisés, tout le reste devient un détail.

Toute la difficulté pour BCE et Rached Ghannouchi, à l’instant, est de mettre à exécution ce plan. Comment convaincre l’UGTT et les alliés que la partie s’est jouée sans eux ? Comment convaincre les manifestants du Bardo que c’est BCE et Ghannouchi qui décident de tout dans ce pays ? Comment convaincre les bases ennemies que le concubinage est inévitable ? Le tout en s’assurant qu’aucune de ces parties intervenantes ne va réagir violemment de telle sorte qu’elle fasse tomber à l’eau cet arrangement.
Il faut dire que la capacité de nuisance de chacune de ces parties est inquiétante aussi bien pour BCE que pour Ghannouchi.
Le premier doit convaincre ses bases et ses sympathisants, l’UGTT et les composantes du Front du Salut. Le second doit convaincre ses bases et ses sympathisants, l’UGTT et les composantes de la Troïka et les partis et organisations satellitaires qui en découlent.

La sortie de Rached Ghannouchi (sur Nessma !) entre dans le cadre de ce plan. Même si l’intervieweur Hamza Belloumi n’a pas vraiment démérité, il est quasiment certain que le président d’Ennahdha aurait été beaucoup plus embarrassé face aux deux Sofiene Ben Hamida et Ben Farhat.
Dans cette interview, Ghannouchi a multiplié les non-dits tout en faisant glisser ses messages entre les lignes, concernant la loi de la protection de la révolution, la mise à l’écart de Moncef Marzouki, sa position nouvelle envers BCE…
Quant à BCE, il s’est muré dans un silence complet préférant, pour le moment, voir toutes les réactions des siens, de ses alliés et de ses adversaires avant de faire sa sortie. Une sortie qui devrait être, comme d’habitude, spectaculaire et à inscrire dans les annales de préférence.
Les conséquences de cette politique du non-dit et de l’opacité, quant au réel deal arrangé, a pour effet de laisser les différents dirigeants et leurs alliés naviguer à vue et donner des déclarations contradictoires. On n’est pas également à l’abri de quelques frappes-amies de la part de ses alliés, comme ces Daïmi ou Maâter qui taclent Ghannouchi ou encore Néjib Chebbi qui lance des petites piques à Caïd Essebsi.
Quelle sera l’issue de tout cela ? Tant que le président d’Ennahdha use de langue de bois et tant que BCE ne s’est pas exprimé clairement, la visibilité sera limitée. Si un deal existe, ils se doivent d’en donner les détails devant leurs partenaires pour prendre une décision commune pour laquelle tout le monde est d’accord. Si ce deal n’existe pas, ils se doivent d’avoir une position tranchée et sans ambiguïté.

Photo d'archives
Raouf Ben Hédi
26/08/2013 | 1
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