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Nous n’avons pas besoin de « plus d’Etat », mais de « mieux d’Etat »

Temps de lecture : 4 min
Nous n’avons pas besoin de « plus d’Etat », mais de « mieux d’Etat »

 

Il va sans dire que la crise sanitaire que traverse notre pays exige une solidarité sans faille entre toutes les composantes de la société tunisienne. C’est seulement par l’effort collectif que nous pourrons circonscrire cette catastrophe. Une exigence qui jure clairement avec tous les préceptes de l’individualisme érigés en religion depuis la fin de la seconde guerre. Mais, il s’agit là d’un autre sujet.

 

Cette solidarité sans faille s’est trouvée perturbée, étonnamment, par les prémices d’un débat parallèle sur le rôle de l’Etat. Plusieurs critiques ont été formulées concernant l’incapacité de l’Etat à faire face, de manière parfaite, à cette crise et plusieurs monopoles ont été critiqués. Ceci a donné lieu à une discussion par plateaux interposés entre le président de l’Utica, Samir Majoul, et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi. 

D’autres soutiennent que les revendications de dérégulation et de libéralisation exprimées pendant des années sont enterrées par cette crise sanitaire, puisque dans ces conditions, tout le monde se tourne vers l’Etat et tente d’y trouver refuge. On parle de nécessité de réquisition à outrance et on réclame de constater, même dans les rues, la puissance et l’intransigeance d’un Etat-providence qui nous protégerait et prendrait soin de nous tous, sans exception, en pensant aux moindres détails.

 

Il devient de plus en plus clair que ce débat sur le vrai rôle de l’Etat s’impose sur la scène, pas seulement tunisienne. Il est clair également que l’Etat tunisien, comme le monde entier, fait face à une crise inédite dont la résolution s’appuie, dans une certaine mesure, sur l’improvisation. Mais ce constat ne doit pas cacher les manquements constatés dans le fonctionnement de plusieurs services. La santé publique tunisienne, malgré l’héroïsme dont font preuve ses membres tous les jours, a montré ses limites. Les soldats de notre armé blanche n’ont pas les armes et les munitions nécessaires pour faire face, pas de masques, d’équipements ni de matériel adéquat en quantité et en qualité. Inutile ici d’évoquer tous les problèmes structurels dont souffre la santé tunisienne, il y aurait de quoi écrire des livres.

Toutefois, la crise sanitaire que nous traversons ne doit pas devenir un prétexte pour désigner des boucs-émissaires ou pour militer vers un nouveau totalitarisme. Cette crise ne doit pas non plus exacerber les égos et devenir le théâtre dans lequel les composantes de la société vont s’entredéchirer. En réalité, nous n’avons pas besoin de « plus d’Etat ». Nous n’avons pas besoin de voir cette grande machine si essentielle s’adjoindre de nouveaux champs de contrôle ou de nouveaux monopoles. La solution n’est pas dans un Etat qui contrôlerait tout dans une sorte d’hégémonie totale. Certains discours de représentants divers de l’Etat, sont nappés d’autosatisfaction issue du fait qu’en temps de crise, tout le monde a besoin de l’Etat et il n’y a que lui qui puisse gérer une telle situation, ce qui est vrai. Mais cela ne doit pas pousser vers « plus d’Etat ».

 

Ce dont nous avons besoin, aujourd’hui et dans les années à venir, c’est de « mieux d’Etat ». Le champ ne se prête pas ici à dresser la comptabilité de l’Etat tunisien ni à ériger un tribunal qui pointerait toutes ses défaillances. L’autre discours selon lequel l’Etat ne sert à rien et se résume à une grosse machine administrative qui bride les potentiels et les opportunités est au moins aussi faux que le discours explicité plus haut. Seulement, l’Etat doit également faire l’effort de mieux gérer les ressources dont il dispose et qui viennent d’une pression fiscale très lourde à porter pour les individus et les entreprises. L’Etat tunisien doit faire sa mue et évoluer vers une machine d’un autre genre. Une machine plus réactive, plus flexible et plus efficace. Une institution pour qui il serait évident de protéger correctement nos soldats en blouses blanches et leur fournir tous les moyens nécessaires à la lutte qu’ils mènent. Une administration qui érigerait la réduction des coûts et l’efficience en règles de gestion quotidienne, et ceci est valable du plus haut de l’échelle jusqu’à sa base. Il faut que la notion d’argent public, d’argent du contribuable, obtienne la sacralité que l’on voit dans d’autres pays où un ministre peut être renvoyé pour un plein d’essence.

 

Il est vrai que nous avons tous la tête dans le guidon durant cette période trouble où nous sommes obligés de faire face à un fléau inédit. Toutefois, cela ne doit pas occulter l’imminence d’un vrai débat sur le rôle de l’Etat en Tunisie. Nous avons la chance d’avoir cet Etat national que nos aînés ont bâti à force de sang, de sacrifices et de larmes. Il nous revient aujourd’hui de sauvegarder l’œuvre de ces héros en sauvant leur construction de l’obsolescence. Nous ne saurions mieux leur exprimer notre reconnaissance.         

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Commentaires (2)

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nazou de chameliere
| 25-03-2020 21:56
de votre article résume parfaitement l'obsession des dictateurs en herbe !!!
Le pire c'est que ces personnes ,se présentent comme des grands révolutionnaires !!!
De quoi vomir !!!

zamharir
| 25-03-2020 16:44
Le mieux d'état, ne peut aller qu'avec le plus d'état, car un état qui n'a pas les moyens ne peut faire mieux. La vulgate libérale a été essayé partout, sans rien donner. Si notre système éducatif s'est délabré, c'est parce que, faute de moyens, les meilleurs enseignants l'ont déserté. La santé peut-elle tenir si on continue à compter le nombre de médecins qui s'envolent dès leur diplôme en poche, vers des capitales arabes, européennes ou américaines, alors qu'ils ont été formés pour les hôpitaux tunisiens. On peut multiplier les exemples. En réalité, depuis des années, sous la férule du FMI et de ses injonctions ultra-libérales (le consensus de Washington, qui continue sous une forme ou une autre à, produire ses effets néfastes), les "décideurs" tunisiens ont démoli les services publics en faveur du plus grand nombre, pour choisir des services publics à deux vitesses, au service des minorités privilégiés. Personne n'ignore que l'université est depuis des décennies composée de deux départements : un département d'excellence qui prépare à l'emploi dans les meilleures conditions et un "sas" qui met en attente des étudiants destinés au chômage. Même chose pour la santé : des cliniques où ceux qui ont les moyens et paient cher sont soignés, et des hôpitaux délabrés qui n'atteignent pas à la qualité des dispensaires pour indigènes du temps de la colonisation française. On our nuancer, mais c'est la vérité ressentie par le Tunisien. La Tunisie est un pays pauvre, avec une société pauvre. Il lui faut un état capable de réguler et de redistribuer les richesses équitablement, au lieu de l'état qui s'es imposé ces cinq dernières décennies, et qui n'a fait que creuser les inégalités, en favorisant un capitalisme familial, prédareur et rentier. Bonne chose de suggérer un débat national sur la place et le rôle de l'état et du service public. La Tunisie dispose de beaucoup de cadres nationaux prêts à apporter leur précieuse contribution pour la sortir des ornières de l'ultra-libralisme vers lequel elle ne cesse d'être poussée.

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