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Appel d’offres pour un chef du gouvernement

Temps de lecture : 4 min
Appel d’offres pour un chef du gouvernement

 

Après la chute fracassante du gouvernement Jamli devant l’Assemblée, c’est le chef de l’Etat, Kaïs Saïed qui prend les choses en main pour le choix d’un nouveau chef du gouvernement. Et il faut dire qu’il s’y prend d’une manière à la fois classique et originale.

 

L’idée de demander aux partis politiques de présenter des propositions écrites pour le nom du chef du gouvernement avec une explication des raisons de ce choix et des critères utilisés rappelle le procédé de soumission à un appel d’offres. Il manquait seulement un dépôt en trois exemplaires avec « A l’attention du président de la République – Ne pas ouvrir » à écrire en rouge sur l’enveloppe et une adresse postale pour envoyer les candidatures avec accusé de réception. Les candidatures féminines seraient fortement appréciées. Un huissier de justice assisterait ensuite au dépouillement des offres et Kaïs Saïed choisirait le « moins disant » politique.

Le procédé choisi par le président de la République pour faire cette désignation tant attendue a également un aspect original. Kaïs Saïed ne semble pas souhaiter rencontrer les représentants des partis en même temps. Il discutera avec eux l’un après l’autre mais pas ensemble. M. Saïed a également choisi d’ignorer l’avis des organisations nationales de la société civile à l’instar de l’UGTT ou de l’Utica. Le procédé de sélection revêt une certaine naïveté en excluant les mastodontes que sont les organisations nationales. Il montre aussi un manque de confiance en ces partis coutumiers des démentis et des sorties médiatiques. Il n’y a que l’écrit qui reste et en bon professeur de droit, Kaïs Saïed entend bien protéger ses pourparlers à lui des perturbations extérieures. Personne ne pourra se contredire puisque les noms et les motivations seront écrits noir sur blanc.

 

Dans cette procédure d’appel d’offres, un autre aspect est digne d’intérêt. Les partis politiques font preuve d’une docilité suspecte et personne ne s’est indigné du fait que le président procède de cette manière. Il est fort à parier qu’ils font le calcul de ne pas se mettre à dos Kaïs Saïed et ses millions d’électeurs en s’opposant frontalement à celui qui va choisir un chef du gouvernement qu’ils vont, de toute manière, adopter. Malgré les discours grandiloquents, aucun parti ne souhaite aller vers la dissolution du parlement et des élections anticipées. Dans cette optique, tous les partis seront jugés sur leur prestation des dernières semaines et donc tous se casseront les dents sur un exercice qu’ils ne pourront pas résoudre. Rares sont les partis qui auraient de quoi financer une autre campagne, et chacun des élus présents dans l’ARP actuelle refusera de remettre en jeu un siège durement obtenu. Donc, les partis politiques, après avoir battu Ennahdha et fait tomber son gouvernement, marchent sur des œufs concernant le choix que va faire le président de la République, et donc il vaut mieux être dans ses petits papiers.

Toutefois, ces mêmes partis politiques et l’opinion publique tunisienne ne peuvent négliger un autre déterminant important du choix que fera le président de la République. Durant sa campagne et même après avoir été élu à la magistrature suprême, Kaïs Saïed s’est inscrit dans la droite lignée de la révolution et de l’antisystème. Par conséquent, le choix du prochain chef du gouvernement devra présenter une certaine cohérence avec cette idéologie. Lui aussi a des comptes à rendre à ses électeurs et lui aussi ne souhaite pas que son capital-sympathie dégringole encore plus rapidement qu’il ne baisse actuellement. Donc, le président Kaïs Saïed ne peut pas se permettre de choisir un fils (ou une fille) de ce qu’il appelle « le système », il ne peut pas porter son choix sur un enfant du sérail car ce ne serait pas cohérent avec sa proposition politique.

 

Les subtilités de notre système politique et de ce qu’en font les politiciens surtout, font qu’on aura un chef du gouvernement sans appartenance politique. Quelle que soit sa qualité, le système tunisien fait en sorte que la personne la plus directement responsable du bien-être des Tunisiens, celle qui a les plus larges prérogatives exécutives, ne soit pas élue. En plus, nous sommes en train d’instituer une tradition ridicule de « chef du gouvernement technocrate et indépendant ». Les expériences Habib Essid, Youssef Chahed et même Habib Jamli ont beau démontrer que cela est ridicule, mais rien ne nous empêchera de recommencer. En attendant, le pays est à l’arrêt depuis le décès de feu Béji Caïd Essebsi, et personne ne semble s’en soucier réellement.

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Commentaires (17)

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Rationnel
| 17-01-2020 15:36
Il y a des gens qui aiment tout critiquer et ont les esprits clos. Au lieu d'essayer de comprendre avant de juger il ridicule et condamne tous ce qui est nouveau ou étranger. Les idées se jugent par leurs resultats.
La manoeuvre de Kais Saied est bonne jusqu'à maintenant, elle a force les partis a se décider sur de noms qui sont de bon candidats.
Hakim Ben Hamouda est proposé par huit partis (Qalb, Tahya, Chaab,Afek, Mostakbel, Machrou3, Afek, Badil) il jouit d'une majorité.
Bonne initiative de Kaid Saied si Hakim Ben Hamouda devient Chef de Gouvernement ces partis ont un engagement moral de voter pour son gouvernement.
Hakim Ben Hamouda a de bonnes idées progressistes qui sont proches de celle de Kais Saied.

BRAVO
| 16-01-2020 18:10
j´aimerais proposer et sans insister M. Ommar Bezouir !

Espérons que ça marche cette fois-ci

Microbio
| 16-01-2020 17:58
Le nouveau Premier ministre tunisien doit etre économe - besser mit doctorat en économie, il doit être auteur de plusieurs monographies et d´ articles de recherche en économie.
Il doit avoir un âge ne dépassant pas les 60 ans.
Il doit être largement salué pour l'adoption de technologies dans le travail du Service des impôts. Il doit être près également a changer le système de travail du service et doit déplacer le focus des inspections au travail analytique. Dans son programme il doit lancer un certain nombre d'innovations, facilitant les communications entre les résidents/citoyens et les services fiscaux, mettant à disposition un certain nombre de services en ligne.
Bref, on s´entend qu´il a un programme et vision pour moderniser radicalement le pays.
Maintenent la Tunisie n´a absolument pas besoin d´avocat ou juristen et surtout pas d´un économiste d´un certain âge avec des connaissances économiques des années 50.

Certains espèrent un économiste qui a, à la fois des programmes économiques et un c'?ur pour les questions sociales! Y a-t-il une telle personnalité? une tête à moitié économiste et l'autre moitié un membre de l'UGTT?
Normalement lorsque l'économie fleurit, toute la société suit, pauvre et riche.

Rabbi Yjibou in Chèè Allah!

Maryem
| 16-01-2020 13:17
Je pense que nos hommes et femmes d affaires de l UTICA feraient mieux d investir pour creer et innover et non d etre des importateurs de produits etrangers..Oui certains d entre eux produisent et exportent sans aucune valeur ajoutee..Y a t il une industrie de pointe...de la haute technologie . Iinvestissent ils dans la recherche et l innovation...? tres peu.insignifiant,pourtant nous avons des centaines d ingenieurs de tres haut niveau....Il est preferable que ces hommes d affaires s investissent davantage dans les domaines avec une tres fortes valeur ajoutee et surtout dans les nouvelles technologies de pointe....Exporter de l huile et des dattes....c est trop maigre et n emploie pas nos ingenieurs et nos grands techniciens....le tourisme c est bien mais c est une industrie trop volatile...au moindre mensonge dans les medias etrangers ou un simple incident terroriste ou epidemie ...c est le desert des plages et le vide dans les hotels..heureusement que nos freres Algeriens affluent en terme de solidarite Maghrebine...pour sauver ce qui reste a sauver´garder...donc il ne peut pas y avoir d appel d offre pour un chef du gouvernement mais plutot un choix judicieux sous la conduite du president de la republique...les partis doivent absolument mettre de l eau dans leur......cocktails ...car ce n est plus une question de qui occupe tel fauteil mais plutot qui est le plus competent pour sauver la Patrie.

Achille
| 16-01-2020 12:03
Vos règles de modération que je vous ai moi meme copier coller l'autre fois ? quand MH m'insultait de maniaco depressif sous votre approbation ? c'est bien ces régles la que vous ne respectez pas ? alors que les règles disent bien qu'insulter les lecteurs est interdit !

Non mais quel hypocrisie ! sachant aussi combien de fois vous accéptez mes commentaires qui enfreignent les régles de modération.

Vous croyez vraiment a vos propres mensonges de liberté d'opinion ?
Vous me censurez car je critique vos articles.

D'ailleurs ça se voit dans votre façon de légitimer une révolution qui n'a rien apporté a part le chaos, en disant qu'elle a apporté la liberté. Soit vous hallucinez car vous même la liberté vous vous plainiez de son absence et vous ne la pratiquez qu'a moitié dans la modération des commentaire, soit vous faites dans la dictature de la pensée, dans ce cas soyez sincère et ne légitimez plus ce qui n'existe pas où ce qui est la pour nous détruire.

Bon je m'en tape désormais, vous m'avez asphyxié avec une série de censure, je n'arrive plus a respirer, je ne peux plus revenir vous lire et commenter, ce n'est plus possible, non pas parce que je ne vous apprécie plus mais parce que vous avez totalement détruit ma capacité a rédiger un commentaire dans la confiance qu'il sera publié, je peux plus perdre mon temps chez vous. Bonne continuation a vous, Au revoir.

G&G
| 16-01-2020 08:22
Où dois-je retirer le cahier des charges?
Dois-je payer une cautions?
Avait-on défini les pénalités en cas d'échec du chef du gouvernement dans sa missions?
A mon avis il faut établir programme d'exécution défini dans le temps et dans l'espace que le futur chef doit respecter à la lettre. En cas d'échec le chef sera lapidé dans une place publique.
Je suis preneur pour mettre en application le système Benaliste amélioré où la femme et les jeunes sont le noyau.


Achille
| 15-01-2020 23:21
Ya BN ti hakom dictature ntouma, haw vous pratiquez la dictature de la pensée, 9adéch men mes commentaires vous censurez par semaine ?

Chnowa hédha ? c'est quoi ? qui êtes vous yékhi ? c'est quoi cette arnaque ?

Yékhi chkounkom ? man antom ?

Kiféch une telle censure ? qu'est ce que c'est que cette politique de la pensée unique ? qu'est ce que c'est que cette autoritarime ? qu'est ce que c'est que cette atteinte a liberté d'opinion et d'expression ?

Ti hakom un journal dangeureux ntouma ! ti hakom mokhtrin en fait. C'est quoi ce bordel sérieusement ?

Kiféch vous censurez des lecteurs pendant que vous appelez a la liberté la démocratie la liberté d'expression ? yékhi chkounkom ? C'est quoi votre but ? c'est quoi votre mission ? vous êtes mandaté ? 3andkom une mission de manipulation de l'information et de l'opinion ?

Kiféch ma tkhaliwéch 3abd il s'exprime, takhtarou les commentaires qui doivent passer, fasrouhéli édhéya kiféh !


B.N : Merci de relire nos règles de modération.

Microbio
| 15-01-2020 21:40
Absolut vrai: "L'UTICA qui devrait s'appeler UTI (Union des Importateurs)"

Alya
| 15-01-2020 21:14
Si achouri votre article était bien structuré jusqu a la dernière phrase!!! Allah yarham bce mais je ne pense pas que le pays tournait avant !!vous auriez pu développer ce dernier chapitre .Nous étions simplement dans .un état sécurisé nous le sommes toujours j espere Economiquement nous étions pauvre et nous le sommes toujours

Kader
| 15-01-2020 19:34
Beaucoup d'idées pertinentes dans ce papier. Merci Marouan!
Sauf que.... on ne sait pas encore où l'on va, à moyen et à long terme. Le court terme, la gestion courante, on pense qu'on sait faire, c'est pas un problème (sic)
Mais ce qu'on ne sait pas surtout, c'est qu'on ne sait pas dialoguer, mettre en ordre nos idées, identifier nos priorités, objectiver nos points de vue, nos différences, divergences et défaillances respectives...
Nous avons un déficit de rationalité terrible. On doit d'abord le traiter d'urgence. Nos acteurs politiques, en premier lieu, doivent en être conscients. Ce n'est pas facile et personne n'a la recette (y compris les plus populaires et les plus intègres d'entre eux).
Sans croire absolument aux miracles, on souhaite quand même au prochain gouvernement (quel qu'il soit ) bonne chance .
La Tunisie serait-elle miraculée (comme l'a affirmé jadis Rachid Ammar)?

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