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Chroniques

La magie de la révolution

Temps de lecture : 4 min
La magie de la révolution

 

On dit que le plus grand acquis de la révolution a été la liberté d’expression. Mais si liberté d’expression veut dire entendre Safi Saïd déblatérer ses insultes contre les binationaux, les qualifiant de «déchets », on aurait du mal à voir ce genre de libertés comme un acquis. Ce sera cependant le prix à payer. De même que celui de voir un chef de gouvernement désigné insulter l’intelligence de tout un peuple avant de se planter en beauté et de ceux d’élus du peuple qui ne sont là que pour montrer les pires travers, des Tunisiens qui les ont élus et qui s’y identifient.

Qu’avons-nous réellement gagné de la révolution ? Pour les puritains, cette question peut sembler abrasive et abusive. Elle est pourtant sur toutes les langues et les réponses qu’on entend sont aussi étonnantes que stridentes.

 

Le 13 janvier 2011, à 20h du soir, soit il y a très exactement 9 ans, l’ancien président de la République, Zine El Abidine Ben Ali prononçait son fameux discours dans lequel il finit par dire aux Tunisiens : « Fhemtkom » [Je vous ai compris]. Depuis, qui a vraiment réussi à comprendre les Tunisiens ? Très nombreux sont ceux qui s’y sont essayé – et s’y essaient encore - rares sont ceux qui ont réellement réussi à le faire.

Situation économique désastreuse, divisions sociales et capharnaüm politique. La situation est-elle réellement meilleure avant ? Oui, sans doute, si on aime faire des raccourcis tordus et si on préfère porter des œillères pour ne voir que la moitié du quart de la vérité.

Les choses n’étaient pas meilleures non, loin s’en faut. Allez poser la question à ceux qui ont été torturés sous l’ancien régime, à toutes ces familles décimées, à ce vide politique, à ces journalistes censurés, à ces citoyens frustrés et bâillonnés. 

 

La question de savoir si la révolution a réellement porté ses fruits est tout simplement naïve. Quels fruits au juste un soulèvement populaire, manipulé et orchestré, pourrait-il apporter, en seulement 9 ans ?

9 ans après, la situation en Tunisie est plus compromise que jamais. Pour ceux qui la vivent du moins et qui nourrissent de grandes espérances. Si on prend du recul et si on essaye de prendre un nouveau prisme pour regarder où nous en sommes, les choses pourraient sembler nettement différentes.

 

Sans ce soulèvement populaire – manipulé et orchestré – jamais les débats que nous avons aujourd’hui n’auraient pu voir le jour. Jamais on n’aurait pu discuter de grandes questions liées à la liberté du culte, aux égalités des genres, aux libertés sexuelles, à l’éducation, aux droits des minorités, aux drogues récréatives… Préoccupations futiles diriez-vous ? Pas si sûr, non. Toute révolution doit impérativement être accompagnée d’un changement des mentalités, d’un débat social et culturel, d’une révision des tréfonds de tout ce que nous avons – pendant trop longtemps – considéré comme acquis, comme inébranlable et indiscutable.

 

Cette révolution – ou soulèvement populaire manipulé et orchestré – n’a pas été totalement stérile. Il n’est que la voie, rocailleuse, périlleuse et austère vers une dignité que les Tunisiens n’auraient jamais pu acquérir autrement.

Le droit d’un peuple d’élire ses représentants – même s’ils sont les pires des populistes et des arnaqueurs ; le droit d’un peuple de sanctionner ceux qui l’ont déçus – même s’ils avaient les mains liées par des années de corruption et par un pays ingouvernable ; le droit d’un peuple de s’exprimer, de vouloir changer les choses et de rêver à un avenir meilleur. Tout ceci est le fruit de toutes ces années déprimantes et hasardeuses.

Il vaut mieux avoir un Seifeddine Makhlouf jouer les perturbateurs au Parlement car il a été élu par le peuple, un Rached Ghannouchi « président de tous les Tunisiens », car les électeurs ont jugé qu’il était moins mauvais qu’un autre, ou une Abir Moussi camper au plein cœur de l’hémicycle car les Tunisiens ont jugé qu’elle pouvait jouer un contre-pouvoir, que de ne pas pouvoir décider par qui nous sommes gouvernés.

 

L’année 2019 qui vient de s’écouler avec son double attentat terroriste, avec le décès d’un président, la naissance de nombreux partis et la chute de plein d’autres, les tiraillements politiques anxiogènes et une triple élection a été l’année de toutes les peurs…mais aussi celle de toutes les espérances.

Les changements politiques, les débats qui font florès, les nombreux questionnements font que la Tunisie ne peut aujourd’hui qu’aller vers la bonne voie. Une voie longue, hasardeuse et horriblement douloureuse, mais une voie qui fera que ce petit pays suivra le cycle mondial et ne sera pas en reste. Qu’il vivra le changement vécu dans les quatre coins de la planète, qu’il ne restera plus en retrait et qu’il aura son mot à dire sur sa propre destinée. Du moins, il essaiera.

Car chacun sait que la dictature, peu importe à quel point elle est rassurante et réconfortante pour les paresseux et les hermétiques au changement, est aujourd’hui terriblement passée de mode…

 

Bon 14-Janvier à tous les Tunisiens !

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Commentaires (15)

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Quantum belief
| 15-01-2020 16:23
A propos de révolution française, et comme ça ne se calmait pas , un prêtre, un homme d'église, l'abbé Sieyès en l'occurrence, a fait appel à un militaire, Napoléon Bonaparte, organisant le coup d'?tat du 18 Brumaire,pour mettre un peu d'ordre. Et cela en novembre 1799, soit 10ans après la révolution. Et au lieu de passer très vite à la république, la France mettra 80 ans pour se donner une république parlementaire , la troisième. Après être passée par les guerres napoléoniennes et impériales dont les prolongements ont conduit jusqu'à la colonisation de beaucoup de pays dont le nôtre. Donc leçon à retenir : quand la religion se mêle au politique ça peut créer la contre-révolution( un prêtre fait appel à un militaire), ceux qui prétendent avoir compris mettent 80 ans pour comprendre qu'ils n'ont rien compris, que la liberté d'expression gagnée sur le moment peut générer le populisme le plus bas parce qu'en définitive il fait jouer le peuple contre la démocratie. Il faut demeurer très vigilant, parce qu'en ce moment , le populisme, notre pays est en plein dedans

EL OUAFFY Y
| 14-01-2020 23:46
L'ancien président Ben Ali avait intervenu dans le temps opportun car H.Bourguiba été très vieille malade il ne pourrait plus garanti la continuation d'état et c'est normal que tout être humain perdre son équilibre quand il sera vieille .
Donc Ben Ali avait sauvé le pays du pire et méme durant les 23 ans de sa présidence le pays été mieux classé
mais hélas les jaloux ont été à l'origine de son sabotage pour pénétrer le pays dans le chaos et le non stabilité
maintenant ce qui est fait est fait l'essentiel d'aider l'actuel KAIS s'il faut que par le silence .

Achille
| 14-01-2020 19:48
Alors, comment cava en bordélo-cratie ? ça marche la destructio-cratie ?
Vous l'avez eu pour combien ? pour deux kilos de liberté d'opinion ? non sérieux ? pour si peu ? c'est pas cher payer la Tunisie ! ça se vend bien !

Moi aussi je veux acheter une bordélo-cratie, y'en a encore en Tunisie ? quoi ? y'en a volonté depuis 2011 ? bah dis donc et je peux avoir une destructio-cratie ? où ça coute plus cher ? ça coute le même prix, deux kilos de liberté d'opinion ? ah d'accord mais c'est géniale ça de vendre tout un pays pour deux kilos de liberté d'opinion !

Et on peut faire avec tout ce qu'on veut ? par exemple moi je veux essayer de detruire le peuple tunisien je peux ? quoi ? je dois acheter une destructio-cratie pour ça ? ok et ça coute combien ? ça coute un kilos d'illusion de vote ? waw c'est super ! j'en commande une alors.

Et pour détruire la Libye je fais comment ? j'utilise les brodélocraties ou la destructiocraties ? quoi ? j'utilise l'islamismo-cratie tunisienne ok ! je trouve ça où ? au parlement tunisien ? ok ! merci pour l'info, vous êtes très gentile !

J'espère vraiment que vous allez réussir a instaurer définitivement votre bordélocratie.

A4
| 14-01-2020 17:35
A l'époque, les profiteurs, les opportunistes, les fainéants, les populistes, les éternels affamés, les médiocres et les incompétents se cachaient encore.
Aujourd'hui, ils occupent le devant de la scène, et le rêve devint cauchemar, et la belle devint bête !!!

REV'?'
Ecrit par A4 - Tunis, le 17 Février 2011

Ai-je bien rêvé trop fort, plus fort que d'habitude
Pour la voir briser les chaînes de sa lassitude
Ai-je bien rêvé trop fort, plus fort que tous les temps
Pour la voir en Janvier nous offrir le printemps

Je l'ai vue se lever, se dresser comme un roc
Dans l'immense oliveraie de toutes les époques
Face à moi, la tête haute, le poing vers le ciel
Pour qu'ébahi je l'admire, mon dieu qu'elle est belle!

Je l'ai vue avancer seule, marcher vers l'avant
Sans jamais se retourner, toujours face au vent
Avancer à pas sûr, sans jamais hésiter
Avancer et puis se dire qu'il faut résister!

Je l'ai vue courir, sauter, plus rien ne l'arrête
Ni pluie, ni grêle, ni rude froid de la tempête
Courir encore plus vite, le c'?ur plein de courage
Pour accélérer encore à chaque virage

Je l'ai vue se battre dans toutes les avenues
Protéger ses enfants, des gamins aux mains nues
Dresser la tête, crier fort, implorer les cieux
Pour ceux qui ont déjà, hélas, fermé les yeux

Je l'ai vue, je le jure, vaincre tous les barbares
Toutes les bandes de voleurs et tous les pillards
Tous les vilains sanguinaires, toutes les bêtes de somme
Et tous les malfrats qui se prenaient pour des hommes

Je l'ai vue gracieuse, gravir les marches une à une
Aller très loin, très haut, du côté de la lune
Je dois vous avouer, quitte à perdre la tête
Je n'ai jamais vu une aussi belle silhouette

Je l'ai vue voler, planer comme une colombe
J'ai prié le ciel pour que jamais elle ne tombe
Fière et digne, vers une étoile elle tend la main
Pour planter comme une brave son bouquet de jasmin

J'ai prié pour elle tous les dieux, toutes les déesses
J'ai prié pour que jamais mon doux rêve ne cesse
Puis j'ai fermé les yeux, m'emportant vers les nues
J'ai fermé les yeux pour que mon rêve continue'?'

Alya
| 14-01-2020 17:29
Tres bon 14 janvier.vendredi 10 janvier 2020 aura convaincu les plus sceptiques .11 ans après je me rappelle ces années de langue de bois et de ch3ab et de dégoût du journal télévisé de la presse essentiellement écrite

URMAX
| 14-01-2020 16:09
... ne faites, cependant, guer attention aux râleurs, qui eux, se classent selon ces trois categories :
1) Des ex profiteurs directs ou indirects de l'ancien regime ;
2) Des impatients ;
3) Des gars qui ont les yeux dans les poches et restent aveugles.
Un coup d'etat ... effectivement :
La destitution de Bourguiba par Ben Ali fut un coup d'etat ! Si ce vil gueux serait resté avec Bent El Kefi sans frequenter la basse-cour que l'on connait, bien des choses auraient ete meilleures ...
Cette revolution est une tres bonne chose, ... mais comme toute bonne chose, elle doit prendre son temps pour mûrir.
Croyez-vous que la revolution Francaise de 1789 a porté ses fruits sur le champ ?
Cela a pris une bonne cinquantaine d'années ...
Une bonne mloukhia, ne se prepare pas en 30 minutes ; ce serait un travail bâclé.
...
IL en va de même pour la grande cuisine politique : Vous devez laisser les choses mûrir dans la tete des gens ...
Si vous avez une - ou des - idée(s), procedez ainsi :
1) Semez (votre idée) ;
2) Laissez-la germer (dans leurs tete) ;
3) Arrosez (maintenez-la presente dans leur esprits) ;
4) Désherbez les mauvaises herbes (ndlr ; balayez les idées parasites) ;
5) Recoltez les fruits de ce que vous avez semé. Soyez juste patients ...
...
Bien des choses doivent mûrir dans bien des esprits :
Culture (sous toutes ses formes) ; Droit ; Liberté d'expression ; Respect d'autrui ; Application stricte de la Loi ; tout cela prend son temps ... il faut juste leur donner le temps de comprendre, madame Synda ... rien de plus ... avec un peu de chance, plusieurs y arriveront ...... certains autres, jamais. Aux premiers, reviendra la tâche - lourde et ardue - de reconstruire la Tunisie de demain, dont les fondations ont ete durement ebranlees .... les autres, resteront des marginaux.

Ombrax
| 14-01-2020 16:05
Comme toujours je me délecte des articles croustillants de Mme Tajine. Je rappelle toutefois que les tournures 'plus pire", "moins pire" et "aussi pire" ne s' emploient pas en français. Elles sont malheureusement de plus en plus utilisées chez les locuteurs de tous âges.

lol
| 14-01-2020 15:44
La révolution a permis aux tunisiens de voir le vrai visage de leur pays qui fut maquillé pendant des années par la dictature policière de ZABA.
Cette même dictature en interdisant aux tunisiens d'avoir une vie politique, a foutu en l'air le souffle positif de la révolution en la transformant en guerre entre des islamistes torturés et vengeurs et un front républicain inexpérimenté qui résiste malgré son hétérogénéité.
Aujourd'hui et lorsque on parle de changement (la révolution est simplement un changement), on oublie que cela peut être vers le meilleur comme vers le pire. Aux tunisiens de choisir et de se donner les moyens de leur choix.
Il resteras toujours des nostalgiques de la dictature qui ont perdus les avantages et le "prestige" qui étaient bâtis sur le sang de certains et sur la liberté des autres

EL OUAFFY Y
| 14-01-2020 15:34
Ceux qui ont été puni par notre chère Président Ben Ali ont commis les infractions contre le pays mais il ne faut pas dramatiser les choses soit qu'il en soit la pays être souverain dans ces decisions et Ordogan ne peut pas proposer ce qu'il avait proposé à l'actuel président .
Avec Ben Ali la vie sociale été digne ,la sécurité était meilleure qui ne save pas SIDNA Amar 4x4 04 ?.Vraiment la Tunisie avait raté un président meilleur dans l'histoire .

Achille
| 14-01-2020 14:25
Vous faites le parallèle entre la révolution française du 18e siècle a ce qui se passe en Tunisie au 21è siècle en pleine hégémonie de puissances mondiales maitrisants le renseignement, la communication, l'information, et les guerres par procuration ?

Non mais en plus comparer le peuple français au peuple tunisien n'a aucun sens, les deux n'ont rien avoir l'un avec l'autre ni dans l'hisoire ni dans l'identité ni dans la culture, et faire le parallèle entre un fait historique avéré être une révolution et un évennement moderne dans un pays du tiers monde dont on n'est pas sur de son identité révolutionnaire n'a d'autant plus aucun sens !

'?a se voit que vous résumer la réalité, vous êtes de ces gens la qui fonctionnent aux images et aux oui dire, on leurs montre une vidéo ils l'a croient, on leurs dit un truc, ils le croient, en pleine maitrise mondiale et opacité totale de l'information. Aucune transparence !

Tu vis dans un monde imaginaire, tu es très loin de la réalité !
Les gens comme toi sont soit des inconscients soit des gens au service de la guerre.

Néanmoins, ce dont vous parlez vous et la journaliste (dont je doute fort qu'elle soit a l'origine de cet article, du moins a 90% de cette direction révolutionnaire qu'on sait aujourdhui par quelle partie et parti elle est défendu farouchement) c'est la révolution de la pensée ! celle de la liberté absolue et des droits humains !

Il faut savoir que ce modèle sociale ne vient pas d'une révolution mécanique, c'est a dire faire tomber un état.
Ce modèle de démocratie ou appelez le ce que vous voulez vient de la culture, vient de l'identité, vient de la pensée elle même !

Et engendrer une révolution de la pensée tout en étant plongé en plein obscurantisme sociale et religieux du monde arabe et de ses supplétifs c'est croire qu'une pierre peut se transformer en un diamant du jour au lendemain.

D'ailleurs il n'y a aucune signe d'une révolution de la pensée, les journalistes eux meme qui en parlent sont baillonnées pour oser penser et dire ce qu'ils pensent réellement.

Tout le monde est baillonné, a premièrement par la constitution elle même qui établit le cadre de la pensée !

Continuez de dormir et de vous goinfrer de mensonges.
C'est vrai que le peuple tunisien est expert en mensonge et ne vit que par l'hypocrisie qui est son essence !

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