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Chroniques

Filles de joie et autres corps mis à nu

Par Inès Oueslati

Aux portes de l’ANC, des prostituées de Sousse ont manifesté, aujourd’hui mardi 11 mars, afin de réclamer que soit ouverte de nouveau la maison close où elles exerçaient leurs activités. Ces travailleuses du sexe se sont affichées sur la scène publique s’affranchissant ainsi des dogmes sociaux les mettant en marge et du regard souvent irrespectueux posé par certains sur elles. Elles ont clamé leur droit au travail en toute légalité, puisqu’elles possèdent pour cela des autorisations légales et l’aval du voisinage. Une situation insolite certes, mais fort courageuse pour un pays arabe qu’on dit en proie à l’islamisme.

Nous saurons certainement dans les jours qui viennent ce qu’il adviendra de ces revendications, si elles seront accueillies par un avis favorable et si les prostituées de Sousse retrouveront leurs clients.
En revanche, ce que nous pouvons en tirer comme conclusion d’emblée, c’est que la situation des droits de la femme ne sont pas celles que certaines en dressent.

Oui être une fille de joie ne doit pas être joyeux au quotidien. Oui le plus vieux des métiers est un des métiers les plus difficiles à exercer. Oui en arriver à utiliser son corps pour vivre est pour le moins désolant. Cependant, et en matière de libertés individuelles ceci est en adéquation avec les slogans prônés par beaucoup : « Mon corps m’appartient », scandait Amina, ex Femen qui s’est illustrée en posant seins nus sur la toile. Ces prostituées semblent à leur tour s’inscrire dans ce même mode de militantisme. Alors pour qui manifestait Amina, le 8 mars, en s’exhibant dans une nudité intégrale aux abords du musée du Louvre à Paris ?

Peut-être pensait-elle combattre pour des jeunes de son âge en proie au conservatisme ? Pourtant ce qu’on a vu le samedi sur Ettounseya tend à dire le contraire. Une jeune femme présente sur le plateau de Naoufel Ouertani a réclamé haut et fort son droit de consommer le cannabis sans la crainte d’une quelconque sanction. Elle a dit son courage par rapport à l’expérience de la prison, a défié le système social voyant d’un mauvais œil la consommation et a avancé qu’elle est consommatrice et qu’elle n’arrêtera jamais de l’être.

Emancipée la Tunisienne l’est assurément. A outrance selon certains, juste comme le requiert le contexte penseront d’autres. Mais de toute évidence, la femme tunisienne a placé depuis bien longtemps son combat au-delà de son corps et plus dans la sphère des idées et de la détermination à les concrétiser.
La femme a été réduite à une image de propagande pour le système déchu. Elle ne sera résolument pas une image de propagande pour un système espéré par d’autres. Son corps ne sera pas instrumentalisé pour des causes la desservant au final car la nudité affichée ne sert aucune idée hormis celle de l’absence de moyens de les transmettre. Grâce à de nombreuses actions associatives et aux initiatives individuelles, le combat féminin en Tunisie n’aura pas pour vecteur le corps de celle qui crie pour ne pas être considérée comme un objet. Des actions telles que celle entreprise par la jeune Amina, tendent davantage à faire dérailler la Tunisienne du parcours qu’elle a pris depuis la révolution, depuis sa présence massive dans les manifestations, depuis sa participation sur la scène publique en tant qu’acteur de choix, depuis son implication dans les actions en relation avec la société civile…

Le travail en Tunisie sur les affaires de la femme relève davantage de la consolidation et de la préservation. Il faut donc veiller de près à ce que cela ne mette pas en péril des acquis pour quoi d’autres ont combattu à cause d’un mode de combat qui n’est pas en adéquation avec la conjoncture.

La femme tunisienne dans l’ensemble est affranchie de la morale conservatrice. C’est une évidence ! Les cas persistants de sévices contre la femme, en matière d’imposition d’une certaine pensée, sont à traiter d’une manière autre, autre qu’une représentation biaisée et rebutante du modernisme. Le combat pour les droits de la femme ne date pas du 8 mars 2014. Il a commencé avec une présence remarquée dans l'Histoire de ce pays de Didon et d'Al Kahina, par la pensée avant-gardiste de Tahar Haddad et de Bourguiba, et par l'action encore inégalée de Aziza Othmana et de B'chira Ben M’rad.

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