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Chroniques
Les Mohamed Merah de Tunisie
25/03/2012 | 1
min
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Par Nizar BAHLOUL

Il a 23 ans, il s’appelle Mohamed Merah et a commis sept assassinats entre le 11 et le 19 mars 2012.Son acte le plus spectaculaire a été devant le collège juif Ozar Hatorah de Toulouse le lundi 19 mars. A bord d’un scooter, casqué, il ouvre le feu sur un groupe de personnes massées devant l'établissement. Un professeur de religion du collège, ses deux enfants, de 5 et 4 ans sont tués. Le tueur fait quelques pas dans la cour et tue la fille du directeur âgée de 7 ans.
La France est sous le choc. Son ennemi public numéro 1 n’a ni nom ni visage. Le tueur au scooter menace de frapper à nouveau et l’affaire fait la Une de la presse internationale.
Malgré la quasi-absence d’indices, la police française a réussi à le démasquer, moins de 48 heures après le drame du collège.
Il s’appelle donc Mohamed Merah, il est Français d’origine algérienne, se targue d'avoir accepté une mission pour Al-Qaïda en France et entend "venger les enfants palestiniens". Elevé dans un quartier sensible, il s'est rendu à deux reprises, en 2010 et 2011, au Pakistan. Après un entraînement dans des camps qui accueillent des talibans, il est envoyé en Afghanistan pour combattre les soldats de l'OTAN. Il a été emprisonné puis relâché. Rentré en France, il a fait plusieurs séjours en prison pour de petits délits. En parallèle, il poursuivait ses cours d’embrigadement salafiste-jihadiste en France, mais aussi en Espagne. Repéré par les Américains, il est interdit de fouler leur sol, mais il n’a jamais été inquiété en France malgré sa «riche biographie».

Cependant, il y a désormais un avant et un après Mohamed Merah en France.
Nicolas Sarkozy a décidé de réagir fermement et de pénaliser lourdement tout acte d’endoctrinement menant à ce type de jihad. Un tour de vis des libertés, censé protéger la France, et l’Europe, de ces actes terroristes.
La réaction du président français est similaire à celle de George Bush au lendemain du 11septembre.
Mais elle est également similaire à celles de Bourguiba, de Ben Ali, de Gueddafi, de Moubarak qui, bien avant les dirigeants occidentaux, ont décidé de serrer les vis des libertés. Tout individu endoctriné au jihad et au salafisme a été considéré comme un individu dangereux qui mérite la prison, même s’il n’a commis aucun acte. La décision a été longtemps approuvée par les Occidentaux qui, à leur tour, viennent de se l’approprier. Elle a permis aux anciens dictateurs arabes de diriger d’une main de fer leur pays en élargissant la répression aux islamistes puis à plusieurs de leurs opposants. Pendant très longtemps, auprès de leurs opinions publiques et de l’opinion internationale, ils ont réussi à créer l’amalgame et à faire croire qu’un islamiste, aussi modéré soit-il, est égal à un salafiste jihadiste et donc à un terroriste potentiel.
Il aura fallu des années pour que cet amalgame soit levé. Mais ceci n’empêche pas cela, les salafistes jihadistes, hier dans les prisons ou terrés chez eux sous leurs lits, sont sortis aujourd’hui au grand jour.

Désormais, ils n’ont plus besoin d’un endoctrinement en Afghanistan ou au Pakistan, ce sont les prédicateurs les plus extrémistes qui viennent chez nous.
Désormais, dans nos mosquées et dans nos lieux publics, on parle ouvertement de jihad.
Devant les caméras, on crie en toute impunité que tuer des juifs est un devoir.
On parle sur les plateaux télé, à visage découvert et sans peur aucune, d’agressions physiques contre ceux qui n’épousent pas leurs thèses extrémistes violentes.
On agresse, toujours devant les caméras et toujours en toute impunité, journalistes et militants.
Si en France, il y a eu un Mohamed Merah, il y a en Tunisie des centaines de futurs Mohamed Merah qui attendent, ou se préparent, à passer à l’acte à l’instar de cette «nouvelle star».
Doit-on donc voir des attentats horribles sur notre sol pour réagir ?
Doit-on voir du sang couler sur notre sol pour mettre le holà contre ceux qui prônent ouvertement la violence et le meurtre?

En moins de 48 heures, la France a réussi à démasquer et à tuer un conducteur de scooter anonyme portant un casque.
Pourquoi donc en Tunisie n’avons-nous toujours pas réussi à mettre hors d’état de nuire des gens bien identifiés, qui nous menacent ouvertement, publiquement?
Deux explications derrière cela. Et ces deux explications sont invérifiables et pourraient s’apparenter à de la politique fiction.
La première est qu’en arrêtant les jihadistes, Ennahdha ne veut pas prendre le risque de se priver d’une partie de sa base électorale sans pour autant gagner les voix d’autres couches sociales. On ne saurait trop le croire.
La seconde, et comme l’a indiqué le ministre de l’Intérieur dans une interview publiée cette semaine dans «Le Monde», c’est que les salafistes sont infiltrés par les services de sécurité. Dans ce cas, on attend encore le moment idoine pour réagir après avoir démasqué les principaux éléments dangereux, leur toile d’araignée, leurs méthodes pour passer entre les mailles du filet. On pourrait même penser que les individus tenant un discours radical, ou qui ont commis des actes de violence, ne sont que des infiltrés du ministère de l’Intérieur cherchant à rassurer et à attirer la sympathie des pigeons parmi les jihadistes.
N’empêche, même si cette explication (qu’elle soit authentique ou fantaisiste) est vérifiée, la Tunisie ne saurait accepter trop longtemps l’impunité de ces individus.

Notre économie est basée sur les services et les services exigent la confiance et l’assurance. Or la liberté, de paroles et d’actes, dont jouissent ces salafistes-jihadistes, est totalement contre-productive.
Le défilé des prédicateurs étrangers radicaux et des manifestations salafistes appelant à l’application de la Chariâa (elle-même appelant au jihad) met des bâtons dans les roues de notre économie et ne fait que créer de nouveaux Mohamed Merah en puissance.
Aujourd’hui, on en est encore à des agressions physiques individuelles. Le ministère de l’Intérieur ne doit vraiment pas attendre qu’il y ait des attentats ou des actes similaires à ceux de Toulouse pour réagir. Si l’irréparable est commis, il y a un gros risque que la Tunisie entre dans un cercle vicieux de violences qui ne profitera à personne et certainement pas à l’Islam.
25/03/2012 | 1
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