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Réduction des effets nocifs du tabac : la ligne de défense contre la pandémie de tabagisme
05/10/2021 | 20:43
9 min
Réduction des effets nocifs du tabac : la ligne de défense contre la pandémie de tabagisme

 

Le 4ème sommet scientifique sur la réduction des risques liés à la nocivité du tabac s’est tenu à Athènes les 29 et 30 septembre 2021, sous le thème« Nouveaux produits, recherche et politique ». 

 

Organisé par SCHORE, une association internationale sur le contrôle du tabagisme et la réduction des risques liés au tabac, l’évènement a attiré une pléiade de chercheurs, cliniciens et scientifiques dans divers domaines venus du monde entier. 62 conférenciers de 31 pays y ont participé et 26 articles de recherche y ont été présentés.

 

SCHORE  a souligné, en marge de cet évènement, que les nouveaux produits, la recherche et les politiques ont prouvé qu'il existe un intérêt croissant parmi les experts pour les nouvelles approches de lutte antitabac, telles que la réduction des risques liés du tabac, qui constituent un élément important de la prévention des maladies, y compris le cancer.

« L’objectif est d'éliminer le tabagisme et les maladies liées au tabagisme. Si aujourd'hui cela n'est pas possible, nous demandons aux décideurs et aux régulateurs d'essayer de mettre en œuvre des interventions raisonnables axées sur la prévention de la nouvelle consommation de nicotine, en particulier chez les jeunes, et d'intégrer la réduction des effets néfastes du tabagisme dans l'approche globale visant à réduire les maladies liées au tabagisme et le cancer. Notre objectif est d'établir un dialogue avec des experts en politiques et des régulateurs pour que les politiques soient désormais fondées sur des preuves et mettre en œuvre des approches réglementaires en faveur de la réduction des risques » indique SCHORE.

 

L’association estime que les fumeurs adultes, qui pour diverses raisons ne sont pas en mesure d'arrêter de fumer, doivent être pris en compte ; ils ne doivent pas être négligés par les politiques de lutte antitabac. Elle souligne que les preuves scientifiques sont actuellement suffisamment solides pour soutenir qu'il existe des produits moins nocifs alternatifs à la consommation de cigarettes combustibles.

« La plupart des dommages causés par la cigarette classique résultent de la combustion du tabac. Le tabac non combustible et les produits contenant de la nicotine présentent un risque moindre par rapport aux produits combustibles, de plus en plus de preuves indiquent que les produits non combustibles sont moins toxiques et moins nocifs que les cigarettes. Nous pensons que la communauté scientifique ainsi que les organismes de régulation devraient encourager la recherche sur la réduction des effets nocifs de la cigarette et surveiller de près l'utilisation de nouveaux produits » souligne-t-elle.

 

SCHORE recommande aux décideurs politiques de l'Union Européenne travaillant sur des actions de lutte contre le cancer, de considérer la réduction des méfaits du tabac comme un outil complémentaire aux politiques traditionnelles de lutte contre le tabagisme. « Nous pensons que l'augmentation des preuves scientifiques, y compris la vérification indépendante des données de l'industrie, une sensibilisation accrue à tous les niveaux, la publication des dernières données scientifiques, est une étape cruciale pour vraiment aider les fumeurs à arrêter de fumer et à atteindre les objectifs du plan de lutte contre le cancer » conclut-elle.

 

Durant le panel « La transformation de l'industrie du tabac : stratégie, concurrence et éthique », Gizelle Baker, vice-présidente du Global scientific engagement à Philip Morris International (PMI), a souligné l'importance de la science, de la technologie et de l'innovation. « Les dommages causés par le tabagisme et les cigarettes combustibles, les maladies liées au tabagisme sont le point de départ de la transformation de l'industrie du tabac », a-t-elle souligné.

« L'innovation a apporté de nouveaux produits qui évoluent rapidement, rendant possible l'administration de nicotine avec des niveaux de substances toxiques nettement inférieurs, et les consommateurs se tournent vers eux. Ces produits ont le potentiel d'avoir un impact énorme sur la santé publique, en orientant les gens vers des alternatives moins nocives et en réduisant le fardeau des maladies liées au tabagisme. Nous devrions donc tous nous réunir et voir comment maximiser ce potentiel et stimuler encore mieux innover», a déclaré Mme Baker.

 

Elle a, en outre, rappelé que les consommateurs ont besoin d'informations et de soutien, qu’ils ont besoin de motivation, de produits attrayants qui répondent à leurs besoins. « Si les restrictions réglementaires rendent les produits peu attrayants, ils ne changeront pas et ils continueront à fumer des cigarettes combustibles plus nocives. D'un autre côté, il faut bien sûr empêcher les jeunes de commencer à consommer des produits du tabac, mais on peut le faire avec un contrôle sur les marchés et un accès restreint aux jeunes, sans ignorer les besoins des fumeurs adultes. Nous avons besoin d'un bon cadre réglementaire avec des normes », a-t-elle ajouté.

 

Gizele Baker a soulevé le scepticisme affiché à l’égard des rapports scientifiques issus de l'industrie du tabac en ces termes : « des gens pensent que c'est biaisé, tout peut être biaisé, mais la bonne question est de demander quel a été l'impact du biais sur une étude, sur ses résultats. Dire qu'une étude est biaisée sans examiner en profondeur ses données ne semble pas aller dans le sens de la science. D'un autre côté, les régulateurs sont ceux qui peuvent le plus bénéficier de données solides pour soutenir et justifier leur prise de décision ».

 

Durant cet évènement, qui a rassemblé plus de 300 participants, les experts en recherche et politiques ont convenu que la réduction des méfaits du tabac était la ligne de défense à adopter.

Les progrès mondiaux dans la lutte antitabac ont été catalysés par l'adoption de la Convention-cadre de l'OMS en 2005. Malgré les progrès, il y a actuellement 1,14 milliard de fumeurs actifs.

La session consacrée à l'expérience des pays africains en matière de réduction des méfaits du tabac était présidée par M. Fares Mili, pneumologue, spécialiste des comportements de dépendance et président de la "Société Tunisienne de Tabacologie et des comportements d'addiction" (STTACA) et M. Solomon Tshimong Rataemane, chef du département de psychiatrie de l'Université de Limpopo, Afrique du Sud.

Fares Mili a ouvert la session en plantant le décor de la discussion sur la réduction de la prévalence du tabagisme en Afrique en utilisant la stratégie de réduction des risques liés au tabac (RDR). En guise d'introduction, il a déclaré que les programmes d'élimination du tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'ont pas encore été en mesure de réduire la prévalence du tabagisme dans les pays africains. Par conséquent, d'autres possibilités sont nécessaires pour parvenir à l'arrêt du tabac en Afrique. M. Rataemane, dans son introduction, a souligné la nécessité d'un changement de comportement des Africains vis-à-vis de la THR (tobacco harm reduction). Il a également exprimé ses pensées sur l'incapacité actuelle à comprendre les effets biologiques de la nicotine sur le cerveau humain.

Au cours des dernières années, de nombreux fumeurs ont remplacé le tabagisme conventionnel par des produits à risque modifié, de nouveaux produits libérant de la nicotine qui sont moins nocifs que les cigarettes combustibles. Il s'agit de la « réduction des risques ».

Beaucoup de panelistes ont souligné que la stratégie de réduction des risques est une arme puissante qu’il faut utiliser efficacement tout en établissant des règles strictes pour éviter l'utilisation de produits du tabac alternatifs par les adolescents et trouver un moyen d'équilibrer les avantages pour les fumeurs et les risques pour les jeunes.

Kenneth Ε. Warner, expert dans le domaine de la réduction des méfaits du tabac et des politiques publiques, a également évoqué la nécessité d'équilibrer les considérations sur les risques et les avantages des cigarettes électroniques. Il a présenté les conclusions d'un article récent publié dans l'American Journal of Public Health en août 2021 qui décrit la situation aux États-Unis, où les agences de santé gouvernementales et les organisations médicales et de santé non gouvernementales se concentrent fortement sur les risques pour les enfants et non sur les avantages potentiels pour les fumeurs adultes.

« Nous pouvons augmenter le sevrage tabagique grâce au vapotage, la capacité du vapotage à promouvoir l'arrêt du tabac est importante et mérite plus d'attention, car aider les fumeurs adultes à arrêter de fumer est une question de justice sociale » a-t-il souligné.

 

Caitlin Notley, professeure en sciences de la toxicomanie, au Royaume-Uni, a analysé l'approche britannique du contrôle du tabagisme et les conséquences des influences sociales et culturelles sur les résultats comportementaux et sanitaires à long terme. « La stratégie de réduction des effets néfastes du tabac est supplémentaire et complémentaire aux mesures de lutte antitabac. Le concept de dépendance à la nicotine a été médicalisé et finalement accepté, et fait désormais partie des stratégies de traitement au Royaume-Uni » a-t-elle déclaré.  

« Le Collège royal des médecins est passé de l'abstinence à la réduction des méfaits. Ainsi, aujourd'hui, il existe un consensus parmi les parties prenantes au Royaume-Uni sur le fait que le principal objectif de la lutte antitabac est de réduire les décès et les maladies causés par l'usage du tabac ; on se soucie moins de réduire la dépendance à la nicotine. Cependant, il reste encore beaucoup à faire notamment sur les perceptions (mauvaises) du public des méfaits auxquels il faut s'attaquer. Environ un tiers des jeunes pensent que les cigarettes électroniques sont aussi nocives que fumer les cigarettes classiques et les adultes ont également des perceptions inexactes. Les divisions dans le domaine de la réduction des effets nocifs du tabac qui remettent en question les preuves sont inutiles et alimentent l'incertitude du public quant à savoir si les cigarettes électroniques sont une option plus sûre que le tabagisme », a-t-elle conclu.

 

Dans la session intitulée « Dans quelle mesure les données scientifiques orientent-elles les décisions politiques ? », Eva Kaili, eurodéputée et présidente du comité de l'UE STOA, a déclaré que la transition vers des produits du tabac moins nocifs est une discussion difficile pour les politiciens.

« L'objectif est d'avoir des sociétés sans tabac, nous avons besoin de données scientifiques et de participer davantage aux discussions avec les scientifiques, d'être ouvert d'esprit, d'écouter et de comprendre que nous ne pouvons ignorer le fait que nous avons 25 % de consommateurs de tabac dans la population de l'UE. Il faut donc pouvoir explorer toutes les solutions », a-t-elle confié.

 

Sur le sujet des dimensions économiques du contrôle du tabagisme et de la réduction des effets nocifs du tabac, les panelistes ont souligné que l'outil le plus récent pour améliorer l'efficacité du sevrage, limiter les risques sur la santé et réduire le fardeau financier est la réduction des effets nocifs du tabac.

 

Les outils financiers disponibles, les prix, la taxation différentielle basée sur les dommages potentiels, ont été largement discutés. Le fardeau financier du tabagisme est énorme et tous les outils disponibles pour réduire le tabagisme devraient être exploités. Une taxation différentielle des produits innovants potentiellement moins nocifs a notamment été suggérée par le panel.

 

Le sommet scientifique sur la réduction des risques liés à la nocivité du tabac a, rappelons-le, pour objectif d'offrir aux scientifiques de différents pays la possibilité de présenter, discuter et remettre en question les données récentes liées aux avantages et aux risques associés à l'utilisation de produits du tabac alternatifs chez les fumeurs et le lien avec l’arrêt du tabac.

Il s’agit aussi de discuter et débattre des questions scientifiques, technologiques, médicales, réglementaires, juridiques et politiques pour faire progresser la capacité technique des pays participants et enfin fournir un environnement où les autorités réglementaires et les décideurs politiques peuvent présenter aux communautés scientifiques et médicales leur plan d'action potentiel.

 

 

M.B.Z

05/10/2021 | 20:43
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