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Entre 2014 et 2019 : trois différences fondamentales

Entre 2014 et 2019 : trois différences fondamentales

 

31 jours nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle, prévu pour le 15 septembre 2019. Pour l’instant, la communication l’emporte sur les projets et sur les intentions réelles des 26 candidats retenus par l’instance supérieure indépendante des élections (Isie), ce qui plonge les électeurs dans un certain désarroi. Déjà.

 

Il faut d’abord constater qu’un peu plus des deux tiers des électeurs potentiels à l’échéance du 15 septembre prochain ne se sont pas encore décidés sur l’identité du candidat auquel ils adresseront leur vote. Ceci fait que la partie est encore loin d’avoir été jouée et que le mois prochain sera décisif. C’est dans cette optique que l’ensemble des forces politiques en présence commanditent des sondages à gogo dans l’espoir de comprendre ce que veut cette majorité qui ne s’est toujours pas exprimée. Des sondages que l’Isie interdit aux médias de publier ou de commenter dans une décision pour le moins étrange.

 

 

 

 

Cela étant, l’électeur tunisien éprouve un certain désarroi devant la pléthore de candidatures qui lui est proposée. Au moins 26 candidats se bousculeront sur les bulletins de vote en espérant attirer la sympathie des électeurs et passer au deuxième tour. Ils étaient 27 en 2014 dont les candidatures ont été finalement retenues, mais cela n’empêche pas que l’élection de 2019 soit très différente et bien plus compliquée que celle de 2014.  

La première des différences fondamentales est l’irruption violente des mouvements populistes dans cette élection. Nabil Karoui et Abir Moussi représentent à eux deux une part non négligeable des intentions de vote et ils profitent, tous deux, de la situation sociale et économique difficile pour construire leur discours politique. Abir Moussi récolte les voix des « c’était mieux avant » même si, étrangement, elle ne s’entend avec aucun des hommes politiques de l’ancien RCD, son parti de prédilection. Son discours réfutant la révolution et tout ce qui en a résulté politiquement et économiquement. Il s’agit d’un discours tranché qui ne laisse pas indifférent et qui ressemble aux discours de l’extrême droite européenne ou encore à celui des chantres du Brexit.

Nabil Karoui, quant à lui, s’est construit un électorat à travers l’association « Khalil Tounes ». En distribuant de la charité aux quatre coins du pays, Nabil Karoui a été surpris, d’après ses propres dires, de voir que les gens lui demandaient de se présenter à l’élection et il ne le fait que pour répondre favorablement à leur sollicitation. C’est ce qu’il a lui-même déclaré sur le plateau de Myriam Belkadhi. Donc autant dire que son discours est loin d’être politique mais il s’adresse aux cœurs et…aux estomacs.

Abir Moussi et Nabil Karoui ont également profité de la tentative ratée du gouvernement de leur barrer la route à travers un amendement de la loi électorale. Ils ont gagné en popularité en jouant les victimes de ce qu’ils présentent comme un gouvernement autoritaire et incompétent.

 

Une deuxième différence fondamentale entre l’élection de 2014 et celle de 2019 vient du fait que le chef du gouvernement en exercice se porte également candidat à l’élection présidentielle. En 2014, les élections avaient été organisées par un gouvernement de technocrates conduit par Mehdi Jomâa avec l’engagement ferme de ne pas se porter candidat. En 2019, le chef du gouvernement, Youssef Chahed est le candidat du parti Tahya Tounes. Il est admis en matière politique que celui qui tient le pouvoir part avec une certaine avance auprès de l’opinion publique dans les courses électorales. Mais toute médaille a son revers et les attaques visant Youssef Chahed se basent sur le bilan de son gouvernement. En effet, il est présenté, à tort ou à raison, comme le premier responsable des maux du pays aussi bien dans la situation financière de l’Etat que pour les coupures d’eau et d’électricité. Vu la situation actuelle, la fenêtre de tir pour les adversaires de M. Chahed est grande ouverte. D’ailleurs, les attaques les plus « faciles » proviennent des soupçons de collusion d’utilisation des moyens de l’Etat pour la campagne Tahya Tounes en faveur de Youssef Chahed. En tout cas, il s’agit d’une situation inédite post-révolution et dont l’impact sur l’opinion publique reste insondable. Il n’en reste pas moins que Youssef Chahed joue son va-tout dans cette élection.

 

Devant une telle confusion au vu du nombre de candidats et de la pauvreté des informations concernant leurs programmes, certains électeurs pourraient être tentés par un vote idéologique du type « vote utile » en 2014. Mais il existe, là aussi, une différence fondamentale qui consiste au fait que les camps idéologiques ne sont plus aussi clairement marqués qu’ils l’étaient il y a 5 ans. Lors de la dernière élection présidentielle, il y avait d’un côté le camp islamiste-révolutionniste représenté par Moncef Marzouki et de l’autre, le camp moderniste représenté par Béji Caïd Essebsi. Les camps étaient si bien marqués que l’on évoquait à l’époque les risques de polarisation de la vie politique en Tunisie. Aujourd’hui chaque famille politique est représentée par au moins trois candidats. Même les formations les plus disciplinées, comme le camp islamiste, présente aujourd’hui Abdelfattah Mourou, Hammadi Jebali et Hatem Boulabiar, tous dirigeants ou anciens dirigeants d’Ennahdha. La gauche présente également trois candidats : Hamma Hammami, Abid Briki et Mongi Rahoui. L’éparpillement des candidatures complique davantage pour l’électeur la mission de choisir le candidat idoine en conformité avec ses convictions.

La réflexion devrait ensuite aller vers le sens profond des mots et des définitions politiques. Un travail que les candidats et les partis doivent accomplir. Que veut dire être islamiste en 2019 en Tunisie ? Il n’y a que Lotfi Zitoun et quelques autres personnes au sein d’Ennahdha qui se sont aventurées sur ce chemin, avec le résultat que l’on connait. Mais dans la même veine, que veut dire être progressiste, ou moderniste, ou de gauche, ou destourien en Tunisie en 2019 ? La scène politique tunisienne est dépourvue d’une telle réflexion qui aboutirait à une réelle identité politique ensuite à des programmes en conformité avec un contrat moral basé sur les convictions.

 

Aujourd’hui ce sont les communicateurs qui règnent sur la scène et font dire à leurs candidats des mots détournés de leur sens profond et essayent de nous « vendre » leurs candidats comme on vendrait un pot de yaourt ou un paquet de pâtes. Ce sont des produits marketing qui vont se présenter aux électeurs pour les convaincre par le « paraitre » et non par « l’être ». Toutefois, ceci n’enlève rien au caractère crucial que vont avoir ces élections dans le cheminement démocratique emprunté par la Tunisie depuis 2011.

 

Marouen Achouri  

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Commentaires (7)

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Mohamed
| 16-08-2019 18:43
Et vous débarrasser vous de la tutelle qatario, turco, emirato, saoudienne......
Je te le redis, les affaires du Maroc ne te regarde pas, chaque pays est souverain. Ce ne pas que quelques ministre font le baise main au Roi que tout le peuple le fait, au Maroc c'est un signe de respect à nos mère, père, grand parents, aux hadjis, aux personnes âgées.....
La monarchie marocaine est au Maroc depuis 13 siècles, nous sommes un des plus vieil état au monde, nous ne sommes pas une création ottomane ( le Maroc était le seul pays arabe à ne pas avoir été colonisé par les ottoman ).
Concernant le Sahara, il est marocain, comme la Crimée est russe.
Avant la colonisation espagnole du territoire, ce Sahara faisait partie intégrante du Maroc, je trouve totalement normal que le Maroc récupère SON Sahara, le droit international on préfère le déchirer, le piétiné, seul les droits historiques et légitime du Maroc compte .
Les habitants de tindouf ne viennent même pas du Sahara, ils viennent de Mauritanie ( ils y ont fuie la sécheresse ), du Mali, Algérie, Tchad, tobbous, Niger.....ils y sont rester car les nations unies distribue des aides humanitaires, ces gens là doivent rentrer dans leur pays respectifs, en tout cas il ny aura pas de droit de retour.

HatemC
| 16-08-2019 12:11
Connaissez vous les origines de la famille royale qui gouverne votre pays et fait de vous leur sujet ? Venus d'Arabie pour vous soumettre...
Connaissez vous la fortune de cette famille ? Alors que les sujets du roi wahabite vivent en dessous du seuil de pauvreté ?
Débarrassez vous de ce roi et proclamez la République qui reste plus équitable que la royauté... Et cessez de vous courber pour embrasser la main de votre monarque... Grandisse un peu... Je commence à comprendre l'hostilité des Algériens à votre égard... Et retirez vous du Sahara occidental et laissez les sahraouis en paix... HC

Youssef kraiem
| 16-08-2019 11:16
Les élections de 2014 ont mobilisé autour de BCE les courants anti islamiques contre Ennahdha..Celles de 2019,outre l'hostilité manifestée à l'égard des islamistes qui s'est même amplifiée, semblent viser la personne du chef du gouvernement,personne à abattre en priorité.D'où la complexité qui entoure ces élections. Incontestablement la dispersion des voix irait à l'avantage de N.Karoui dont l'électorat acheté à un prix dérisoire demeure intact.Néanmoins l'apparition in extremis de mr Zbidi semble venir déjouer tous les pronostics.Cette différence qui n'a pas été évoquée par mr Achouri me parait de taille car illustre encore une fois l'ingérence étrangère qui ne saurait jouer les spectateurs face à ses intérêts. A moins d'un sursaut de dignité de dernière minute de la part d'un peuple qui nous a habitués à ne pas céder aux pressions lorsque sa souveraineté est menacée.

Srettop
| 16-08-2019 09:01
"Que veut dire être islamiste en 2019 en Tunisie ?".
Si vous ne le voyez pas, c'est que vous avez certainement dû cédé au chant des sirènes de la "Démocratie musulmane" et au travail de sape de l'Islamisme "modéré".
D'autres sont plus vigilants que vous, fort heureusement!

Mohamed
| 16-08-2019 03:50
Occupé vous de vos élections et pas des autres pays. Le Maroc et les marocains ne t' ont rien demander. Ne te fais pas de soucis pour le Maroc, ses fils veillent sur sa sécurité et sa stabilité .

HatemC
| 15-08-2019 21:34
L'élection de 2019 aura un impact sur les pays arabo musulmans.
La Tunisie pionnière montrera encore une fois le chemin de la démocratie où le peuple décide ...
La Tunisie va précipiter la chute des monarchies du Golfe et Maghreb '?' le Maroc ne résistera pas et leur Roi M6 descendant saoudien sera viré '?' tout comme les familles royales saoudiennes, Qataries, Koweitiennes, Emiraties '?'
Les chaines TV zarabes sont déjà en ébullition et tentent de diaboliser la démocratie tunisienne ...la peur d'être balayé, les paralyses '?'

HatemC
| 15-08-2019 21:08
En 2011 on a été mis devant le fait accomplie et un GOUMI a été président sans aucun programme, juste pour combler un vide '?' une parenthèse qu'il faut oublier et supprimer des livres scolaires '?' et même de Wikipédia .. une erreur de casting ...
En 2014 BCE a consolidé la démocratie '?' suite logique après la République proclamée par le Grand Homme d'Etat BOURGUIBA
En 2019, il me semble que le candidat à la présidence sera élu sur son programme '?' c'est ce qui change '?'
Alors candidat(e)s à vos programmes '?' HC

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