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Chroniques
A ministère indigne, parents indignes !
Par Synda Tajine
02/11/2021 | 18:41
5 min
A ministère indigne, parents indignes !

 

Vous êtes des parents, vous faites (souvent) de votre mieux, mais peu importe ce que vous ferez, vous ne serez rien de plus que des parents indignes. Vous culpabilisez chaque jour à l’idée de placer vos enfants dans des écoles publiques et de les faire profiter de ce qui reste d’un enseignement gratuit en pleine décrépitude. Vous organisez vos horaires de travail en fonction de leurs emplois du temps arbitraires et fluctuants, des grèves des enseignants, des vacances scolaires et des aléas de la vie. Vous faites de votre mieux pour leur choisir la meilleure garderie scolaire afin que les aléas de l’emploi du temps (et de la vie) vous soient moins pénibles et vous essayez de ne pas succomber à la pression des cours particuliers, des 1001 clubs proposés partout pour leur apprendre la gymnastique, le ukulélé, le tennis et le mandarin. Peu importe ce que vous faites, vous n’êtes que des parents indignes, et vous culpabilisez à longueur de journée.

 

Vous êtes des parents qui travaillent dur et presque 40% de votre salaire sert à payer vos impôts. Mais ces impôts ne vous permettent ni d’avoir des rues propres et bien entretenues pour garder votre voiture en l’état, ni pour marcher. Ces impôts ne vous permettent pas non plus de faire bénéficier vos enfants de l’école gratuite et obligatoire. Le tiers de votre salaire est versé chaque mois à l’école privée qui rivalisera d’ingéniosité pour prendre soin de votre enfant, lui apprendra plusieurs langues, mettra des vermicelles colorées sur ses cupcakes et l’emmènera en sortie scolaire avec foot pour les garçons et gymnastique pour les filles. Votre enfant rentrera épuisé et éreinté chaque soir. Vous aurez à peine le temps de lui faire à manger, de lui dire bonne nuit et de souffler. Parent indigne que vous êtes.

 

Vous êtes un parent, vous gagnez à peine le SMIG et votre enfant doit faire 4 kilomètres à pied pour rejoindre son école de fortune. Le plafond qui fuit, les sanitaires qui ne fonctionnent pas et le professeur qui puisera dans un puits de patience pour faire cours à 40 élèves par classe. Vous devrez jongler entre les jours de pluie où votre enfant ne pourra pas aller à l’école à pied et les visites chez le pédiatre à cause de son rhume et de son infection urinaire. Certains jours, vous songez à le déscolariser. Certains jours, vous le faites, ne serait-ce que pour le garder en vie. Parents indignes vous aussi.

 

Vous êtes parent de nouveau-né. Deux mois, à peine plus grand qu’une baguette de pain. Encore au sein ou au biberon. Peu importe, vous êtes indigne quand même. Si vous êtes mère, votre congé de maternité dure 8 semaines. Une semaine tout au plus si vous êtes papa. Après quoi, il faudra soit renoncer à reprendre le travail et donc faire la manche pour payer couches, biberon, vêtements à renouveler chaque mois et visites chez le pédiatre. Ou alors confier la prunelle de vos yeux à une crèche qui vous donnera chaque matin une bonne motivation pour aller travailler….et pompera la moitié de votre salaire à la fin du mois.

Il vous reste un dernier choix, faire remonter l’enfant dans l’utérus de sa mère et reprendre votre vie là où elle était. Cette dernière option étant (physiquement) impossible, il vous reste à choisir entre les deux premières options. Et comme si vous ne vous sentiez pas suffisamment indigne face à ce choix cornélien, le ministère de la Femme et de l’Enfance vient vous rappeler quel parent indigne vous faites.  

« Les parents sont tenus d’assumer leurs responsabilités et de prendre soin de leurs enfants et surtout les nouveau-nés qui ont besoin d’une assistance particulière ». Ils sont invités à « ne pas jeter leurs enfants dans les établissements anarchiques et à respecter l’âge minimum légal d’entrée en crèche ».


Le décès dramatique d’un nouveau-né de 7 mois dans une garderie illégale aurait dû rappeler le calvaire des parents au quotidien. Il rappelle tristement d’autres drames qui se sont produits ces derniers mois et années dans des circonstances similaires, allant de la maltraitance au décès. Mais, comme si l’horreur de perdre un enfant n’était pas suffisante, le ministère de la Femme et de l’Enfance se permet de faire la morale aux parents et de les rappeler à leurs obligations. Celles de prendre soin de leurs enfants et de ne pas les confier à des structures inadaptées…à un âge aussi jeune. Si l’âge minimum légal d’entrée en crèche est d'un an et que le congé maternité dure deux mois, où passent entretemps tous ces enfants qui viennent de naitre ? Que faire d’eux ? Structures spécialisées, horaires aménagés, congé maternité adapté? Non, il ne faudra compter sur rien de tout ça.

 

Cela fait des années que l’on évoque une prolongation du congé de maternité. Fixé à deux mois au maximum, ce congé permet à peine aux mères de se rétablir de leur accouchement et de faire connaissance avec leur nouveau-né. Les pères, eux, grands absents de l’équation, ont juste droit à quelques jours. Un projet de loi est à l’étude depuis des années, d’abord abandonné en conseil des ministres faute de moyens, il devait être soumis à l’ARP l’été dernier. Il ne risque aujourd’hui pas d’être voté en l’absence d’un Parlement.

 

En attendant, comme de nombreux problèmes de ce pays, on préfère tout simplement fermer les yeux. Fermer les yeux sur les immondices qui s’amoncellent depuis des semaines dans les rues, fermer les yeux sur les problèmes de transport public et fermer les yeux sur la garde d’enfants, dilemme de parents dépassés et n’ayant pas les moyens de leurs ambitions…

Par Synda Tajine
02/11/2021 | 18:41
5 min
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Commentaires
cesarios
aux gouvernants qui se sont servis, à des citoyens...............................
a posté le 03-11-2021 à 10:54
aux gouvernants indignes et vides d'un esprit créatif et à des représentants du peuple
, dignes des caméléons , profiteurs incompétents et nullards , de se servir et non jamais été pour servir , en face, des parents fatigués, plumés, exploités, magouillés, pris en otages, déprimés.... Tôt ou tard, nos parents seront devant le rien à perdre, ils se trouvent dans l'obligation des"rebelotes" tant déroulés à ses habitudes historiques selon ses "adviendra que pourra " et leurs conséquences se retournent en rond comme on tourne une toupie, et la vie continue, , et nos médias et nos historiens ont toujours largement à s'en occuper et exceller à les annoncer, à les décrire, àles dénoncer et à la fin,on les oublie ,ou" bhim gdem karaâ"
Doremi
Tres bon article
a posté le 02-11-2021 à 22:36
Article qui prouve que tous les gouvernements s'en foutent du citoyen tunisien. Qu il crève...
zozo Zohra
Halelu-yah"
a posté le 02-11-2021 à 20:14
Pour une fois depuis des mois un sujet intéressant loin de la personne de KS.
ca s'arrose.
Madame, pratiquement, tous les acquis sociaux sont obtenus grâce aux efforts des syndicats. Chez nous les syndicats sont occupés à faire de la politique et à détruire les emplois helas. C'est aux syndicats de négocier ces lois de congés maternité, ou les congés parental pour élever son enfant, ect...
Confié son enfant, une des périodes la plus difficile pour une maman.
Avec ce phénomène ces "rawthat altfal" jardin d'enfants "l'enfer des enfants" oui certaines écoles. Ils ont poussé comme des champignons, la majorité avec des couleurs agressives. Souvent, sans aucun équipement pédagogique. Le seul équipement "la gorge" elles hurlent comme des malades après les enfants. "Eokod houuuuni, abahbat houmuuuuni,..." ont les entend de loin.

Rabi maakom
DHEJ
Ministère indigne, lequel?
a posté le 02-11-2021 à 20:00
Celui des finances.


Un bébé nécessite 7 dinars TTC par mois de dépenses.
Alya
7dt/enfant?
a posté le à 20:28
Je crois que c est la même allocation depuis l ere du leader et seulement 3 enfants? Je me rappelle que mon père n a pas eu d allocation pour mon plus jeune frère.
Alya
Bien ficele
a posté le 02-11-2021 à 19:17
Ah oui très bien resume. L equation est très difficile a résoudre, et c est le même problème dans de nombreux pays en dehors des pays de l Europe du Nord.